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Le requiem du roi des roses d’Aya Kanno

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Titre : Le requiem du roi des roses

Auteur : Aya Kanno

Éditeur vf : Ki-Oon (seinen)

Années de parution vf : Depuis 2015

Nombre de tomes vf : 12 (en cours)

Résumé du tome 1 : Dès sa naissance, Richard, héritier de la prestigieuse famille d’York, est un enfant maudit. Né hermaphrodite, il est rejeté et haï par une mère qui considère sa venue au monde comme une punition du ciel. Seule lueur d’espoir dans cette enfance tourmentée, la présence d’un père qui lui voue un amour inconditionnel. Mais la vie du jeune Richard bascule quand son père s’engage dans un conflit avec les Lancaster pour faire valoir ses droits au trône. De cette guerre des Deux-Roses va émerger un monstre politique, un tyran sanguinaire qui marquera de son empreinte l’histoire de l’Angleterre…

Mes avis :

Tome 1

Épique ! Voilà le mot qui me vient alors que je viens de refermer ce tome. J’avais quelques appréhensions à l’idée de lire ce titre vu que je n’avais pas aimé la précédente série d’Aya Kanno (Otomen) sur la durée, mais ici aucune ressemblance ou presque avec celle-ci, si ce n’est une sensibilité commune pour parler du héros. En effet, dans cette série historique assez fidèle à ce que je sais de la Guerre des Deux Roses, l’originalité vient du héros Richard, qui est un jeune hermaphrodite. Il est de plus l’élément fantastique de l’histoire avec ses visions de l’esprit de Jeanne d’Arc, que son père a contribué à arrêter. Richard est un personnage vraiment complexe, qui a énormément de mal à s’adapter à son corps et dont la mère est extrêmement cruelle avec lui. Il sera LE personnage que l’on va suivre ici et c’est à travers ses yeux qu’on suivra l’histoire. Du coup, les deux frères, notamment l’aîné qui a un rôle clé dans cette guerre, sont un peu en retrait. L’auteur préfère mettre en avant le père, sorte de Saint Gabriel de l’histoire ; ainsi que le roi Henry VI, véritablement saint, mais un peu dément selon moi. Les personnages féminins sont pour l’instant un brin effrayant avec deux mères à moitié folle tellement elles sont bouffies d’ambition. Il n’y a que la jeune Anne Neville qui semble y réchapper et qui pourra faire une bonne compagne pour Richard. L’histoire, vous l’aurez compris, suit une trame historique classique. Elle n’oublie rien de la grande Histoire, mais sans que cela soit ennuyeux. On suit les grandes lignes, et l’auteur brode entre certains événements, ajoutant un peu de fantastique et d’autres enjeux plus personnels, une très bonne alliance. Le mélange est très réussi et on ne s’ennuie pas un instant. Le dessin, lui, est un régal pour les yeux, il sait nous éblouir quand il faut, mais aussi nous intriguer, nous faire peur, voire nous glacer le sang. Une réussite !

Tome 2

Une suite encore de haut de niveau. Nous sommes toujours plongés en plein coeur de la Guerre des Roses. Les événements s’enchaînent très rapidement tout en violence et jets de sang. La Reine Marguerite est de plus en plus folle, c’est elle qui mène les troupes telle une vraie déesse de la vengeance, mais une déesse sanglante et pleine de rage. Elle entraîne son fils avec elle, un fils bien effacé malheureusement, comme son père même si c’est dans un style différent. D’ailleurs, j’aime de moins en moins la façon dont le Roi Henri est représenté, beaucoup trop immature et enfermé dans sa foi, ça le rend complètement fade et ça me donne envie de lui mettre des claques pour qu’il se réveille. Sa relation ultra ambigüe avec Richard est vraiment malsaine et n’apporte pas grand-chose pour le moment. Richard, qui vient de perdre son père, plonge la tête la première dans la noirceur. Le rendu en est superbe. On est emporté dans un tourbillon de violence aveugle, très bien rendu avec un trait de plus en plus tranchant, où la lumière a disparu. Elle ne réapparait que ponctuellement quand il en sort juste le moment de décider ce qu’il doit faire maintenant. J’ai d’ailleurs énormément apprécié la narration et le découpage des pages lors de la dernière bataille où le destin de Richard se superpose avec celui de son frère Edouard, comme s’ils étaient respectivement l’obscurité et la lumière. Les dessins superbes d’Aya Kanno contribuent énormément à ces scènes et à mon appréciation de la série en général. Elle dessine aussi bien les personnages dans leurs moments de profond désespoir que de gloire et de révélation. La dernière partie du tome amorce un nouveau tournant, la Guerre est terminée, la paix est là et un nouveau conflit ainsi que de nouvelles complications couvent avec l’arrivée d’Elisabeth Woodville, parfaite héroïne de tragédie Shakespearienne. De nouvelles pierres sont posées avec Edouard, Elisabeth, Warwick, ses filles et Richard, ainsi que les Lancaster, il me tarde de voir ce que ça va donner.

Tome 3

L’histoire se calme un peu dans ce tome, le rythme se fait plus lent et l’on pose de nouvelles bases. Edouard est désormais roi, mais les tiraillements et les affrontements persistent. Le camp des Lancaster n’est pas mort et de nouveaux ennemis vont se dresser face aux York à cause des mauvais choix d’Edouard. En effet, il se laisse manipuler avec une grande facilité par Elisabeth Woodwille qui devient ainsi sa reine. Je n’aime pas du tout la façon dont Aya Kanno cède aux sirènes des détracteurs d’Elisabeth. Le portrait qu’elle en fait est très caricatural et pas toujours très exact. C’est tellement plus facile de la faire passer pour une folle rongée par la haine et l’envie de prendre sa revanche, alors que la réalité était beaucoup plus nuancée. Je suis déçue. Il faut dire que l’image que l’on a des femmes dans cette série n’est pas terrible, elles sont soient folles, soient faibles, bof bof. Il n’y a peut-être qu’Anne Warwick qui sort son épingle du jeu, mais on la voit si peu que je ne peux pas vraiment me prononcer. Après les hommes n’ont pas forcément le beau rôle, puisqu’ils sont aussi présentés comme très manipulables et poussés par leur ambition. Le portrait qu’Aya Kanno fait des nobles de l’époque est bien sombre, mais sert parfaitement son désir de faire de cette histoire une tragédie. Et juste le héros de ce drame shakespearien, Richard, est encore fantastique dans ce tome. Il est tellement complexe, tellement attachant, tellement difficile à définir tellement il oscille en permanence entre douce folie, sombres pensées et désir d’atteindre la lumière. Sa nouvelle lumière, il l’a trouvée en la personne d’Henry mais cela lui fait peur. Leurs sentiments sont d’ailleurs très ambigüe à l’un et l’autre et m’ont parfois mis très mal à l’aise, surtout quand on connait leur différence d’âge. Mais j’ai beaucoup aimé les scènes où ils étaient ensemble, je les ai trouvées très belles et enrichissantes. Quel dommage que dès qu’elles furent finies la noirceur revienne immanquablement engloutir à nouveau Richard. En effet, la nouvelle dynamique politique qui se dessine n’augure rien de bon, la révolte gronde à cause des mauvais choix d’Edouard. Il a perdu ses alliés (Warwick, Georges, …) et il va vite en sentir les effets. Petit bonus : l’arrivée de Buckingham que je n’imaginais pas du tout comme ça, mais qui va me plaire, je sens. Je suis donc toujours séduite par cette série et je continuerai à la suivre avec grand plaisir.

Tome 4

Je continue à me régaler avec cette série. Ce tome est riche en actions et l’histoire avance bien. Richard est toujours aussi torturé. Après avoir été envoyé chez Warwick, il se pose maintenant des questions sur son orientation sexuelle en commençant à s’intéresser à Anne. Il pose la question des différents types d’amour, ceux qui nous perturbent et ceux qui nous apaisent, c’est joliment fait. Malheureusement, les paroles malheureuses d’Anne sorties de leur contexte fichent tout en l’air. Ils étaient pourtant si bien partis et formaient un joli couple. Leur naïveté respectives se répondent bien et c’est mignon de les voir rougir tour à tour. Quel dommage que les manigances du père Warwick les éloignent, cela redonne une mauvaise image des femmes à Richard, qui est déjà traumatisé par sa mère et sa belle-soeur. C’est d’ailleurs, lui,  LE personnage au coeur de ce tome. C’est vraiment un beau faiseur de roi, il manipule tout son monde selon comment souffle le vent. L’auteur parvient parfaitement à restituer son côté changeant. Un coup, il soutient Edouard, mais quand celle-ci ne va pas dans son sens, il se tourne à la fois vers George et vers Henry Lancastre pour être sûr de s’en sortir. Mais à force de jouer sur tous les tableaux, il va se planter, c’est sûr. J’ai vraiment détesté le voir se servir de ses filles comme de pions et le voir manipuler les différentes puissances sans réfléchir à qui ferait le meilleur souverain. Mais ses machinations rendent vraiment le tome palpitant, notamment son dernier plan pour renverser Edouard en se servant d’une révolte populaire. Edouard m’agace d’ailleurs énormément. Il est tellement aveugle et arrogant, normal qu’Elizabeth arrive si facilement à le manipuler. Heureusement que Richard ne se fait pas avoir et parvient à s’échapper avec l’aide de Catesby (je l’adore celui-là, il me fait craquer avec sa loyauté à toute épreuve ><). Maintenant, il me tarde de voir comment Richard va parvenir à retourner la tendance dans le prochain tome.

En tout cas, d’un point de vue historique, l’auteur suit bien les grandes lignes de la Guerre des Deux Roses qui oppose les York et les Lancastre. Les différents retournements de situation et le rôle flou de Warwick sont parfaitement respectés. Un petit  bijou !

Tome 5

J’aime toujours autant cette série où Aya Kanno mêle à merveille Histoire et fiction. Par contre, je pense que si je ne connaissais pas déjà bien la Guerre des Deux roses, j’aurais vraiment du mal à suivre surtout avec cette parution assez lente. Dans ce tome, en tout cas, ça bouge pas mal. Warwick qui soutenait Edouard et détenait Richard, retourne sa veste après la libération de ce dernier par son jeune frère. Warwick est de plus en plus au coeur de l’Histoire et de la politique de l’Angleterre, comme il dit, c’est lui qui dirige vraiment au fond. Le choix qu’il fait ensuite de soutenir à nouveau l’ancien Henri VI pour qu’il récupère son trône est logique et terriblement bien joué vu qu’il peut facilement en faire un homme de paille et au final en jouant sur les deux tableaux pour l’instant, c’est lui le grand vainqueur.

Du côté du héros de notre histoire, Richard, qu’il ne faudrait pas oublier, il se passe aussi pas mal de choses. Il reste fidèle à lui-même et à sa famille, en particulier son frère aîné qu’il soutient un peu envers et contre tout malgré ses défauts de plus en plus apparent et quand on lui propose de le trahir pour son propre compte, il refuse. Dans cette relecture de l’Histoire, il faut reconnaitre qu’Aya Kanno cherche vraiment à nous rendre plus sympathique que n’avait pu le faire Shakespeare en son temps ^^ Et que ce soit dans ses rapports avec son frère ou dans dans ceux des hommes qu’il croise, il faut bien avouer qu’on ne peut qu’apprécier Richard. Il s’ouvre de plus en plus, je trouve et j’ai trouvé aussi assez positif qu’il revête si longtemps ce déguisement de femme. J’en viens d’ailleurs à me demander si la mangaka plutôt que d’en faire un hermaphrodite, n’en a pas juste fait une femme élevée en homme, ce qui serait fort décevant. En attendant, j’ai vraiment apprécié la tendresse de sa relation avec Casterby. J’ai aussi apprécié sa complicité avec Edouard (fils d’Henri) et celui-ci s’est révélé bien plus sympathique qu’auparavant. Enfin, j’ai été vraiment attendrie par ses retrouvailles avec Henri justement, même si la faiblesse de celui-ci continue à m’agacer. Les excuses qu’il présente ne me suffisent pas et surtout je le trouve bien naïf et hypocrite vis-à-vis de ses sentiments envers Richard qu’il fait souffrir plus qu’autre chose.

Je reste donc toujours aussi passionnée par cette lecture et il me tarde vraiment, pour ne pas changer, de lire la suite.

Tome 6

Le tome clé de la série jusqu’à présent ! On passe la majorité du tome à retenir notre souffle tant la tension est présente et qu’on sent que quelque chose d’important va se produire.

Le premier chapitre où l’on retrouve Henri et Richard est un peu l’accalmie avant la tempête. On voit combien leurs aspirations à l’un et l’autre sont loin de la réalité et on se doute qu’ils vont être profondément blessés par celle-ci même si Catesby essaie de protéger Richard. J’aime beaucoup ce personnage dernier, il gagnerait à être connu. Mais le coeur du tome est une fois de plus le conflit politique qui oppose les York et les Lancaster.

On repart donc très vite en pleine Guerre des Deux Roses avec Richard en mission pour faire changer de camp son frère, Edouard. Je me suis beaucoup amusée de la façon très shakespearienne (ou je fais un anachronisme) dont il s’y prend en utilisant le fantôme de son père, qui est vraiment omniprésent au final dans la série malgré sa mort. En tout cas, ça permet de rabattre encore une fois les cartes. Warwick n’est plus le seul faiseur de rois, il devient même une proie dans ce tome. La guerre reprend de plus belle avec les nouvelles forces en puissance et j’ai trouvé l’auteur très pédagogue pour nous faire suivre tous ces méandres politiques. Les scènes de batailles et de préparation de celles-ci sont aussi très bien rendues. J’ai beaucoup aimé la mise en scène aussi bien lors de la reprise de Londres que lors de la bataille finale contre Warwick avec le brouillard qui les enveloppait. Cela donne une ambiance lourde et pesante qui correspondait parfaitement au moment. De plus, Richard parvient à s’en servir à merveille même si dans les dernières minutes cela se retourne contre lui pour un final choquant à souhait mais qui devait bien arriver un jour.

Tome 7

Voici enfin la fin de la première partie de la série. Toute la tension accumulée explose ici en une lutte cinglante entre les York et les Lancaster. Richard est en proie à tous les tourments après avoir découvert que son havre de paix était en fait son ennemis, celui qu’il devrait détester le plus. C’est tragique de le voir sombrer dans la folie, une folie destructrice pour les autres et pour lui-même. On est en plein coeur du drame shakespearien promis. Tandis que le roi Edouard affronte Marguerite et ses hommes sur le champ de bataille dans des mêlées épiques après avoir galvanisé les hommes de manière grandiloquente, Richard est rattrapé par ses démons. Il devient la faucheuse secrète du roi, qui n’hésite pas une seconde à se servir de lui, poussé par leur sorcière de mère. C’est horrible de voir leur fratrie s’éloigner et se faire souffrir ainsi. Richard m’a vraiment fait de la peine. J’ai eu peur pour lui à plusieurs reprises. Et j’ai été touchée par sa détresse quand il se découvre entouré de traitres et de menteurs. Sa mère n’arrange rien en le replongeant dans ses démons et en profitant de la folie d’Henri pour se servir de lui et blesser Richard de la plus cruelle des façons lors d’une scène essentielle à la série et terriblement bien mise en scène tant l’émotion suppurait des pages. Aya Kanno a désormais mis un terme à la famille Lancaster mais un conflit encore plus dangereux couve, un conflit larvé qui promet encore plus de drame et de souffrance.

Tome 8

Après un premier chapitre mettant définitivement un point à ce dramatique premier arc, nous entrons de plein pied dans un nouvel acte à l’enjeu sensiblement différent mais qui s’annonce tout aussi tragique. Aya Kanno continue avec brio de revisiter ce moment fondateur de l’Histoire anglaise. Pour la fan de cette période que je suis, je trouve que c’est toujours aussi fidèle dans les grandes lignes et j’aime retrouver sous sa plume les enjeux clés que je connais. J’aime toujours autant les procédés de mise en scène de la mangaka qui font vraiment très théâtraux. La construction de certaines pages est juste sublime, en général ce sont celles mettant en avant les noirs et troubles sentiments de Richard qui est vraiment un personnage complexe.

On suit un Richard qui a perdu toutes ses raisons de vivre et qui erre comme une âme en peine. Il a réussi à sécuriser la place de son frère sur le trône mais à quel prix. Vient maintenant, quelques années plus tard, la remise en question. A-t-il bien fait ? Son frère est-il à la hauteur de la tâche ? Richard a épousé Anne à contrecoeur mais n’est pas heureux dans son couple. Il vit désormais à la campagne mais l’action et les intrigues semblent lui manquer. Les distensions et les nouvelles intrigues de cour avec leur dose de sorcellerie qui vont rapidement naîtrent entre ses frères mais aussi entre le roi et la famille de la reine vont vite le faire revenir « aux affaires ». C’est fou à quel point, il se recoule facilement dans son rôle d’éminence grise inquiétante. J’aime toujours aussi ses duos avec Catesby d’un côté et Buckingham de l’autre, ce dernier a bien grandi d’ailleurs et j’ai un peu peur qu’il ne prenne la place du jeune Edouard.

L’histoire se veut ainsi de plus en plus sombre et torturée comme son héros et ce ne sont pas les dernières pages qui vont arranger cela. Aya Kanno est toujours aussi douée pour mêler Histoire classique, drame à la Shakespeare et sa pointe de fantastique bien sombre.

Tome 9

Aya Kanno ne lâche rien et nous propose encore un tome qui fait froid dans le dos où les machination de Richard pour obtenir le pouvoir sont de plus en plus cruelles.

Une première étape est franchie dans ce tome où il parvient à faire tomber l’un de ses principaux rivaux en se servant des faiblesses de ce dernier. C’est dur, c’est brutal, c’est froid et calculé. Ça ressemble bien à Richard. La grande Histoire est respectée dans les grandes lignes et on est vraiment en plein coeur d’un drame Shakespearien. J’adore l’ambiance et le rythme, la montée en tension, le drame qui pèse, les coeurs qui sombrent. C’est assez magique.

Après ce premier moment lourd de sens, Richard et ses hommes fourbissent leurs armes pour la suite. De plus en plus, le roi part à vau-l’eau avec sa nouvelle maîtresse. Les opposants se dressent plus nombreux face à lui à l’intérieur et à l’extérieur du royaume et Richard les manipule à sa guise.

Du côté de ce dernier, on voit alors qu’un conflit de loyauté naître entre ses deux fidèles alliés Catersby et Buckingham, l’un connaissant son secret et l’autre cherchant à le découvrir. Ils vont se livrer à toutes les intrigues possibles pour parvenir à leur fin, mais l’arme que Buckingham va souhaiter utiliser va se retourner contre lui. Ce nouveau personnage énigmatique n’est pas sans rappeler un de nos chers disparus. J’aimerais tellement que ce soit bien lui, cela rendrait l’histoire de Richard encore plus dramatique.

Je suis donc encore complètement séduite par cette histoire romanesque si bien mise en scène par Aya Kanno dont le trait ne cesse de m’éblouir entre lumière et noirceur. On se dirige inéluctablement vers un grand drame et j’en frémis d’avance.

Tome 10

Comme l’indique la couverture, Buckingham va être au centre de ce tournant de l’histoire. Ce tome est charnière dans la série et marquera les esprits des lecteurs en s’enfonçant toujours plus loin dans le drame qu’est la vie de Richard.

Notre héros est de plus en plus sur la corde raide, soupçonné par son ami de toujours, en train de perdre un être qu’il aime depuis longtemps, et ayant de plus en plus de mal à cacher ses désirs. Voilà tous les éléments d’un drame en trois actes.

Buckingham se doute que Richard lui cache quelque chose et met diaboliquement tout en place pour le prouver. Ça fait froid dans le dos et c’est complètement malsain. Du coup, je me retrouve très partagée concernant ce personnage que pourtant j’appréciais beaucoup autrefois, mais je n’aime pas voir où l’a conduit son obsession pour son ami. Richard, lui, doit faire face à la perte de sa frère chéri, ce qui remet en cause à la fois sa place à la Cour mais aussi ses convictions personnelles. Va-t-il avoir le courage de tenter de saisir ce qui lui tend les bras et qu’il désire depuis bien longtemps ? Le drame est à ses portes et l’autrice sait diablement bien faire monter la tension pour que tous ces éléments se nouent et se dénouent entre eux pour former une histoire terriblement sombre mais efficace et passionnante.

J’ai beaucoup aimé suivre la montée de tension suite au changement de paradigme de l’histoire d’abord au début du tome suite à la mort d’un personnage important, puis suite à la trahison d’un autre. C’était bouleversant. J’ai tout de même été révulsée par certaines scènes très dures mais le résultat dépasse toutes mes espérances pour le moment en ce qui concerne la dimension dramatique de cette histoire. Je tremble pour la suite.

Tome 11

Quel malaise et quelle tension encore ressentis dans ce tome ! Le drame continue à prendre place. On lit le titre sous un chape de plomb et avec le ventre noué plus d’une fois.

Richard a choisi sa destiné et avec ses fidèles alliés, il met son plan en branle. C’est sombre, tragique et dérangeant. On suit un héros qui va à l’encontre de la morale et donc qui est plus un anti-héros qu’autre chose. Autour de lui tout n’est que noirceur et chaque petit rayon d’espérance sombre peu à peu avec lui, c’est dramatique. Dans ce tome, nous voyons ainsi Catesby  se faire prendre dans sa toile à son tour. Et un rayon de lumière supplémentaire qui disparait. Tout n’est plus que folie autour de Richard, que ce soit sa mère qui le rejette, son amant qui ne voit plus que lui, sa belle-soeur qui a perdu la tête par ambition ou ses courtisans qui veulent tous être calife à la place du calife.

Le sentiment d’être en plein drame shakespearien se fait de plus en plus sentir. Je regrette juste pour ma part que la part de fantastique de l’oeuvre tende à disparaitre. On est de plus en plus sur des complots politiques et familiaux sombres et qui font mal. Plus personne n’est blanc, on ne sait plus à qui on peut faire confiance et qui pourrait se retourner. C’est extrêmement pesant et prenant.

Aya Kanno a vraiment réussi à m’embarquer dans son histoire dont je reste fan même au bout de 11 tomes de revirements alambiqués. C’est noir, c’est malaisant mais c’est passionnant. Voir Richard sombrer peu à peu dans la folie avec ses proches, c’est comme contempler un ange se transformer en démon. Et j’en redemande !

Tome 12

Encore un tome charnière dans l’histoire de ce cher Richard et de son ascension vers la couronne anglaise où Aya Kanno fait preuve de tout son sens de la dramaturgie pour nous emporter dans cette tragédie humaine et historique.

En se plaçant résolument du côté de Richard, le bourreau et victime de l’histoire, la mangaka travestit un peu la grande Histoire au service de son intrigue. Mais ce faisant, elle rend également le héros bien plus humain. Dans ce tome, Richard est moins tourmenté par ses démons. Il a enfin appris à accepter ce qu’il désire au fond : la lumière qu’il pense que la couronne lui apportera, et il est prêt à tout pour ça. Cependant ça ne va pas être facile, il va devoir déjouer tous les pièges tendus par « sa famille » et cela va être terrible. Après avoir vaincu la rumeur qui se propageait sur lui ainsi que le complot mené par Hasting, il va devoir maintenant affronter la Reine elle-même et ses fils. Se met en place alors une terrible tragédie magnifiquement orchestrée et mise en scène comme au théâtre le temps d’une pièce qui aura pour scène une partie de chasse. Se croisent alors les aspirations présentes de Richard et ses sentiments passés. Il perd pied, trébuche, risque sa vie, mais pour sortir transformé de ce moment charnière dans sa vie. Une nouvelle ère s’ouvre désormais pour lui.

J’ai été fascinée par la noirceur de l’ensemble des personnages dans ce tome. Même ceux qu’on aurait cru différents, plus purs, de par leur âge ou leur personnalité, mais non aucun n’est épargné. Tous sont corrompus à leur façon. J’ai eu de la peine pour Richard bien, ce personnage que la vie aura marquée d’un fer rouge et que les rencontres auront poussé du mauvais côté. Sa femme, Anne, que je croyais épargnée a vécu trop de drames et a trop peur de perdre encore ce qu’il lui reste. Les proches de Richard sont également touché, voire au coeur de ces ténèbres à l’image de Buckingham qui a été pris dans cette spirale infernale depuis tout petit, au point qu’on ne sait plus vraiment bien s’il ressent de l’amour ou de l’adoration. Puis, il y a Catesby qui se voit obligé malgré lui à participer à tout cela. Enfin, il y a les vrais « méchants » de l’histoire qui ne le sont pas autant historiquement parlant, au contraire, il s’agit d’Elizabeth et de ses fils. Ces derniers passent de vrais fous ici, des fous dangereux poussés par une mère complètement folle de pouvoir. Ils font peur mais j’ai quand même de la peine pour eux quand je vois ce qui les attend. Pour terminer, il y a ce mystérieux James Tyrell qu’on croise au détour d’un chemin, ce fantôme du passé qui risque fort d’être un élément perturbateur majeur pour notre nouveau roi.

Tout est désormais bien mis en place pour un arc final tragique. Richard a obtenu ce qu’il voulait mais à quel prix. La chute n’en sera que plus dure. Aya Kanno a su porter son intrigue à son paroxysme avec une vraie maestria, j’espère qu’elle en fera de même avec la déchéance de son héros.

Ma note : 17 / 20

5 commentaires sur “Le requiem du roi des roses d’Aya Kanno

      1. J’avais peur qu’il y ait du fantastique dans ce titre (c’est le pb des mangaka : ils mettent souvent du fantastique avec de l’historique). Mais apparemment ce n’est pas le cas et le résumé du premier tome me tentait beaucoup. Et comme tes avis pour cette saga sont positifs, elle fait donc maintenant partie de mes priorités 🙂

        Aimé par 1 personne

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