Livres - BD / Illustrations

Le château des étoiles d’Alex Alice

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Titre : Le château des étoiles

Auteur : Alex Alice

Éditeur : Rue de Sèvres

Années de parution : 2014-2021

Nombre de tomes : 6 (série terminée – pour le moment…)

Histoire : Et si la conquête de l’espace avait un siècle d’avance ?
1868. Au seuil d’une incroyable découverte à bord de son ballon de haute altitude, la mère de Séraphin disparaît mystérieusement à la frontière de l’espace. Un an plus tard, une lettre anonyme révèle que son carnet de bord a été retrouvé…
Séraphin et son père, échappant de justesse à un enlèvement, suivent la piste du carnet jusque dans les contreforts des Alpes. C’est là, à l’ombre d’un château de conte de fées, que le roi Ludwig de Bavière a entrepris la construction d’un engin spatial de cuivre et de bois qui s’apprête à changer le cours de l’histoire…

Mes avis :

Tome 1 : 1869 – La conquête de l’espace

Voici une bien belle découverte. J’ai de suite été séduite par les couvertures de cette série, aussi bien dans son édition simple et que « deluxe » et par l’ambiance qui en ressortait, mélange de romantisme et de découverte. L’intérieur est tout à fait à la hauteur. J’ai beaucoup aimé tout l’univers créé par Alex Alice qui se rapproche énormément de Jules Verne et de Miyazaki dont il semble s’être inspiré. Cela donne une ambiance très douce et mélancolique à l’oeuvre, propice à la rêverie. J’ai dont suivi avec grand plaisir les aventures de Séraphin, qui sur les traces de sa mère, cherche à percer les secrets de l’éther pour pouvoir se rendre dans l’espace. L’auteur joue très bien sur les rêves d’enfant que beaucoup d’entre nous ont au fond d’eux. Du coup, on plonge tête la première dans ses aventures qui ne sont pas non plus sans rappeler celles dans lesquelles était souvent embarqué Tintin contre son gré. Ici, entre perte de sa mère, réception d’une lettre mystérieuse, fuite pour échapper à des kidnappeur et rencontre d’un grand personnage dans un décor plus que fantastique, le lecteur ne sera pas déçu. Le tout se lit avec beaucoup de plaisir et de facilité. Les personnages sont sympathiques, on s’y attache vite et le petit groupe s’entend bien. J’ai un énorme faible pour Ludwig, la figure du romantisme germanique par excellence, ainsi que pour le père un peu bourru de Séraphin. Du côté des dessins, je suis plus mitigée. Même s’il me faut reconnaître qu’ils sont très beaux, j’ai beaucoup de mal avec l’influence du manga et de l’anime qui s’y ressent, cela manque de personnalité, notamment du côté du design des personnages. Je préfère largement les paysages et autres décors que je trouve magnifiques. En plus, l’édition « deluxe » leur rend parfaitement honneur avec son grand format, sa reliure luxueuse et ses bonus.

Tome 2

La suite de l’histoire est tout aussi entraînante. Nous voilà maintenant avec tout le petit groupe dans l’espace maintenant qu’ils ont percé le secret de l’éther et surtout qu’ils ont dû fuir la terre ferme. J’ai beaucoup aimé la confrontation entre les rêves scientifiques et philosophiques des personnages et la réalité politique de l’époque avec cette marche vers l’impérialisme de Bismarck sur le monde germanique. Ces apports historiques sont très bien amenés et donnent une vraie profondeur à l’histoire pour bien l’implanter dans un monde qui nous est familier, afin que ce ne soit pas juste un rêve. Parce qu’il faut reconnaître quand même que celui-ci est très très présent dans ce tome, notamment avec le passage du petit groupe sur la face cachée de la Lune et les découvertes qu’ils y font. L’aventure est un peu plus resserrée et moins diversifiée ici, mais je l’ai encore suivie avec plaisir. J’ai aimé voir les relations avec les personnages s’approfondir. Le choix de Ludwig ne m’a pas surpris vu le personnage mais j’attends de voir les conséquences pour les autres personnages puisqu’à la fin de ce tome, on reste sur une fin très ouverte sûrement en vue d’une nouvelle série, un nouvel arc, que l’auteur devrait bientôt sortir.

Tome 3 : Les chevaliers de Mars

Ça y est le second cycle est disponible. Nous reprenons l’histoire exactement où elle s’était arrêtée et l’édition est toujours d’aussi bonne qualité, même si de mon côté je n’ai acheté que l’édition simple et que la deluxe n’a pas l’air disponible pour le moment. Je suis toujours aussi charmée par la qualité de conteur d’Alex Alice mais aussi et surtout par ses qualités graphique. Les dessins sont sublimes, plein de poésie . Sa vision de la campagne bretonne m’a charmée et celle de Mars m’a ravie.

Dans ce second cycle, l’auteur décide de nous emmener sur Mars après nous avoir emmener sur la Lune. La guerre de l’éther fait rage sur Terre. Les Prussiens sont prêts à tout pour en user afin d’asseoir leur pouvoir et de régner sur le monde et l’espace. Séraphin et Sophie sont tranquillement chez le grand-père du premier, en Bretagne, pour le moment et creusent leurs connaissances de l’éther et de l’éthérite (une pierre qu’ils ont découvert). Mais des événements, qui les dépassent et concernent les grandes puissances européennes, vont les pousser à revêtir leur veste de voyageurs et d’aventuriers.

Tous les événements s’imbriquent encore à merveille pour former un récit très cohérent et plein d’aventures. Leur nouveau voyage me fait encore plus rêver que le premier. Et les premières images que nous avons de Mars sont intrigantes et inquiétantes à souhait. Il me tarde vraiment de lire le prochain tome avec peut-être plus de mystères et des retrouvailles j’espère.

Tome 4 : Un Français sur Mars

Je me répète à chaque tome, mais mon dieu, que c’est beau ! J’ai encore pris plein les yeux avec cette nouvelle lecture à l’univers tellement original, bien pensé et bien construit. Chaque page est une explosion de couleurs pastelles et d’inventivité surtout. Ça foisonne de bonnes idées aussi bien graphiques que scénaristiques.

Dans ce tome, l’histoire avance vite. Nos aventuriers arrivent sur Mars mais bien sûr rien ne se passe comme prévu. On a droit à certains passages obligés, découvertes des restes de l’ancienne équipes, rencontre des autochtones, tensions avec eux, etc. Mais c’est bien fait, ça rappelle de la bonne vieille SF. On dirait plus un hommage au genre qu’une copie et je me régale. Le développement est rapide, du coup c’est dynamique et on ne s’ennuie pas. Les incursions avec ce qui se passe sur Terre pendant ce temps-là sont les bienvenues surtout vu le cliffhanger des dernières pages.

La découverte de la planète Mars et de ses habitants est haletante. J’ai beaucoup aimé les choix graphiques quant à l’univers géographique de cette planète, ainsi que les êtres qui la peuplent. Il y a un bon mélange de tensions internes à l’équipe qui explore la planète, et de tensions dues aux aventures vécues. Chaque personnage est plein exploité selon ses caractéristiques, même si je regrette une fois de plus l’omniprésence du héros au détriment des autres qui mériteraient aussi qu’on les voit plus. Les méchants sont bien campés et ils permettent de mettre aussi en lumière des tensions chez les autochtones. La résolution est peut-être un peu rapide mais pour un titre destiné avant tout à la jeunesse, c’est quand même très bien fichu.

Je reste donc complètement séduite par cette série qui est l’une des rares que je fais en bande-dessinée. C’est juste trop beau et l’histoire est passionnante à suivre. Elle parle à mon âme d’enfant, de fan de Jules Verne et de SF à l’ancienne.

Tome 5 : De Mars à Paris

Premier tome du nouveau et troisième diptyque de la saga et c’est toujours un vrai bonheur de replonger dans cet univers même si, ici, j’ai vraiment eu l’impression de me retrouver dans un tome de transition. L’histoire se découpe en deux grandes parties : la fin de l’aventure sur Mars et le retour compliqué une fois sur Terre.

La première partie était celle dont j’attendais le plus, parce que c’était vraiment un rêve pour moi ce voyage sur Mars et la rencontre avec les Martiaux, mais j’ai eu l’impression que tout finissait en haut de boudin. On retrouve bien l’Empereur mais tout reste en suspens, sans solution. Du coup, la frustration est grande. J’ai l’impression de ne pas avoir eu droit au quart de la moitié de ce que la civilisation des Martiaux avait à nous offrir.

Après ce revers, les héros retournent logiquement sur Terre pour chercher de l’aide pour lutter contre les Allemands. Si l’aventure est à nouveau très bien menée, avec d’abord un va-et-vient présent/futur qui interroge, puis avec plein de petits rebondissements pour nos héros, je n’ai pas ressenti l’émerveillement des débuts. En effet, c’est cette fois une intrigue plus politique et moins scientifique qui s’offre à nous. Séraphin et ses amis, qui ont ramené avec eux la Princesse de Mars, veulent demander de l’aide à Napoléon III pour lutter contre la soif expansionniste et esclavagiste des Allemands sur Mars, sauf qu’ils vont se heurter au mur des relations diplomatiques internationales…

Le rythme n’est pas trépidant. Les mouvements avancés par les uns et les autres sont prévisibles. Sans avancée scientifique et intrigue directement liée à l’éther et au voyage spatial, ça n’a pas la même magie malheureusement. Ce n’est pas désagréable à suivre mais je ne vibre pas. Pour autant, l’histoire est cohérente. Elle tient compte de l’avance scientifique que les nations ont connu pendant l’absence des héros, mais également du jeu des relations diplomatiques. Elle rebrasse aussi des thèmes connus de notre Histoire, notamment celle de la colonisation du monde par les Européens mais à la sauce intersidérale. C’est juste que ça m’intéresse peu. Je ne lisais pas la série pour ça.

Heureusement que graphiquement c’est toujours un véritable enchantement pour les yeux. Les décors dessinés par Alex Alice font rêver. La colorisation à l’aquarelle apporte une douceur et une poésie tout à fait propice au rêve. C’est juste superbe et quasiment inégalé à mes yeux.

Ainsi même si l’évolution de l’intrigue ne m’a pas convaincue car elle nous emmène sur des voies qui m’intéressent peu, elle reste tout de même de très haute volée. Elle est bien écrite, agréable à suivre et portée par un trait magnifique. Le château des étoiles est une très belle série qui invite vraiment au voyage de façon onirique. J’ai découvert sur la 4e de couverture qu’il en existait un récit parallèle : Les chimères de Vénus, porté par Alain Ayroles (De Cape et de Croc, Les Indes fourbes) et Etienne Jung. Je vais bien entendu m’y pencher dessus 😀

Tome 6 : L’exposition interplanétaire de 1875

C’est avec sa couverture crépusculaire qu’Alex Alice décide de tirer, pour un temps du moins, sa révérence à cette série qui l’aura fait connaître au grand public. Il nous offre donc un sixième tome concluant avec émotion cette seconde et pour l’instant dernière partie de l’histoire. Cependant, il nous promet déjà des retrouvailles. On ne sait juste pas quand. Mais sa série spin-off : Les chimères de Vénus avec Alain Ayroles et Etienne Jung aux manettes n’est de toute façon pas bien loin, elle, avec son premier tome sorti il y a quelques mois.

Mais revenons à nos moutons. Alex Alice entreprend donc ici de boucler la boucle à un récit qui a pris une certaine ampleur depuis ses débuts. Comme le dit notre jeune héros, il a vécu bien des aventures en cherchant à retrouver son père et c’est autour de cette figure que ses aventures vont prendre fin pour le moment.

Pour raconter, tout ce qu’il a à raconter et il y a de quoi faire, l’auteur va donc se montrer très bavard, le nombre de pages n’étant pas extensible, et c’est un peu ce que je vais lui reprocher. La première partie de ce tome est boursoufflée par une écriture trop narrative où les dessins, pourtant sublimes de l’auteur, manquent d’impact envahis par le texte, à de rares exceptions près. On retrouve donc, ce qui me déplait souvent en BD franco-belge, à savoir une narration graphique figée qui manque un peu de vie. Je le regrette d’autant plus que je sais l’auteur capable de tout autre chose comme il le montre dans une seconde partie bien plus dynamique et pêchue où l’action prend les devants.

Heureusement malgré ce déséquilibre narratif notable, j’ai passé un très chouette moment de lecture grâce à l’intrigue imaginée par Alex Alice. Celui-ci nous invite dans sa vision revue et corrigée d’une exposition universelle, devenue dans le contexte de l’histoire une exposition interplanétaire. J’ai adoré le concept ! Sa mise en scène et en page est sublime en plus, avec notamment un panoramique dépliant au moment de sa découverte juste époustouflant. Que d’imagination encore dans l’invention des pavillons et dans les liens qu’il crée avec tout ce qu’il a imaginé auparavant. Cette revisite steampunk / SF de l’Europe de la seconde moitié du XIXe et de ses relations diplomatiques entre grandes puissances est très intelligente. J’ai adoré !

Pour conclure la série, Séraphin se retrouve à nouveau dans une grande aventure : celle visant à libérer la Princesse de Mars détenue par les Prussiens. Entre évasion de prison, élaboration d’un plan, repérages et mise en action, on ne s’ennuie pas. La fine équipe est réunie. L’auteur nous permet de retrouver les personnages phares de la saga pour un dernier épisode très énergique. J’ai apprécié de voir les jeunes autant mis en avant dans ce plan qu’ils ont concocté, mais j’ai également apprécié de retrouver les figures connues des premiers volumes : Sissi, le père et le grand-père de Séraphin, etc.

Pour ce qui est du fond, c’est somme toute on ne peut plus classique. L’auteur à travers cette aventure dénonce à nouveau l’impérialisme, poussant à l’égoïsme et à la domination arbitraire. Il appelle plutôt à un universalisme, un altruisme et une curiosité envers l’inconnue qui me parle. C’est encore une fois gentillet mais un gentillet agréable avec une belle morale.

Seraphin et ses amis vont désormais s’envoler vers d’autres horizons, d’autres mystères, d’autres quêtes et d’autres aventures. Ils ont bien grandi et mûri, leur groupe est bien établi mais les relations ne demandent qu’à évoluer. J’ai hâte de voir si leur route va croiser celle des aventuriers de Venus comme l’auteur semble le promettre. Ce serait un joli crossover.

Pour ma part, même si c’est un titre assez classique dans le fond et parfaitement jeunesse, j’ai apprécié les aventures vécues à leurs côtés depuis le premier tome. Je suis tombée amoureuse des planches d’Alex Alice qui ont une poésie spatiale limite mélancolique qui trouve écho en moi, d’où ma déception quand parfois le texte prend le pas sur cette beauté. Je serai donc au rendez-vous de leurs prochaines aventures !

2 commentaires sur “Le château des étoiles d’Alex Alice

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