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Dead Dead Demon’s Dededededestruction d’Inio Asano

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Titre : Dead Dead Demon’s Dededededestruction

Auteur : Inio Asano

Éditeur vf : Kana (Big)

Années de parution vf : Depuis 2016

Nombre de tomes vf : 9 (en cours)

Résumé du tome 1 : Depuis 3 ans, le ciel de Tokyo est recouvert par un gigantesque vaisseau spatial extra-terrestre. Pourtant, aucune attaque de la part des extra-terrestres n’est recensée bien que les humains abattent, avec une facilité déconcertante, les petits vaisseaux qui sortent de temps en temps du ventre de l’immense engin…
Pendant ce temps, sur Terre, les deux amies Kadode et Ôran, comme la majorité des humains, ne prêtent plus attention à ce vaisseau et continuent à vivre leur vie. Mais ces 3 années de paix ont endormi la vigilance de l’Humanité… Elle ne remarque pas que « l’envahisseur » s’est infiltré au sein de sa population. Et il pourrait bientôt troubler leur paisible quotidien !

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Mes avis :

Tome 1

Voici le dernier titre en date d’Inio Asano, un auteur que j’ai découvert il y a quelques années et dont j’adore les oeuvres toujours très sociales. Ici il ajoute une corde à son arc en proposant en plus un récit de science-fiction, d’anticipation dans lequel le Japon a été attaqué par des extraterrestres. Forcément quand on lit ce titre et quand on y voit la réaction de la population japonaise face à la menace qui pèse sur eux, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec Fukushima parce que comme avec cette menace, la menace du nucléaire, celle des extraterrestres n’est pas vraiment visible non plus. Elle est insidieuse et s’attaque peu à peu à la société, la faisant changer et la parasitant de l’intérieur. Tout ce que l’auteur dénonce sur les réseaux sociaux, la presse, l’industrie du divertissement existe déjà et est une critique du Japon actuel. Il se sert donc avec brio de cette menace extraterrestre pour les mettre en exergue. Au passage, tout son talent est d’arriver dans ce titre à nous tenir en haleine sans qu’on voie pour autant les fameux extraterrestres, tandis qu’au contraire on suit la vie quotidienne d’une bande de lycéenne tout ce qu’il y a de plus ordinaires. Enfin, certaines ne sont pas si ordinaires que ça. Les deux principales héroïnes : Kadode et Ôran sont de vraie geeks et la dernière est en plus sacrément perchée. Elle détonne vraiment par rapport aux autres et fait le lien avec le côté étrange de ce monde sous la menace des extraterrestres. Cela donne une ambiance assez décalée et savoureuse où j’ai pris plaisir à suivre ces jeunes lycéennes et où en même temps je me suis vu attendre qu’un événement tragique survienne sans que ce soit le cas. La bascule qui s’opère à la toute fin du premier tome, au lieu d’être tragique est plutôt intrigante, mystérieuse et complètement dans la lignée de cette ambiance de science-fiction. DDDDD est donc un très bon titre dans lequel Asano fait du Asano tout en explorant un nouvel univers et il me tarde de découvrir jusqu’où il peut aller.

Tome 2

Dans cette suite, Inio Asano propose un récit encore plus décalé. On suit le quotidien de Kadode, Ôran et leurs amies presque comme si les extraterrestres n’étaient pas là. Ce ne sont qu’un vaisseau dans le ciel et des sujets de conversation dans les médias et les filles n’y prêtent quasiment pas attention ce qui est très perturbant. En parallèle, par de brèves incursions dans l’usine à l’origine du Hujin ou dans les déambulations d’un extraterrestre à Tokyo, on sent bien que la menace est belle et bien présente. La preuve, cela se concrétise dans les toutes dernières pages du tome lors d’un événement complètement inattendu qui nous prend vraiment à froid. Le gouvernement cache bien des choses au peuple japonais et les filles tout comme lui sont dans l’ignorance. Elles pensent bien plus à leurs histoires d’ado qu’à cette menace. On les suit ainsi dans leurs derniers jours de lycéennes tandis qu’elles révisent, se chamaillent, se charrient, passent peut-être leur dernier Nöel ensemble, etc. Cette dichotomie entre les deux thèmes du récit est perturbant. Le passage souvent brutal ou inattendu entre la science-fiction et la chronique sociale permet au mangaka d’accentuer encore plus son propos à chaque fois et de le rendre d’autant plus marquant. C’est un titre vraiment à part, qui surprend et dont on ne peut clairement pas deviner la voie qu’il va suivre.

Tome 3

Sur le même schéma que le tome 2, on est une nouvelle fois pris entre deux feux dans ce tome : la menace extraterrestre et tout ce qu’elle entraîne à Tokyo et au Japon, et la fin des années d’insouciance des filles qui terminent le lycée, ce qui est encore une fois assez perturbant. J’ai encore aimé ce décalage où l’on sent quand même de plus en plus l’incursion de l’invasion dans leur quotidien, à l’image de la perte de leur amie. D’ailleurs on se pose de plus en plus de questions sur la réalité de celle-ci quand au détour d’un voyage touristique en bus, des personnages se demandent si ce n’est pas une mise en scène du gouvernement, ou bien quand on suit des soldats dans un quartier désert alors que prétendument occupé par des aliens. Du coup, les scènes des dernières pages sont d’autant plus fortes. On sent bien qu’elles annoncent la fin brutale d’une époque, enfin pas si brutale quand on voit la façon dont Inio Asano nous prend gentiment par la main pour nous y conduire l’air de rien depuis le premier tome. Dead Dead Demon’s est clairement une série atypique, bouleversante et un vrai uppercut parfois.

Tome 4

J’ai à nouveau aimé ce tome dans lequel on change un peu de paradoxe. Cela démarre avec l’introduction d’un nouveau personnage qui prend partie dans la « guerre » qui oppose le Japon aux Extraterrestres. D’habitude, on était plutôt avec le groupe des filles qui s’en fichaient, mais là on sent que plus le temps passe, plus on est obligé d’être confronté à ce qui se passe, on ne peut plus l’ignorer. Et dans ce tome, on sent bien le glissement que fait Inio Asano à ce sujet, allant même jusqu’à nous montrer la société des Extraterrestres et la façon dont ils nous voient et perçoivent cette « guerre ». C’est diablement bien fait. Les nouveaux personnages, Futaba et Makoto, permettent d’amener un peu de sang neuf et de créer de nouvelles dynamiques au sein du groupe des filles qui sont désormais à l’université. On les voit ainsi grandir un peu toujours sur fond de cette menace qui semble ne jamais vouloir disparaitre. C’est toujours aussi pesant et insidieux et le passé de la perte de leur amie remontant de temps en temps contraste fortement avec l’ambiance débonnaire qu’elles cherchent à créer la plupart du temps. C’est glaçant et j’adore !

Tome 5

Cette série est toujours une excellente lecture, pleine de réflexions. Dans ce tome, on s’intéresse un peu plus à ceux qu’on appelle les envahisseurs. J’ai aimé les découvrir aussi bien grâce à Oba que grâce à la brève incursion dans l’une de leur colonie. Voir la guerre à travers leurs yeux est frappant. On sent un vrai message sur l’absurdité de la guerre et de la course à l’armement de la part de l’auteur. Il décrit les problèmes de communication qui aboutissent à des conflits inutiles mais aussi les différences relevant de la culture de chacun. C’est fait avec subtilité mais c’est percutant en même temps. On ressent bien le sentiment d’injustice qu’il veut transmettre, notamment lors de l’attaque de l’école mais aussi de la colonie. Inio Asano n’oublie pas non plus de parler du point de vue des militaires et des pro-guerre. Il n’oublie la voix de personne et sait se montrer nuancé. J’aime vraiment beaucoup. Son message est fort mais je me demande parfois vers quoi cela va mener. Oba semble parler d’un futur bien sombre pour tout le monde. J’attends le moment où tout va éclater.

Tome 6

Inio Asano est toujours un aussi bon conteur. C’est fou comme il arrive à marier chronique du quotidien estudiantin avec crise nationale et mondiale autour des envahisseurs.

Dans ce tome, on a droit à un peu plus de politique que dans les précédents. On voit le gouvernement profiter de la menace pour prendre des mesures controversées qui vont mener à un plus grand contrôle de la population et une course à l’armement. C’est glaçant. Là-dessus, parce qu’ils ne sont pas idiots, les étudiants vont aussi réagir et manifester à travers différents mouvements. J’ai trouvé intéressant de voir le point de vue nuancé dans deux partis, aucun n’a raison ni tort sur tout. Ceux qu’on prend pour les « méchants » sont assez lucides sur le gouvernement, tandis que les « gentils » se font bien manipuler et vont avoir recours à des moyens inavouables. C’est très fort.

Du côté des filles, j’ai aimé la façon dont ce contexte les rattrape. C’est triste de voir Futaba se faire embringuer. Et le chapitre où l’on voit tout à travers les yeux d’Ôba est saisissant. Ça montre bien comment tout cela est abscons. J’espère bien qu’on va continuer sur cette dynamique dans les prochains tomes.

Tome 7

Inio Asano est un mangaka toujours aussi intriguant et barré à la fois, c’est-à-dire plein d’imagination, ce tome en est la parfaite illustration.

Tout commence par une belle caricature des hommes politiques, à la fois étranger (américain en l’occurrence) et japonais, autour de la question des envahisseurs, figure représentant à la fois les étrangers et la catastrophe de Fukushima, c’est-à-dire une menace. J’ai beaucoup ri de cette critique de notre société actuelle.

Mais vient ensuite un moment tranche de vie qui sous des apparences calmes et tranquilles, sorte de voyage estival entre potes, va être l’occasion de bien des révélations. Oba accompagne tout ce petit monde et va nous apprendre plus sur son espèce, pourquoi ils sont là, depuis quand etc. Ça reste bien sûr encore très cryptique, très mystérieux mais ça met l’eau à la bouche. Sans parler de la révélation finale sur Oran que je n’avais pas du tout vu venir.

Le reste du tome, lui, oscille entre humour gras, réminiscences de la fin de l’adolescence et conversations de geeks auxquelles je n’ai parfois pas compris grand-chose. Ça installe tout de même une ambiance très particulière, à la fois barrée et déjantée qui me séduit et rend ce titre atypique donc marquant !

Tome 8

Le tome que je n’attendais pas ! Inio m’a souvent surprise dans cette série mais je ne pensais vraiment pas qu’il nous offrirait un tome flashback qui évoquerait les événements dont il est question. Je suis soufflée !

Retour en arrière sur le passé de nos deux charmantes héroïnes : Oran et Kadode. Oba notre charmant extraterrestre a décidé de révéler à Makoto ce qui a changé à jamais nos deux jeunes filles quitte à ficher en l’air leur amitié. Alors forcément, le lecteur ne peut être qu’avide et curieux de découvrir cela. Ça marche du tonnerre de dieu.

J’ai donc été moi aussi happée dans leur passé. J’ai été surprise de les découvrir plus jeunes et si différentes de celles qu’on connait. La révélation sur leur première rencontre du troisième type est inattendue. Ça change tout. On se demande alors comment on en est arrivé à notre présent et c’est ce qu’entreprend de nous raconter le mangaka. C’est simple mais terriblement efficace. J’ai aimé revivre leurs jeunes années, les voir se rencontrer, nouer des liens, jouer les justicières. Et puis, il y a un élément de l’histoire qui les chamboule et nous interpelle (spoiler : le fameux extraterrestre qu’elles rencontrent, sauvent et cachent dans la peluche d’Isobeyan et qui veut leur faire prendre ce « médicament » changeant leur personnalité. Est-ce à cause de lui qu’elles sont telles qu’on les connait ?) C’est fascinant et très frustrant de voir le tome se refermer si vite. J’aurais aimé continuer encore.

Inio Asano a réussi son pari. Il nous a bien surpris et embarqués dans une histoire qui change tout et donne envie de tout relire pour voir si des choses ne nous ont pas échappé. C’est un joli renversement mais qui va rendre l’attente du prochain tome encore plus dure.

Tome 9

La série a vraiment pris un tournant surprenant depuis le dernier tome avec ce retour dans le passé d’Oran et Kodode. J’ai l’impression de découvrir une série totalement différente et ça fonctionne encore plus fort sur moi !

J’ai été extrêmement touchée par ce tome où l’on découvre la relation première entre Oran et Kodode. Les deux amies avaient découvert un extraterrestre avant l’invasion, empêchant celle-ci et nouant une relation amicale avec lui. Sauf que ça dérape sérieusement du côté de Kodode. J’ai adoré la suivre ! Elle est totalement à fleur de peau. Elle est barrée et Oran assiste à ça sans s’en rendre compte. C’est fascinant. J’ai adoré la voir basculer dans la folie lentement mais assurément sous nos yeux. Le ton est sombre, âpre, rude mais en vaut le coup. C’est une vision tragique d’une jeunesse désenchantée qui ici se saisit d’un outil surprenant pour faire entendre son mal être. La métaphore est forte !

La relation entre les deux amies n’aura jamais été aussi forte, fusionnelle et passionnée. Je suis fascinée. Fascinée par les sentiments extrêmes de Kodode pour Oran, mais également fascinée par la réponse de celle-ci quand elle se rend compte des implications. Cela donne des moments extrêmement intenses et marquants, parfaitement mis en scène par l’auteur de manière très cinématographique et impactante !

Inio Asano manie les arcanes de la science-fiction comme un maître. Voyage dans le temps, interaction avec un extraterrestre, dimensions parallèles, message dénonciateur de la société actuelle, tout y est. J’ai beaucoup aimé le rythme et l’ambiance insufflée dans ce tome. L’utilisation des personnages est également top, aussi bien les héroïnes, que le frère d’Oran ou les extraterrestres qu’elles ont croisé. Il rebat complètement les cartes et nous surprend avec une facilité rare. C’est complètement farfelu et pourtant ça fonctionne à mort. Ça donne envie de relire toute la série pour voir les divergences et notamment examiner mieux les réactions d’Oran, seule apparemment à être au courant des deux temporalités. Fascinant.

Je suis donc désormais encore plus impatiente de lire la suite pour voir où cela va nous conduire. Va-t-on à nouveau avoir une dénonciation en surface de notre société pendant que les héroïnes vivent leur vie ? Ou va-t-on poursuivre ce récit plus profond et émouvant où on les sent émotionnellement impliquée dans ce qui se passe et où on les voit jouer un rôle clé ? J’espère que ce sera la deuxième proposition !

Ma note : 16 / 20

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2 commentaires sur “Dead Dead Demon’s Dededededestruction d’Inio Asano

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