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L’enfant et le maudit de Nagabe

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Titre : L’enfant et le maudit

Auteur: Nagabe

Éditeur vf : Komikku

Années de parution vf : 2017-2021

Nombre de tomes vf : 11 (série terminée)

Résumé du tome 1 : Il y a très longtemps, dans une contrée lointaine, existaient deux pays… “L’intérieur” où vivaient les humains, et “l’extérieur”, où habitaient des créatures monstrueuses qu’il ne fallait surtout pas toucher, sous peine de subir la malédiction. Cette histoire commence le jour où se sont rencontrés deux êtres qui n’auraient jamais dû se croiser…
Ils sont aussi différents que le jour et la nuit… Et malgré tout ce qui les sépare, malgré les ténèbres qui les entourent, ils vont écrire petit à petit une fable tous les deux…

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Mes avis :

Tome 1

L’enfant et le maudit, le nouveau titre de Komikku, est un shonen à l’ambiance très particulière à la fois lente, dramatique et poétique. Le dessin est à l’aune de cela avec son côté minimaliste et un peu expérimental, il ne peut pas laisser indifférent, on aime ou on déteste, je pense. De mon côté, j’ai bien aimé mais ce n’est pas non plus le coup de coeur. J’ai trouvé que le dessin correspondait parfaitement à l’ambiance du titre même si dans les premières pages j’ai eu un peu de mal. En effet le trait et surtout l’encrage de Nagabe peuvent laisser penser qu’il y a eu un problème à l’impression tant les traits qui s’effacent par moment ne nous sont pas habituels.

Concernant l’histoire, celle-ci avance tout tout doucement dans ce tome d’introduction. On suit dès les premières pages une petite fille qui vit avec une créature mis animale mi humaine qui semble devoir cette apparence à une malédiction. La petite fille attend que sa tata vienne la chercher mais elle a été en fait abandonnée et recueillie par la créature. La petite fille a un passé encore plus sombre qui l’attend d’après ce qu’on apprend dans les dernières pages. Ces deux individus très différents cohabitent sans que la petite fille ait le droit de toucher la créature de risque d’être maudite à son tour. On apprend rapidement que ceci tient d’une dispute entre deux Dieux où l’un a maudit l’autre ce qui a donné naissance à cette malédiction et à la séparation de leur monde en deux territoires distincts.

Nagabe installe vraiment un paysage fantastique solide et mystérieux qui a ravi le coeur de la fan de fantasy que je suis. C’est fait avec beaucoup de doigté et de douceur, on sait qu’elle aime prendre son temps. Les deux univers se marient très bien dans cette ambiance à la fois médiévale et ancienne façon campagne anglaise du XIXe. On est intrigué par Le maudit et aussi par les habitants de l’autre royaume. On se demande comment la situation a pu en arriver là et comment elle va encore évoluer.

L’enfant et le maudit est un vrai titre d’ambiance, un peu lent à démarrer mais qui semble assez prometteur.

Tome 2

Je ressors mitigée de ma lecture après ces deux tomes. Je trouve que l’histoire n’avance pas vraiment dans ce tome. On n’en sait toujours pas plus sur la malédiction, comment la lever, comment on en est arrivé là, comment en sortir. Pourtant tout commençait bien. Ça a démarré sur les chapeaux de roues avec l’attaque de Sheeva par cet être de l’extérieur et l’intervention du professeur. En suivant cette créature, j’ai cru un temps en apprendre plus mais au final ce ne fut pas le cas et au contraire j’ai encore plus de questions qu’avant. Il ne se passe pas grand-chose dans le reste du tome, si ce n’est que ceux de l’intérieur se préparent à enlever Sheeva et utilisent sa tante pour cela. Le reste avec le Professeur qui s’interroge sur ce qu’il doit dire à la petite est juste redondant.

Alors ça a beau être un titre à ambiance et j’ai beau aimer le côté poétique et intrigant de celle-ci, je commence vraiment à rester sur ma faim. Je laisse encore un tome pour voir si ça évolue avant de lâcher l’affaire, surtout que le parti pris du dessin se révèle assez gênant parfois avec des scènes illisibles.

Tome 3

L’histoire n’avance toujours pas énormément mais je me suis un peu réconcilier avec la série grâce à ce tome. Je l’ai trouvé très fort émotionnellement, cruel et puissant à la fois. On ressent toute la noirceur du monde de Sheeva dans ce tome aussi bien dans les situations que dans le dessin. Celui reste brouillon et difficilement lisible parfois mais il correspond bien au titre. Dans ce tome, nous suivons d’abord le retour de Sheeva parmi les siens. Bien sûr, c’est un plan orchestré par le roi à la suite d’une prophétie qui la concernerait. Mais tout tourne mal et elle finit pour retourner vivre avec le Prof à qui elle manquait beaucoup, avec sa tante nouvellement transformée. Sheeva est de plus en plus mystérieuse. L’auteure semble promettre de lever le voile sur ses origines dans le prochain tome, on verra si elle tient ses promesses. En attendant, on constate ici toute la cruauté du monde dans lequel elle vit où on peut sacrifier tout un village et sa population dans la tentative de réaliser une obscure prophétie. Les autorités du royaume sont impitoyables et ça claque vraiment dans un titre comme celui-ci où l’on suit une petite fille naïve. Ça frappe en plein coeur et ça touche vraiment une telle violence aveugle, rappelant les plus sombres moments de notre histoire. Ici, les humains transformés subitement en monstres m’ont furieusement rappelé les irradiés japonais des bombes atomiques…

Tome 4

L’ambiance est toujours au rendez-vous dans ce quatrième tome qui oscille tendrement entre joie et tristesse. C’est fou toutes les palettes d’émotions qu’arrive à exprimer Nagabe avec ses dessins pourtant si minimalistes. Je suis encore scotchée par la beauté et la poésie de certaines pages, et le travail sur les silences.

Dans ce nouveau tome, on se concentre un peu plus sur les « adultes »et la façon dont ils vivent ces nouveaux bouleversements. C’est très touchant de voir d’abord la Tata de Sheeva tout faire pour la protéger, puis se perdre peu à peu. C’est déchirant de voir le Prof expérimenter la jalousie, la tristesse puis la joie, tout ça grâce à la petite Sheeva. J’ai vraiment été très émue par ces deux personnages à l’histoire si tragique dans ce tome. J’ai également apprécié découvrir un peu plus le passé de Sheeva même si son immunité reste encore bien mystérieuse.

Après un tome doux-amer, le prochain risque d’être plus sombre avec la perte qu’ils vivent dans les dernières pages, c’est triste.

Tome 5

Comme je le pressentais, ce tome est terriblement sombre mais pas seulement à cause de la perte qu’ils viennent de vivre mais aussi parce qu’on commence à s’intéresser de plus près à la malédiction. Les intrigues deux mondes s’entremêlent avec Sheeva au centre et le drame n’est jamais bien loin. L’ambiance est lourde et pesante, dégageant une poésie un peu macabre, à l’image de toute la métaphore sur la mort au début du tome. C’est beau mais lourd de sens. On nous parle de la vie, de la transmission à la génération suivante, mais aussi de la fin de vie et de la mort, puis de l’incompréhension et de la colère que ça engendre. C’est fort et douloureux, et le dessin minimaliste de l’auteur s’y prête bien.

L’histoire continue donc sur la voie du drame même si on n’oublie pas de nous donner quelque petits moments de répit pour pouvoir souffler un peu. La petite vie de Sheeva n’est pas non plus fait que de drame et elle sait trouver du plaisir des les petites choses et les petits instants de la vie. Sa relation avec le Professeur s’approfondit après qu’ils se soient ouvert l’un à l’autre. Ce dernier a compris qu’il pouvait compter sur elle pour résoudre ses problèmes.

Et des problèmes, il y en a cette fois encore. Des soldat du Royaume vont venir leur chercher des noises, persuadés que Sheeva est la clé de la malédiction. C’est l’occasion d’en apprendre plus sur les croyances autour de celle-ci aussi bien du côté du Royaume de l’intérieur que des Maudits eux-même. Cela donne un fil rouge pour la suite de l’histoire et nous intrigue vraiment sur le rôle de Sheeva mais aussi sur la place de Prof qui semble ne pas ressembler aux autres de son espèce. Ce tome est donc riche et complet, avec plus de rythme et d’action que les précédents. Ça fait du bien.

Tome 6

Après un tome assez sombre, ce nouvel opus offre un bel équilibre entre noirceur et lumière, violence et douceur ou plutôt espoir. Nous suivons les nouvelles aventures de notre duo qui a changé d’environnement suite aux dernières péripéties. C’est donc un nouveau départ auquel nous assistons et c’est toujours aussi touchant, surtout que Nagabe commence à rendre ses personnages plus bavards ce qui leur permet de se rapprocher et de s’ouvrir l’un à l’autre renforçant leur relation. J’ai beaucoup aimé les voir ainsi, Prof osant devenir proche de Sheeva et Sheeva recevant enfin l’affection qu’elle désirait tant. Ça m’a émue.

En parallèle, pour le plus grand plaisir du lecteur, les mystères entourant l’univers où ils déambulent sont creusés entre révélations et nouveaux mystères. On en apprend plus sur Prof, ou du moins des hypothèses commencent à surgir sur lui, sur qui il est ou était, homme ou créature. Ça interroge une nouvelle fois sur ce qui définit l’humanité de chacun. La menace est aussi toujours présente. Elle se rapproche encore une fois et vient de tous les côtés malgré le havre de paix qu’ils ont essayé de se créer. Vont-ils bientôt frapper ? En attendant cela crée une attente inquiétante qui renforce l’ambiance mystérieuse du titre, ce que j’apprécie, tout comme la composition des planches que je trouve de plus en plus séduisante dans leur étrangeté. Une série qui devient de plus en plus captivante.

Tome 7

Après une longue absence de plus de 6 mois, voici enfin le retour de cette série si poétiquement sombre. Ce tome se sera révélé une excellente lecture noire et dérangeante mais marquante.

Le professeur est attaqué par l’un des soldats qui cherche Sheeva, tandis que l’autre s’est introduit dans la maison afin de la tuer et de lui voler son âme car il pense qu’elle est l’antidote à leur malédiction. Cela donne une entame de tome assez terrible avec un professeur complètement démuni qui court après le temps, pendant que Sheeva ne peut compter que sur elle. J’ai beaucoup aimé la voir trouver tant de ressources en elle pour sauver sa vie. J’ai été touchée par la détresse du professeur qui montre combien cette petite compte sur lui. Cela montre bien la force de leur duo.

L’histoire avance également. On apprend peut-être enfin qui a pu être le prof. On découvre aussi ce que Sheeva cache sous ses vêtements. Et tout ça nous conduit à une seconde partie tout aussi sombre et stressante que la première, où cette fois le prof décide de prendre les choses en main, quitte à se détruire. C’est encore d’une terrible tristesse. Ça fait mal de voir cet homme renoncer à une part de lui-même pour Sheeva et échouer encore une fois. Le mal continue donc à se répandre sans solution immédiate, c’est ça le pire.

Graphiquement, c’est une maestria. J’ai trouvé la narration graphique encore plus forte que d’habitude avec un vrai sentiment d’urgence et de terreur quand c’était nécessaire. L’auteur montre aussi qu’il a du talent pour mettre en scène des actions vivent et sanglante, ainsi que stressante et violente. Son panel graphique est encore plus large que prévu. C’est passionnant à voir.

J’ai donc été ravie de retrouver l’univers et le beau duo de l’Enfant et le maudit. L’histoire avance. L’auteur ouvre sa palette d’émotions et de scènes. L’ambiance est émouvante et terrifiante à souhait. Bref, un très bon tome !

Tome 8

Encore près de 6 mois depuis le dernier tome, ça n’aide vraiment pas à suivre cette histoire déjà compliquée à appréhender en soi.

En plus, ce tome fut vraiment déchirant et d’une tristesse ! J’ai eu une boule dans la gorge tout du long. J’avais l’impression de lire le dernier tome. Le mangaka nous amène enfin au bout du bout du chemin parcouru par Sheeva et le professeur. La malédiction gagne celle-ci et le choix que fait alors le professeur est aussi extrême que tragique mais inéluctable. C’était le seul. Avec lui, l’auteur fait une belle parabole sur le rôle d’un père vis-à-vis de son enfant, mais c’est d’une tristesse.

Après cette première partie très dure, la suite l’est tout autant. Enfin, on avance dans l’univers en se plaçant du côté du Roi qui cherchait Sheeva. Un pan du voile continue à s’écarter pour nous montrer la façon dont on considère la malédiction et la personne de Sheeva de l’autre côté. C’est très intéressant. J’ai vraiment eu l’impression de me retrouver dans un conte cruel du Moyen-Âge. Les similitudes avec notre Histoire sont présentes : royaume dirigé par un roi faible, intrigues de cour, traitement des porteurs d’une maladie, etc. Cela rend cela très crédible malgré le décor fantastique de la série, ce que j’apprécie.

Graphiquement, c’est encore et toujours une réussite même si une routine s’est installée et qu’on ne ressent plus l’effet de surprise des débuts. C’est devenu naturel d’avoir ce dessin très épuré, fait de noirs et de blancs accentués avec ces lignes très piquantes et cassantes telles des ronces de contes de fée. Personnellement, j’adore l’expérience. J’aimerais juste une mise en page un peu plus surprenante.

Un nouveau tome qui offre un tournant majeur dans l’histoire. Ça prend aux tripes et ça bouleverse. L’auteur avance enfin dans son récit et prend une direction non surprenante mais nécessaire. C’est une belle paraboles sur la parentalité et également un beau récit sur la différence.

Tome 9

Je remercie Komikku d’avoir resserré la parution des derniers tomes car la tension qui y monte crescendo est de plus en plus dure à contenir et ce tome m’a fait l’effet d’une petite claque.

Sheeva s’est fait capturer par les gens de l’intérieur qui souhaitent la sacrifier pour mettre fin à la malédiction. Mais le roi n’a pas pu s’y résoudre. Le professeur, lui, a été abandonné dans la forêt après lui avoir cédé son âme et est sur le point de se transformer en arbre. Tout est sur le point de se terminer dans la tragédie.

Nagabe offre vraiment un très beau conte sombre et cruel ici. Je suis littéralement sous le charme de cette ambiance noire et onirique qui prend racine dans des mythologies ancestrales qui pour une fois n’ont pas été édulcorées. C’est angoissant, terrifiant, cruel et ça nous remue. Le mangaka revient dans ce tome aux origines même du mal qui ronge ses personnages avec le récit des débuts de leur monde. Des débuts obscurs et sans concession mais subtils et bien équilibrés où on ne saurait dire au juste ce qui est bon et qui est mauvais. Ce sera le ton de ce tome.

Sheeva est la lumière de cette histoire. Elle a repris du poil de la bête et a à nouveau l’énergie pour se battre. Elle fait de drôle de rencontre qui vont l’encourager dans sa lutte et lui offrir une porte de sortie. J’ai beaucoup aimé retrouver cette petit fille énergique et pleine de vie qu’on connaissait, mais surtout pleine d’optimisme et d’amour pour son professeur, qui ne se laisse jamais ébranler une fois qu’elle a fait son choix.

Face à elle, les figures du Roi et du Chevalier sont magnifiques, en particulier le roi. L’auteur ne l’épargne pas et le met face à ses responsabilités de la plus cruelle des façons mais il s’en tire haut la main. C’est poignant et terrible à la fois, à l’image de cette série, qui a vraiment pris un tournant dramatique ici. Tout commence à se rejoindre et à faire sens pour une histoire sombre et complexe qui prend racine dans nos peurs et nos mythes les plus anciens. C’est superbe !

Le rythme est en plus haletant pour le titre avec des changements de lieux, de personnages, de points de vue régulier qui rendent la lecture passionnante. C’est vraiment LE tome à avoir et je pense que la suite ne baissera pas d’un cran quand je vois ce final terrible que nous propose Nagabe. D’ailleurs, il est vraiment ouvert à de multiples spéculations. SPOILER : Qui est cet être féminin en blanc ? La mère ? Est-ce qu’on la voit donner naissance au Professeur ? Ou bien est-ce Sheeva qui aurait évoluer dans le futur, prise par la malédiction ? Ces dernières pages sont en tout cas magistrales dans leur mise en scène !

Beaucoup d’émotions ressenties dans ce tome, qui est peut-être l’un des plus beaux et plus intenses de la série pour moi. J’ai eu mal, j’ai eu peur pour les personnages mais ils m’ont apporté de l’espoir. Nagabe offre vraiment une histoire sombre et sans concession dans un univers à la mythologie ancestrale à la poésie macabre et intense.

Tome 10

Quel tome mon dieu ! Ce n’est pas le coup de coeur de la dernière fois mais plutôt une lecture qui pousse à la réflexion, qui pousse dans ses retranchements et qui chamboule.

Le tome précédent se terminait de façon magistrale par un chamboulement extrêmement fort. L’auteur reprend là où il nous avait laissés et il nous apporte tout au long de cette lecture plein de clés de compréhension, mais pour autant rien n’est tout cuit, tout est à construire et à réfléchir.

Professeur a retrouvé une âme, celle dont on se doutait. C’est l’occasion de revenir sur son passé, de découvrir celui qu’il était autrefois, ce qu’il lui est arrivé et comment il a vécu jusqu’à sa rencontre avec Sheeva. C’est un récit poignant, âpre et terrible à la fois. Ce que met en scène l’auteur n’est pas sans rappeler une terrible période de notre passé. Je vois dans le récit de cet montée de l’ostracisme, une fable de la Shoah et des autres génocides. C’est assez terrible. La façon dont sont traités les êtres de l’extérieur rappelle celles dont furent traités ces peuples, tout comme la façon dont on règle le compte de ceux qui les aident rappelle les difficultés qu’ont rencontré les résistants. Le parallèle se fait tout seul.

Et le dessin très particulier de Nagabe participe à cette ambiance. Je ne sais pas si c’est moi, mais je lui trouve quelque chose de très Européen. Il me rappelle à la fois les gravures des contes du XIXe et le travail des expressionnistes du début XXe. Il me fait froid dans le dos, me met mal à l’aise, mais reste longtemps en mémoire.

Ce tome est également celui des retrouvailles et des réponses, pas forcément celles qu’on attendait ou celles qu’on souhaitait mais c’est bien le cas. Les premières, celles entre Sheeva et le Professeur sont très particulières, fortes et dérangeantes comme le reste du titre. J’ai été toute chamboulée par celles-ci et je ne suis pas sûre d’en avoir bien saisi toute la mesure mais je trouve que l’auteur a vraiment fait preuve de culot. Il a osé tout transformer pour nous pondre quelque chose de très puissant qui ne peut que nous remuer.

SPOILER : Franchement qui aurait imaginé que l’âme du Professeur lui venait d’un enfant de la nuit qui lui avait donné sa tête après avoir lui-même pris l’âme de son nourrisson, et que donc en donnant son âme à Sheeva, le Prof redonnait presque son âme à son premier possesseur, qui part la suite allait à son tour la lui rendre. C’est un sacré sac de noeuds !

Je ne sais pas encore si j’ai aimé tout ça, si j’ai bien tout compris, mais j’ai en tout cas vécu une lecture forte et puissante, et je n’en sors pas indemne.

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Un album illustré tout en couleur, L’Enfant, le Maudit et le goûter, qui propose une histoire inédite de Sheeva et du Professeur.

Komikku nous offre sous forme de petits albums reliés, des histoires bonus offertes avec différents tomes de la série mère. J’ai eu la chance de gagner celui-ci mais un autre existe également : Jardinons avec l’Enfant et le Maudit.

Chaque histoire se présente sous la forme d’un petit album au format à l’italienne d’une trentaine de page mais d’une taille assez petite, une dizaine de centimètres de haut. L’histoire est entièrement en couleur et reprend le dessin type de la série que j’avais tant aimé mais avec des couleurs beaucoup plus riches tournant surtout autour du bleu, du blanc et du jaune ici, ce qui m’a bien plu. En revanche, j’ai été déçue par la charte textuelle, choisir une police d’écriture qui rappelle « comic sans ms » fait assez amateur…

L’histoire, elle, est toute simple : Sheeva a envie d’organiser un goûter et se fait aider par le Professeur pour cela. C’est mignon tout plein de la suivre préparer tout ça en cuisinant, en sortant le beau linge et en installant tout. Cependant cela tient surtout de notre attachement envers les personnages dans la série principale. Je suis assez sceptique pour quelqu’un qui lirait juste l’album, je ne suis pas sûre qu’il en ressortirait ou ressentirait grand-chose…

Du coup, même si j’ai trouvé cela bien mignon, je reste aussi sur ma faim et je trouve le prix un peu élevé pour l’objet et son contenu. Du coup, je ne pense pas acheter l’autre même si j’adore les dessins de l’auteur.

Tome 11 – Fin

Ce n’est pas simple de conclure une oeuvre comme l’Enfant et le maudit. C’est un titre tellement clivant, tellement poétique aussi et étrange, avec une puissance émotionnelle terrible que le moindre faut pas se sent. Ainsi, Nagabe a pour moi fait un pas de côté qui m’a embêtée dans ces ultimes pages mais j’ai tellement été emportée par tout le reste que cette conclusion est tout de même un coup de coeur !

Je m’explique. Tout au long de ce tome, j’ai été enchantée par la complexité tortueuse du Professeur qui se triture le cerveau pour savoir quoi faire. Retrouver Sheeva et perdre son âme, ou garder celle-ci et perdre Sheeva. La symbolique christique est particulièrement forte, tout comme l’ambiance freudienne. C’est un choix cornélien face auquel il est et la mise en abyme grâce à ses discussions avec la créature qui remplace Sheeva est puissante.

J’ai adoré la poésie macabre et romantique de la fin de cette série. Elle m’a totalement emportée et charmée. Tout comme j’ai aimé la puissante symbolique organique qui accompagne le héros. C’est certes très cryptique et métaphorique, on est quasiment dans du Evangelion parfois lol mais c’est marquant et cela fait beaucoup réfléchir.

Ainsi, j’ai été un brin dérangée par la décision finale du Professeur. SPOILER : Pour moi, le choix qu’il fait de retrouver Sheeva est narcissique et contre nature, puisqu’on a appris que Sheeva n’était que l’émanation de son âme. Il fait donc le choix de s’aimer lui-même à travers elle. On peut trouver ça beau, moi vu que c’est matérialisé par une enfant et un homme adulte, j’ai trouvé ça un peu glauque, dans l’esprit de Lewis Carroll et de son amour des petites filles. Mais peut-être est-ce juste moi qui surinterprétè, parce que quand même il ressort un vrai apaisement bienveillant de la conclusion, porté par des souvenirs qui réchauffent le coeur des personnages et du lecteur.

Après, je dois avouer que concernant ce titre, oui j’en aime beaucoup l’histoire, mais c’est l’univers graphique de Nagabe que j’aime encore plus. Depuis le début, je le trouve précurseur par rapport à ce qu’on trouve habituellement chez nous dans les mangas grand public comme celui-ci. Il a son propre univers et la poésie et la mélancolie amère de celui-ci me parle totalement. Il y a dans ce tome, à nouveau, des compositions magiques que ce soit dans une ambiance romantico-gothique comme j’en ai parlé, mais également dans une ambiance forestière singulière et limite effrayante, ou encore dans une matérialité organique qui ne peut que rester longtemps imprimé sur la rétine. C’est sensationnel !

Ainsi, l’Enfant et le maudit fut pour moi une vraie expérience. J’ai eu l’impression de lire une vraie oeuvre totale où l’auteur s’est engagé aussi bien dans son dessin, son histoire que le message que les deux transmettaient. Alors oui, ce sera sûrement une oeuvre clivante mais j’ai envie de vous dire, laissez vous tenter, je ne pensais pas aimer autant au début et au fil des tomes, mon amour pour la série n’a fait que grimper pour finir en apothéose !

8 commentaires sur “L’enfant et le maudit de Nagabe

  1. Je te rejoins complètement sur la dimension poétique/dramatique de l’histoire, le magnifique jeu entre ombre et lumière et l’ambiance graphique qui n’appelle pas à la demi-mesure. A un moment, j’ai aussi eu cette impression de conte cruel du Moyen Age…
    Quant à l’album, tu confirmes ce que je craignais : mignon, mais trop cher par rapport au contenu.

    Aimé par 1 personne

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