Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Les fleurs du mal de Shûzô Oshimi

Titre : Les fleurs du mal

Auteur : Shûzô Oshimi

Éditeur vf : Ki-Oon (shonen)

Années de parution vf : Depuis 2017

Nombre de tomes vf : 9 / 11 (série en cours)

Résumé du tome 1 : Une ville de province banale, un collège banal, un quotidien banal. Takao, élève moyen et timide, se sent enfermé dans ce monde étroit. Il n’a qu’une échappatoire : la lecture. Il est surtout fasciné par l’étrangeté des Fleurs du mal de Baudelaire. Ce recueil est devenu son livre de chevet, tout autant que son moyen de se différencier dans un monde gris où tout le monde se ressemble. Il existe pourtant un élément de surprise incontrôlable dans son univers : Sawa, assise derrière lui en classe, refuse toute autorité en bloc. “Cafards !”, “Larves !” : elle ne rate pas une occasion d’exprimer sa haine et son mépris, même envers ses professeurs. Crainte de tous, elle est l’élément déviant de la classe. Mais Takao préfère se concentrer sur la populaire Nanako. Il ne lui a jamais parlé et se contente de la regarder de loin. Alors quand il trouve abandonnés dans la salle de classe les vêtements de sport de l’objet de ses fantasmes, il ne peut s’empêcher de les ramasser… et de s’enfuir en les emportant, sur un coup de tête ! Pas de chance pour lui, Sawa l’a surpris en plein forfait… Avec un grand sourire, elle commence à le faire chanter : s’il ne veut pas qu’elle le dénonce, il doit obéir à ses ordres, même les plus fous !

Mes avis :

Tome 1

J’attends parler de cette série et de son mangaka depuis un bon moment et les avis semblant assez unanimes, je me suis lancée. Malheureusement mon avis est assez mitigé. J’ai trouvé le titre profondément dérangeant et je n’ai pas du tout aimé les dessins.

En effet, nous suivons Takao, un jeune japonais lambda féru de littérature dont la vie va basculer le jour où il va se laisser emporter par ses désirs et voler la tenue de sport d’une camarade. Malheureusement, un autre camarade, Nakamura l’a vu faire et elle va désormais le faire chanter de façon bien malsaine.

La force de ce titre est dans son ambiance. Shûzô Oshimi pose une véritable chape de plomb sur la vie de Takao. Très vite on ressent le poids que la société fait peser sur lui, cette société tellement apte à juger tout ceux qui détonnent. J’ai vraiment eu l’impression de suffoquer plus d’une fois et je me suis sentie très mal à l’aise. Le mangaka a parfaitement rendu la gêne de Takao après son vol ainsi que sa peur qu’on découvre ce qu’il a fait, mais aussi le malaise qu’il ressent à cause du chantage de Nakamura ainsi que la perversité de celle-ci.

Nakamura est clairement le personnage phare de la série tellement elle est dérangeante dans sa déviance. Elle assume parfaitement ses désirs sous le regard naïf de Takao et ça met forcément le lecteur mal à l’aise parce que ce n’est pas « normal », pas dans la norme. Nakamura fait froid dans le dos et encore plus du fait que c’est une femme, en cela l’auteur a eu beaucoup de culot. D’habitude, on voit plus des hommes que des femmes dans ce rôle alors cela surprend vraiment. La scène où elle le déshabille est d’une violence rare par exemple.

Dans ce premier tome, on suit les premiers moments de ce chantage et on sent bien qu’on en est qu’aux débuts et que Nakamura en a sous le pied. C’est donc avec une certaine envie mais aussi beaucoup de gêne qu’on a envie de lire la suite. Le malaise que ressent le héros vis-à-vis de Nakamura mais aussi de la société dans son ensemble étant aussi fascinante que gênante à lire.

Côté dessin, je ne vais pas mentir, j’ai vraiment trouvé le trait de l’auteur très maladroit. Les visages des personnages sont trop larges. Je n’aime pas les expressions qu’ils prennent et cette manie des petites rayures sous les yeux pour montrer leurs émotions m’agace. Les postures qu’ils prennent ne sont vraiment pas naturelles et les gros plans récurrents sur leur entrejambe sont dérangeants. Franchement, je n’apprécie pas du tout le style du mangaka alors qu’il me semblait assez beau dans son autre titre : Dans l’intimité de Marie. Je suis déçue.

Tome 2

J’ai encore moins aimé ce tome que le premier. L’ambiance qui était le point fort de la série a trop tendance à s’effacer devant la romance naissante entre Takao et Saeki. Celle-ci est niaise à souhait sans la moindre force ou passion, tout ce que je n’aime pas. Malgré tout, la folie grandissante de Nakamura continue à me faire accrocher à ce titre. Elle fait de plus en plus peur à mesure qu’elle s’immisce dans la vie de Takao et sa relation avec Saeki. On voit très bien comment elle manipule tout le monde, c’est glaçant. Mais cette folie cache-t-elle quelque chose ? Je commence à me demander s’il ne lui serait pas arrivé quelque chose pour qu’elle devienne aussi folle et aussi perverse.

Tome 3

La romance continue à m’agacer et à polluer ce qui me plaisait dans le titre. Je trouve vraiment Saeki beaucoup trop naïve et cruche. Ses sentiments pour Takao et ses réactions face à ses actes ne sont pas du tout crédibles, ce qui fait perdre de la force au titre. A l’inverse, même si Nakamura est de plus en plus excessive et tordue, je la trouve beaucoup plus réelle. Elle me fait vraiment peur et je me demande jusqu’où elle va pousser les autres. Va-t-elle les entraîner dans sa folie et sa noirceur ? En parallèle de tout ça, j’ai beaucoup aimé une fois de plus la description du malaise et de la peur de Takao après la découverte de ce qu’il avait fait par sa mère, c’était criant de vérité. Donc l’auteur est vraiment capable de très bonne chose, c’est juste dommage qu’il laisse le reste parasiter ses bonnes idées.

Tome 4

Le meilleur tome jusqu’à présent. Le mal être adolescent est au coeur de ce tome que ce soit avec Nakamura, Takao ou Saeki. J’ai été ravie de la séparation de ces derniers parce que leur couple sonnait faux pour moi. J’ai eu du mal à comprendre l’attachement rapide et démesuré de Saeki, du coup je ne comprends pas trop non plus sa détresse. Comme elle le dit, c’est vraiment quelqu’un de fragile… Du côté de Takao, sa fascination pour Nakamura, telle celle d’une victime du syndrome de Stockholm, se mute en une espèce de sentiment amoureux franchement dérangeant. C’est flippant de le voir lui courir après et complètement incompréhensible aussi. Je trouve vraiment qu’il manque quelque chose dans la psychologie de ce personnage parce que ses actions sonnent creux. A l’inverse, j’ai été frappé par la force du mal être de Nakamura quand on a découvert sa chambre. Il a vraiment dû lui arriver quelque chose pour qu’elle en soit là et c’est ça que j’ai envie de découvrir.

Tome 5

J’ai trouvé ce tome encore au-dessus des autres parce que non seulement Takao a complètement basculé dans la folie comme Nakamura, mais aussi parce qu’on a enfin un regard extérieur sur leur folie. L’amie de Saeki à qui elle s’est confiée apporte le regard des gens normaux sur ce qui se passe dans leur petit trio et c’est franchement glaçant. Elle nous montre à quel point ces trois-là sont déviants chacun à leur façon et combien ils peuvent faire peur. D’ailleurs quand on voit Saeki basculer elle aussi et littéralement violer Takao, on atteint encore un tout autre niveau. L’ambiance est de plus en plus malsaine et franchement je trouve le comportement des uns et des autres de plus en plus irrationnel. La solitude, le mal être, le décalage qu’ils peuvent ressentir ne peut pas tout justifier à ce niveau-là et ça fait perdre de sa crédibilité à la série parce que c’est trop excessif. Alors certes ça crée une ambiance addictive mais en même temps ça m’empêche de vraiment adhérer.

Tome 6

Quel tome ! Il est d’une rare violence physique et psychologique et en même temps un grand calme y règne comme avant un tempête, tempête qui arrive dans les dernières pages. Du coup, j’ai lu tout le tome avec la boule au ventre. J’ai trouvé les réactions des adultes suite au dernier événement assez glaçantes voire dérangeantes. Que ce soit les parents, les policiers ou les enseignants du lycée, aucun ne comprend le mal être de ces adolescents en pleine révolte. C’est dur de les voir ignorer leur détresse alors que celle-ci est criante entre Nanako qui assume les conséquences de ses actes, Kasuga dont on révèle les problèmes à la face de tous et Nakamura qui perd complètement les pédales. On est au climax de la série comme le prouve la décision des deux derniers à la fin du tome. C’est tout de même touchant de voir Kasuga essayer de sauver Nakamura tout en la suivant dans sa folie et de voir Nanako relever la tête et se reprendre dans un sens. Il me tarde de lire la suite.

Tome 7

Toujours aussi addictif, ce nouveau tome se lit d’une traite. Le premier chapitre est angoissant au possible, il prend à la gorge et ne nous lâche pas jusqu’au dénouement. L’émotion est super forte et on perçoit parfaitement le mal être de Kasuga et Nakamura qui explose sous les yeux affolés de leur famille. Le souffle retombe un peu dans les chapitres suivants. Sans transition, on retrouve Kasuga quelques temps plus tard après qu’il ait déménagé, tandis qu’il essaie de refaire sa vie et de se forger une nouvelle personnalité. Je trouvais cette vie un peu molle et monotone mais petit à petit le mangaka instille un malaise croissant. On voit que Kasuga joue un jeu, que ses parents ne l’écoutent toujours pas, qu’il n’est pas aussi bien intégré qu’il le laisse croire, etc. Bref, on retrouve un Kasuga aussi mal si ce n’est plus qu’avant mais surtout comme on ne voit plus Nakamura, il semble incomplet. Il va donc chercher inconsciemment à combler ce manque avec une nouvelle figure, la belle Aya, qui aime lire tout comme lui. J’ai beaucoup aimé la façon dont la nouvelle obsession de Kasuga est en train de se construire. Le personnage d’Aya est complexe et me plaît bien. J’attends maintenant de voir vers quoi va nous embarquer l’auteur dans cette seconde partie de la saga.

Tome 8

Ça reste toujours aussi bien construit mais mon dieu que le message est brouillon. On voit bien qu’on est encore en plein mal être adolescent, qu’on est face à des enfants qui ont du mal à grandir, à s’affirmer, à se trouver, mais encore une fois tout est un peu surjoué et c’est dommage.

J’ai cru au début, que Takao allait enfin être heureux et trouver sa place au sein d’un groupe de jeunes de son âge ou à peu près mais manque de bol ce n’est pas ce qu’avait prévu l’auteur. Une fois de plus, il se retrouve dans une relation compliquée avec une fille qui est le sosie de Nakamura. C’est très perturbant. J’avais espoir aussi que leur passion commune pour les livres les aiderait à s’en sortir mais une fois de plus la piste est écartée pour le moment vu que chacun retombe sous la coupe de son ex- en quelque sorte. C’est terrible le message que ça véhicule. Il suffit d’avoir un moment de faiblesse pour que les autres en profite et nous manipule. Le pire étant le retour de Nanako qui est toujours aussi folle malgré le temps qui a passé. Encore une fois, elle entraîne Takao dans ses délires et gâche tout en pointant ce qui cloche chez lui et en le montant en épingle. Je ne supporte pas cette fille, elle est trop tordue pour moi derrière son gentil sourire de façade. Et maintenant, j’ai vraiment peur pour Takao, peur qu’il retombe dans ses mauvaises habitudes, qu’on s’en reprenne à lui et qu’il disjoncte à nouveau. En tout cas, tout ce qui se sera passé avec Nakamura ne lui aura rien apporté de bon quand on voit ce qu’est devenue sa famille, c’est vraiment triste pour lui car c’est encore pire qu’avant. Quelle tristesse dans ce titre !

Tome 9

Dans les premiers chapitres, je trouvais ce tome moins fort, moins percutant que les précédents. La quête de normalité de Takao n’est pas franchement ce qu’il y a de plus passionnant à suivre, c’est même assez plan plan et classique. Son rapprochement avec Aya était prévisible depuis longtemps. La façon dont il a enfin pris les choses en main un peu moins. Ça montre bien son évolution. Il a tourné une page et choisi d’avancer, même de renouer avec sa famille et c’est plaisant à voir, mais l’auteur nous avait habitués à autre chose. Je m’attendais à plus d’émotions, plus de vie. Ici, c’est un peu froid et fade.

La seconde partie du tome commence à rattraper les choses heureusement. Shûzô Oshimi démontre qu’il ne suffit pas de se construire une vie ailleurs pour oublier le passé. C’est donc intéressant de voir son héros se retourner pour y faire face et arrêter de fuir. Le destin fera qu’une occasion va vite s’offrir à lui mais celle-ci est assez terrible. J’ai tout de même trouvé une nouvelle fois que le mangaka était un peu trop sur la retenue. Les reproches que reçoit Takao sont bien faiblement rendu dans les pages que nous lisons par rapport à la violence qu’il avait su nous montrer lui, lors de son coup de folie. Je reste donc sur ma faim même si je préfère la tournure que l’histoire prend à la fin du tome que ce qui s’annonçait depuis quelques temps.

Ma note : 14 / 20

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4 commentaires sur “Les fleurs du mal de Shûzô Oshimi

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