Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Le pacte de la mer de Satoshi Kon

Titre : Le pacte de la mer

Auteur : Satoshi Kon

Editeur vf : Pika (Graphic)

Année de parution vf : 2017 (pour cette édition)

Nombre de pages : 210

Histoire : Dans la commune d’Amidé, le fils du prêtre shintô Yôzô Yashiro, Yôsuké veille sur l’œuf de l’ondine. Selon une vieille légende, un ancêtre de Yôsuké a fait un pacte avec une ondine : sa famille veillera son œuf ; en retour, les pêcheurs s’assureront la clémence et la générosité de la mer. Mais, aujourd’hui, les habitants ont décidé de faire d’Amidé une station balnéaire attrayante. Peut-on allier tradition et modernité ?

Mon avis :

Comme je m’y attendais, ce oneshot de Satoshi Kon est un véritable coup de coeur. J’ai énormément aimé la narration du mangaka mais aussi son propos et son découpage graphique. L’ambiance est sublime et l’éditeur fournit un appareil critique des plus intéressants. C’est une vraie réussite.

Le Pacte de la mer est le premier vrai titre publié par Satoshi Kon et pourtant on ne le sent pas du tout. L’auteur maîtrise son histoire de bout en bout et c’est surprenant. J’ai été scotchée par la narration très cinématographique du titre. Le découpage pourtant assez classique, se rapprochant même des Taniguchi, a une force incroyable. C’est simple et limpide mais avec un vrai impact. On est très rapidement entraîné dans cette histoire fantastique tournant autour des sirènes. On glisse lentement dans les mystères qui entourent la famille du héros. Et on se passionne comme lui pour cette défense de l’environnement si cher aux Japonais. Cela donne une histoire très riche et complète mais qui sait rester cohérente.

J’ai beaucoup aimé la construction de l’ambiance fantastique du titre. Le mythe des sirènes est un sujet qui me plaît et m’attire, et je trouve qu’il correspond bien à l’univers mythologique des japonais tel que je le connais. Ça donne quelque chose de très poétique et dramatique en opposition complète avec le côté très actuel du village où l’intrigue prend place. En effet, les passages sur l’invasion des prometteurs immobiliers qui veulent complètement modifier le littoral sont encore totalement d’actualité que ce soit au Japon mais aussi ailleurs, mais ici cela a un impact tout particulier. On retrouve ainsi un ton assez proche de ce qu’on peut trouver dans les titres de Miyazaki avec une dénonciation de ce besoin de toujours modifier plus les paysages pour que les hommes soient à leurs aises. Le message est bien amené et raisonne facilement en nous, Satoshi Kon sachant faire la part des choses quand même.

Du côté des personnages, on s’attache là aussi à un jeune japonais qui se laisse un peu porter par la vie mais qui ne se sent pas si bien que ça dans ses baskets. Il est pris entre deux feux. Il adore son grand-père et toute la tradition qu’il incarne, et pourtant il n’arrive pas à couper avec son père, seul parent qu’il lui reste. Il est tiraillé entre modernité et tradition que chacun de ses modèles paternels incarnent. J’ai beaucoup aimé cet aspect de l’histoire mais j’ai également apprécié ses relations plus simples avec les autres personnages. Il y a sa belle amitié avec son copain de toujours sur qui il peut compter aussi bien pour aller boire un coup, que pour partir en exploration. Il y a aussi son amitié amoureuse avec la belle Natsumi, jeune femme plus âgée que lui, qui revient dans leur village après une déception amoureuse. Natsumi est un très beau personnage, tout en émotions et retenue. Elle m’a beaucoup touchée. Enfin, il y a le personnage absent de la mère, qui est pourtant bien présente en filigrane tout au long de l’histoire et qui incarne le modèle de la femme japonaise selon Satoshi Kon. Elle respectait la tradition et avait une âme un peu rebelle en même temps mais elle était prête à tout sacrifier pour ses enfants. Le mangaka a réussi à dessiner une galerie de personnages tous plus beaux et intéressants que les autres.

Enfin, le dessin sans être sublime est très bien maîtrisé. Il y a un vrai souci des décors. J’ai eu plus de mal avec le côté très carré parfois des visages. Cela donne un petit côté très européen au trait comme chez Taniguchi ou Otomo. Cependant ils rendent parfaitement l’ambiance, notamment lors des moments fantastiques qui sont sublimes. Le mangaka a un découpage très efficace qui varie bien selon les ambiances et les moments de l’histoire. Il a un vrai souci du rythme qui se ressent totalement dans ses planches.

Pour terminer, j’ai aimé l’histoire de bout en bout. J’ai trouvé un vrai conteur chez Satoshi Kon mais un conteur engagé avec un vrai message. Il se dégage un réel attachement à sa culture ancienne, ce qui donne une vraie poésie au titre. Je me suis régalée de bout en bout et je le relirai avec plaisir. J’en viens presque à regrette que le mangaka soit mort et qu’il n’ait pas pu le porter à l’image avant de disparaitre.

Dernier point, l’édition de Pika est vraiment très soignée. Le papier est d’une grande qualité, épais et soyeux comme j’aime. Il y a un vrai soin apporté à la traduction, notamment des onomatopées qui ont un rôle essentiels dans l’histoire. Et l’appareil critique en début et fin du volume apporte un vrai plus, que ce soit la préface de Jean-Pierre Dionnet ou la postface de l’auteur même si elle est abrégée. C’est vraiment un bel ouvrage à posséder. Je regrette juste l’ancienne couverture de l’édition proposée autrefois par Sakka que je trouvais encore plus belle et poétique.

Ma note : 20 / 20

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