Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Centaures de Ryo Sumiyoshi

Titre : Centaures

Auteur : Ryo Sumiyoshi

Éditeur vf : Glénat (seinen)

Années de parution vf : 2017-2021

Nombre de tomes vf : 6 (série terminée)

Histoire : Plus téméraire qu’un cheval, plus fier qu’un homme, le centaure est un être divin, côtoyant les hommes depuis la nuit des temps. Mais en ces périodes de trouble, les humains les ont réduits à l’esclavage, afin de les utiliser comme “armes de guerre”. Pour sauver son fils, le fier et sauvage centaure Matsukaze se laisse capturer par les humains. Il y fait la rencontre de Kohibari, un jeune mâle de son espèce, apprivoisé par les hommes. Ensemble, ils tenteront une folle évasion pour reconquérir la liberté de leur peuple…

Mes avis :

Tome 1

C’est surtout attirée par les dessins atypiques et la promesse d’un scénario original que j’ai essayé ce nouveau seinen de Glénat mais non sans appréhension. Je me suis retrouvée devant une sorte de Spartacus à la sauce Centaures et j’ai adoré cela.

En quelques pages, Ryo Sumiyoshi nous plonge dans un univers proche et lointain du nôtre à la fois où les hommes ont réduit les Centaures en esclavage pour en faire de formidables machines de guerre. Matsukaze, le plus fier, fort et redoutable des Centaures, se fait un beau jour capturer pour sauver son fils qui s’était aventuré hors de la forêt. Il découvre alors l’horreur du monde des Centaures s’étant fait capturés et fait la connaissance de Kohibari, réputé pour sa vitesse et sa docilité, qui est esclave depuis tout petit mais qui ne rêve que de liberté. S’en suit pour ce drôle de duo des aventures toujours plus dures et plus fortes pour regagner ce qu’ils ont perdu.

Le monde dans lequel ils vivent est brutal et cruel. Les hommes sont tous des pourritures. Ils utilisent les Centaures de la pire des manières aussi bien au combat que comme esclave sexuel, c’est juste ignoble et bien des images m’ont rappelé des scènes des séries récentes sur Spartacus. On découvre le système qui a été mis en place pour capturer, briser, dresser et élever ces centaures et ainsi les rendre dociles. C’est atroce.

Au milieu de tout ça, j’ai été contente de voir un Matsukaze qui ne se laissait pas briser et conservé son esprit indomptable. J’ai apprécié son duo avec Kohibari qui est à la fois naïf, plein d’espoir et bien conscient de ce à quoi il cherche à échapper. Il leur arrive pas mal d’aventures et cela rend le tome vraiment passionnant à lire. Il n’y a pas de temps mort et ça avance en permanence. Les dernières pages donnent furieusement envie de lire la suite, ce que je ferai probablement prochainement.

Du côté des dessins, c’est un régal. Il se dégage une vraie poésie de ceux-ci avec cette obsession de la grâce et du mouvement que semble revêtir Ryo Sumiyoshi. Il a vraiment sa patte et cela donne un petit côté vieux dessins chinois (je ne sais pas comment le dire, alors faute de mieux…) qui me plaît beaucoup. Le design des Centaures est unique, chacun a son petit quelque chose à lui. Les décors sont très réussis. Les scènes de combats sont vives et brutales à la fois. Bref, le mangaka a su créer une vraie atmosphère autour de son titre. Je suis fan.

Tome 2

J’ai été surprise de découvrir que ce tome concluait déjà la première partie de l’histoire. J’ai même cru un instant que c’était carrément la fin de la série tellement elle la conclut joliment.

L’histoire avance très vite dans ce deuxième tome. On oscille entre des moments d’une rare violence et d’autres beaucoup plus doux et tendre. On assiste ainsi à une vraie leçon sur l’esclavage et ses ravages, mais aussi sur le desir de liberté et la reconstruction. J’ai beaucoup aimé l’évolution du personnage d’Hayame dans ce tome que l’auteur parvient à nous rendre attachante malgré son mauvais départ. C’était également bien vu d’amener un peu de fraicheur avec l’arrivée de ce village d’orphelins. Leur chef Mikuni est un personnage marquant. Frappé très jeune par la guerre, celle-ci lui a laissé de graves séquelles et c’est grâce à la force et au talent de Matsukaze qu’il va s’en sortir. Celui-ci est vraiment le pilier de cette première partie de l’histoire. C’est un homme fort et tendre à la fois, qui ne se laisse pas envahir par sa colère, qui sait réfléchir et qui a un vrai désir de transmission. Il a tout compris à la vie et vit en harmonie avec lui-même. A l’inverse du coup, j’ai trouvé Kohibari un peu faible dans ce tome, trop en retrait et trop caricatural souvent.

Graphiquement, c’est toujours aussi excellent. Il se dégage une vraie intensité dans l’expression des sentiments de chacun. La rage de vivre et de vaincre des centaures nous éclate au visage à plusieurs reprises. Par contre, le revers de la médaille, c’est que c’est parfois difficilement lisible du coup, notamment lors de certaines scènes d’affrontement.

En tout cas, je me suis encore régalée lors de cette lecture qui fait vraiment réfléchir. J’en ai également pris plein les mirettes et je me demande ce que va raconter la prochaine partie de l’histoire et qui sera au centre cette fois.

Tome 3

Ça fait bizarre de replonger dans cet univers 1 an et demi plus tard par un deuxième arc avec les enfants des héros du premier, dans un monde où la guerre entre humains et centaures a disparu. C’est un tout autre paradigme qui accompagne donc notre lecture. J’ai trouvé rafraichissant qu’on change d’orientation et qu’on s’intéresse aux conséquences de cette guerre sur ceux qui l’ont vécu et qui en sont encore traumatisés, mais également sur ceux qui ne l’ont pas vécu mais vivent dans le monde d’après.

L’auteur est toujours aussi doué pour nous plonger dans ce monde inventé peuplé de centaures. Ce dernier fait vraiment très réaliste car il reprend des éléments du nôtre. On se croirait vraiment dans une Chine médiévale où deux peuples qui se sont fait la guerre doivent désormais cohabiter. Le personnage de Tanikaze est un parfait vecteur pour découvrir cet après d’un regard neuf. Son voyage initiatique est l’occasion de voir comment les choses ont évolué et changé en ville. Épaulé, de Gonta, le fils de Matsukaze, qui lui a tout connu, on a ainsi un double regard. Leur duo fonctionne plutôt bien malgré la différence d’âge, le premier étant naïf, le second plus réaliste mais surtout traumatisé. Tous deux cherchent quand même à s’ouvrir aux autres et à avancer, le second de façon beaucoup plus rude et ça nous touche. Leur rencontre avec Mikuni apporte un bel équilibre au trio, de même que celle qu’ils feront plus tard avec la mini-centaure de la ville.

C’est une toute autre dynamique, un autre regard porté sur cet univers et pourtant je prends toujours autant de plaisir. C’est peut-être moins percutant et moins dramatique mais pas moins intéressant. Les dessins sont toujours aussi beau. Les décors sont une vraie invitation au voyage et à la poésie. J’adore !

Tome 4

C’est toujours un énorme plaisir de retrouver cette série, son univers et son trait si atypique et marqué. Ce 4e tome vent clôre son deuxième arc et montre encore une fois le talent de l’autrice et la cohérence de l’univers qu’elle a voulu créer.

Après un premier arc centré sur la guerre entre humains et centaures, place à un deuxième sur la reconstruction de leur lien pour tenter de cohabiter. C’est beau, triste et douloureux à voir parfois, mais tellement riche en émotions que ça vaut le coup de souffrir pour en arriver là. Pour cela, l’autrice a choisi le personnage parfait pour porter son histoire : le fils du héros du premier arc, Gonta, qui se retrouve pris entre deux feux. Il n’arrive pas à faire table rase du passé pour faire comme si de rien n’était dans un présent plus apaisé où les centaures et les humains semblent avoir trouvé un terrain d’entente. Pour lui, tout est dur, douloureux, car tout ravive ses blessures et il est bon de voir ça. Il est important de montrer qu’on ne peut pas effacer des actes de violences, mais qu’il faut apprendre à vivre avec le traumatisme qu’ils ont occasionné et au contraire apprendre de ceux-ci pour sortir grandi. C’est ce qu’on nous montre ici et c’est très beau. Il y a beaucoup de profondeur dans ce titre et c’est sûrement ce qui me touche autant.

Alors que j’avais du mal avec le personnage au début, je suis devenue une grande fan de Gonta ici. J’ai été touchée par ses blessures, par sa maladresse et son envie de bien faire. C’est quelqu’un avec un grand coeur mais qui est juste empêché par ses traumas, alors il se bat contre eux, il apprend à refaire confiance et à s’ouvrir à nouveau et quand cela fonctionne cela donne un grand sentiment de victoire et de bonheur enfin atteint. C’est très puissant. Il fait ainsi de belles rencontres et vit des moments marquants pour lui comme pour nous, dont je vous laisserai le plaisir de faire la découverte. En tout cas, moi, il m’a beaucoup émue.

Ce quatrième tome referme à merveille un beau diptyque formé par les tomes 1 et 2 d’un côté, et 3 et 4 de l’autre. Pour moi, l’histoire pourrait très bien s’arrêter ici, je n’y verrai pas d’inconvénient parce que ce qui y a été raconté est parfaitement cohérent et n’appelle pas forcément une suite. Le message véhiculé par les personnages des différentes générations qu’on a suivi est assez fort en soit sans qu’on y ajoute quoi que ce soit. Mais si l’autrice poursuit la série au Japon et nous délivre encore un arc d’aussi grande tenue, je serai au rendez-vous !

Tome 5

Pour satisfaire les fans, Ryo Sumiyoshi revient avec un ultime consacré aux parents des tous premiers héros. Tel un retour aux sources où le calme précède la tempête, il nous sublime à nouveau par son histoire tragique.

La première chose qui m’a frappée dans le premier tome de ce nouvel arc, c’est la beauté et la sérénité de la nature qui est mise en scène. La mangaka nous pose direct un décor qui ne peut que sublimer son histoire et emporter son lecteur au fin fond de ces montagnes encore sauvages et fort peu touchées par l’homme. Cela crée un écrin magique, un peu hors du temps, déconnecté de tout dans lequel vont évoluer la nouvelle génération que nous allons découvrir.

Celle-ci est celle du héros du premier arc alors qu’il est encore tout jeune avec sa famille. Matsukaze n’a alors rien à voir avec le guerrier fier et féroce que l’on connaîtra. On découvre cependant dans ses jeunes années ce qui a forgé son caractère. Ryo Sumiyoshi met en scène avec beaucoup de subtilité et de poésie la belle relation filiale entre Matsukaze et son père, cet homme qu’il vénère. Nous assistons ainsi à l’évolution de celui-ci de jeune centaure à centaure adulte, le tout aux côtés de son frère tout feu tout flamme et de son « oncle » de coeur bien débonnaire. C’est chaleureux, bon enfant et plein de sagesse. On les voit grandir, mûrir dans un environnement calme et paisible où ils sont libres de s’aimer et de se chérir les uns les autres, mais également où ils sont libres de commettre des erreurs pour mieux avancer. C’est ultra positif.

Cependant comme tout moment un peu hors du temps, rien ne dure vraiment, et une rupture se fait peu à peu sentir. Avec force et subtilité pourtant, nous sentons les hommes s’insinuer dans cet univers serein pour venir semer la zizanie et apporter le drame. Pour le lecteur qui sait ce qui va arriver ensuite à ce cher Matsukaze et à sa famille, on attend fébrilement le point de bascule que l’on sait arriver et c’est d’autant plus tragique et poignant d’assister à ces moments de vie.

J’ai pour ma part été à nouveau emportée par la beauté et la poésie des dessins, qui apportent une ambiance poétique et de sereine cette fois dans une nature magnifiée et chaleureuse, qui cache cependant bien des dangers. Le trait traditionnel de l’auteur est encore une fois magnifique. La puissance qu’il instille dans son trait lorsqu’il dessine ses personnages mais également les situations de tension est impressionnant. Il a également un sens du découpage et du rythme assez remarquable. Ce préquel est donc un vrai bonheur à lire visuellement parlant.

Si plus d’auteurs pouvaient proposer des préquelles de cette qualité, je serais plus que ravie. Ici avec de tome 5 de Centaures, Ryo Sumiyoshi propose des chapitres qui s’insèrent parfaitement dans sa série comme si c’était prévu dès le départ. Son histoire est juste magnifique et poignante mettant en avant de superbes valeurs de respect de la nature, de convivialité et d’amour bien sûr.

Tome 6

Ultime incursion dans cette puissante série fantastique signée Ryo Sumiyoshi, ce tome me laisse un sentiment doux-amer malgré la force de ce qu’il raconte, comme l’impression d’avoir été coupé en plein élan et de manquer plein d’histoires qui pourraient encore être racontées.

Avec ce dernier diptyque, l’autrice proposait de revenir sur le passé des adultes qu’on a suivis dans les tout premiers tomes : Matsukaze et Kohibari. Avec l’âpreté qu’on lui connaît, elle retrace leur parcours jusqu’à leur rencontre fatidique et on ne peut pas dire qu’elle les épargne. Dans ce récit de fantasy asiatique original, l’empreinte de la mort et de la fatalité est partout. Le destin des héros est donc à chaque fois douloureux malgré leur désir de liberté.

On se retrouve à suivre d’abord Matsukaze dans des montagnes désertiques où il cherche avec sa famille d’alors à fuir les humains impitoyables à leur poursuite. C’est rude. C’est solitaire. Et pourtant beaucoup de beauté et de bonté ressortent de ce moment d’union entre centaures. C’est beau de voir la force de caractère des femmes de la famille au moment où les jeunes hommes perdent leur sang-froid face à la peur qui les gagne. C’est beau de les voir construire quelque chose sur un sol aussi aride et déployer ainsi tout leur amour. On est touché en plein coeur !

Pourtant la tragédie n’est jamais bien loin. Même si elle se déroule hors cadre, les conséquences, elles, nous frappent de plein fouet et on assiste à la tragique naissance de Gonta ainsi qu’à celle métaphorique du diable rouge des montagnes. C’est à nouveau très douloureux. Une bouffée de colère sourde s’empare aussi de nous face à tant de violence inutile. Cette histoire en miroir de la nôtre, dénonçant les violences que l’on fait subir à un peuple voisin est terrible. L’autrice a-t-elle voulu dénoncer ce que les Japonais ont fait en Chine et en Corée ? Je n’en serais pas surprise car on ressent la même horreur face à ce que les humains font subir aux centaures réduits en esclavages que face à ce que les Japonais ont fait quand ils ont envahi ces contrées.

Le décor historique se justifie ainsi pleinement, nous emmenant dans une histoire dépaysante et saisissante. Une fois contée le passé du « père » de Gonta et ce qui l’a amené à devenir le Matsukaze rouge qu’on connait, on se retourne vers Kohibari, le centaure domestiqué, et la tragédie nous reprend. L’autrice procède par vague, un drame, un apaisement, puis encore un nouveau drame. Une boucle qui se répète à l’infini en attendant que quelque chose vienne enfin la briser pour en sortir et courir vers la liberté. On ressent donc à nouveau de grosses bouffées de colère face à ce que vit Kohibari, qui nous montre de l’intérieur le sort des centaures qu’on devinait à peine jusqu’à présent. Alors certes, c’est moins puissant que lors de notre première rencontre avec l’univers où l’autrice était encore plus crue sur leur destin, mais on se prend quand même une vague d’horreur en plein visage, de manière brutale et sèche.

La lumière est cependant au bout du chemin, l’autrice bouclant bien la boucle entamée dans son premier diptyque en nous amenant jusqu’au moment clé de LA rencontre, celle qui rompra cette boucle infernale. C’est avec un talent assez fou qu’elle retombe ainsi sur ses pattes et nous avec, alors que peut-être certains se seront perdus au fil de l’histoire, des différentes temporalités et personnages, à cause de la parution assez espacée des tomes.

Même si cet ultime arc en 2 tomes n’a pas la puissance de son aîné, ce fut un nouveau moment magique, mais pas une magie douce et chaleureuse, une magie âpre et vibrante, telle la colère légitime de ses êtres brimés. Ryo Sumiyoshi offre ainsi une oeuvre singulière, inscrite dans son identité asiatique par ses dessins, son folklore, ses décors et ses thèmes aussi. Un récit contestataire qui a le mérite d’oser être cru et appuyer là où ça fait mal, mais qui n’est pas dépourvu d’espoir grâce à un message ultra positif sur la transmission et l’éducation. On espèce un jour la revoir sur ce registre car son Ashidaka fait un peu pâle figure à côté ^^!

5 commentaires sur “Centaures de Ryo Sumiyoshi

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