Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Centaures de Ryo Sumiyoshi

Titre : Centaures

Auteur : Ryo Sumiyoshi

Éditeur vf : Glénat (seinen)

Années de parution vf : Depuis 2017

Nombre de tomes vf : 4 (en cours)

Histoire : Plus téméraire qu’un cheval, plus fier qu’un homme, le centaure est un être divin, côtoyant les hommes depuis la nuit des temps. Mais en ces périodes de trouble, les humains les ont réduits à l’esclavage, afin de les utiliser comme “armes de guerre”. Pour sauver son fils, le fier et sauvage centaure Matsukaze se laisse capturer par les humains. Il y fait la rencontre de Kohibari, un jeune mâle de son espèce, apprivoisé par les hommes. Ensemble, ils tenteront une folle évasion pour reconquérir la liberté de leur peuple…

Mes avis :

Tome 1

C’est surtout attirée par les dessins atypiques et la promesse d’un scénario original que j’ai essayé ce nouveau seinen de Glénat mais non sans appréhension. Je me suis retrouvée devant une sorte de Spartacus à la sauce Centaures et j’ai adoré cela.

En quelques pages, Ryo Sumiyoshi nous plonge dans un univers proche et lointain du nôtre à la fois où les hommes ont réduit les Centaures en esclavage pour en faire de formidables machines de guerre. Matsukaze, le plus fier, fort et redoutable des Centaures, se fait un beau jour capturer pour sauver son fils qui s’était aventuré hors de la forêt. Il découvre alors l’horreur du monde des Centaures s’étant fait capturés et fait la connaissance de Kohibari, réputé pour sa vitesse et sa docilité, qui est esclave depuis tout petit mais qui ne rêve que de liberté. S’en suit pour ce drôle de duo des aventures toujours plus dures et plus fortes pour regagner ce qu’ils ont perdu.

Le monde dans lequel ils vivent est brutal et cruel. Les hommes sont tous des pourritures. Ils utilisent les Centaures de la pire des manières aussi bien au combat que comme esclave sexuel, c’est juste ignoble et bien des images m’ont rappelé des scènes des séries récentes sur Spartacus. On découvre le système qui a été mis en place pour capturer, briser, dresser et élever ces centaures et ainsi les rendre dociles. C’est atroce.

Au milieu de tout ça, j’ai été contente de voir un Matsukaze qui ne se laissait pas briser et conservé son esprit indomptable. J’ai apprécié son duo avec Kohibari qui est à la fois naïf, plein d’espoir et bien conscient de ce à quoi il cherche à échapper. Il leur arrive pas mal d’aventures et cela rend le tome vraiment passionnant à lire. Il n’y a pas de temps mort et ça avance en permanence. Les dernières pages donnent furieusement envie de lire la suite, ce que je ferai probablement prochainement.

Du côté des dessins, c’est un régal. Il se dégage une vraie poésie de ceux-ci avec cette obsession de la grâce et du mouvement que semble revêtir Ryo Sumiyoshi. Il a vraiment sa patte et cela donne un petit côté vieux dessins chinois (je ne sais pas comment le dire, alors faute de mieux…) qui me plaît beaucoup. Le design des Centaures est unique, chacun a son petit quelque chose à lui. Les décors sont très réussis. Les scènes de combats sont vives et brutales à la fois. Bref, le mangaka a su créer une vraie atmosphère autour de son titre. Je suis fan.

Tome 2

J’ai été surprise de découvrir que ce tome concluait déjà la première partie de l’histoire. J’ai même cru un instant que c’était carrément la fin de la série tellement elle la conclut joliment.

L’histoire avance très vite dans ce deuxième tome. On oscille entre des moments d’une rare violence et d’autres beaucoup plus doux et tendre. On assiste ainsi à une vraie leçon sur l’esclavage et ses ravages, mais aussi sur le desir de liberté et la reconstruction. J’ai beaucoup aimé l’évolution du personnage d’Hayame dans ce tome que l’auteur parvient à nous rendre attachante malgré son mauvais départ. C’était également bien vu d’amener un peu de fraicheur avec l’arrivée de ce village d’orphelins. Leur chef Mikuni est un personnage marquant. Frappé très jeune par la guerre, celle-ci lui a laissé de graves séquelles et c’est grâce à la force et au talent de Matsukaze qu’il va s’en sortir. Celui-ci est vraiment le pilier de cette première partie de l’histoire. C’est un homme fort et tendre à la fois, qui ne se laisse pas envahir par sa colère, qui sait réfléchir et qui a un vrai désir de transmission. Il a tout compris à la vie et vit en harmonie avec lui-même. A l’inverse du coup, j’ai trouvé Kohibari un peu faible dans ce tome, trop en retrait et trop caricatural souvent.

Graphiquement, c’est toujours aussi excellent. Il se dégage une vraie intensité dans l’expression des sentiments de chacun. La rage de vivre et de vaincre des centaures nous éclate au visage à plusieurs reprises. Par contre, le revers de la médaille, c’est que c’est parfois difficilement lisible du coup, notamment lors de certaines scènes d’affrontement.

En tout cas, je me suis encore régalée lors de cette lecture qui fait vraiment réfléchir. J’en ai également pris plein les mirettes et je me demande ce que va raconter la prochaine partie de l’histoire et qui sera au centre cette fois.

Tome 3

Ça fait bizarre de replonger dans cet univers 1 an et demi plus tard par un deuxième arc avec les enfants des héros du premier, dans un monde où la guerre entre humains et centaures a disparu. C’est un tout autre paradigme qui accompagne donc notre lecture. J’ai trouvé rafraichissant qu’on change d’orientation et qu’on s’intéresse aux conséquences de cette guerre sur ceux qui l’ont vécu et qui en sont encore traumatisés, mais également sur ceux qui ne l’ont pas vécu mais vivent dans le monde d’après.

L’auteur est toujours aussi doué pour nous plonger dans ce monde inventé peuplé de centaures. Ce dernier fait vraiment très réaliste car il reprend des éléments du nôtre. On se croirait vraiment dans une Chine médiévale où deux peuples qui se sont fait la guerre doivent désormais cohabiter. Le personnage de Tanikaze est un parfait vecteur pour découvrir cet après d’un regard neuf. Son voyage initiatique est l’occasion de voir comment les choses ont évolué et changé en ville. Épaulé, de Gonta, le fils de Matsukaze, qui lui a tout connu, on a ainsi un double regard. Leur duo fonctionne plutôt bien malgré la différence d’âge, le premier étant naïf, le second plus réaliste mais surtout traumatisé. Tous deux cherchent quand même à s’ouvrir aux autres et à avancer, le second de façon beaucoup plus rude et ça nous touche. Leur rencontre avec Mikuni apporte un bel équilibre au trio, de même que celle qu’ils feront plus tard avec la mini-centaure de la ville.

C’est une toute autre dynamique, un autre regard porté sur cet univers et pourtant je prends toujours autant de plaisir. C’est peut-être moins percutant et moins dramatique mais pas moins intéressant. Les dessins sont toujours aussi beau. Les décors sont une vraie invitation au voyage et à la poésie. J’adore !

Tome 4

C’est toujours un énorme plaisir de retrouver cette série, son univers et son trait si atypique et marqué. Ce 4e tome vent clôre son deuxième arc et montre encore une fois le talent de l’autrice et la cohérence de l’univers qu’elle a voulu créer.

Après un premier arc centré sur la guerre entre humains et centaures, place à un deuxième sur la reconstruction de leur lien pour tenter de cohabiter. C’est beau, triste et douloureux à voir parfois, mais tellement riche en émotions que ça vaut le coup de souffrir pour en arriver là. Pour cela, l’autrice a choisi le personnage parfait pour porter son histoire : le fils du héros du premier arc, Gonta, qui se retrouve pris entre deux feux. Il n’arrive pas à faire table rase du passé pour faire comme si de rien n’était dans un présent plus apaisé où les centaures et les humains semblent avoir trouvé un terrain d’entente. Pour lui, tout est dur, douloureux, car tout ravive ses blessures et il est bon de voir ça. Il est important de montrer qu’on ne peut pas effacer des actes de violences, mais qu’il faut apprendre à vivre avec le traumatisme qu’ils ont occasionné et au contraire apprendre de ceux-ci pour sortir grandi. C’est ce qu’on nous montre ici et c’est très beau. Il y a beaucoup de profondeur dans ce titre et c’est sûrement ce qui me touche autant.

Alors que j’avais du mal avec le personnage au début, je suis devenue une grande fan de Gonta ici. J’ai été touchée par ses blessures, par sa maladresse et son envie de bien faire. C’est quelqu’un avec un grand coeur mais qui est juste empêché par ses traumas, alors il se bat contre eux, il apprend à refaire confiance et à s’ouvrir à nouveau et quand cela fonctionne cela donne un grand sentiment de victoire et de bonheur enfin atteint. C’est très puissant. Il fait ainsi de belles rencontres et vit des moments marquants pour lui comme pour nous, dont je vous laisserai le plaisir de faire la découverte. En tout cas, moi, il m’a beaucoup émue.

Ce quatrième tome referme à merveille un beau diptyque formé par les tomes 1 et 2 d’un côté, et 3 et 4 de l’autre. Pour moi, l’histoire pourrait très bien s’arrêter ici, je n’y verrai pas d’inconvénient parce que ce qui y a été raconté est parfaitement cohérent et n’appelle pas forcément une suite. Le message véhiculé par les personnages des différentes générations qu’on a suivi est assez fort en soit sans qu’on y ajoute quoi que ce soit. Mais si l’autrice poursuit la série au Japon et nous délivre encore un arc d’aussi grande tenue, je serai au rendez-vous !

Ma note : 16 / 20

5 commentaires sur “Centaures de Ryo Sumiyoshi

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