Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Lorsque nous vivions ensemble de Kazuo Kamimura

Titre : Lorsque nous vivions ensemble

Auteur : Kazuo Kamikura

Éditeur vf : Kana (Sensei)

Année de parution vf : 2009

Nombre de tomes : 3 (série complète)

Histoire : Nous sommes à Tokyo, au début de la libération des moeurs des années 70, Kyôko (21 ans) et Jirô (23 ans) vivent en couple bien que non mariés. Elle est graphiste dans une agence de pub, lui, est illustrateur débutant. Chaque chapitre nous fait découvrir un fragment de leur quotidien avec leurs voisins, leurs amis, leurs collègues de travail, mais aussi leurs sentiments parfois contrastés.

Mes avis :

Tome 1

J’ai découvert Kazuo Kamimura l’an dernier avec son titre Le Fleuve de Shinano, si j’y avais adoré son art graphique, j’avais beaucoup moins aimé la narration que je jugeais trop théâtrale. J’ai tout de même décidé de lui donner une seconde chance avec Lorsque nous vivions ensemble qui promettait d’être un titre beaucoup plus terre à terre et ce fut le cas.

Ici, nous suivons le quotidien d’un jeune couple d’une vingtaine d’année qui vit en concubinage dans le Japon des années 70, chose fort rare à l’époque. A travers des petits chapitres que l’on pourrait croire indépendants mais qui forment une vaste trame, il nous dépeint l’évolution de ces deux jeunes gens dans une ambiance souvent bien triste et morose qui en usera plus d’un mais que moi j’ai su apprécier.

Le concubinage n’est pas la norme à l’époque et c’est dur pour eux souvent d’assumer ce statut. On attend de Kyôko qu’elle se marie et devienne une gentille mère au foyer, or elle s’y refuse. Kyôko est une femme très forte et indépendante pour l’époque. A travers son regard, on suit donc un peu le calvaire que c’est d’être une femme japonaise (et sûrement d’autre nationalité) à l’époque. Avec elle, le mangaka parle du harcèlement sexuel (dans le métro, au boulot et au sein même des familles), du viol conjugal, de l’avortement, de la pression sociale concernant le mariage, et de bien d’autres sujets encore très d’actualité. Elle n’a donc pas un quotidien facile et s’interroge souvent sur sa relation avec Jirô et leur devenir. Ressent-elle plutôt de l’amour ou seulement du désir ? Reste-t-elle avec lui par amour ou par habitude ? J’ai été surprise de retrouver ces thèmes ici et surtout traité si finement par un homme.

Face à elle, Jirô fait très falot. Ce n’est pas un méchant garçon, mais il est encore très immature et il est surtout le produit d’une société très masculiniste. Alors quand un certain événement se produit dans les premiers chapitres j’ai été assez révoltée par son comportement et je n’ai pas bien compris la décision de l’héroïne le concernant… Par la suite, je trouve qu’il ne s’améliore guère, même s’il ne tombe plus aussi bas, si on peut dire. Ce n’est pas un soutien pour l’héroïne, c’est plutôt un boulet. Il n’y a rien à faire, je ne lui trouve aucune qualité et une fois de plus, je suis surprise qu’un auteur homme décrive ainsi l’un des siens.

Le couple des héros n’est cependant pas le seul propos de ce titre même s’il est au coeur de l’histoire. On croise également des personnages qui permettent d’aborder des sujets divers et variés brossant un portrait de la société, du quotidien et de la relation au sexe des Japonais de cette époque, un portait souvent sans concession qui laisse un sentiment assez dérangeant.

Comme dans Le Fleuve de Shinano, Kazuo Kamimura est un auteur qui met plutôt les femmes sous les projecteurs que les hommes. Ce sont elles qu’il magnifie de sa plume. Ici, aussi les femmes sont magnifiques, sensuelles, pleine de charme et pourtant terriblement dangereuses, presque comme des Vamps à la japonaise. Pour cela, il utilise un trait très proche des estampes japonaises et de la peinture traditionnelle au pinceau avec un trait parfois assez épais et crayonneux. Ces pages sont pleines de métaphores souvent en lien avec la nature et les fleurs à l’image des pages d’ouvertures des premiers chapitres. Le découpage des planches est rempli de sens, il est acéré, plein de force et de drame, comme les rideaux d’un théâtre qu’il lèverait ou baisserait à souhait. C’est saisissant.

Je suis une grande fan de son travail graphique. Il s’en dégage une poésie, une sensualité crue et une mélancolie triste tellement addictives. Je pense que je pourrais lire n’importe laquelle de ses histoires juste pour le plaisir d’admirer son trait au passage. Je compte donc bien poursuivre cette série dès que possible malgré le coût important des tomes, mais à près de 700 pages à chaque fois rien d’étonnant, et redonner une chance au Fleuve de Shinano qui doit ressortir en intégrale chez Kana ce mois-ci.

Ma note : 16 / 20

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