Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

La vie de Bouddha d’Osamu Tezuka

Titre : La vie de Bouddha – Intégrale (Édition spéciale 90 ans)

Auteur : Osamu Tezuka

Éditeur fr : Delcourt-Tonkam

Année de parution fr : 2018-2019 (pour cette réédition)

Nombre de tomes fr : 4 (série terminée pour cette réédition)

Histoire : Tatta, petit voyou, Chaprah, esclave qui deviendra guerrier, le général Boudhai, le vénérable Asitta et bien d’autres personnages vont être les témoins de la naissance du prince Siddharta au château de Kapilavastu. Commence alors pour ce dernier un long voyage initiatique.

Dans le cadre du 90e anniversaire d’Osamu Tezuka, Delcourt/ Tonkam ressort, dans une prestigieuse intégrale, La vie de Bouddha, œuvre emblématique du plus célèbre des mangakas !

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Mon avis :

Tome 1

Depuis des années, j’étais curieuse de découvrir cette série emblématique de Tezuka. Grâce à la superbe réédition de Delcourt-Tonkam, c’est enfin chose faite. Sous forme de pavés de plus de 800 pages chacun, cette nouvelle édition reprendra en 4 tomes les 14 tomes d’origine de la vaste histoire de Siddharta homme appelé à devenir Bouddha dans l’Inde ancienne. L’édition est belle dans une bibliothèque mais pas forcément très aisée en main quand il s’agit de lire. Les couvertures sont aussi forts simples mais c’est le signe de cette collection. Et puis ce n’est pas grave tant je suis contente de pouvoir lire ce titre.

Dans ce titre qui date des années 80 (dernière période de la carrière de Tezuka), le mangaka y fait montre de tout son talent. Il développe avec une grande facilité sa grammaire mangaesque, alliant cadrages percutant, humour de tous les instants, narration entraînante et histoire prenante.

C’est fou qu’il parvienne sur tant de pages à nous intéresser (ou plutôt à m’intéresser) à une histoire si pleine de morale et de spiritualité. Mais c’est parce qu’il a la bonne idée d’en faire une aventure à part entière et pour cela, il joue avec nous lecteur. Dans son découpage des cases aussi bien que dans ses dialogues ou son histoire, il sait allier légèreté, humour et sérieux. Il passe d’un ton à l’autre sans prévenir, nous surprenant sans cesse. Cela donne un récit très dynamique, qui foisonne de bonnes idées. On peut ainsi y retrouver de nombreuses ressemblances avec ces films des années 50 comme les 10 Commandements ou Ben Hur, ainsi qu’avec les dessins animés de Disney ou les Contes des 1001 nuits. C’est assez fascinant lors de certaines scènes.

Mais le talent de Tezuka ne s’arrête pas là. Il développe une histoire sur de nombreuses années où l’on croise de nombreux personnages, et pourtant on n’est jamais perdu et tout personnage croisé qu’on sent un peu important est recroisé plus tard dans un vaste canevas que lui seul à le talent de tisser avec autant de simplicité. Ainsi, on avance vite à l’aide de nombreux sauts dans le temps pour que le récit reste dynamique.

Il mélange également récit vaguement histoire avec récit spirituel, moral et critique de la société de castes. Ce n’est pas fait finement mais en même temps ce n’est pas ce qu’on demande ici, autant y aller franchement quand on dénonce ce genre de régime absurde qui a pu exister. Ici, on a vraiment l’impression que c’est facile quand on le lit mais il a dû se documenter pour que ce soit si abordable et limpide.

Bouddha peut donc se lire comme un récit d’aventure dans lequel on suit d’abord un jeune moine bouddhiste, puis un petit paria qui a des pouvoirs magiques et enfin un jeune prince qui cherche sa vocation, le tout dans une Inde antique qui ne nous est pas inconnue. Ça foisonne de partout et pourtant c’est une lecture simple. J’ai vraiment été surprise par cela, m’attendant à quelque chose de plus complexe, alors qu’ici c’est un vrai plaisir narratif sans la moindre complication. Par contre, vu comme on avance vite, je me demande ce que vont bien pouvoir raconter les autres tomes ^^!

Tome 2

A la fin de ce deuxième tome, nous sommes déjà à la moitié des aventures de Siddharta, notre futur Bouddha, que le temps passe vite. Dans cette suite, le père du manga, pose son histoire. Il prend le temps de développer ses personnages et les interrogations qui rongent son héros. Du coup, le rythme est plus lent, l’histoire avance moins et il se passe moins de choses mais cela reste une lecture marquante.

On y suit effectivement d’un côté les débuts de Siddharta comme ascète mais ça ne se passe pas comme prévu, et de l’autre les événements qui viennent bousculer la vie politique des royaumes de ce coin du monde. L’ensemble s’équilibre assez bien et le second a toujours des conséquences notables sur le premier. L’auteur aime bien aussi jouer avec la temporalité de l’histoire, nous présentant un personnage ne devant intervenir que 10 ans plus tard (Dévadatta, fils de Bandaka), ou encore ralentissant puis accélérant le temps selon la nécessité du récit. Du coup, on ne voit pas le temps passer lors de cette lecture pourtant assez dense.

D’ailleurs au cours du périple de Siddharta plusieurs questions importantes autour de la religion sont posées. A quoi servent les ascèses ? Est-il nécessaire de souffrir pour prouver sa foi ? Est-ce quelque chose qu’on doit montrer ou quelque chose de plus intérieur ? Quel est le vrai sens de la vie ? et donc de la mort ? J’ai trouvé que c’était culotté de poser ces questions dans un titre que je pensais hagiographique concernant la figure de Bouddha. Dans la première partie, sont également posées des questions encore d’actualité autour de la nature, de l’écologie, de l’équilibre sur Terre. Tandis que dans la dernière partie, on revient très joliment sur la notion de caste, la filiale, les obligations dues à son statut… Ce sont à chaque fois des interrogations dont les réponses et leur recherche marquent de part leur sensibilité et leur modernité. Et tout cela aboutit dans les dernières pages à l’éveil de Siddharta qui devient ainsi le Bouddha dont on a entendu parlé. C’est un joli tout de chapeau de la part de Tezuka qui a mené sa narration de main de maître.

L’histoire a donc beau avancer moins rapidement, nous faire croiser moins de monde et aborder des sujets déjà connus, elle n’en reste pas moins forte et bien menée. Graphiquement, c’est toujours aussi novateur. Il y a une vivacité folle dans ce titre avec des compositions de planche proches du génie parfois. On sent vraiment que le mangaka expérimente et se fait plaisir ici malgré le côté classique de cette « biographie ». C’est vraiment un plaisir à lire.

Tome 3

Comme je le craignais un peu, maintenant que Bouddha est éveillé, l’histoire piétine un peu et avance différemment on va dire. Je pouvais m’en doutais vu que l’événement arrive assez finalement et que ce qu’il reste à raconter est moins dense que précédemment. Du coup, le mangaka nous embarque plus dans une série des petites aventures qui ont toutes un lien avec la création du bouddhisme en tant qu’institution. Ce n’est pas inintéressant et pris séparément, ça fait anecdotique.

Heureusement, le talent de Tezuka est ici de faire la synthèse entre toutes ses influences/références livresques et télévisuelles pour nous livrer une histoire entraînante, bien écrite, avec de l’aventure, des combats, de l’amour et de la morale. On a vraiment l’impression qu’il met en image ici tout ce qu’il a appris de la grammaire des histoires pour enfants. C’est assez amusant de voir cette mise en oeuvre.

Pour ce qui est de l’histoire, on suit d’abord longuement Devadatta (fils de Bandaka qu’on a déjà croisé) avec Tatta (enfant croisé dans le tome 1), qui seront des porte-drapeaux de Bouddha et du bouddhisme. Le premier est le premier à avoir l’idée de l’institutionnaliser. Puis on découvre les premiers pas de Bouddha comme « mentor » et son public est assez particulier… mais il gagne de nouveaux fidèles. On rencontre enfin une nouvelle figure forte : Ananda, qui sera l’un des premiers miracles marquants de Bouddha et qui lui fera gagner nombre de disciples.

Tous ces premiers pas qu’il fait s’étalent sur de nombreuses pages que le mangaka dynamise toujours en leur donnant une dimension politique et géographique qui n’est pas toujours facile à suivre. De plus, on voit peut le héros ici, il est surtout en arrière-plan. Du coup, même si je reconnais le talent de Tezuka et les qualités du récit, je commence à marquer le pas et à me lasser un peu. C’est un récit très long et très dense à lire sous cette forme d’intégrale et je me vois mal enchaîner de suite le tome 4, il attendra donc quelques jours…

Tome 4

J’avais eu du mal avec le tome précédent que j’avais trouvé un peu longuet à lire et où je trouvais qu’on ne voyait pas grand-chose par rapport à l’histoire de Bouddha. Ce dernier tome rattrape cela. Ici, c’est bien toute la constitution de l’école du bouddhisme avec ses multiples rebondissements que l’on suit et cela rend la lecture bien plus dynamique.

Avec ce dernier tome, on retrouve la plupart des personnages croisés encore en vie. On voit comment leur vie s’imbrique dans le destin bien plus vaste de Bouddha et de ses enseignements. Celui-ci n’est pas encore arrivé au terme de ses révélations et il a encore de nombreuses épreuves à traverser. Pour cela, il se mêle à la vie politique et profane de ceux qui l’entoure, ce qui me plaît, j’avais trop peur qu’on soit enfermé dans quelque chose de purement religieux or ce n’est pas le cas, même si la religion occupe une grande place dans les pensées et réflexions faites. Le discours reste sensiblement le même que celui du début, pas de surprise ici, ce n’est d’ailleurs pas ce qui me séduit le plus dans le titre. Non, ce qui m’a plu ce sont les rencontres faites, les alliances faites et défaites, les conflits politiques externes et internes, les « guerres » de succession, etc. Bref, tout ce qui fait la vie de ces peuples. Et il faut dire que Tezuka sait raconter ça comme personne. Il y ajoute sa touche drôle et moderne, même quand les événements sont tragiques et du coup, ça passe comme une lettre à la poste.

Donc malgré sa longueur, ce dernier tome a tenu toutes ses promesses. J’ai aimé suivre le dernier voyage de Bouddha, le voir construire son école et suivre ses nombreuses retrouvailles avec les rebondissements qu’il y a pu avoir. Le titre n’est pas le meilleur de la bibliographie de Tezuka mais il regorge de trouvaille graphique et scénaristique. Même si je préfère ses titres plus sérieux et surtout plus contemporain, c’est une vraie leçon de style que le maître nous y donne et c’est à saluer.

Ma note : 15 / 20

4 commentaires sur “La vie de Bouddha d’Osamu Tezuka

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