Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Back In Time #1 : Bonne nuit Punpun d’Inio Asano

Voici un nouveau que je propose le mercredi, à un rythme non fixé. Il s’agit de reparler d’un ancien manga que je ne vous ai pas encore présenté ici et que j’ai déjà lu il y a quelques années. Je vous en présenterai le tome 1 à chaque fois et pas forcément plus. Il peut s’agir aussi bien d’un coup de coeur à l’époque que d’une lecture mitigée à qui j’ai envie de redonner une chance. Back In Time est donc l’occasion de remettre en avant des vieux titres parfois oubliés. J’espère que ça vous plaira ^-^

Pour ce premier rendez-vous, je vous propose de revenir sur Bonne nuit Punpun d’Inio Asano, un titre fort, atypique et qui marque.

Titre : Bonne nuit Punpun

Auteur : Inio Asano

Éditeur vf : Kana (Big)

Année de parution vf : 2012-2014

Nombre de tomes : 13 (série terminée)

HistoireL’histoire commence alors que Punpun est en cinquième primaire (CM1). Sa vie et celle de ses parents basculent un beau matin, lorsque son père blesse sa mère suite à une dispute particulièrement violente. C’est l’histoire d’une vie comme toutes les autres, truffée de pièges, d’obstacles, de tourments, de doutes, d’introspections utiles et stériles et de ses petits bonheurs qu’il ne faut pas perdre de vue.

Mon avis :

Tome 1

Bonne nuit Punpun est le premier Inio Asano que j’ai essayé de lire lors de sa sortie en 2012, mais à l’époque je n’avais pas du tout accroché au ton décalé et dur de l’histoire. J’avais donc laissé tomber. Ayant gardé le tome de ma bibliothèque et ayant apprécié depuis ses autres titres tels Solanin, La fille de la plage ou Dead dead demon’s dededededestruction, j’ai voulu redonner une chance à ce titre. Et j’avoue que ma seconde lecture est très différente de la première.

Bonne nuit Punpun est différent des autres titres que j’ai pu lire de l’auteur. Cela se voit de suite dans le choix très particulier et minimaliste des couvertures qui sont à chaque fois monochromes avec un personnage ou un événement qui se détache en relief. Cela se voit ensuite quand on commence à lire l’histoire et qu’on se rend compte que celle-ci a pour héros un personnage qui tient d’un mélange entre le canard et un enfant recouvert d’un drap pour jouer les fantôme alors que tous les autres (hors les membres de sa famille) sont humains et qu’à leurs yeux, il doit l’être aussi.

Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre ? En effet, c’est d’emblée le maitre mot de cette histoire au ton décalé. L’histoire est celle de Punpun, un jeune garçon, qui vit dans une famille dysfonctionnelle, qui va très rapidement éclater un soir. Mais Punpun est quelqu’un d’encore très naïf qui ne semble pas très bien comprendre ce qui se passe, normal pour un enfant allant à l’école primaire me direz-vous. Du coup, cela donne un ton très décalé au récit malgré la rudesse des événements qui s’y produisent et c’est là toute la force du récit. On suit à travers le regard de cet enfant encore innocent la décadence de notre société : alcoolisme, violence, chômage, crise économique, harcèlement scolaire, pornographie, etc. En l’espace d’un tome, le petit Punpun et ses amis sont déjà confrontés à bien des horreurs de notre monde moderne.

L’autre force de ce titre, en plus de cette dénonciation de notre société qui part à vau-l’eau, tient dans la bande de copains réunie autour de Punpun. Lui, il est le grand naïf-timide du groupe, mais avec lui nous allons découvrir d’autres enfants, un peu livrés à eux-mêmes qui vont errer dans leur école, dans les maisons des uns et des autres et dans la ville. Ça rappelle ses bandes de copains qu’on voit dans les Goonies ou dans Stranger Things mais en plus trash ici. L’un a un père alcoolique, l’autre des parents qui appartiennent à une secte, un autre encore vit dans le pays des rêves, etc. Aucun n’a une vie simple et facile on dirait, et dans ce premier tome introduction, ils vont tomber par hasard sur un espèce de mystère urbain qui va les intriguer et les emmener dans une quête qui va sûrement nous tenir en haleine par la suite.

Bonne nuit Punpun est donc une très bonne surprise pour moi. Je retrouve la patte d’Inio Asano dans sa critique de la société japonaise. C’est âpre, c’est dur et en plus ça a une pointe de folie ici avec le personnage de Punpun, mais une folie douce et amère où le drame n’est jamais bien loin. Je sens qu’on est sans arrêt sur le fil et qu’il ne manque pas grand-chose pour qu’on bascule de la comédie au drame. Je suis désormais très impatiente de découvrir la suite, qui pour le coup sera totalement inédite pour moi.

Tome 2

J’étais impatiente de lire la suite mais je n’ai pas pris autant de plaisir que prévu. J’ai trouvé ce deuxième tome très morose et ça m’a bien plombée. La visite à l’usine se solde par un pétard mouillé. Mais surtout les malheurs de Punpun prennent le pas sur tout et ils le coupent du reste de sa bande. C’était pourtant l’élément qui m’avait le plus plu dans le premier opus.

Après, je reconnais qu’Inio Asano est très doué pour raconter, avec beaucoup de métaphores au besoin, le mal être de ce pauvre enfant qui subit les problèmes de ses parents. C’est criant comme il souffre et comprend mal ce qui se passe, normal pour un petit après tout. Comment pourrait-il comprendre ce monde d’adulte dans lequel il ne vit pas ? Et pourtant, le peu qu’il en perçoit suffit pour le bouleverser et le changer. C’est très triste de le voir se couper des autres et être aussi malheureux.

C’est pour quoi, j’ai été contente de voir l’auteur faire un petit bon dans le temps à la fin du tome, histoire de faire avancer son récit et de ne pas plus plomber l’ambiance. On peut ainsi découvrir le temps de quelques pages un Punpun collégien, toujours aussi timide et maladroit, ce qui m’a à nouveau donné l’envie de découvrir la suite, puisque l’auteur installe comme un nouvel univers à découvrir.

Tome 3

Je ne sais que penser de ce tome. A la fois, je trouve qu’Inio Asano est un narrateur de génie et à la fois, je trouve qu’il va trop loin dans la surenchère et le misérabilisme. J’ai eu l’impression qu’il cherchait des situations toujours plus dures, toujours plus glauques pour nous frapper, nous interpeler sur la misère de cette jeunesse japonaise qui pourrait très bien être la nôtre. Du coup, c’est une lecture très douloureuse où on ne ressort pas indemne.

Pourtant tout commençait très bien. On refait connaissance avec la bande qui entoure Punpun, qui a grandi elle aussi. On découvre un nouveau personnage, Yaguchi, qui va se rapprocher de Punpun. Et bien sûr, on retrouve la belle Aiko qui n’a toujours pas l’air d’aller bien. Je pensais donc retomber sur ce qui m’avait séduit dans le tome 1. Malheureusement, le mangaka décide ensuite de s’intéresser à l’oncle de Punpun. En soit, c’est une bonne idée de creuser ce personnage qui est là depuis le début. Mais le résultat me laisse sceptique. Il nous raconte son passé et c’est d’une tristesse absolue. Ça m’a carrément saisi à la gorge. J’ai ressenti avec force son impuissance face à la société quand il veut trouver un travail, une copine, se créer une vie. Ça fait écho avec ce que certains d’entre nous ont pu vivre à la sortie des études. Mais comme si ça ne suffisait pas, il a fallu que l’auteur lui ajoute quelque chose d’encore plus sombre et ça, ça me dérange vraiment. J’ai vraiment eu l’impression qu’il en rajoutait de plus en plus à chaque tome et j’ai peur du coup de la tournure pour la suite…

Tome 4

Depuis le début, j’ai du mal avec Bonne nuit Punpun, c’est une série très particulière où l’auteur ne nous brosse pas dans le sens du poil avec ce qu’il montre et raconte. Du coup, j’ai envie à chaque fois de savoir la suite mais je suis également mitigée.

Ce 4e tome s’ouvre sur la suite et fin de l’histoire bien glauque de l’oncle de Punpun. Ça m’a mis très mal à l’aise, surtout que c’est raconté de telle sorte que bien sûr c’est la fille qu’on pointe du doigt… Ce n’est pas la première fois que je remarque cela chez cet auteur et je n’apprécie pas trop. Après, ça raconte une réalité qui existe et qu’il serait bête de cacher. Les personnes dérangées sont là parmi nous, il ne sert à rien de les ignorer. En tout cas, l’histoire de cet homme est vraiment triste et explique son attitude dans l’histoire jusqu’à présent. C’est juste dommage que cette confession et les révélations qui suivent ne servent pas mieux son développement ensuite.

Heureusement, cette sombre histoire passée, on revient à Punpun. C’est quand même lui le héros, donc lui qui nous intéresse. Il est toujours aussi effacé, discret, et l’on suit toujours l’histoire de sa dulcinée cabossée par la vie à travers ses yeux. C’est poignant, c’est tragique et en même temps c’est l’adolescence. Est-ce que le regard de Punpun ne déforme pas et n’exagère pas les choses ? Ou bien est-ce l’auteur qui en fait décidément trop ?

Pour le moment, je ne suis pas aussi passionnée que lorsqu’il était enfant. Je trouve ça à la fois banal et un peu trop misérabiliste ou mélodramatique au choix. J’espère que ça va bientôt décoller.

Tome 5

Inio Asano est toujours aussi sombre dans ce 5e tome. Nous suivons un Punpun en pleine adolescence avec les désirs que cela suscite et le mangaka se montre très cru pour nous les communiquer. D’ailleurs, je trouve que la série tourne beaucoup autour de la question du sexe mais pas forcément dans sa plus belle forme, plutôt comme une sorte de défouloir. C’est triste. De la même façon, j’ai retrouvé dans ce tome cette vision très sombre des femmes qui me dérange vraiment chez Asano, que ce soit la mère où la copine de l’oncle, elles sont vraiment portraiturée de façon négative. Ça m’attriste aussi.

Heureusement à côté de ça, j’ai aimé continuer à suivre les déboires des uns et des autres. Punpun qui est frustré sexuellement et se cherche après sa débâcle du collège. Son oncle qui a des ennuis suite à un adultère. Ses amis d’enfance qui cherchent à se faire de l’argent et tombe sur des gens louches mais surtout très malheureux. L’auteur nous dépeint vraiment toute la misère sociale qu’il peut croiser. Il y a toujours un petit côté surenchère mais j’ai quand même trouvé une certaine justesse dans ce tome, que ce soit avec les femmes trompées ou le propriétaire d’appartements.

Pour finir, j’aime beaucoup le portrait fait de l’adolescence, de la vie de collégien puis de lycéen où certains se sentent complètement en décalage avec les autres, qui eux représentent une certaine norme sociale, mais qui pour le héros sortent de son ordinaire. J’ai retrouvé un peu ce que j’ai pu ressentir au début de mes années lycée, ce qui montre tout le talent du mangaka. Après, je me demande toujours vers quoi Inio Asano veut se diriger.

Tome 6

J’appelais à voir l’envol de la série dans le tome précédent, je pense qu’avec celui-ci nous sommes à un moment charnière. J’en ai trouvé la construction simple mais terriblement efficace.

La couverture annonçait la couleur (sans mauvais jeux de mots), on savait que cet opus mettrait en lumière la maman de Punpun. On découvre un portrait tout en nuances de celle-ci. Par certains côtés, elle est vraiment détestable, car parfaitement égoïste, mais par d’autres terriblement attachante. C’est une femme très forte et indépendante, qui a su assumer ses choix. Je trouve qu’ici Inio Asano signe un portrait tragique mais très équilibré. Ce qui lui arrive est très triste mais le mangaka rend à merveille chaque moment qu’elle vit. C’est criant de réalisme, que ce soit son mariage raté, son adultère raté, ses problèmes pour se sentir mère, sa détestation de prendre de l’âge ou ses problèmes de santé. Et sa quête de rédemption m’a émue.

De son côté, Punpun essaie de vivre sa vie de lycéen. Il a son premier vrai rendez-vous, mais le connaissant on pouvait se douter que ça ne se passerait pas comme prévu. Autant je me suis amusée de ses déboires parce qu’il était trop différent de la fille avec qu’il sortait. Autant, j’ai été un peu agacée du fait d’insister autant sur son désir incessant, ses nombreux fantasmes et ses caresses solitaires. C’est un peu trop. Je suis bien plus sensible au portrait touchant de ce garçon à la dérive qui cherche une affection qu’il n’a jamais connu.

Mais c’est surtout la fin du tome qui est marquante car elle annonce un grand bouleversement pour la suite. On réalise alors que le tome a été construit autour de cette révélation pour nous y amener progressivement et nous couper les jambes.

Tome 7

Bonne nuit Punpun n’est jamais une lecture facile, alors j’ai tendance à en espacer les tomes. Pour autant, j’apprécie beaucoup le travail et l’univers d’Asano sur ce titre. Il propose un portrait glaçant et décapant d’une jeunesse japonaise à la dérive pour laquelle les adultes font bien peu.

Punpun essaie toujours d’avancer et de se construire malgré les dégâts causés par ses parents. Après la mort de sa mère, son père vient le voir. C’est un moment assez étrange comme l’est la famille de Punpun et on n’en ressort pas indemne. Ce genre de personnage toxique est dévastateur pour un enfant et ici Punpun en paie le prix. C’est tragique. Pourtant Asano ne tombe pas du tout dans le patho à outrance, loin de là. A l’aide de nombre de métaphores et de non-dits, il fait un portrait assez subtile de cet adolescent devenant jeune adulte qui avance à vue et dérive sans attache. La vision qu’il a un jour d’Aiko lui fait croire qu’il pourrait enfin s’ancrer mais le désenchantement est encore plus grand ensuite quand il voit que ça n’aboutit à rien. Il part encore plus à la dérive et cherche un dérivatif qu’il semble trouver dans une ancienne connaissance, ce que le prochain tome confirmera ou pas. Par contre, j’ai très peur de cet espèce de Gourou que l’on croise et qui fait froid dans le dos, Punpun est tellement vulnérable que le pire pourrait lui arriver s’il le croisait.

Bonne nuit Punpun reste une lecture complexe, à la fois à cause de son ambiance et son message pesants, mais également à cause de la forme alambiquée que prend son propos.

Tome 8

Ce qu’il y a de bien avec Asano, c’est qu’il sent toujours quand sa série commence à s’enliser et qu’il faut introduire un petit twist.

Les débuts dans la vie d’adulte de Punpun n’ont rien de folichonne. Il court toujours après la chimère Aiko et ne sait pas trop quoi faire d’autre. Il est donc freeter et vit dans un petit appart pas loin de la gare. Sauf qu’un jour il tome sur une ancienne connaissance, Sachi, qui lui demande s’il peut lui écrire le scénario d’un livre à illustrer parce que sa prose l’avait marquée autrefois. C’est assez amusant de voir comme l’écriture ou le dessin, du moins la création artistique, sont souvent un vecteur pour s’en sortir quand on va mal dans les oeuvres d’Asano. Ne projetterait-il pas un peu beaucoup de sa personne ? En tout cas, ça fait plaisir de voir Punpun enfin avec un but un tant soit peu réaliste ou du moins concret.

Pour autant, je ne suis pas une grande fan de la relation qui se noue entre Sachi et lui. C’est la rencontre de deux être à la dérive avec tout ce que cela peut occasionner de glauque ou au minimum de malaisant. Je ne trouve pas leur relation saine, même si elle est l’occasion de très beaux aveux sur eux-mêmes de chacun d’entre eux. Sachi, individuellement, loin de Punpun, me touche. C’est une fille bourrée de complexes mais qui lutte contre ceux-ci. Elle ne se laisse pas faire par la vie et cherche des solutions à sa portée. Ça me plait. A l’inverse, je trouve toujours que Pupun se laisse trop porter par les choses, par les autres. Il a encore beaucoup de mal voire est incapable de penser par lui-même, c’est triste.

Pour finir, j’en ai un peu marre de l’obsession d’Asano pour le sexe. Je veux bien que le manga soit un seinen, que son héros soit un jeune adulte de 18 ans, mais ça suffit de le faire passer pour un type qui ne pense qu’à ça H24. Surtout que c’est fait sans la moindre subtilité, avec une forte propension à la femme objet qui me dérange beaucoup et ce ne sont pas les dessins pseudo philosophiques con con qui font me faire passer la pilule. Ras-le-bol !

Bonne Nuit Punpun reste donc une série difficile à lire parce que le sujet est dur. Non, ce n’est pas une lecture plaisir. Ce qui arrive au héros est souvent trop glauque et la lumière trop peu présente pour le moment, mais j’ai encore espoir.

Tome 9

Encore un tome qui me laisse franchement perplexe sur l’intérêt que je peux trouver à cette saga. Je m’étais emballée sur le premier tome, puis au fur et à mesure la série a dégringolé pour moi. Je n’ai pas aimé son développement et ici, on touche un peu le fond avant de rebondir j’espère.

Punpun est toujours le sous-fifre de notre apprentie mangaka, faisant tout ce qu’elle veut, dans l’espoir, disons-le, de coucher avec elle. Le sexe étant son obsession désormais. Pour autant, il n’a pas oublié Aiko, son premier amour mais comme il ne la trouve pas il vivote. Suivre un personnage fade comme Punpun vivoter, c’est vraiment longuet et fatiguant. Même en insufflant des personnages truculents comme Sachi ou Toshiki (le fou qui dirige une sorte de secte), je ne trouve que peu d’intérêt à l’histoire. Celle-ci part parfois dans des délires métaphysiques et trop souvent dans des délires misérabilistes où l’auteur critique la société à tout va sans forcément apporter de réforme. C’est assez plombant.

Alors oui, j’ai trouvé sympa cette diatribe contre le monde de l’édition du manga, mais ça s’arrête là, parce que ce n’est porté par rien de plus. De la même façon, Toshiki qui cherche à révolutionner notre société n’apporte aucune solution si ce n’est des délires impossibles à réaliser. C’est totalement vain et en plus comme ça parlote à tout ça, ça donne un tome trop verbeux et désagréable à lire où l’on a envie de sauter pas mal de passages.

Heureusement qu’il y a la fin qui m’a requinquée un peu et me donne envie de poursuivre, ainsi que la présence de certains personnages plus attachants et intéressants que le héros comme le président de l’agence, son ami Yukinoshi ou encore ses amis d’enfance Shimizu et Seki. Si seulement Inio Asano pouvait à nouveau se recentrer sur ce groupe d’amis qui m’avaient tant plu dans les débuts, j’en serais ravie !

Tome 10

Pendant plusieurs tomes, j’ai dit que j’avais du mal avec cette histoire que nous proposait Asano, mais je commence à me réconcilier avec lui avec ce 10e tome qui renoue avec les débuts de la saga.

Punpun retrouve enfin Aiko et avec elle, nous retrouvons une trame scénaristique. Mais Asano ne compte pas nous faciliter les choses. Punpun continue à naviguer à vue. Il s’invente une vie pour plaire à cette nouvelle Aiko, adulte. Il continue également à avoir une relation ambiguë avec Sachi. Cette dernière que j’avais tant de mal à cerner, m’a particulièrement touchée dans ce tome alors que les épreuves de la vie la rattrapent. L’auteur parle de ce qu’il lui arrive avec beaucoup de sensibilité et de subtilité, ce que je n’aurais pas forcément cru vu son côté « bourrin » parfois dans cette série… Mais pour en revenir à Punpun, on le sent très chamboulé par ses retrouvailles avec Aiko et il ne sait sur quel pied danser. Pour autant, celle-ci est très étrange également, elle a un regard très froid, semble jouer avec ses sentiments et être totalement perdue. Tout s’explique dans les derniers tiers du tome quand on découvre comment elle a vécu jusqu’à présent. C’est alors que le drame reprend le dessus.

Asano est vraiment doué pour ça. Il nous a baladés pendant longtemps, mais quand on découvre ce qui est arrivé et arrive à Aiko, on se reprend un coup de poing en pleine face comme au début. Il n’est jamais aussi doué que pour parler des violences faites aux plus fragiles. C’est sobre et puissant à la fois, et on sent bien qu’on ne va pas en rester là, que le dérapage n’est pas bien loin.

Je suis donc ravie du retour d’Aiko dans la série qui rapporte une vraie dynamique dans un titre qui s’était perdu en cours de route pour moi, parce qu’à force de vouloir parler de la misère sociale des jeunes avec un héros mou du genou, il m’avait perdu. Ici, la force de la détresse d’Aiko m’a raccrochée !

Tome 11

Alors que quand on enlève la jaquette, la couverture du tome est ultra colorée, l’intérieur est on ne peut plus sombre et noir. En effet, Inio Asano fait complètement basculer son histoire ici dans une direction pourtant prévisible malheureusement.

Punpun et Aiko sont allés parler à la mère de celle-ci, mais elle est incapable de les entendre tant elle est prise dans sa folie. Et le drame annoncé se produit malheureusement. C’est brutal, c’est violent et glauque au possible. Ça prend le lecteur à froid et on bascule dans l’horreur. Asano est terrible alors quand il nous y confronte dans sa noirceur la plus complète.

Par la suite, les héros fuient. Ils fuient physiquement la situation mais fuient aussi les conséquences psychologiques de celle-ci, s’enfonçant de plus en plus dans le mal être qui les caractérisent. C’est terrible ce que les violences parentales peuvent faire à un enfant même une fois adulte.

En parallèle, nous continuons également à suivre l’évolution toujours aussi barrée du gourou de la secte où est Kô. Je me demande encore le lien qu’il y aura entre eux et Punpun/Aiko. Mais je trouve toujours la situation de Kô et Seki super triste, le premier est complètement pris dans son monde imaginaire et n’arrive plus à en sortir, ce qui plonge le second dans le désespoir également.

Il serait temps qu’Asano nous laisse entrevoir un peu la lumière parce que c’est quand même une lecture de plus en plus sombre et pesante, qui fait mal…

Tome 12

Quelle lecture terrible ! Inio Asano alterne les moments tragiquement magiques et ceux où l’on sombre dans une noirceur infinie. Bonne nuit Punpun n’est donc pas une lecture agréable mais c’est par contre une lecture qui fait réfléchir.

Punpun et Aiko sont toujours en fuite. Il se dirige inexorablement vers une fin tragique. Punpun est de plus en plus malade dans tous les sens du terme et il fait froid dans le dos tout en nous faisant de la peine. Aiko, elle, est assez falote, je dois dire. Cette pauvre gamine est ballotée de droite à gauche par Punpun comme elle l’avait été par sa mère sans parvenir à s’affirmer une fois de plus. Leur périple a vraiment un goût de tragique et on s’attend au pire.

En parallèle, Nanjô, qui commence à s’inquiéter sérieusement pour lui, part à la recherche de Punpun. Elle va sur les traces de son passé, son enfance, sa famille, ses amis et commence enfin à comprendre qu’elle ne le connait absolument pas. J’ai adoré cette partie avec cette femme forte et fragile à la fois que l’auteur présente avec une justesse rare. J’ai été très touchée par elle et sa démarche.

Enfin, il y a les 2 amis d’enfance de Punpun Shimizu et Seki qu’on entrevoit brièvement et donc l’histoire finit à nouveau tragiquement. J’ai été triste pour eux, notamment pour Shimizu qui ne voit rien venir. Je cherche encore le lien entre tout ça et Punpun. Pour le moment, je trouve que c’est vraiment une histoire annexe à la principale qui manque de liant avec celle-ci, ce qui la rend trop dispensable.

Je terminerai juste sur ce tome en disant que j’ai beaucoup aimé la narration d’Asano, aussi bien dans son choix d’alterner les personnages que l’on suit, que dans ses compositions graphiques qui sont sublimes et percutantes, notamment autour des filles. Les pages sur Sachi qui réalise son erreur sur Punpun et celle sur Aiko comprenant ce qu’il attend d’eux, sont de haute volée. Le tragique de l’histoire est assez presque palpable à l’évolution graphique que subit Punpun et j’en ai tremblé d’effroi plus d’une fois. C’est pour ça que même si j’ai du mal avec cette série, je trouve qu’Asano est un grand auteur !

Tome 13

Finalement alors que la série aura été une lecture fort compliquée pour moi pendant de longs tomes, j’ai beaucoup aimé ces deux tomes finaux et ce tout dernier en particulier.

Il s’ouvre sur un vrai drame en 3 actes avec la fin du road trip d’Aiko et Punpun qui cherchaient à échapper avec ce qu’ils avaient fait. Leurs derniers moments sont magiques et terribles à la fois. Il s’en dégage une tristesse et un fatalisme comme rarement vu. Toute l’horreur de ce qu’ils ont subi depuis tout petit et toute la misère qu’ils ressentent explosent ici le temps d’une scène terrible et de pages suivantes à glacer le sang.

Après ce moment très dur à lire et à digérer, il fallait un rayon d’espoir et heureusement l’auteur a su l’apporter avec Nanjô. J’ai adoré la trajectoire de ce personnage qui a su qu’il fallait quelqu’un pour prendre en main Punpun. Leur duo est vraiment passionnant du début à la fin et je suis ravie de la tournure que l’auteur leur a donné, ça sonne juste. Ce n’est pas parfait, c’est plein d’imperfections mais c’est beau. Punpun est et restera quelqu’un de cabossé mais il apprend à vivre avec et à avancer.

Inio Asano a vraiment su donner une belle destinée à ce personnage. Je suis ravie d’avoir suivi ses aventures même si elles ne furent pas très gaies. Le final que lui réserve l’auteur est parfait, très réaliste et lui correspondant bien. Il reste fidèle à l’essence de son personnage et c’est bien vu de nous raconter ces moments « après ».

J’ai apprécié de retrouver également les amis de Punpun d’autrefois. Le mangaka explique enfin leur rôle dans l’histoire qu’il a voulu concevoir et j’aime. C’était ce qui me manquait pendant longtemps. Alors oui je regrette qu’il ne les ai pas plus liés à l’histoire de Punpun mais je comprends l’isolement et le malaise qu’il a voulu créer pour mieux montrer tout ce que Punpun va également construire en cours de route avec les autres personnes qu’il croise. Cela donne un très beau final, plein d’émotions et de réflexions une fois de plus.

Bonne nuit Punpun fut donc une lecture complexe. J’ai beaucoup aimé les débuts de celle-ci et ce que l’auteur a voulu nous raconter sur la misère affective et parentale de ce pauvre héros. Mais j’ai eu l’impression d’avoir trop longtemps navigué en eaux troubles au milieu. Je n’ai pas aimé l’importance donnée au sexe et j’ai trouvé que plusieurs histoires secondaires n’étaient pas des plus nécessaires au récit. Par contre, le final relève tout et montre tout le talent de ce grand auteur !

Ma note : 14 / 20

14 commentaires sur “Back In Time #1 : Bonne nuit Punpun d’Inio Asano

  1. C’est un manga que j’avais commencé à lire il y a quelques mois. Malgré le fait que je trouvais le concept original et les thèmes traités que je voyais pointer à l’horizon, j’ai senti que ce n’était pas encore le moment pour moi de lire la série. Je me suis donc arrêté à la moitié du tome 1, ainsi je ne me « dégoûte » pas d’une oeuvre. Je retenterais l’année prochaine. (j’avais eu la meme chose que Fire Force, et au bout du 2ème essai je peux dire que J’ADORE cette série)

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