Livres - Science-Fiction

La Trilogie des Trois Corps de Liu Cixin

Titre : La Trilogie des Trois Corps

Auteur : Liu Cixin

Éditeur vf : Actes Sud (grand format) / Babel (poche)

Années de parution vf : 2016-2018 (grand format) / depuis 2018 (poche)

Nombre de tomes : 3 (série terminée pour le grand format) / 1 sur 3 (poche)

Histoire : Au plus fort de la révolution culturelle chinoise, une jeune physicienne, Ye Wenji assiste, impuissante, à la destruction de sa famille : son père est dénoncé par sa propre femme, et exécuté pour avoir refusé de récuser les enseignements de la science “bourgeoise occidentale”.
Après une période de travaux forcés et d’emprisonnement, Ye Wenji est envoyée à “Côte Rouge”, une base militaire secrète où sont menées des recherches en électromagnétisme et où elle pourra mettre à profit ses compétences scientifiques.
Au 21ème siècle, plusieurs décennies après les événements, Wang Miao, un ingénieur en nanomatériaux, est recruté par l’armée. On le convainc de jouer le rôle de taupe au sein d’une organisation internationale de recherche en épistémologie, laquelle regroupe une grande partie des plus éminents scientifiques mondiaux et dont certains membres ont disparu – ou se sont donné la mort dans des circonstances troubles.
À mesure de son immersion dans cette affaire, la vision du monde de Wang Miao sera bouleversée par des événements incompréhensibles et la découverte d’un jeu vidéo immersif. Un jeu qui a pour but la compréhension des lois régissant un monde en proie à un soleil aux mouvements chaotiques…

(résumé inspiré de Humanafterhal)

Mes avis :

Tome 1 : Le Problème à Trois Corps

Le Problème à trois corps est arrivé dans ma PAL avec sa réputation de roman récompensé par le prix Hugo 2015, et de roman de SF ardu mais qu’on devrait bientôt adapter en série tv (?). J’y allais donc avec une certaine crainte et une véritable impatience en même temps, surtout que j’ai lu peu de SF asiatique et que j’aimerais réparer cela pour m’ouvrir à un autre imaginaire. Le premier tome de cette trilogie a en partie répondu à cela mais je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine frustration après l’avoir terminé.

Le gros problème qui s’est posé vient à la fois de sa réputation élogieuse qui m’a fait attendre beaucoup trop de choses de ce titre, et de sa quatrième de couverture qui spoile l’ensemble du livre (ce que j’ai essayé de retirer de mon résumé), ce qui a entrainé une vraie frustration chez moi.

Le roman commençait pourtant très bien. La plume de l’auteur est simple et entrainante. Il décrit un univers chinois glaçant mais passionnant où l’on découvre de l’intérieur la Révolution communiste et les conséquences de la Guerre Froide. On suit une jeune femme, Ye Wenjie, qui n’est pas franchement contre-révolutionnaire mais qui n’est pas pour la révolution non plus, et qui va devoir subir les conséquences des choix de son père. Elle va donc être interné dans différents camps, dont heureusement le dernier va lui permettre de mettre au service de la nation ses compétences scientifiques, mais malheureusement ce qu’elle aura subi avant l’aura déjà marquée.

Après cette mise en bouche assez alléchante où l’on est intrigué par les mystères du dernier camp où elle arrive, Côte Rouge, on bascule brusquement dans le XXIe siècle où l’on suit un nouveau personnage un peu falot, Wang Miao à qui on a demandé d’infiltrer une mystérieuse organisation. Là, j’avoue j’ai été un peu perdue, je me suis demandée un temps pourquoi ce personnage, ce qu’il venait faire là et pourquoi on ne suivait plus Wenjie. Sachant en plus ce qui devait arriver ensuite, je rongeais mon frein en attendant que ça arrive. Ça a duré plus de 200 pages, je crois, et ce fut bien long. Sans cela, peut-être mon appréciation aurait été autre.

Du coup, à cause de cela, j’ai trouvé la mise en place rapide et alléchante au début, puis vraiment très lente et longue après les 100 premières pages. Liu Cixin prend son temps pour poser son atmosphère inquiétante et mystérieuse, avec la fameuse organisation OTT, le jeu vidéo des Trois Corps ou encore les réminiscences de Wenjie sur Côte Rouge. Il déploie sa toile tout autour de nous sans qu’on comprenne où il veut en venir jusqu’au dernier quart du tome où là tout s’explique et s’accélère. Ça devient alors passionnant. J’ai beaucoup aimé cette fin qui est LA raison pour laquelle j’ai envie de poursuivre cette saga car elle annonce un univers bien plus riche et passionnant que celui assez clos au final de la Chine.

Sans vouloir vous spoiler, les idées qu’il développe dans ce dernier quart ne sont pas forcément originales mais elles ont le mérite de me faire m’évader complètement et surtout de me remuer le cerveau. Il y élabore (ou reprend, je ne sais pas) des théories scientifiques dingues avec lesquelles il faut être bien concentré lors de la lecture pour ne pas décrocher. C’est assez fascinant et les promesses faites sont alors tenues. Il est juste dommage d’avoir dû attendre si longtemps.

Entre cela et des personnages que j’ai trouvé assez froids et transparents (sauf Wenjie qui se révèle surprenante sur la fin), je dois avouer que ce n’est pas le coup de coeur que j’attendais. Ça reste une saga à la construction et à l’univers solide mais où il m’a manqué quelque chose pour vraiment me plonger complètement dedans. J’ai par contre l’espoir que la suite se révèle bien plus addictive pour moi et qu’elle recèle ce qu’il m’a manqué ici pendant les 3/4 de ma lecture. Je suis donc très impatiente de lire la suite dans les prochains mois.

Ma note : 15 / 20

Tome 2 : La forêt sombre

Ce n’est pas facile pour moi de vous parler de ce deuxième tome de la saga de Liu Cixin parce que comme mon plaisir avait été gâché à cause de la lecture du résumé du tome 1, je n’ai pas envie de vous gâcher le vôtre en étant trop bavarde ici. Je vais donc essayer de conserver l’équilibre précaire entre vous donner envie de lire ce petit bijoux et vous laisser le plaisir de la découverte.

Premier point ultra positif dans cette lecture, je l’ai trouvé bien plus simple que le précédent. Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, l’histoire en elle-même bouge beaucoup plus, et pas seulement à la toute fin, mais pendant tout le tome. Ensuite, il y a aussi, que oui on parle technologie, science et tout le toutim, mais c’est bien moins complexe, je trouve, ou alors mon cerveau s’est habitué, au choix ^^ Enfin, j’ai trouvé que l’un des points noirs du tome 1 s’effaçait ici, la froideur des personnages qui empêchait de s’y attacher. Du coup, la plupart des éléments qui m’avaient empêchée d’avoir un coup de coeur ont disparu. Vous voyez ce que ça veut dire ?

Oui, j’ai vraiment adoré cette lecture. J’ai eu un peu peur au début. Je trouvais le démarrage un peu long et je ne voyais pas où on voulait nous emmener. J’avais à nouveau l’impression d’une histoire qui se passait hors de nous et qui m’empêcher de m’immerger du coup, mais ça a assez vite été effacé au bout d’une centaine de pages. Pourquoi ?

D’abord parce que l’auteur prend le temps de développer l’ensemble des personnages qu’on suit et en particulier un duo inattendu que j’ai fini par beaucoup apprécier au fil des pages, alors que l’un d’eux m’horripilait au début. Ensuite parce qu’il construit un scénario en béton. C’est simple et pourtant terriblement efficace. On se dit souvent, mince, mais pourquoi je n’y avais pas pensé, ça coule de source pourtant ! Et ça, j’ai adoré. Les rebondissements sont nombreux et pas toujours prévisible. Il exploite à merveille ce qu’il a mis en place précédemment.

De plus, la science fiction qui met en place ici et pleine de références au genre. On sent qu’il emprunte aux uns et aux autres juste ce dont il a besoin pour faire avancer son histoire dans le sens où il le désire. J’ai ainsi eu le grand plaisir de retrouver des éléments de Fondation d’Asimov, de 2001 l’Odyssée de l’Espace de Clarke ou encore de La nuit des temps de Barjavel, que des auteurs cultissimes pour moi. Je frétillais derrière mon livre.

Cela donne un ensemble très addictif, à mi-chemin entre une science-fiction réaliste et intimiste, et une science-fiction plus grandiloquente avec ses batailles spatiales très space opera. J’ai beaucoup aimé. On y sent une grande maîtrise et surtout une vraie intention, rien n’est fait au hasard.

C’est difficile maintenant pour moi de vous en dire plus sans spoiler, alors je vais mettre tout ce que j’ai pu aimer en-dessous avec des balises spoilers :

[spoilers]– Le duo Luo Jin / Da Shi a été ma surprise du tome, le premier promet bien plus que ce qu’il propose au début.
– Le programme des Colmatteurs est une invention magistrale. J’ai moins aimé le rôle des Fissureurs, surtout parce qu’on ne les voyait pas au travail et qu’ils sortaient de nulle part.
– C’était intéressant de ne presque pas voir les Trisolariens et de se concentrer sur les Terriens, les différentes façons dont ils accueillent la nouvelle, leur évolution dans le temps, les différentes factions, etc.
– J’ai aussi aimé la façon dont l’auteur nous faisait avancer dans le temps, dynamisant son histoire. C’était fascinant de découvrir sa vision de notre évolution dans ses circonstances.
– Le dernier bond dans le temps, dans un futur assez perturbant est très bien fait. On ressent bien les sentiments paradoxaux des Hibernautes.
– Enfin, l’accélération à la fin est une tuerie. L’arrivée de la sonde, les batailles dans l’espace, et l’intervention finale de Luo Ji sont de vraies claques ! [/spoilers]

Ce tome est donc enfin le coup de coeur que j’attendais. Passé ce fameux début un peu lent, j’ai tout aimé. J’ai enfin accroché aux personnages. J’ai trouvé l’histoire dynamique, pleine de surprises avec une utilisation très pertinente de la science et des écrits passés des autres auteurs de SF. Du coup, je suis très très impatiente de lire la suite et fin, qui je suis sûre me réserve encore de grandes surprises. Rendez-vous le mois prochain !

Ma note : 18 / 20

Tome 3 : La mort immortelle

Voici venir le dernier tome de cette saga si exigeante. Si le premier tome avait été un peu ardu, j’avais eu un vrai coup de coeur pour le deuxième. Qu’en a-t-il été du dernier ? Ne tournons pas autour du pot, ce ne fut pas une lecture facile et je ressors avec un bilan un brin mitigé. Si la construction et l’univers mis en place sont très bons, je suis moins fan de certains choix narratifs.

En effet, dans cet ultime opus, l’auteur fait le choix de nous déstabiliser d’emblée en changeant complètement de mode de narration. Il décide de nous faire une sorte de récapitulatif rapide de l’histoire passée, en changeant de narrateur, donc de point de vue, avant de tranquillement rejoindre les révélations du dernier tome sur la « forêt sombre » et de poursuivre ensuite son périple. Mais personnellement, ça m’a surtout perdue. Je ne reconnaissais pas les personnages que j’essayais de raccrocher à ce que j’avais déjà lu, ce qui était impossible pour certain, bref les 150 premières pages ne furent pas très aisée.

Par la suite, le fait de choisir aussi une narration faite de bonds dans le temps ne m’a pas facilité les choses. Premièrement, je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages croisés parce qu’il y en avait sans cesse qui s’ajoutaient et qu’ils n’étaient du coup pas du tout creusés. Deuxièmement, les changements qui s’opéraient dans la société étaient là aussi beaucoup trop survolés au profit de nouvelles théories scientifiques chaque fois mise en avant, et moi ce sont souvent les univers qui m’intéressent, plus que les technologies, alors j’ai été très frustrée. Dernièrement, j’ai eu le sentiment que l’histoire avançait à toute vitesse et que ça donnait un ensemble là aussi assez superficiel une fois qu’on enlevait le décor technique ^^!

Oui, mon plus grand regret, c’est que l’histoire se limite (mot peut-être mal choisi) à celle très vaste de l’univers qui nous entoure. Je m’attendais plus à une histoire tournant autour de civilisations et d’espèces intelligentes mais celles-ci sont beaucoup trop relayées à l’arrière-plan pour moi. Alors oui, c’est intéressant de découvrir les règles qui régissent l’univers entre la révélation sur la forêt sombre la dernière fois, puis celle sur les différentes dimensions, la vitesse de la lumière ou les champs noirs ici. Ça dynamise le récit, ça nous force à nous remuer les méninges et ça capte forcément l’attention, faisant qu’on va forcément retenir le titre pour ça, mais du coup le titre est assez froid.

L’auteur a essayé de palier à cela de plusieurs façons. D’abord avec l’introduction d’un personnage fil rouge qui va traverser les âges et dont le destin et surtout les décisions ont su me passionner. Puis également, en ajoutant une bonne dose de philosophie orientale avec les principes de réincarnation ou encore d’aspect cyclique du monde et donc de l’univers. Mais il y a aussi le revers de la médaille, avec notamment une insistance un peu trop lourde sur le sens du sacrifice, qui n’a pas été sans me rappeler le côté totalitaire de certains régimes politiques orientaux présent ou passé. C’était assez dérangeant parce que ce n’est pas du tout ma philosophie. Après ça apporte une coloration différente au titre par rapport à ce qui peut se faire en Occident.

Pour terminer, j’ai trouvé cette lecture ardue à cause de l’aspect scientifique et des choix narratifs, mais il y a également une dernière chose qui fut un frein, ce fut l’aspect très pessimiste de ce dernier tome. Du début à la fin, on a l’impression de tomber de Charybde en Scylla, avec très peu de lueurs d’espoir ou en tout cas des lueurs bien trop brève. Ça rend la lecture très réaliste mais aussi très pesante, et ce ne fut pas toujours très facile de poursuivre à cause de cela, parce que je ne voyais pas d’issue positive possible. La bonne nouvelle, c’est que l’auteur a fini par en trouver une lui, mais elle est toute en nuance et je ne pourrai pas dire que c’est vraiment une fin heureuse, loin de là.

Je suis donc heureuse d’avoir terminé cette saga qui fut une vraie découverte enrichissante. Ça m’a permis de découvrir de nouvelles thématiques dans la SF et de nouvelles influences aussi avec la nationalité chinoise de l’auteur. J’ai dû mettre les mains dans le cambouis pour parvenir à tout comprendre. Ce ne fut donc pas toujours une lecture plaisir, contrairement au tome 2, mais j’ai su apprécier le voyage et je serais prête à repartir avec lui vers de nouveaux horizons.

Ma note : 15 / 20

A Lire aussi, les avis de :

6 commentaires sur “La Trilogie des Trois Corps de Liu Cixin

  1. Le 4e de couv’ d’Actes Sud est un crime contre le lecteur, elle en dit trop et comme le livre est assez long à se mettre en place, ça donne une impression de longueur que l’on n’a pas quand on ne l’a pas lu. Dommage… et pourtant la suite est wouahhhh 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, un crime contre le lecteur et surtout contre l’auteur, ils massacrent tout ce qu’il essaie de mettre en plus V.V
      Mais heureusement, ça ne m’a pas empêché de continuer et d’aimer la fin. Je lirai les prochains tomes dans les mois à venir, c’est certain !

      J'aime

  2. Je suis d’accord avec toi sur Wang Miao qui est assez transparent alors qu’il tient un peu le rôle principal, c’est dommage.
    Je vais sûrement pas tarder à lire le prochain tome, en mars certainement, j’attends que mon collègue de boulot ait fini de le lire ^^

    Aimé par 1 personne

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