Livres - Classique

Le joueur d’échecs de Stefan Zweig

Titre : Le joueur d’échecs

Auteur : Stefan Zweig

Éditeur vf : Le livre de poche

Année de parution : 1943 (titre posthume)

Nombre de pages : 111

Histoire : Qui est cet inconnue capable d’en remontrer au grand Czentovic, champion mondial des échecs, véritable prodige aussi frustre qu’antipathique ? Peut-on le croire, quand il affirme qu’il n’a pas joué depuis plus de vingt ans ? Les circonstances dans lesquelles l’homme a acquis cette science sont terribles. Elles nous renvoient aux expérimentations nazies sur les effets de l’isolement absolu, lorsque, aux frontières de la folie entre deux interrogatoires, le cerveau humain parvient à déployer ses facultés les plus étranges.
Une fable inquiétante, fantastique, qui, comme le dit un personnage avec une ironie douloureuse « pourrait servir d’illustration à la charmante époque où nous vivons. »

Mon avis :

J’ai décidé cette année de lire plus de classiques et de littérature contemporaine. Le joueur d’échecs de Stefan Zweig rentre parfaitement dans cette catégorie. C’est un auteur que j’avais aimé découvrir ado avec sa biographie sur Marie Antoinette mais dont je ne me rappelais plus trop. Il faut dire que je lisais tout ce qui passait sur ce personnage à l’époque… J’ai donc l’impression de le redécouvrir complètement ici et quelle redécouverte !

Le joueur d’échecs est peut-être son titre le plus célèbre. Cette nouvelle fut écrite par l’auteur durant les quatre derniers mois de sa vie, de novembre 1941 à février 1942, mais ne fut publiée qu’un an après, après sa mort. Stefan Zweig est alors en exil en Amérique après avoir fui la Seconde Guerre Mondiale, ce qui marque profondément le titre dont il est question ici. D’ailleurs la préface de ce court livre ainsi que les notes en bas de pages y reviennent régulièrement pour nous aider à approfondir et cerner le sujet, ce qui est le bienvenu.

Pour en revenir à la nouvelle, elle doit faire un peu plus de 90 pages toute seule mais cela suffit amplement. D’habitude, je ne suis pas fan de ce format et pourtant ici c’est parfait pour ce que veut raconter l’auteur. Sa plume m’a enchantée. Elle est simple et pourtant très forte et ce qu’il veut raconter colle très bien au format.

Il s’inspire de son propre parcours pour raconter une rencontre fortuite entre les passagers d’un paquebot. Ça m’a rappelé un peu, vaguement, de loin, une ambiance à la Titanic ^^ On y découvre des hommes qui profitent de leur séjour pour défier le champion du monde d’échecs, un homme un peu rustre car issu du peuple. Mais ce défi va se transformer en quelque chose de plus et c’est là la richesse de cette nouvelle.

En effet, le jeu ne sert que de prétexte pour que l’auteur puisse nous parler de son époque. Cette époque, c’est celle du nazisme et ce dont il va parler, c’est, on le sent, de son expérience de celui-ci. On se retrouve alors face au récit poignant d’un homme qui a subi la montée de ce courant totalitaire et expansionniste, et qui a dû fuir. Le personnage dont il se sert pour en parler est un homme assez mystérieux d’abord mais qui va se révéler très marqué par ce qu’il a vécu. Avec lui, on découvre un autre pan du nazisme dont on parle peu, une autre façon de persécuter les gens dont on parle peu et j’ai trouvé cela très fort. Sans vouloir en révéler trop, j’ai été très marquée par la folie qui va s’emparer de leur victime et par les répercussions encore après que ça a sur sa vie. J’ai du coup trouvé que c’était très courageux de la part de Zweig d’en parler à l’époque où il l’a écrit.

Enfin, le dernier point fort de la nouvelle, c’est le côté très visuel des parties. C’est peut-être dû à mes lectures de manga sur le thème des jeux de plateau (Hikaru no go, King of shogi, Chihayafuru, March comes in like a lion) mais j’ai trouvé les parties passionnantes et je n’ai eu aucun mal à m’imaginer ce qu’il se passait, surtout que l’auteur sait ne pas en faire trop pour ne pas nous lasser et casser le rythme.

Le joueur d’échecs s’est donc révélé une excellente lecture, qui a su m’emporter, me surprendre, me faire voyager et me nouer l’estomac. C’est un récit fort, engagé, où le style de l’auteur prend toute son ampleur. Pour un ultime ouvrage, c’est un très bel adieu, mais ce ne sera pas le mien à cet auteur vers qui je vais vite revenir.

Ma note : 16 / 20

18 commentaires sur “Le joueur d’échecs de Stefan Zweig

      1. Ah ah c’est vrai que tous les commentaires n’y vont pas de main morte 😁
        Oui c’est bien sur Marie (y?) Stuart me semble-t-il, je ne l’ai pas lu mais très envie de le découvrir, d’autant plus qu’un film sort ce mois-ci.

        Aimé par 1 personne

    1. Je peux comprendre, c’est quand même particulier. Moi j’ai aimé parce que 1/j’ai aimé l’ambiance paquebot 2/j’arrivais à visualiser les parties 3/je ne m’attendais pas à ce twist ^^ Mais je comprends si ce n’est pas le cas de tout le monde. Tu as essayé la BD, peut-être que ça passerait mieux pour toi 😉

      J'aime

  1. J’aime énormément cet auteur : lettre d’une inconnue a été pour moi un choc ! J’ai ensuite dévoré ses romans et nouvelles : la pitié dangereuse, la confusion des sentiments, Amok, les bio telles que Fouché, Marie-Antoinette ou Marie Stuart, et même le Monde d’hier. Je n’ai jamais été déçue par cet auteur d’une grande sensibilité et dont la plume a bouleversé chacune de mes lectures.

    Aimé par 1 personne

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