Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Un pont entre les étoiles de Kyukkyupon

Titre : Un pont entre les étoiles

Auteur : Kyukkyupon

Éditeur vf : Akata (L)

Année de parution vf : 2019

Nombre de tomes vf : 4 (série terminée)

Histoire : 1936, Shanghai. Forcée de suivre son père, Haru, jeune japonaise, est contrainte de déménager en Chine, loin de son Nagasaki natal. D’abord effrayée de vivre dans un pays étranger, où les asiatiques ne ressemblent en rien aux japonais, la petite fille va faire la rencontre d’un jeune chinois. Au contact de ce dernier, elle va connaître l’excitation de découvrir l’inconnu et de s’ouvrir, avec son regard d’enfant, à une autre culture. Mais quand les racismes et nationalismes s’en mêlent… Leur amitié pourra-t-elle survivre dans la tempête qui se prépare ?

Mon avis :

Tome 1

Akata étant un éditeur que j’affectionne tout particulièrement. A part quand c’est dans sa collection WTF!! qui ne me correspond, je jette un oeil à chacune de ses sorties et ici avec l’annonce d’un titre historique parlant des relations Japon-Chine à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, je ne pouvais qu’être intéressée. Et une fois de plus, Akata a visé juste !

Un pont entre les étoiles m’a séduit dès la couverture, qui avec son air désuet porte déjà un message fort. On sait que le titre va parler de deux enfants, deux enfants qui ont l’air plein d’énergie, mais que la guerre va sûrement vite frapper comme le suggère l’arrière-plan et cette promesse m’a plu. J’ai encore le souvenir de La Fillette au drapeau blanc chez cet éditeur que j’avais adoré. Ici l’angle d’attaque est différent mais tout aussi intéressant.

Nous suivons une fillette japonaise dont le père se retrouvé muté à Shanghai pour son travail et embarque tout le monde dans ce changement de vie. Haru a du mal à s’y faire au début, elle se montre assez butée, mais sa rencontre avec un jeune chinois de son âge va lui permettre de découvrir la ville et la vie là-bas sous un autre angle malgré leurs différences.

J’ai d’emblée aimé le ton instauré par l’autrice. C’est un mélange de doux humour enfantin et de triste réalité de la vie miséreuse de habitants pauvres de cette ville cosmopolite qui est très bien rendu. Les enfants enchantent et font sourire, mais à travers leurs aventures, on découvre une toute autre réalité cachée derrière le vernis civilisé qui recouvre les artères principales. En suivant les aventures d’Haru et Xing dans les rues de Shanghai, on découvre comment y vivent les Japonais et comment y vivent les Chinois, et ce n’est pas la même chose. Pour autant, les deux enfants y semblent assez hermétiques au début, c’est certaines confrontations un peu brutales avec la réalité qui vont leur faire réaliser cela.

Ça donne au titre une ambiance douce amère que j’ai beaucoup aimé, notamment grâce à l’espièglerie d’Haru et son fort caractère. Elle fait plein de petits caprices, elle boude et fait des bêtises de son âge. L’amitié qu’elle noue avec Xing, le jeune chinois, est tout à fait naturelle et simple, comme souvent avec les enfants. Elle se joue des différences de statuts et d’origines. Le duo se révèle alors très mignon à suivre, entre Haru qui apprend la langue et Xing qui lui fait découvrir sa ville. J’ai beaucoup aimé les suivre dans leurs pérégrinations. Mais la réalité va brutalement les rattraper à la fin et cela annonce une suite plus sombre.

Aux manettes de cette histoire vraiment très entraînante à lire, nous découvrons l’autrice Kyukkyupon dont c’est la première parution en France. Son trait plein de rondeur donne la pêche rien qu’à le regarder. Sous sa plume, les personnages sont très expressifs et on s’amuse à suivre les différents visages d’Haru, tour à tour boudeuse, capricieuse, séductrice et amusante bien sûr. L’autrice aime bien emprunter aux codes des mangas des années 70 parfois pour caricaturer un personnage. Les paysages de la ville sont superbes, ils en montrent aussi bien la beauté que la saleté. Je lui trouve presque un petit quelque chose me rappelant des films de Ghibli (Le vent se lève, Le temps des cerisiers). C’est poétique et mélancolique à la fois. J’aime beaucoup.

Ce premier tome qui retrace les premiers pas d’Haru à Shanghai, sa rencontre avec la ville et Xing, m’a énormément plu. L’ambiance et le ton m’ont touchée. J’ai aimé commencer à découvrir un pan de cette vaste Histoire sino-japonaise à travers les yeux de ses deux enfants, et j’attends une suite du même acabit voire plus complexe si cela se développe dans le sens que je crois. C’est encore une belle découvre de la part d’Akata, qui décidément, sait très bien choisir ses titres historiques.

Tome 2

Après un premier tome plus que convaincant, Kyukkyupon reprend son histoire où elle l’avait laissé avec d’un côté Haru qui découvre Shanghai et la vie là-bas, et de l’autre son amitié naissante avec le jeune chinois Xing. Cette dernière partie a été un peu écartée pendant une grande partie du tome pour nous intéresser plus à la première, ce qui était vraiment nécessaire.

L’autrice a décidé en effet, à travers le regard d’Haru de nous faire le portrait de ces privilégiés qui vivaient en Chine à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale. On y découvre les conditions de vie misérable des Chinois de la ville, mais également d’une partie des Japonais, partis plus tard que les autres et qui y servent de main d’oeuvre. Du coup, ils rejettent leur frustration sur les premiers et cela crée une atmosphère électrique, le tout sous le regard des privilégies qui ne font rien pour améliorer les choses.

J’ai beaucoup aimé que la mangaka parle de tels sujets. Ça fait du bien un titre historique qui présente honnêtement les méfaits des Japonais, exercice tout sauf aisé. De plus, le fait que cela soit fait à travers le regard d’une enfant est une très bonne idée. Celle-ci juge avec toute son honnêteté et sa naïveté d’enfant ce qui se passe sous ses yeux, rendant les situations encore plus révoltantes mais apportant aussi un vrai espoir, car elle, elle réagit et s’implique pour changer les choses.

Ce deuxième tome confirme donc tout le bien que je pense de la série. Ça m’a fait bizarre de voir Xing en retrait, mais j’ai aimé les rencontres que fait Haru et surtout sa volonté à toute épreuve malgré les peurs qu’elle peut avoir. Un pont entre les étoiles est vraiment une jolie surprise pour un shonen historique.

Tome 3

J’ai beau beaucoup aimer Un pont entre les étoiles, j’attendais depuis le début un tome un peu choc comme celui-ci où l’innocence de l’enfance serait rattrapée et bouffée pour l’horreur de la guerre qui se profilait entre la Chine et le Japon. Je l’ai enfin eu !

L’autrice se sert du regard de ces enfants pour nous frapper encore plus. Les horreurs qui se produisent sous leurs yeux sont terribles et d’autant plus en décalage que les débuts de ce tome sont encore plein de bons sentiments et de moments de bonheur. Haru est enfin sortie de sa coquille et a profité des événements pour avouer à ses parents son amitié avec Xing, prouvant ainsi qu’on peut être ami avec des gens d’un autre peuple. L’autrice brosse ainsi le portrait subtile d’une famille japonaise qui ne se laisse pas enfermer dans le racisme latent qui entoure leur communauté, même le père d’Haru qui tient parfois des propos limites, se rend compte de sa bêtise au contact de Xing et son père. C’est très beau.

Mais tout cela ne fait que nous amener lentement vers ce que l’autrice voulait nous raconter depuis le début, les ravages de cette guerre. On a d’abord le récit des origines de Xing qui sont belles et terribles à la fois, montrant les horreurs dont sont coupables les japonais mais également les moments héroïques et plein de compassion que cela crée de par ailleurs. Puis la guerre dans leur présent les rattrape avec la fuite brutale de la famille d’Haru et les conséquences que l’entrée en guerre peut avoir sur Xing et sa famille. C’est tragique, c’est soudain, ça nous sèche d’un coup et ça nous arrache des larmes de rage et de désespoir.

Avec ces belles intentions et son héroïne toujours positive, l’autrice arrive tout de même à frapper un grand coup pour raconter cette terrible histoire. Elle me rappelle, en cela, un peu Shin Takahashi dans Larme Ultime où ses dessins rondouillards et son histoire gentillette au début cachaient bien des horreurs. J’ai été frappée de la même façon ici, c’est magnifique !

Tome 4

Voilà déjà la fin de cette série riche en émotion et cet ultime tome ne fut pas une lecture facile maintenant que la guerre fait rage. Cependant l’autrice s’en est fort bien tirée avec une conclusion toute en nuance.

Je vais être honnête, j’ai eu assez peur au début de ce tome de tomber dans quelque chose de très manichéiste. En effet, l’autrice avait l’honnêteté de montrer l’extrémisme des deux camps, ce qui aurait pu passer pour un message de tolérance vis-à-vis de leur violence mais pas du tout. Bien au contraire, elle tente tout du long de montrer combien la violence est le mauvais chemin, mais pour cela elle montre qu’il est dur de ne pas y succomber quand on nous blesse à côté. Ce n’est pas facile de ne pas répondre à la violence par la violence. Il faut faire un vrai effort pour cela et avoir beaucoup de force de caractère. C’est en cela que l’histoire d’Haru et Xing est belle. La première ne se laisse pas avoir par le discours nationaliste de son pays, elle l’entend oui, s’y ploie oui, mais elle reste une rebelle dans l’âme parce qu’elle ne veut pas être sectaire comme peuvent l’être ses dirigeants. On retrouve ainsi après plusieurs moments assez dur la belle amitié qui la reliait à Xing, le jeune chinois de Shanghai et j’ai été ravie de ce revirement parce que j’avais vraiment peur pour ce dernier. Mais au final, l’autrice nous délivre une belle morale et une belle conclusion à ce joli duo qui montre que l’amitié dépasse les frontières et les préjugés !

Cependant, ce dernier tome n’est pas exempts de maladresses. J’ai trouvé le développement des personnages assez maladroit. On a une Haru qui vivote pas mal quand même et le basculement de Xing est très brutal pour le lecteur même si on sait que de l’eau a coulé sous les ponts, aussi bien au début qu’à la fin. J’ai aussi trouvé cette insistance sur le nationalisme très lourde, de même que le point de vue de ne raconter que les aspects les plus durs et sombres de la guerre alors qu’on sait grâce à d’autres oeuvres et témoignages que c’est plus nuancé.

Cela n’enlève pas qu’Un pont entre les étoiles est un très bon titre, qui aborde les relations sino-japonaises sous un angle neuf. J’y ai aimé la part belle faite à l’amitié et pas seulement avec les deux héros, comme le montrent les dernières pages. J’ai aimé le discours sur l’expansionnisme détestable du Japon et sa volonté d’impérialisme. Même si l’autrice a été vite et a repris souvent des choses très connues, voire uniquement les grandes lignes, quand il a été question de la Seconde Guerre Mondiale, je suis très contente de cette lecture et j’espère qu’elle permettra à certains lecteurs de plus s’intéresser à cette guerre du Pacifique. Akata a à nouveau fait une très belle pioche ici !

Ma note : 16 / 20

8 commentaires sur “Un pont entre les étoiles de Kyukkyupon

    1. Tu me fais très plaisir en écrivant que je tente. C’est totalement le but ici avec ce titre ! Je trouve qu’on a si peu à se mettre sur la dent sur le sujet (en tout cas niveau manga) que je saute dessus dès que je peux ^-^

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s