Livres - Classique

Le temps de l’innocence d’Edith Wharton

Titre : Le temps de l’innocence

Auteur : Edith Wharton

Édition vf : J’ai lu (roman)

Année de parution vf : 1985

1e année de parution vo : 1920

Nombre de pages : 308

Histoire : Newland Archer, symbole de toute une société imbue d’elle-même, devient, sous la plume d’Edith Wharton, l’incarnation d’un espoir avorté. A la veille de ses fiançailles avec la chaste May Welland, appartenant comme lui à la plus haute caste new-yorkaise des années 1870, il rencontre Ellen Olenska, comtesse désargentée, sensuelle et éprise de liberté. Mais il ne trahira jamais ses principes ; sa passion le condamne donc à une vie d’amertume. Dans ce conflit entre l’individu et le groupe, Wharton maîtrise à merveille l’art de la suggestion. Sans frasques, subtilement, sur un ton qui mêle ironie et observation clinique, la romancière invite le lecteur à relire le thème de l’innocence sous un jour nouveau et le surprend sans cesse, jusque dans l’ultime ressort dramatique par lequel elle ramène au premier plan le souvenir de May, signifiant ainsi que Le Temps de l’innocence est révolu et qu’une ère de liberté est désormais envisageable.

Mon avis :

J’avais depuis longtemps envie de lire ce titre emblématique d’Edith Wharton parce que j’étais intriguée par la façon dont elle avait pu parler de la bonne société américaine au point de décrocher le prix Pulitzer en 1921, un exploit pour une femme à l’époque. De plus, j’avais plutôt bien aimé l’adaptation du roman par Martin Scorsese  en 1993 avec Daniel Day-Lewis.

La plume d’Edith Wharton est très simple dans l’ensemble. Elle recherche peu la belle phrase qui fait mouche mais quand elle le fait, ça touche en plein coeur. Non, elle préfère s’attacher tout au long de ce roman à nous faire une description juste de la bonne société américaine dans laquelle elle vit. Nous avons donc d’assez longues pages la disséquant, ce qui peut parfois lasser un peu le lecteur non avertis. Le rythme de ce fait n’est pas des plus entraînant. C’est plutôt un faux rythme qui parfois nous entraîne, parfois nous laisse sur le carreau. Seule la fin subit un vrai coup d’accélérateur grâce à la tension narrative créée et donne envie de tourner les pages à toute vitesse. Mais dans l’ensemble, ce n’est pas une écriture qui a mal vieilli.

Non, ce qui a mal vieilli malheureusement, c’est plutôt le cadre dont elle parle. Pour quelqu’un comme moi, qui s’intéresse aux sociétés européennes et américaines de l’Ancien régime et du début de l’époque contemporaine, on ne trouve aucune surprise ici. Ce qui est décrit et connu, et manque clairement de relief. Ça donne un récit un peu plat, qui certes doit être assez fidèle à la réalité, mais manque du piquant que les autrices contemporaines donnent à leurs romances écrites sur la même époque. Du coup, pour être honnête, je me suis ennuyée pendant les deux tiers du roman…

Mais ce n’est pas pour autant une mauvaise lecture, loin de là. Ce qui m’a ennuyée et souvent agacée est aussi ce qui va faire la force de ce récit. A savoir, pour commencer, une bonne société américaine juste détestable dans sa grande majorité. En effet, on suit le retour d’une femme qui a quitté son mari, probablement pour de bonnes raisons, et qui voudrait divorcer, mais tout le monde autour d’elle semble s’y opposer sous prétexte du scandale qui pourrait les éclabousser… Révoltant pour un lecteur de notre époque et révoltant aussi, apparemment, pour Edith Wharton en son temps. Pour autant, elle creuse bien les mentalités de chacun afin de nous faire comprendre leurs points de vues et c’est tout à son honneur.

L’autre point qui m’a fortement agacée tient à la personnalité du trio de héros. Archer, le héros de l’histoire, est un homme que je n’apprécie pas, et c’est dur pour moi de lire un roman quand je n’aime pas un personne clé. Il est trop dans le moule de sa caste et ses tentatives pour en sortir sont maladroites pour ne pas dire méprisantes. Il ne tient pas bien compte des sentiments de ceux qui l’entourent. Sa vision des femmes m’a beaucoup dérangée, il y a la petite chose fragile à protéger, celle qui fera une bonne mère/compagne sans qu’on l’aime forcément, celle qui fera des sacrifices pour lui et ça il aime beaucoup, etc. De plus, il passe beaucoup de temps à se morfondre et je déteste ça. Je n’ai vraiment pas accroché. Vient ensuite, May, sa fiancée qui est le cliché de la fille à marier issue de la bonne société, lisse et sans saveur, ou en tout cas qui souhaite apparaitre ainsi et qui se bride du coup. Elle m’a fait beaucoup de peine, mais m’a aussi agacée par sa mesquinerie et son esprit étroit. Enfin, il y a la Comtesse Olanska, peut-être celle qui sort le plus son épingle du jeu. C’est le personnage tragique par excellence. Elle a des traits communs avec Anna Karenine, je trouve. Elle cherche à être indépendante mais en même temps manque cruellement de confiance en elle et a sans cesse besoin de soutien ou d’approbation, mais sa situation est tellement instable et difficile que je comprends. Pas facile de quitter son riche et influent mari au début du XXe siècle, du coup, je lui pardonne beaucoup de choses, même si l’adultère qu’elle induit par sa présence me dérange profondément.

Et c’est bien là le coeur de ce qui m’a dérangée dans cette histoire. Sous prétexte d’une romance contrariée tragique, entre une femme qui souhaite divorcée mais qu’on empêche de le faire, et un homme qui veut l’aider mais fini par un malheureux tour des événement par en épouser une autre, on nous présente l’adultère (certes plus en pensée qu’en acte) comme quelque chose de terriblement beau et romantique. Là, je dis NON ! Tromper quelqu’un, lui mentir, ce n’est pas BEAU ! Ce n’est pas ROMANTIQUE ! Je n’ai pas du tout aimé la romance et je ne pense pas changer d’avis un jour malgré les arguments que certains essaieront sûrement de me donner. De plus, je ne trouve pas qu’ici la romance ait été forcément bien écrite, bien développée. Elle repose avant tout sur l’attirance physique d’un homme pour une femme désoeuvrée qu’ensuite il veut aider parce qu’il la trouve fragile. Personnellement, je ne trouve pas cela très équilibré… Bref, cette romance n’était pas pour moi.

Il reste heureusement dans ce roman, un portrait que j’ai jugé très intéressant sur la bonne société américaine à l’aube du XXe siècle. On découvre en celle-ci un reflet de celle de France ou d’Angleterre, avec les mêmes a priori et mesquinerie. La façon dont est racontée la façon mesquine dont ils traitent cette femme qui cherche à fuir son mari est tragique. On a vraiment de la peine pour elle. Et l’autrice donne ici toute la mesure de son talent avec des flèches qui touchent en plein coeur. Elle écrit ainsi des phrases très justes qui m’ont marquée comme :

« La solitude c’est de vivre parmi tous ces gens aimables qui ne vous demandent que de dissimuler vos pensées.

« Vous ne vous êtes jamais rien demandé l’un à l’autre, n’est-ce pas ? Et vous ne vous êtes jamais rien dit. Vous êtes restés l’un devant l’autre, à observer, à deviner ce qui se passait en dedans – un duo de sourds-muets, pas vrai ? « 

Ce roman ne restera malheureusement pas dans les annales pour moi, certains choix scénaristiques m’ayant trop dérangée. Cependant le portrait de cette société moralisatrice et hypocrite me fait dire qu’Edith Wharton est une autrice à qui j’ai envie de redonner une chance et de lire d’autres ouvrages. Ça tombe bien, j’ai plusieurs autres titres de la romancière dans ma PAL : Chez les heureux du monde, Les Boucanières, Été, Ethan Frome et Kerfol et autres histoires de fantômes. On verra lequel atterrira la prochaine fois entre mes mains ^^

Ma note : 13 / 20

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