Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Erased de Kei Sanbe

Titre : Erased

Auteur : Kei Sanbe

Éditeur vf : Ki-Oon (seinen)

Années de parution vf : 2014-2017

Nombre de tomes : 8 + un HS (série terminée)

Histoire : 2006. Aspirant mangaka dont la carrière peine à décoller, Satoru Fujinuma travaille comme livreur de pizzas pour joindre les deux bouts. Effacé et peu enclin à s’ouvrir aux autres, il observe le monde qui l’entoure sans vraiment y prendre part. Pourtant, Satoru possède un don exceptionnel : à chaque fois qu’un incident ou une tragédie se déroule près de lui, il est projeté quelques minutes dans le passé pour empêcher l’inévitable avant qu’il se produise…
Cette anomalie de l’espace-temps lui vaut un séjour à l’hôpital le jour où, pour rattraper le conducteur d’un camion fou, il est percuté par un autre véhicule de plein fouet. Après l’accident, petit à petit, les souvenirs effacés de l’enfance traumatisante de Satoru resurgissent…

Mon avis :

Tome 1

Après avoir découvert et beaucoup aimé sa nouvelle série, Echoes, dont je vous parlais hier, je ne pouvais qu’avoir envie d’essayer Erased, sa précédente série dont on m’a tant vanté les mérites et Ki-Oon faisant une opération tome 1 acheté, tome 2 offert, c’était vite vu ^^

Avec Erased forcément, on retrouve les mêmes éléments qualitatifs que dans Echoes et donc je ne pouvais qu’être séduite. L’histoire a beau être différente, la patte Kei Sanbe se fait sentir dès les premières pages que ce soit dans le dessin, la composition des planches ou l’ambiance. J’ai donc été très rapidement happée par l’histoire.

Celle-ci nous relate les aventures d’un jeune aspirant mangaka, Satoru, qui travaille également comme livreur pour se faire un peu d’argent. Il semble avoir vécu un événement assez traumatisant dans son enfance mais qu’il a refoulé, et surtout il a un mystérieux pouvoir qu’il ne maitrise pas qui lui permet de revenir quelques instants en arrière pour revivre un événement et ainsi le modifier afin qu’il ne soit plus aussi tragique qu’il devait l’être.

Juste sur ces bases, l’auteur commence dans ce premier tome à bâtir une histoire que l’on sent dense, prenante et tortueuse. Son héros n’est pas forcément des plus attachants au premier abord, tout comme sa mère ou la fille qui gravite autour de lui. Dans cette histoire, on sent qu’il y a en fait plusieurs couches sur chaque personnage et qu’il va falloir les percer pour découvrir leur vraie personnalité dessous. J’aime beaucoup. De la même façon, l’intrigue est complexe. Elle n’est jamais ce qu’elle semble être. Et tout cela confère une ambiance un peu inquiétante dans laquelle j’ai aimé me plonger.

Kei Sanbe mélange donc thriller fantastique et critiques sociétales : sur la vie précaire de mangaka débutant, sur la précarité plus générale de la jeunesse, sur les asociaux ou plutôt les gens vivant en marge d’une société dans laquelle ils ne se retrouvent pas. C’est très intéressant et prometteur et je retrouve un certain écho avec les oeuvres d’Inio Asano en ce sens.

Comme dans Echoes, je ne suis pas fan des dessins, ni de la composition assez classique des planches, mais il s’en dégage une aura inquiétante et lourde qui happe le lecteur, et ce fut mon cas. J’ai beaucoup aimé les débuts de cette histoire dont les mystères autour du pouvoir du héros et de son passé m’intriguent et me donnent très envie de lire la suite, ce que je ferai sous peu.

Tome 2

Dans ce deuxième tome, l’histoire a bien basculé. L’auteur est désormais en plein coeur de l’intrigue qu’il souhaite nous narrer et le tome d’introduction qu’était le premier opus est bien derrière nous. Je ne sais pas si je suis entièrement convaincue par les changements que cela opère dans la narration. J’ai du mal à adhérer au fait de suivre un élève de primaire comme héros même si on nous annonce qu’à l’intérieur de celui-ci il y a bien un homme de 28 ans… C’est un biais de l’histoire qui me convainc à moitié même si j’aime ce qu’il apporte dans cette revisite du passé du héros. Le voir enfant avec sa maturité d’adulte et surtout les souvenirs de ce qui a eu lieu mais le recul nécessaire pour les analyser et donc les changer est intéressant. On voit tout de même que ce n’est pas aussi facile que cela et que même en changeant des choses, le passé finit par retomber sur ses pieds et se reproduire en empruntant une autre voie. J’ai aimé cette vision du voyage dans le temps et de ses conséquences.

Mais surtout, ce tome est l’occasion de faire la rencontre de l’autre protagoniste principal de l’histoire : la petite victime, Kayo. Avec celle, comme aime le faire l’auteur, c’est l’occasion de dénoncer un fait de société qui touche pas mal de monde : les enfants battus. J’aime le réalisme cru avec lequel c’est abordé : les gens qui ferment les yeux, ceux qui agissent mais qui sont coincés par le système et enfin ceux qui ose malgré tout faire quelque chose avec leurs petits moyens. Pour le moment, Kayo est encore un personnage insaisissable. Elle se livre peu, mais quand elle s’ouvre son sourire est rayonnant. J’aime la relation qui se développe entre elle et Satoru, tout comme ça me plait de le voir interagir avec ses camarades de classe mais également et surtout avec sa mère, mon personnage préféré jusqu’à présent.

L’aspect thriller est toujours aussi bien fichu. Le mystère reste complet en ce qui concerne les disparitions passées. On peut déjà échafauder plein de théories avec les personnages qu’on rencontre dans ce nouvel espace-temps mais est-ce que l’une d’elle se révèlera juste ? Mystère et c’est ce qui me séduit. Des bribes d’informations sont distillées au compte goutte pour maintenir le suspens, c’est très réussi.

Tome 3

Alors que j’avais trouvé le précédent tome un peu en-dessous, Kei Sanbe repart de plus belle ici, nous livrant à nouveau une intrigue tendue à souhait. J’ai beaucoup aimé la façon dont il se joue de nous en nous faisant repartir brusquement dans le présent, alors que je m’attendais à une nouvelle rediffusion dans le passé pour empêcher « l’échec du héros ». Du coup, on est bien baladé et c’est un vrai plaisir. Je préfère largement suivre le héros adulte qu’enfant même si je le trouve bien naïf et maladroit et qu’il y a d’énormes ficelles dans ce qui lui arrive.

L’enquête redémarre à partir de l’assassinat de la mère, personnage que vraiment j’adore. Le héros est le principal suspect, il est en fuite et trouve bien sûr de l’aide auprès de sa collègue de travail, qui comme par hasard voit aussi sa vie menacée. Il n’en faut pas plus pour que celui-ci aidé d’un collègue de sa mère se mette à établir des liens.

C’est classique mais passionnant à suivre. L’ambiance est prenante. C’est sombre et tortueux. Le coupable derrière tout ça a l’air bien tordu. Il me tarde de voir un peu qui c’est (est-ce celui que je soupçonne depuis le tome 2) et quels mobiles il avait pour faire tout ça. J’ai hâte de continuer.

Tome 4

Avec ce thriller, Kei Sanbe continue à me surprendre et à me mener par le bout du nez avec une de ces facilités. L’écriture coule de source et malgré le classique de l’histoire, c’est extrêmement prenant avec ces personnages auxquels on s’est attaché vitesse grand V.

Dans ce nouveau tome, à peine revenus, nous retournons dans le passé pour laisser au héros une ultime chance de sauver tout le monde et cette fois il garde son sang froid. Ça change tout. Ayant appris à faire confiance, à se trouver des alliés, les choses se déroulent bien mieux. J’ai apprécié la simplicité de la mise en scène et les résultats obtenus, ainsi que les alliés que Satoru se choisit. L’ambiance est toujours prenante avec un vrai sens du rythme. Le meurtrier court toujours mais petit à petit il se dévoile un peu plus et surtout des souvenirs reviennes à Satoru. Quelle importance auront-ils ? On se demande.

L’histoire a beau être sombre, avec une vraie dénonciation de ce que la société adulte fait subir aux enfants, il y a aussi une vraie touche de lumière et d’espoir dans ces enfants qui s’entraident pour s’en sortir épauler de quelques adultes choisis. C’est ce qu’on a envie de retenir.

Tome 5

Que dire si ce n’est que ce tome est encore une petite bombe. C’est extrêmement bien écrit, d’une simplicité redoutablement efficace, j’adore ! Ce tome nous amène petit à petit, inéluctablement vers la confirmation du coupable que j’avais en tête, mais c’est jouissif. J’aime de plus en plus l’émulation de groupe que je ressens entre Satoru et ses amis qui se sont mis dans la tête d’aider tous les enfants esseulés qu’ils croisent, tout d’abord pour les sauver du criminel qui sévit, mais aussi pour les sortir de leur isolement. C’est un beau message et j’aime toujours autant les personnages qui les véhiculent, qui sont le parfait exemple qu’on peut être fort et aider les autres malgré ses propres fragilités.

Du point de vue du thriller à proprement parler, c’est extrêmement bien orchestré. De petits indices sont semés au fil des chapitres pour nous amener à la révélation finale qui conclut brutalement le tome. Je l’ai dit, je l’avais vu venir, mais ça n’enlève rien à mon plaisir de suivre la série. J’ai trouvé très intéressante la double tonalité qui se dégage du tome, d’un côté celle au niveau des enfants et de l’autre celle au niveau de l’enquête. C’est assez fascinant.

Erased reste une série dont je dévore les tomes. J’espère que même si l’identité du criminel est connue la qualité sera toujours au rendez-vous de même que les rebondissements. J’attends ça de pieds fermes en tout cas ^^

Tome 6

Après le retournement du tome précédent, celui-ci s’annonçait forcément comme le tournant de l’histoire et on n’y a pas coupé, mais Kei Sanbe le fait avec une certaine originalité que je salue. Après une première moitié qui revient surprenamment sur le meurtrier, ses mobiles, son modus operandi et son passé, la seconde calme le jeu de propose de retrouver tout le monde bien des années après. C’est fort ingénieux pour maintenir le suspense et ça marche plutôt bien. Et même si les deux parties sont très différentes dans leur rythme et leur propos, j’ai beaucoup aimé l’ensemble.

Le mangaka continue à proposer une oeuvre coup de poing. Le criminel n’est pas juste un criminel, c’est lui aussi la victime de maltraitances au début et ça l’a traumatisé au point de le forger tel qu’il est aujourd’hui. C’est glaçant d’ailleurs de suivre son parcours. La mère du héros, elle, n’est qu’une mère célibataire au début, mais les circonstances ont fait d’elle quelqu’un d’extraordinaire, prête à tout pour son fils, une vraie mère courage exemplaire ! Les amis de Satoru sont des enfants tout ce qu’il y a de plus normaux au début, mais c’est leur rencontre avec lui et l’aventure qu’ils vont vivre qui va aussi les transformer et en faire les adultes qu’ils sont devenus. C’est un message fort que nous envoie l’auteur et j’y adhère totalement. Il me tarde de voir comment il va conclure sa série dans les 2 prochains tomes.

Tome 7

Après le changement de paradigme du tome précédent, l’auteur ne pouvait qui continuer sur cette voie. On s’éloigne donc un temps du traditionnel thriller pour s’intéresser au rétablissement de Satoru et à ses souvenirs oubliés. Mais le criminel qu’il a si longtemps chassé n’est jamais bien loin et lentement la tension revient nous prendre à la gorge mais dans un nouveau décor. J’adore la façon non linéaire dont l’auteur construit son histoire, nous surprenant ainsi régulièrement. C’était déjà le cas avant avec les bonds dans le temps du héros grâce à ses « pouvoirs », ça l’est encore maintenant suite à son coma et son réveil bien des années plus tard alors que tout le monde a grandi. Alors certes le rythme est plus calme sur une bonne partie du tome, le temps qu’il se remette de tout ça et reparte sur de bons rails, mais c’est tout aussi plaisant de le voir se reconstruire. Et quand l’ambiance pur thriller revient c’est d’autant plus jouissif d’essayer d’imaginer ce qui va lui tomber dessus. Erased reste donc pour moi une excellente surprise dont je savoure chaque tome.

Tome 8

S’il n’y a plus de surprise sur l’identité du coupable dans cet ultime tome, l’auteur nous en réserve quand même quelques unes en ce qui concerne son devenir. En effet, les deux principaux héros vont se livrer à un dernier duel au sommet pour essayer de se coincer l’un l’autre. On assiste donc à un vrai jeu de chat et de souris grandeur nature où chacun usera de tout son intellect et de toutes ses ressources pour réussir. Alors même si l’issue est évidente dès le début, cela reste une dernière lecture plus que plaisante ou la tension est à nouveau au rendez-vous. J’ai beaucoup aimé cela, ainsi que le rôle joué par l’ensemble des amis de Satoru qui sont encore impliqués.

Erased fut un thriller solide du début à la fin. Si j’avais très tôt deviné l’identité du coupable, ça ne m’a pas empêchée d’apprécier quand même le titre, qui est construit classiquement mais avec une efficacité redouble. Kei Sanbe est définitivement un auteur à suivre.

Ma note : 16 / 20

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16 commentaires sur “Erased de Kei Sanbe

  1. Je suis complètement passée à côté de ce manga. Je l’ai vu encensé de partout et quand je l’ai essayé, je n’ai pas accroché. Je pense ne même pas avoir dépassé le tome 2 😕 je n’étais notamment pas fan des dessins.

    Aimé par 1 personne

    1. Justement le fait qu’il soit encensé partout m’a longtemps fait repousser sa lecture mais finalement j’ai été séduite. Je peux comprendre qu’on n’accroche pas, les dessins sont effectivement très spéciaux et l’histoire remue gentiment les tripes ^^!
      On a chacun nos goûts, alors on a le droit ne pas aimer 🙂

      J'aime

  2. J’ai vu l’anime il y a longtemps. J’en ai un bon souvenir. Je me répète lol, j’ai déjà dû te le dire.
    Oui, le graphisme fait reculer, on est d’accord.
    D’après LA j’ai lu les 2 premiers. J’ai vérifié je les ai tous, ils sont là sagement dans la bibliothèque, je n’ai plus qu’à tout reprendre et lire.

    Aimé par 1 personne

      1. Ne m’en parle pas. Je suis tellement dépensière que je n’avais pas remarqué que j’avais été augmentée depuis mars xD (Merci les fiches de paies qu’on reçoit 2-3 mois plus tard dans l’Éducation nationale…)

        Aimé par 1 personne

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