Livres - Science-Fiction

Célestopol d’Emmanuel Chastellière

Titre : Célestopol

Auteur : Emmanuel Chastellière

Éditeurs : Éditions de l’instant (grand format) / Libretto (poche)

Année de parution : 2017 (grand format) / 2019 (poche)

Nombre de pages : 349

Histoire : Célestopol, la cité lunaire, la perle de l’Empire Russe, la ville de toutes les démesures, où toutes les technologies de ce XXème siècle naissant se combinent pour créer la métropole ultime. Célestopol, où à chaque coin de rue, la magnificence de ses merveilles architecturales rivalise avec l’éblouissement que provoquent ses automates affectés à mille et une tâches. Célestopol et ses canaux de sélénium dont la brume mordorée baigne en permanence la lumière des réverbères. Célestopol, la ville sous dôme, le défi ultime de l’humanité lancé aux étoiles.
Célestopol la rebelle, l’insoumise. Célestopol, où chaque habitant porte en lui une colère, un amour, une tristesse, une vengeance. Célestopol et son duc extravagant, aux pouvoirs sans limites, dont la simple présence est une insulte adressée à chaque instant à l’autorité de la Tsarine. Célestopol, en quête de liberté et d’émancipation, loin d’une Terre qui menace de sombrer dans les flammes.
Célestopol, la ville qui a arraché un peu de l’âme de toutes les Russies et l’a posé sur la Lune.

Mon avis :

Je tiens d’abord à remercier l’auteur, Emmanuel Chastellière, pour sa gentillesse et sa générosité qui m’ont permis d’enfin découvrir ses écrits.

A l’origine, je ne suis pas une grande fan du format « nouvelle » mais depuis quelques mois, je me plonge avec grand plaisir dans la découverte de celles-ci pour me frotter à la plume d’écrivains dont je souhaite faire la rencontre. Ici, avec Célestopol, c’était la plume, le style et l’univers d’Emmanuel Chastellière que je voulais découvrir. Je connais l’auteur depuis des années pour ses riches contributions au site Elbakin, LA référence francophone en fantasy. J’étais très impatiente de voir ce que pouvait donner le passage de l’autre côté de l’a barrière d’un lecteur et critique d’ouvrages relevant de l’imaginaire.

A travers ces 15 nouvelles, je n’ai aucunement été déçue par ma rencontre avec Emmanuel Chastellière. J’ai complètement plongé dans l’univers très particulier de Célestopol et j’ai dévoré celles-ci très vite. Le format choisi par l’auteur est une riche idée pour nous faire entrer dans cet univers atypique bourré de références en tout genre. J’ai trouvé ingénieux de découvrir la ville de Célestopol de cette façon. C’est LE personnage de l’histoire en fait et avec ces 15 nouvelles, nous avons l’occasion d’en découvrir rapidement bien des facettes qui vont nous la rendre tantôt fascinante, tantôt détestable, tantôt irréelle, tantôt terriblement réaliste, mais toujours passionnante.

L’univers est clairement le gros point fort de ce recueil. Il se dégage une aura très particulière de la ville et des protagonistes qu’on va y croiser parfois une seule et unique fois mais souvent qu’on recroisera et qui prendront de l’importance au fil du temps, ce qui est ingénieux pour accrocher le lecteur et lui donner envie d’y revenir comme moi. Ainsi la figure du Duc Nicolaï m’a fascinée tout du long, de même que celle de sa tragique maîtresse Tuppence, ou encore des « chasseurs de prime » Arnrun et Wojtek, personnages hauts en couleurs. J’aimerais beaucoup retrouver tout ce petit monde.

L’auteur y développe des thèmes variés tels que les différentes formes qui peut prendre l’amour, la question de l’humanité, la notion de temps, la course à la technologie, les rivalités entre états et dirigeants, la lutte sociale, etc. Cela ajouté aux nombreuses références croisées au fil des nouvelles, en vrac Dorian Gray, Anna Karenine, Sherlock Holmes, A la croisée des mondes, Jules Verne, Indiana Jones, Blade Runner, Baba-Yaga, les Trois mousquetaires, etc, confère étrangement une vraie unité à ce recueil où au final Célestopol devient un peu le réceptacle et le témoin de notre vie sur Terre. J’ai vraiment beaucoup apprécié cela et du coup, je ne me suis pas ennuyée lors de ma lecture alors même que le rythme n’était jamais vraiment le même d’une nouvelle à l’autre. J’ai vraiment trouvé cela original et pour quelqu’un comme moi, qui n’est pas forcément fan de nouvelles à la base, c’était un vrai plus.

Je peux donc dire sans mentir que Célestopol fut une excellente lecture et une excellente surprise. Emmanuel Chastellière a vraiment su créer un univers qui lui est propre, qui est très vivant et qui donne encore envie de s’y replonger malgré les 15 nouvelles que je viens déjà de lire. Cette première plongée m’a laissée sur ma faim et j’espère bien en être rassasiée un jour prochain.

Ma note : 16 / 20

Je vous laisse ci-dessous le détail de mon avis sur les 15 nouvelles qui composent ce recueil :

Face cachée : Cette première nouvelle porte très bien son titre. C’est une excellente porte d’entrée à l’univers de Célestopol, ville fascinante. J’ai beaucoup aimé l’ambiance steampunk. On s’attache très vite aux personnages rencontrés, l’ambiance énigmatique joue à fond, avec de l’espionnage, du journalisme et des rivalités entre grandes puissances.

La chambre d’ambre : On découverte un nouvel aspect de la ville avec une partie de son histoire et celle des puissances encore présentes sur Terre à travers le sujet de recherches archéologiques. C’est court mais efficace, avec à nouveau un personnage, cette fois féminin, auquel on s’attache rapidement dans sa quête de vérité et dont la chute marque.

Dans la brume : Petite nouvelle un brin fantastique et horrifique dans la veine de celles des auteurs du XIXe. J’ai beaucoup aimé l’ambiance, même si on s’éloigne un peu du sujet des deux précédentes qui était « la ville de Célestopol ». Il y a la même qualité au niveau de l’écriture des personnages et du héros en particulier.

Les lumières de la ville : C’est l’une des nouvelles les plus SF du recueil avec ces automates que l’on traque et leur quête inaccessible. On voit un nouvel aspect de la ville, plus rude, âpre, sale et pourtant celle-ci reste un phare tellement attirant. Un petit air désabusé à la Blade Runner.

Les jardins de la Lune : Nouvelle courte mais terriblement marquante qui met bien en lumière la froide cruauté du Duc, personnage clé de l’univers. J’ai beaucoup aimé cette scène digne d’une pièce de théâtre où il piège son jardinier en chef. Extrêmement bien mis en scène, plein d’émotions et de belles réflexions sur la persévérance.

Oderint dum metuant (Qu’ile ma haïssent, pourvu qu’ils me craignent) : Quelle excellente nouvelle ! C’est beau, c’est fort, c’est dramatique, c’est bien mené. Avec ce mélange de gunpowder et de fantasy politique. En passant d’un personnage à l’autre, l’auteur tisse sa toile petit à petit pour mieux nous surprendre. On découvre un autre Duc, une autre Célestopol. Les sentiments sont à fleur de peau et la politique de la ville complexe à souhait. J’ai adoré !

Une note d’espoir : Belle revisite surprise du conte de BabaYaga en y intégrant Kokorin, le voleur croisé quelques histoires plus tôt. C’est une nouvelle fois l’occasion de découvrir l’envers du décor de notre chère ville sur un ton dramatiquement romanesque et romantique. Superbe !

Le boudoir des âmes : Une histoire un peu différente des autres où l’auteur nous donne à entendre la voix d’un automate témoin malgré lui de bien des douleurs et des souffrances. Cette nouvelle aurait mérité d’être un petit peu plus développée. Je l’ai trouvée trop courte alors que la rencontre avec cette mère de famille éplorée par la mort de son fils était belle et poignante. La chute de l’histoire, elle, est parfaite.

La douceur du foyer : Encore une nouvelle poignante où Emmanuel reprend une autre créature mythologique slave, le domovoï, le temps d’un enquête fantastique menée par le duo Arnrun – Wojtek (l’ours) rencontré précédemment. Petit hommage à la Croisée des mondes (?). J’aime la façon dont l’auteur réutilise ses personnages dans cette histoire au début banale mais qui bascule ensuite dans le fantastique, et en même temps continue à brosser le portrait de sa ville.

La danse des libellules : J’ai trouvé cette nouvelle un peu étrange. On nous embarque encore dans les profondeurs de la ville entre maison de passe, casino et forteresse avec des soldats pour créer un savant mélange, mais je n’ai pas eu le sentiment de voir l’histoire décoller. Dommage.

Convoi : Autre nouvelle assez étrange dans laquelle pour une fois je ne ressens rien de particulier pour son héroïne. Il y a une grande part de mystère puisque nous nous rendons dans un endroit caché à tous où se déroulent de drôles d’expériences. L’histoire se termine au moment où elle devrait commencer. Frustration, frustration…

Le chant de la Lune : Une des meilleures nouvelles du recueil avec de suspense, de la tension, des mystères, des enjeux personnels et plus vastes. Je me suis régalée. J’ai aimé retrouver Arnrun et Wojtek dans cette ambiance à la Sherlock Holmes. La chute donne très envie d’une suite d’histoires dans cette veine.

Fly me to the moon : J’attendais beaucoup de cette histoire à cause de son titre évoquant l’une des plus belles chansons du répertoire mondial, et je n’ai été aucunement déçue. Avec cet apprenti sorcier qui a des airs de fantômes de l’opéra, on se retrouve dans une histoire tragique à souhait, impliquant Célestopol, son Duc, ses pairs et les automates. Beaucoup d’émotions !

Tempus fugit : Encore une magnifique nouvelle qui conclut – ou presque – ce recueil en apothéose avec la chute de notre apprenti sorcier chéri qui se donne des airs de Dorian Gray ici. C’est très intelligemment construit avec ces deux lignes temporelles et ces deux histoires, l’une de restauration de tableau, l’autre de lutte sociale, qui se mêlent pour mieux nous tromper et surtout ces coeurs affamés qui pleurent et se meurent sous nos yeux. Très beau et très fort !

Le roi des mendiants : Et cette courte conclusion faisant directement suite à la précédente achève d’emporter mon coeur à moi avec cet ultime survivant dans les ruines de la tragique Célestopol, tel dans une tragédie grecque. Que je suis triste de déjà quitter cette ville.

3 commentaires sur “Célestopol d’Emmanuel Chastellière

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