Livres - Fantasy / Fantastique

Morwenna de Jo Walton

Titre : Morwenna

Auteur : Jo Walton

Éditeurs vf : Denoël – Lune d’encre (grand format) / Folio SF (poche)

Années de parution vf : 2014 (gf) / 2016 (p)

Nombre de pages : 418

Histoire : Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghust, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privé à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Loin de son pays de Galles natal, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres, notamment des livres de science-fiction. Samuel Delany, Roger Zelazny, James Tiptree Jr, Ursula K. Le Guin et Robert Silverberg peuplent ses journées, la passionnent. Alors qu’elle commence à reprendre du poil de la bête, elle reçoit une lettre de sa folle de mère : une photo sur laquelle Morganna est visible et sa silhouette à elle brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est sa mère ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre.

Mon avis :

Jo Walton est une autrice qui a une certaine réputation dans le milieu de l’Imaginaire, ça fait donc quelques temps déjà que j’ai envie de la découvrir. Pour cela, j’ai choisi Morwenna, une histoire qui se tient en un seul livre et surtout qui a reçu les prix Hugo et Nebula ainsi que le British Fantasy Award. Avec tout cela à son actif, cela ne pouvait être qu’un bon livre à mes yeux.

Effectivement dès les premières pages, j’ai senti que la plume de Jo Walton était faite pour moi. Elle est simple, légère, pleine de mélancolie avec de petites pointes de cynisme, et dans cette histoire contient en plus beaucoup de poésie. J’ai vraiment adoré sa plume du début à la fin.

Cependant, Morwenna est un titre particulier. Bien que classé dans le rayon Fantasy des librairies, il tient pour moi beaucoup plus du fantastique voire du merveilleux. C’est un roman singulier où la magie, les fées et la féérie ne sont qu’un léger décor pour accompagner le passage d’une jeune fille de l’enfance à l’âge adulte. C’est donc pour moi plus un roman d’apprentissage qu’un roman de fantasy pure comme j’aurais pu le croire si je m’étais fiée au classement en librairie.

On y suit, dans une ambiance très British, la jeune Morwenna, fille de 14 ans, qui vient de perdre sa soeur dans un tragique accident qui l’aura laissée handicapée, avec une jambe abîmée. Elle fuit sa mère qu’elle considère comme folle et atterrit chez son père qu’elle ne connait pas. Celui-ci la place dans un pensionnat privé pour qu’elle y fasse ses études, mais Morwenna est quelqu’un d’à part. Elle voit les fées, les elfes, les fantômes, ses êtres qui peuplent la nature mais que seuls de rares élus peuvent voir. Et surtout, c’est une fille très intelligente, qui adore lire de la science-fiction et de la fantasy, ce qui la met un peu à part par rapport aux autres filles de son âge. Morwenna n’est pas quelqu’un de facile à aimer, elle garde trop les gens à distance pour ça et toute l’histoire de ce livre va être pour elle, d’apprendre à se laisser approcher et aimer pour qui elle est, afin de se faire des amis et grandir.

J’ai beaucoup aimé suivre cette jeune fille solitaire et complexée, qui se cherche et rumine sa douleur. Sa boulimie de lecture sera un moyen de surmonter son terrible traumatisme. Et pour nous, lecteur, il sera une ode à la puissance de l’imaginaire, en plus d’une quête initiatique où se posent des questions essentielles sur la vie et la mort, le tout dans une ambiance ambiguë, sombre, mystérieuse mais envoûtante. Ce mélange des genres est très réussi, tout s’imbrique à merveille. On apprécie aussi bien les moments simples de son quotidien qu’elle raconte dans son journal (vie à la pension, excursions en ville, participation au club de lecture, visites dans sa famille…) que les moments plus irréels qu’elle semble vivre quand elle se promène dans la nature.

Le rythme peut sembler lent et l’histoire répétitive mais elle illustre bien le quotidien de cette jeune fille de la fin des années 70, qui se pose des questions sur elle-même, sa famille, la vie en général. L’autrice y aborde ainsi des questions ayant trait à la libération sexuelle mais aussi à la libération des corps, ce que j’ai été surprise mais ravie de trouver ici. Une fois qu’on s’est immergé dans cette ambiance un peu désuète, il est impossible d’en ressortir. On s’attache aux personnages et on a envie de voir ce qu’il va advenir d’eux. J’ai d’ailleurs trouvé ceux-ci très bien croqués dans l’ensemble que ce soit le père un peu dépassé de Morwenna, ses tantes barjots, la documentaliste de son pensionnat qui fait tout pour l’aider, les chouettes membres du Club de lecture tous vraiment des passionnés, Wim qui est un bien un ado/jeune adulte de son temps ou encore ses grands-pères. Il se dégage une vraie sincérité de l’ensemble des personnages, les rendant très justes et crédibles à mes yeux.

L’histoire, elle, peut sembler banale. On suit une ado qui raconte son quotidien dans son journal, de son arrivée dans sa famille paternelle, à ses premiers jours en pensionnat dans sa nouvelle école avec les aventures qu’on y vit (moqueries, cours à choisir, se faire ou pas des amies, vivre sa passion, etc), mais aussi découverte de soi, de ce qu’on est, de ce qu’on aime ou pas, de ce qu’on est prêt à accepter ou pas de soi et des autres. L’histoire est bien plus riche que ce qu’on pourrait croire et elle m’a beaucoup touchée.

Pour conclure, je pense que vous l’aurez compris, malgré sa forme un peu surprenante, j’ai beaucoup aimé cette lecture. Elle m’a fait sortir de ma zone de confort pour tomber sur une histoire très juste et émouvante. Le fait que l’héroïne soit une mordue de lecture SFFF était un vrai plus. Elle parlait ainsi d’auteurs et de titres que je connaissais et l’univers des bibliothèques/librairies/club de lecture m’a fait rêver. L’ambiance d’un autre temps m’a plu aussi bien pour ce portrait de la campagne anglaise de la fin des années 70, que pour ces petites touches de merveilleux avec les elfes et autres créatures. C’est un très beau roman d’apprentissage plein de poésie et de chaleur humaine. Un petit coup de coeur.

Ma note : 16 / 20

9 commentaires sur “Morwenna de Jo Walton

  1. J’ai lu Mes vrais enfants, le premier tome de la trilogie du Subtil changement et j’ai Pierre-de-vie dans ma PAL. Je crois que Mes vrais enfants est un des romans qui m’a le plus bouleversé et que j’ai adoré. Je crois que tous ses romans sont toujours à la croisée des genres et sa plume est vraiment particulière ! En tout cas très belle chronique, elle donne envie 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Merci, c’est gentil. Ce que tu en dis toi aussi me conforte dans ma très bonne opinion de l’autrice.
      Tous ses titres me font envie. Je pense m’acheter prochainement Mes vrais enfants et le tome 1 de subtil changement ^^

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