Livres - Science-Fiction

Tau Zero de Poul Anderson

Titre : Tau Zero

Auteur : Poul Anderson

Éditeurs vf : Le Bélial’ (grand format) / Pocket (poche)

Années de parution :1970 (vo) / 2012 (vf)

Nombre de pages : 312 + 34 pages d’annexes

Histoire : Terre. XXIIIe siècle. Ils sont cinquante. Vingt-cinq femmes, vingt-cinq hommes. Parmi les meilleurs dans leurs domaines : astrophysiciens, mathématiciens, biologistes, astronavigateurs… Leur mission est la plus sidérante qui soit : rejoindre l’étoile Beta Virginis en quête d’une nouvelle Terre. Ils disposent pour ce faire du plus stupéfiant des vaisseaux, le Leonora Christina, dernier né de sa génération, un navire capable de puiser son énergie au cœur même de l’espace et d’évoluer à des vitesses relativistes…
Un voyage de trente-deux années-lumière. Un voyage sans retour. Et tous le savent. Tel est le prix que sont prêts à payer ces pionniers d’une aire nouvelle…

Mon avis :

J’aime depuis toujours les récits de science-fiction et quand je tombe sur des listes de titres dits « à lire absolument« , le nom de Poul Anderson apparait fréquemment. J’avais donc envie de me confronter à cet auteur si célèbre au point d’en devenir une référence et pour cela, quoi de mieux qu’un titre court, qui a failli remporter un prix en son temps et qui n’appartient pas à une saga ? Voilà ce qui a guidé mon choix vers Tau Zéro.

Publié en 1970 aux Etats-Unis, ce roman aura mis plus de 40 ans à arriver chez nous. Pourtant lorsqu’on le lit, on ne comprend pas ce délai. La plume de Poul Anderson est extrêmement agréable à lire, fluide malgré les nombreux concepts scientifiques abordés, et les thèmes abordés sont restés terriblement actuels et l’ont été pendant les décennies de sa non-parution en français.

Poul Anderson est un auteur féru de Hard Science, cette science-fiction où l’on utilise en trame de fond (ou plus) des éléments des dernières recherches et derniers progrès de la science. Dans ce court roman de 312 pages, il démontre tout son talent dans ce domaine. En effet, il nous embarque dans une aventure hors du temps et de l’espace où le concept de Tau Zéro est au coeur de l’intrigue. Cela aurait pu être abrupt pour une non-scientifique comme moi et pourtant il rend tout cela parfaitement compréhensible. Poul Anderson parvient miraculeusement à rendre la complexité des notions qu’il utilise limpide pour le lecteur qui prête un peu attention à ce qu’il lit et qui sait faire fonctionner son imagination. C’est le grand plus de l’histoire.

En effet, dans Tau Zéro tout se passe à bord d‘un vaisseau spatial parti en mission pour rejoindre l’étoile Beta Virginis, à 32 années-lumière de la Terre, mais alors que leur voyage se passait tranquillement, un événement vient faire basculer leur périple et celui-ci ne va plus jamais ressembler à quelque chose de connu.

En tant que lectrice, cette trame narrative a parfaitement fonctionné sur moi. J’ai aimé découvrir la vie tranquille à bord du vaisseau au début du voyage, puis le bouleversement subi par ses membres ensuite. C’était passionnant de voir d’un regard extérieur les réactions de ces hommes et femmes, réputés pour être l’élite de notre planète, face à un tel chamboulement de leur appréhension du monde et de l’univers. Les mécanismes qui se mettent en place, les dynamiques qui se jouent, sont passionnantes à regarder. Je me suis mise à imaginer plein d’autres possibilités pour cette nouvelle vie à bord et j’aurais peut-être aimé que l’auteur creuse un peu plus de ce côté-là. Car s’il joue énormément la carte du huis clos pour donner une ambiance très singulière à son récit, il passe à côté de l’écriture des personnages à quelques exceptions près. La plupart sont des êtres assez transparents qu’on n’apprend jamais à connaitre et c’est fort dommage dans ce type de récit.

Je pense que Poul Anderson s’est surtout concentré sur son concept autour de la vitesse de voyage de son vaisseau, en parallèle du temps passé à bord et du temps passé à l’extérieur, ainsi que sur les coins de l’univers traversé. Du coup, il en a oublié l’humain. Alors oui, ces concepts sont fascinants et laisse place à une imagination galopante pour nous lecteurs, mais ça reste quand même frustrant d’avoir au final une histoire un peu froide et détachée du commun des mortels. La plus belle preuve de cela est peut-être la conclusion de l’histoire où l’auteur met très bien en scène le dénouement ultime de ses théories sur l’espace-temps et la dynamique de l’univers lors d’un moment magique, mais oublie complètement les hommes et femmes à bord du vaisseau, pour leur donner à eux une conclusion peu satisfaisante et trop facile à mon goût.

En conclusion, je suis partagée après cette lecture. J’ai été complètement emportée par la plume de l’auteur et sa facilité à mettre en scène des concepts scientifiques complexes. Mais je reste frustrée par la part humaine de son récit qui est mal maîtrisée en dépit des belles promesses des débuts. J’ai adoré regarder le voyage. J’ai été fasciné par les phénomènes extraordinaires qui sont arrivés à l’équipage. J’ai aimé les dynamiques esquissées à bord. Mais je suis restée sur ma faim. Il ne me reste plus qu’à trouver un autre roman de SF du bonhomme pour infirmer ou confirmer mes impressions.

Ma note : 15 / 20

Infos supplémentaires gentiment offertes par Jean-Daniel Breque, le traducteur :

Il faut savoir qu’à l’époque (1970), la science-fiction aux USA était encore un genre marginal et que les romanciers avaient l’obligation de faire court. Anderson a contourné cette difficulté en affublant chaque personnage de traits associés à sa nationalité aux yeux de ses lecteurs américains (en faisant du personnage américain un sombre crétin, soit dit en passant), ce qui le dispensait de consacrer des pages à leur psychologie. En tant que traducteur du livre, j’étais conscient de ce défaut, mais comme l’auteur avait choisi de ne pas le réécrire pour l’étoffer (contrairement à « L’Epée brisée »… dont la nouvelle version était à mon avis–et je ne suis pas le seul–inférieure à la première, celle que nous avons choisi de traduire au Bélial’), je me suis gardé d’y toucher.
A signaler que lorsque Poul Anderson a cherché à faire prépublier « Tau zéro » en feuilleton dans une revue de SF, pratique courante à l’époque, on lui a demandé de l’abréger! Je possède cette version, intitulée « To Outlive Eternity », mais je n’ai jamais osé la regarder.

2 commentaires sur “Tau Zero de Poul Anderson

  1. Bonjour,
    Merci pour cette critique fort juste. Il faut savoir qu’à l’époque (1970), la science-fiction aux USA était encore un genre marginal et que les romanciers avaient l’obligation de faire court. Anderson a contourné cette difficulté en affublant chaque personnage de traits associés à sa nationalité aux yeux de ses lecteurs américains (en faisant du personnage américain un sombre crétin, soit dit en passant), ce qui le dispensait de consacrer des pages à leur psychologie. En tant que traducteur du livre, j’étais conscient de ce défaut, mais comme l’auteur avait choisi de ne pas le réécrire pour l’étoffer (contrairement à « L’Epée brisée »… dont la nouvelle version était à mon avis–et je ne suis pas le seul–inférieure à la première, celle que nous avons choisi de traduire au Bélial’), je me suis gardé d’y toucher.
    A signaler que lorsque Poul Anderson a cherché à faire prépublier « Tau zéro » en feuilleton dans une revue de SF, pratique courante à l’époque, on lui a demandé de l’abréger! Je possède cette version, intitulée « To Outlive Eternity », mais je n’ai jamais osé la regarder.
    Jean-Daniel Brèque

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup pour votre passage ici, ça fait plaisir de voir des professionnels comme vous proches des lecteurs et partageant leur savoir.
      Toutes vos précisions sont vraiment enrichissantes et me permettent de voir le roman sous un autre oeil désormais.
      Je vais de ce pas ajouter vos précisions sous mon articles pour en faire profiter les autres 🙂

      J'aime

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