Livres - Science-Fiction

La Fleur de Dieu de Jean-Michel Ré

Titre : La Fleur de Dieu

Auteur : Jean-Michel Ré

Editeur : Albin Michel Imaginaire

Année de parution : 2019-2020

Nombre de tomes : 3 (série finie)

Histoire : An 10 996.
Dans les déserts suspendus de la planète sacrée Sor’Ivanyia, un des dix-huit mille mondes de l’Empire, pousse la Fleur de Dieu. Ce remède à de nombreux maux est aussi un vecteur privilégié pour accéder au divin. Grâce à la Fleur de Dieu, l’Homme sait désormais ce qui advient de la mémoire après la mort.
Alors qu’un impitoyable seigneur de la guerre fomente un coup d’état, la formule chimique de la Fleur de Dieu est dérobée par une organisation anarchiste paradoxalement très organisée. Au même moment, l’apparition sur Sor’Ivanyia d’un enfant aux pouvoirs extraordinaires bouleverse toutes les certitudes scientifiques et religieuses de l’Empire. Qui est cet enfant ? Est-il seulement humain ? Est-il ce Messie que certaines religions ont cessé d’attendre ?

Mon avis :

Tome 1

J’aime beaucoup lire de la science-fiction depuis que je suis ados, mais ayant commencé avec des auteurs comme Asimov, Herbert, Simmons ou Zelazny, je peine un peu à retrouver le même plaisir d’évasion folle. Alors quand j’ai lu la 4e de couverture de la Fleur de Dieu de Jean-Michel Ré où étaient évoqués plusieurs de ces auteurs comme des sources d’inspiration de la trilogie que l’auteur avait débuté, j’ai eu très envie de m’y plonger !

Conçue comme une saga en trois temps, La Fleur de Dieu ne fait que nous appâter dans ce premier tome. Jean-Michel Ré nous présente son univers, riche et complexe, ses personnages, nombreux, et ses thématiques, fortes, le tout en moins de 300 pages. Le rythme est soutenu, aidé par la présence d’un conséquent glossaire en fin de tome où il évacue toutes les descriptions/explications de phénomènes, institutions, lieux, etc, qui aurait ralenti son récit. C’est perturbant au début de la lecture mais assez efficace dans l’ensemble.

Je dois avouer qu’au début de ma lecture, j’ai fait le choix sciemment de ne jamais ou presque me référer à ce glossaire pour ne pas être sans cesse coupée dans ma lecture. Ce fut un choix qui a payé mais qui fut difficile au début car j’avais beaucoup de mal à imaginer et concevoir cet univers dans lequel j’étais plongée. Je ne sais pas si le choix de Jean-Michel Ré est le bon. J’aurais aimé parfois, comme ce fut le cas chez les auteurs dont il s’inspire, qu’il mêle la construction de son univers à celle de son intrigue. Je pense que ça m’aurait permis de mieux m’immerger dans son histoire, de mieux fixer celle-ci et son cadre car l’ensemble est assez compliqué sans que s’y ajoutent tous ces termes, parfois transparents mais pas toujours, qui sont propre à cette culture qui a évolué bien après nous.

L’histoire prend place dans notre futur en 10 996, notre monde a évolué pour devenir un Empire qui s’étant sur plus de 18 000 monde habités. L’homme a sa tête est un tyran à l’égo démesuré qui, avec ses prédécesseurs, n’a pu que provoquer la naissance d’une résistance. Celle-ci se manifeste de différentes façons que nous allons découvrir au fil de l’histoire. Il y a d’abord, à l’intérieur même de la hiérarchie de l’Empire, l’action menée en catimini par le Seigneur de la Guerre Latroce (j’adore son nom !), homme ambitieux et intelligent qui cherche à faire bouger les choses mais à son profit quand même. Ensuite, dans les couches plus extérieures de l’Empire, il y a l’organisation Fawdha’ Anarchia qui cherche à renverser le système et veulent libérer tout le monde et leur apprendre ce qu’on leur cache. Au moment où commence l’histoire, les deux groupes entrent en action et en même temps se produit un phénomène étrange qui vient perturber tout le monde : l’apparition d’un enfant aux pouvoirs qui défient l’entendement.

C’est donc une histoire riche en action due à la révolution qui se met en branle, et en réflexions et mystères dues à l’apparition de cet enfant, qui va naitre sous nos yeux. S’ajoute en plus, un aspect plus religieux ou philosophique avec le Conclave des différentes religions qui s’organise et se retrouve aussi impliqué par ce qui passe. Ainsi qu’un aspect politique et économique avec le vol d’une formule chimique indispensable au bon fonctionnement de l’Empire : la Fleur de Dieu, ainsi que la possible fuite du mystère des Portes (artéfact tenu secret permettant de voyager instantanément) et l’utilisation de plus en plus contestée des Clones (sortes d’esclaves modernes). Au final, il y a énormément de ramifications intéressantes, intrigantes et riches en réflexion dans cet univers.

L’auteur nous parle des dérives de notre société de consommation, des dérives politiques totalitaires possibles, ainsi que de celles de la conquête spatiale. De l’évolution possible de nos religions vers quelque chose de plus philosophique. Il s’interroge aussi de ce point de vue là sur le clonage et l’utilisation de ceux-ci par des groupes totalitaires. Alors l’arrivée de cet enfant qui bouleverse l’ordre établi envoie tout valser et souffle le lecteur, notamment lors d’une scène dantesque qui va frapper tout le monde, lui promettant une suite haletante s’il en est. J’ai ainsi fini ma lecture en ressentant la grande frustration de ne pas avoir la suite sous la main.

Le seul point faible important ici, pour moi, ce sont les personnages. Je trouve ceux-ci encore trop transparents par rapport à la richesse de l’univers. L’auteur essaie bien de leur donner du corps mais il m’a manqué quelque chose. Je ne sais pas si c’est dû au fait que les chapitres les mettant en scène sont très courts, qu’on change ainsi très vite de centre d’intérêt et que ça ne leur laisse pas assez de temps. Mais à part le Général Latroce, que ce soit l’Empereur, Kobayashi, l’Enfant ou tous les autres qu’on croise, je les trouve encore un peu fades même si plein de promesses.

La Fleur de Dieu fut donc une lecture dépaysante, qui a débuté étrangement et où les choix de l’auteur ne m’ont pas toujours convaincue. Cependant, la richesse de l’univers, le rythme de la narration et les thèmes développés m’ont accrochée. J’ai très envie de découvrir la suite de ces révolutions auxquelles on a commencé à assister.

Tome 2 : Les portes célestes

Près de 6 mois plus tard, je reprends mon parcours dans l’univers singulier inventé et mis en image par Jean-Michel Ré dans La Fleur de Dieu avec un deuxième opus où j’ai retrouvé exactement les mêmes qualités et les mêmes défauts que dans le premier.

Je tiens tout d’abord à saluer à nouveau la plume et le style très accessible de l’auteur malgré le jargon qu’il invente et utilise et qui pourrait prêter à croire le contraire. J’ai trouvé la narration fluide et entraînante, mélangeant facilement grande Histoire qui se joue sous nos yeux et éléments plus civilisationnel qui enrichissent cet univers et le rendent plus réel, plus concret. Je me suis rarement référée au glossaire présent en fin de volume car on comprend parfaitement l’ensemble du vocabulaire dans le contexte, preuve s’il en fallait des qualités d’écrivain du monsieur.

Dans ce deuxième tome, le lecteur pose longtemps un regard de spectateur extérieur face aux réactions des différentes forces après l’intervention brutale de ce mystère Enfant qui a bouleversé leur univers. Il remet en question tout leur monde de leur théologie en passant par leur armement et leur conception de l’univers qui les entoure. En plus, cela se produit à un moment où l’Empire est très instable puisque l’Empereur et le seigneur de Latroce se livre à une guerre couvée, leur conception du pouvoir s’affrontant. Nous sommes donc à un moment charnière de cet univers et cela s’en ressent d’autant plus fort dans ce tome.

En plus de ce moment de tension extrême, l’auteur profite en parallèle pour continuer à nous faire découvrir le fonctionnement de son univers. On apprend ainsi des bribes de l’Histoire de ces gens. On parle de ce qu’il est advenu de la Terre. On évoque les évolutions de la religion, la science et même la procréation. Tout cela pour tisser un futur à notre Terre et à notre humanité malheureusement assez crédible sur certains points.

La lecture est fluide et rapide tout au long de ces 260 pages. Malgré un rythme assez tranquille au début puisqu’on resitue les forces en place et qu’on voit où chacune en est dans la révolution qui est en marche, le dernier tiers, lui, est vraiment haletant et passionnant, avec un vrai bon coup d’accélération comme on l’aime.

Cependant le titre se perd encore trop parfois dans son jargon pseudo philosophique, comme le remarque lui-même l’auteur à un moment donné, sorte de clin d’oeil conscient à ses lecteurs. Je n’ai aussi, pour ma part, jamais réussi à vraiment m’impliquer avec les personnages. Je suis leurs aventures et leur évolution, mais je ne m’attache jamais à eux.

Ainsi dans ce deuxième tome, l’auteur continue à développer inéluctablement le devenir de ce monde en perdition. Qui sera le vainqueur Lacroce qui veut sa perte ou l’Enfant qui veut son renouveau ?

Tome 3 : Cosmos incarné

Après avoir découvert le tome 2, impossible de ne pas céder à la tentation d’enchaîner avec le troisième et dernier tant l’intrigue devenait intéressante. L’auteur offre une conclusion dans la droite ligne de tout ce qu’il a développé jusqu’à présent avec une grosse touche de philosophie et de réflexion sur notre société. Certains trouveront peut-être cela trop ouvert, pour ma part j’ai aimé qu’il me laisse ainsi réfléchir à tout ce qu’il avait abordé et mis en branle.

Le tome s’ouvre et se concentre pas mal sur les communautés humaines que l’Enfant a décidé de disséminer un peu partout dans l’univers pour pallier à l’anéantissement de celle-ci faute de diversité et à cause de sa trop grande concentration. En solution alternative, il propose donc de lâcher des groupes dans des environnements inconnus, parfois limite hostiles, où ils vont devoir tout réinventer. Il espère ainsi que tous ces modèles différents qui vont naître vont permettre d’éviter les pièges dans lesquels elle est tombée et qui l’ont amenée au stade actuel, c’est-à-dire son effondrement. Mais pour cela, à eux de se prendre en main, de construire ensemble, d’échanger pour avancer car l’Enfant ne compte pas leur donner clé en main les solutions. J’aime ce libre-arbitre qu’il laisse à l’humanité contraire à Latroce.

En parallèle mais toujours sur le même thème justement, l’Enfant et de seigneur de Latroce se livrent à une confrontation d’idées plus proche de la guerre que du débat à bien des moments. Ces deux personnalités très fortes ne cèdent pas d’un pouce pendant longtemps tant ils pensent avoir chacun LA solution au péril qui menace l’Empire galactique. Ce sont à chaque fois des moments passionnants car d’une belle tension dramatique entre deux individus qu’on dirait être les faces opposées d’une même pièce.

Et pendant ce temps, Kobayashi, lui, poursuit son voyage initiatique et spirituel, nous permettant d’en comprendre plus sur le plan assez obscur de l’Enfant et les origines ainsi que les possibilités de ses interventions sur l’espace-temps. C’est assez fascinant à suivre ici aussi.

Tout cela se mélange pour apporter la dernière pierre à l’édifice du scénario et proposer un message philosophico-alternatif, un peu comme lors de ma lecture du Bouddha d’Osamu Tezuka. On découvre ainsi les différentes propositions de gouvernance d’un Empire qui touche à sa fin, certains plus militaires, d’autres plus politiques qu’ils soient anarchistes ou non, et enfin certains carrément en dehors de ce cadre. L’auteur, lui, semble plutôt nous emmener vers un modèle décentralisé et pluriel qui offre une plus grande liberté grâce à leur auto-gérance. Il pousse ainsi jusqu’au bout sa réflexion sur notre société et l’évolution ou plutôt les évolutions qu’il imagine pour elle. L’Enfant représente ainsi l’évolution possible de notre foi en une divinité, Latroce de notre foi en la technologie et se pose en modèle d’une certaine trans-humanité (un humain amélioré avec tous ses clones), tandis que Kobayashi est un modèle de post-humain (nouvelle forme d’humanité en devenir) [Je me base sur cet article pour mes définitions vu que je ne suis pas calée là-dessus ^^!].

Comme promis, La Fleur de Dieu fut donc une lecture exigeante, entre philosophie et politique, plein de réflexion sur notre société actuelle et ce qu’elle pourrait devenir. L’auteur fait une proposition, libre à nous d’y adhérer ou non. Par contre, les projections qu’il fait sur notre société sont saisissantes de réalistes et il est bon de s’interroger là-dessus. Voilà, ce que je demande à la SF, de me pousser à m’interroger sur notre devenir, et Jean-Michel Ré y a parfaitement réussi.

Ma note : 14 / 20

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à aller également lire les avis de : Chroniques du Chroniqueur, Maki, Chut Maman lit, Zina,…

4 commentaires sur “La Fleur de Dieu de Jean-Michel Ré

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