Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Don’t fake your smile de Kotomi Aoki

Titre : Don’t fake your smile

Auteur : Kotomi Aoki

Editeur vf : Akata (M)

Année de parution vf : Depuis 2020

Nombre de tomes vf : 2 / 9 (en cours)

Histoire : Gaku était autrefois un garçon à problèmes, mais depuis sa rencontre avec la lumineuse Niji, il s’est assagi. Il vit désormais un quotidien de lycéen ordinaire, en compagnie de son meilleur ami, Hiyori. Gaku aime en secret Niji, devenue depuis vice-capitaine du club de judo. Mais aucun de ces trois-là n’était prêt à ce que la vie allait leur faire subir. Entre le coming out pudique de l’un, les méprises de l’autre, et surtout l’agression sexiste infligée à la dernière… Comment se construire à l’adolescence, entre douleur, secrets, culpabilité et faux-semblants ?

Mon avis :

Tome 1

Je suis fan d’Aoki Kotomi depuis ses débuts et elle m’a accompagnée dans mon parcours de lectrice de shojo, évoluant et murissant en même temps que moi. Son dernier titre en date : Lovely Love Lie, sur de jeunes adultes vivant leur rêve dans l’industrie du disque, avait été un grand coup de coeur du début à la fin. Et j’étais impatiente de découvrir ce qu’elle pourrait nous proposer ensuite.

Je l’avoue, j’ai d’abord été surprise d’apprendre que ce serait Akata et non Soleil, son éditeur historique, qui sortirait Don’t fake your smile, mais dès que j’ai écouté la vidéo de présentation de Bruno (le directeur de collection), j’ai compris ce que le titre faisait là. Akata est connu pour ses titres engagés et celui-ci est totalement dans cette ligne éditoriale car cette fois, pas de bluette adolescente comme ce fut souvent le cas au début de sa carrière, non l’autrice parle de quelque chose de grave et d’important : les agressions sexuelles.

Tout démarre pourtant comme une énième romance lycéenne, avec la solaire Niji, vice-capitaine du club de judo, qui aime bien se disputer avec le capitaine, Gaku. Ces amis qui aiment se chambrer forment un joli trio avec Hiyori, autre membre du club. Ce dernier leur demande de rester un soir, mais seul Niji le fait et il lui fait alors une déclaration fracassante : il est gay. Gaku qui les observe depuis dehors pense que c’est une déclaration d’amour et qu’ils sont désormais en couple. Sur ce malentendu, il refuse de la raccompagner chez elle comme d’habitude et malheureusement elle se fait agresser sur le chemin du retour. Le lendemain, elle revient au lycée comme si de rien n’était et annonce à tout le monde ce qu’il s’est passé sur le ton de l’humour mais au final elle a été bien plus marquée que ça. Et c’est l’histoire de sa reconstruction que nous allons suivre.

Je suis ravie de voir une autrice que j’aime parler d’un tel sujet, ça change des romances habituelles et c’est un sujet éminemment d’actualité dont il faut parler. L’autrice le fait avec beaucoup de justesse. D’abord en parlant de l’agression sans voyeurisme aucun, sans regard sordide comme c’est trop souvent le cas, et surtout en ne s’arrêtant pas là. Il y a bien eu agression, c’est lourd, c’est sérieux et ça laisse des marques. L’héroïne, malgré son air bravache, a été ébranlée jusqu’au plus profond d’elle-même. Elle a beau sourire, elle a peur désormais, elle ne veut pas se laisser bouffer par ça, mais c’est plus fort qu’elle. Et l’autrice rend ça à merveille ! C’est beau et terrible à la fois. A cette peur incontrôlable, s’ajoutent les rumeurs, choses pernicieuse que les humains aiment tellement propager et avec un tel drame, c’est un morceau de choix qui s’offre à eux. C’est ignoble mais réaliste et c’est ce que j’aime chez cette autrice. Elle ose nous montrer nos pires travers.

Là où, l’autrice a été maligne aussi, c’est que pour bien parler aux adolescents, elle a choisi un cadre lycéen comme elle l’aurait fait pour n’importe lequel de ses shojo habituels. On se retrouve en terrain connu et le déraillement dû à l’agression se fait alors d’autant plus sentir. De la même façon, son héroïne est très belle. Niji est forte, solaire, amusante. On se dit que rien ne peut lui arriver et pourtant. Elle devient alors d’autant plus humaine et touchante. Comme Hiyori et Gaku, on a envie de la prendre dans nos bras pour la réconforter et lui dire que tout ira bien même si on sait que c’est faux, que ce n’est pas suffisant. C’est tellement beau et triste à la fois.

Mais Aoki Kotomi ne se cantonne pas à cette histoire-là, Don’t fake your smile est heureusement plus qu’un drame autour de l’agression de Niji, ça aurait peut-être été un peu trop mélodramatique pour moi. Elle a décidé de parler également des apparences et des masques que chacun de nous porte au quotidien dans un sens plus large, et ce grâce au trio d’amis qu’elle a si brillamment mis en scène. On a Niji qui cherche à cacher les effets de son agression. Mais on a aussi Gaku qui cherche à cacher ses sentiments pour elle et sa souffrance de la voir mal mais aussi de la voir avec un autre. Et surtout, on a Hiyori qui lui cache qui il est vraiment. Il cache qu’il est gay. Il cache qui il aime. Il cache toutes ses souffrances derrière sa belle gueule et son humour de bon copain. C’est d’une tristesse. J’ai adoré ce personnage et ses rapports avec Niji, même si je n’aime pas ce dans quoi il l’embarque. On sent en tout cas se nouer entre eux des interactions qui ne vont qu’aller en complexité. C’est pour ça que je trouve le titre français diablement bien choisi, chapeau à l’éditeur !

Graphiquement, pas de surprise, si vous connaissez l’autrice, vous retrouverez sa patte et ses gimmicks partout, des grands yeux ronds de l’héroïne à ses SD super drôles et tout choupis. Le dessin est assuré, après on aime ou on n’aime pas ses visages très rond et ses grandes bouches hyper expressives sur des personnages qui changent de tête presque à chaque case. Mais l’écriture est dynamique, les planches sont vives quand il le faut, sombres également quand c’est nécessaire. Ça se lit très très bien. On sent qu’on est avec une autrice qui a de la bouteille ! J’aime toujours autant lire les petits blablas de l’autrice et découvrir les crayonnés de ses couvertures. C’est une mangaka dont j’aime beaucoup les compositions graphiques et la plume.

Sans surprise, Don’t fake your smile fut donc une lecture riche en émotion. J’ai été ébranlée par ce qui arrive à l’héroïne et son groupe d’amis. J’ai été touchée par leur caractère à chacun. J’ai trouvé que l’autrice savait utiliser un ton juste pour parler d’un sujet dur mais sans pour autant tomber dans le misérabilisme et le mélodrame, deux sentiments que je n’aime pas beaucoup. Ici, elle apporte une petite touche de légèreté et de fraicheur par moment qui permet de mieux vivre ses moments difficiles sans pour autant édulcorer ce qui leur arrive à tous. C’est assez fort, je trouve.

Tome 2

Aoki Kotomi continue à confirmer tout le bien que je pense d’elle dans ce tome à l’écriture tout sauf simple où elle continue à revenir sur l’agression de Niji et ses conséquences.

Comme dans le premier tome, j’aime énormément la façon dont l’autrice écrit et développe ses personnages dans cette série. Elle a fait le choix de nous présenter des personnages humains et réalistes, donc qui sont loin d’être parfait à l’exemple de Gaku, le goujat du tome ! D’habitude quand on est auteur, on aime que les lecteurs apprécient nos personnages phares à moins d’avoir bâti l’histoire sur des anti-héros. Mais ici, Gaku est l’exemple typique du jeune mâle qui n’a pas la bonne vision des femmes et des relations avec celles-ci et sans le vouloir, il a parfois des actes et propos totalement déplacés. L’autrice le souligne et veut faire comprendre aux lecteurs que ce n’est pas normal, pas normal de minimiser ce qu’a subit Niji même pour la réconforter, pas normal de l’embrasser sans son consentement même si on est amoureux et qu’on croit qu’elle n’est pas contre, pas normal non plus de la croire à nous comme si c’était un objet.

En cela, Hiyori est un très beau contrepoids, car il comprend bien mieux Niji et les femmes en général que son camarade. Avec lui, nous avons une figure masculine faisant preuve d’un beau féminisme naturellement, sans forcer. Il se met à la place des autres, cherche à les comprendre et ne leur impose pas ses sentiments ou ses désirs. J’aime énormément ce personnage et j’espère qu’on le verra plus par la suite et pas juste comme sidekick comme c’est un peu le cas en ce moment. Pour revenir au sujet « d’être une femme de nos jours », c’est vraiment très bien abordé par l’autrice à nouveau dans ce tome, à travers les conséquences de l’agression sur la psyché de Niji, mais également à travers son propre caractère. On est face à une fille qui déjà naturellement dénonce les petits jeux de séduction et de pouvoir de certain(e)s au nom du bien être des autres. Mais surtout nous sommes avec une jeune fille, forte en apparence, qui pourtant n’arrive pas à surmonter son trauma. Il lui faut réapprendre à faire confiance, trouver le bon équilibre entre confiance et méfiance. Prendre les transports en commun est dur, être aidée, touchée, abordée par un homme la pousse à se poser mille questions. L’autrice ne nous épargne pas et c’est assez réaliste.

Reste cette pointe de thriller autour du coupable de l’agression qui avait été introduite brièvement dans le tome précédent et qui revient ici. Ça me met très mal à l’aise, ce qui est sûrement voulu. Cela permet d’introduire un nouveau personnage vraiment inquiétant à l’attitude plus qu’ambigüe dont j’espère vraiment me tromper sur le rôle dans tout ça sinon ce serait extrêmement glauque. J’attends donc de voir comment son rôle dans tout ça va être développé pour asseoir mon jugement mais pour le moment, il me dérange vraiment.

Ce nouveau tome prouve encore que l’autrice ne tombe pas dans les pièges propres à ce genre d’histoire d’habitude dans les mangas. Ici, c’est vraiment traité avec réalisme, sans épargner les personnages pour autant, on montre très bien leurs failles et faiblesses, et tant pis c’est c’est pas beau à voir. J’approuve !

Ma note : 16 / 20

8 commentaires sur “Don’t fake your smile de Kotomi Aoki

  1. J’ai bien aimé aussi. Ça reste un peu léger car on ne sait pas vraiment ce qu’il s’est passé, je m’attendais à du plus trash (mais bon c’est un shoj^^), donc j’espère quelque chose de plus fort par la suite. Un bon démarrage en tout cas !

    Aimé par 1 personne

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