Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Sayonara Miniskirt d’Aoi Makino

Titre : Sayonara Miniskirt

Auteur : Aoi Makino

Editeur vf : Soleil (shojo)

Année de parution vf : Depuis 2020

Nombre de tomes vf : 2 (en cours)

Histoire : Autrefois membre d’un groupe de J-pop, Nina a vécu une agression au couteau lors d’une rencontre avec des fans et ne s’en est jamais remise. Elle décide de retourner au collège mais sous une apparence plus masculine en coupant ses cheveux et en portant l’uniforme des garçons. À la suite d’une vague d’agressions envers les filles, les élèves du collège échangent entre eux sur le sujet.

Mon avis :

Tome 1

L’arrivée de Sayonara Miniskirt est précédée pour ma part par une réputation de titre de qualité et qui bouscule les idées reçues. Avec en plus le retour de la question des violences faites aux femmes en général et sur la voie publique en particulier, je trouve que le titre est totalement d’actualité.

Cependant, mon premier contact avec le livre m’a fait craindre le pire. Dessins très ronds, des personnages qui rappellent ceux du Sho-Comi où sont publiées des autrices comme Go Ikeyamada ou Kumagai Kyoko qui ne sont pas réputées pour leurs histoires révolutionnant le genre. J’avais un peu peur de tomber sur un shojo lycéen très bateau et un brin niais.

Heureusement très rapidement, j’ai été rassurée, le titre sous ses dehors de romance lycéenne vue et revue est plutôt pour interroger et bousculer nos représentations et discours sur les femmes, leur corps, leur tenue avec en particulier le cas des idols. L’autrice met en scène des lycéens lambda tenant des propos qui peuvent hérisser le poil mais non parce qu’elle les partage, mais plutôt parce qu’elle souhaite les dénoncer et bousculer ainsi le lecteur. Ça a très bien fonctionné avec moi.

J’ai aimé suivre une héroïne, qui était autrefois une idol mais qui a fait le choix d’arrêter après avoir été agressée par un fan. Elle sait que même si elle adorait ce job, elle ne peut pas continuer à le faire en doutant de tout le monde, ce serait contraire à son esprit. Elle a donc pris une décision forte, celle de repartir à zéro dans une autre ville où personne ne la connait. Sauf que sous ses airs bravaches, c’est une héroïne à fleur de peau, qui est encore traumatisée par ce qu’elle a vécu et qui a peur. Cependant, elle compte bien se battre pour ses idées et va défendre les femmes qui sont réduites à leur physique ou dénigrée à cause de leur tenue, le discours « elles l’ont bien cherché » ne passe pas du tout avec elle et c’est jouissif ! Grâce à elle, nous allons affronter plusieurs situations du quotidien où l’on violente les femmes l’air de rien et à chaque fois, elle va se révolter et bien faire comprendre que ces situations ne sont pas normales, qu’il faut réagir !

A ses côtés, shojo lycéen oblige malheureusement, nous avons droit à un héros qui a l’air tout doux et gentil malgré sa passion pour le judo et la musculation. Il semble savoir qui elle était parce que sa soeur aurait été fan de l’ancienne idol. Il est donc souvent là pour l’aider et l’épauler. Sauf que ce n’est pas si simple avec une personne victime d’un tel traumatisme. Il représente donc également une source de frayeur pour elle. C’est intelligent de la part de l’autrice de mettre en scène un garçon qui a l’air si gentil et si doux représenter pourtant une menace à sa façon, comme quoi les apparences ne suffisent pas toujours à rassurer. Il faut se méfier.

Enfin, toute l’intelligence de la mangaka est d’ajouter également en parallèle de ces questions une vraie interrogation sur l’identité de l’agresseur de l’héroïne. Ce dernier rode toujours et il porte des ressemblances avec une personne proche de l’héroïne. Une tension va alors être croissante jusqu’à un final terrible qui fait regretter de ne pas avoir la suite sous la main pour voir si les soupçons que l’on a sont fondés ou non. Je ne l’avais pas vu venir et j’ai adoré ça.

Ainsi malgré un contexte très classique de shojo romantique se déroulant au lycée et malgré des dessins bien trop ronds et naïfs pour moi, j’ai été surprise comme prévu par les débuts de cette histoire. Celle-ci recèle de réelles qualités cachées. Elle permet de parler aux jeunes de ce qu’on n’a pas le droit de dire sur les femmes ou de faire vivre aux femmes, le tout avec une petite pointe de thriller inattendue et bienvenue. Je suis conquise.

(Merci à Sanctuary pour cette lecture)

Tome 2

Après un premier tome qui avait sonné comme un coup de poing, l’autrice récidive avec un second tome tout aussi riche en réflexions pertinentes sur la façon dont on voit les femmes et leur corps, idols ou non.

Le titre offre vraiment un mélange de thriller et de dénonciation des violences faites aux femmes qui fonctionne très bien. Pourquoi ? Parce que l’autrice a un bon sens du rythme pour raconter cette histoire, ce qui rend la lecture vraiment pêchue, même si elle tombe parfois dans les travers propres aux titres paraissant dans ce magazine japonais (il est publié dans le Ribon au Japon) en mettant une couche trop épaisse de mélo. Mais dans l’ensemble c’est très bien fichu et prenant car le ton reste dur.

Le tome alterne entre deux-trois thèmes : la reconstruction de Nina, qui redécouvre ce que c’est que de faire confiance ; les sales plans de son harceleur, qui impliquent une de ses camarades de classe ; et le thème de la vision par les hommes du corps des femmes.

Le premier thème est peut-être celui qui m’a le moins intéressée. Certes, Nina est mignonne, attachante et ça fait plaisir de la voir s’ouvrir. Mais l’autrice couple ça avec la naissance d’une romance qui n’était pas essentielle pour moi et qui est bien trop source de mélodrames inutiles. Ainsi la romance et le triangle amoureux qui se profile me font lever les yeux au ciel tellement ils sont vus et revus.

J’ai été en revanche bien plus intéressée par le deuxième thème. En effet, l’autrice avait bien joué avec nos nerfs à la fin du tome précédent, nous faisant croire qu’on avait l’identité du coupable et qu’il était bien plus proche qu’on ne le croyait. J’ai été ravie d’être vite détrompée car c’était un peu too much sinon, même si la surprise aurait été totalement. Je préfère du coup qu’on nous cache encore son identité et qu’on le voit en revanche préparer ses sales coups en sous-main. Cela fait bien monter la tension et ça fait comprendre combien ce genre de type est dangereux.

Mais clairement, c’est le tout dernier thème qui me passionne le plus et sur lequel j’ai le plus de mal à poser mes mots. L’autrice aussi, je crois, tant que je trouve parfois son expression brouillonne sur le sujet. Du coup, je n’ai retenu que ce qui m’intéressait. J’ai beaucoup aimé tout d’abord le travail sur la culpabilité de la victime mais aussi de ceux n’ayant rien vu autour d’elle. Cela en dit long malheureusement sur notre aveuglement à ce sujet. Ensuite, j’ai été frappé par le discours qu’elle fait sur le corps des femmes. J’ai trouvé surprenant, mais de manière fort agréable, de retrouver ce genre de propos dans un shojo destinée aux adolescentes dans un magazine comme le Ribon où on n’a pas toujours entendu/vu ça. Les moeurs évoluent dans le bon sens. Ainsi, elle dit clairement qu’on a le droit d’être une idol si on le souhaite et qu’on a le droit de vouloir plaire, sans que pour autant ce soit un appel à être considérée comme de la viande, un objet sexuel ou à se faire agresser / tripoter. Le problème ne vient pas des femmes, de leur comportement ou de leur tenue, mais du regard que certains hommes posent en permanence sur elles. Ce problème n’existe pas (ou peu ?) dans le sens inverse. On ne sexualise pas autant les hommes et ce n’est pas normal qu’on le fasse pour les femmes et a fortiori pour les petites filles et adolescentes.

Ce titre a donc une vocation sociale forte qu’il est nécessaire de promouvoir. Il faut parler de problématique forte, notamment dans un pays où « la honte sociale » empêche bien des filles de parler. C’est cependant dur à lire car cela énerve, cela révolte, en particulier à travers le personnage de Miku, mais il ne faut pas laisser tomber. Le seul vrai gros défaut du titre, c’est son rythme de parution hyper lent au Japon et chez nous par extension.

Ma note : 15 / 20

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10 commentaires sur “Sayonara Miniskirt d’Aoi Makino

  1. Wow, sacré sujet. Un moment j’ai cru que c’était Akata qui le portait, je suis très surprise de voir que c’est Soleil (surtout que leurs BDs me donnent souvent une impression très sexiste). Je suis curieuse de voir ce que tu penseras des tomes suivants.

    Aimé par 2 personnes

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