Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Saru de Daisuke Igarashi

Titre : Saru

Auteur : Daisuke Igarashi

Editeur vf : Sarbacane

Année de parution vf : 2015

Nombre de pages : 443

Histoire : Dans ce volumineux manga Daisuke Igarashi (Les enfants de la mer) change de registre avec une histoire mêlant une prophétie de Nostradamus et d’anciennes légendes chinoises liées au roi Singe.
On y retrouve la veine ésotérique que l’auteur avait explorée avec Sorcières (Casterman), mais dans un cadre à grand spectacle (et où une partie de l’action se passe – clin d’oeil de l’auteur – dans la capitale mondiale de la bande dessinée : Angoulême !).
Les deux personnages principaux, une jeune fille japonaise et un garçon du Bhoutan, portent avec force ce fascinant récit apocalyptique….

Mon avis :

Daisuke Igarashi est un auteur à l’univers reconnaissable entre mille. Je l’ai découvert il y a quelques années avec Les enfants de la mer chez le même éditeur, depuis adapté en film d’animation. C’est un auteur donc j’affectionne l’univers graphique mais avec lequel j’ai toujours quelques craintes concernant ses histoires tant il part loin parfois.

Ici, il a fait le choix d’un récit condensé en un seul tome assez volumineux qui a tout du thriller ésotérique / mystique à la Da Vinci Code pour les fans de cinéma ou à la King of Eden ou Dossier A pour les fans de mangas.

Tout commence par des événements inexplicables à divers lieux et dates. Une explosion venue de nulle part dans la Chine de la dynastie Ming en 1626. Une étrange lueur dans le ciel de la Sibérie centrale au début de 20e siècle. Une apparition mystérieuse dans les eaux des Malouines en 1982. Cela continue de nos jours, avec une succession de faits qui dépassent l’entendement. A Lima, la dépouille du conquistador Pizarro semble avoir ressuscité, et en Inde c’est celle de Saint François-Xavier qui disparaît comme par enchantement. Quant à la Russie, elle voit une équipe de chercheur mettre à jour les restes d’un animal inconnu, comme une tête géante ressemblant beaucoup à un singe… Bientôt, en Italie, un prêtre, Candido Amantini, est appelé pour l’exorcisme d’une jeune fille, Irène Béart, mais rien ne va vraiment se passer comme prévu face à cette demoiselle qui semble possédée par un esprit disant être une partie du Roi des Singes. Dans le même temps, à Angoulême, Nana, une jeune fille ayant dans le fond de l’oeil une douleur étrange, rencontre Nawang Namgyal, un moine du Bhoutan amnésique. Ils ne le savent pas encore, mais tous les 4 devront tenter d’enrayer une lourde menace qui pèse sur le monde : le réveil de celui que l’on appelle Sun Wukong, Son Goku ou encore le Roi des Singes n’est que le début d’une apocalypse se préparant depuis des siècles…

Dès le début, j’ai eu l’impression de me trouver dans un très bon film catastrophe américain où tout déraillait dans le monde avec ces phénomènes inexpliqués de partout. Surprenamment alors que souvent on prête à Daisuke Igarashi un univers assez poétique et calme, on se retrouve ici avec quelque chose de très nerveux où le rythme ne retombe pas une seconde jusqu’à la fin. Les héros nous entraînent petit à petit dans une espèce de course contre la montre ultra intense qui va concerner tout le monde. Nous voyageons d’Angoulême, au Vatican en passant par le Bhoutan ou encore l’Éthiopie sans faire de pause. C’est très bien fait.

En même temps, impossible de ne pas y reconnaitre la touche du maître dans l’utilisation qu’il y fait du folklore, des mythes et légendes mondiales. Un peu comme dans Les enfants de la mer, il nous faire partir d’un épiphénomène local avec une héroïne banale, pour progresser vers une intrigue bien plus vaste qui va concerner la santé de toute la planète au fil des rencontres qu’elle va faire avec des personnages extraordinaires, eux. C’est extrêmement bien fait et on se fait avoir à chaque fois tant c’est efficace. Nous aussi, on s’inquiète pour le destin de notre planète et la menace que Sun Wukong fait peser sur elle. Sauf qu’ici nous ne sommes pas vraiment dans une critique de notre mode de vie comme c’était le cas dans d’autres titres. Il n’y a pas vraiment de double discours j’ai l’impression, juste une thématique autour d’un équilibre à respecter en toute chose.

Mon seul souci peut-être est que j’ai trouvé les personnages un peu fades. Ils ne sont là que pour porter l’histoire et n’existent pas vraiment en tant que tel en dehors de celle-ci. Certains dégagent d’ailleurs une telle aura de mystère et de mysticisme qu’ils en sont presque irréels. D’autres sont carrément d’une autre époque. Et pour les contemporains ils se laissent peut-être un peu trop porter par les autres. Au final, c’est la créature que tout le monde poursuit Sun Wukong qui a le plus d’impact et qu’on ressent le plus.

Graphiquement, je n’ai rien eu à redire, c’est splendide. Si vous aimez le style crayonné de l’auteur vous serez servi ici. La multiplicité des lieux et des personnages leur permet d’exprimer toute la variété de sa palette. Quand un personnage est européen, ça se voit dans son trait, tout comme quand il est du Moyen Orient ou d’Asie, ce qui change fortement de ce qu’on rencontre souvent dans les mangas. De plus, les décors ont une importance capitale dans l’histoire, du coup il s’est vraiment appliqué avec eux. Pour ce que j’en connais, il y a fait preuve d’un réalisme incroyable avec les représentations de Londres (où on passe rapidement) et d’Angoulême (où se déroule une partie non négligeable de l’histoire). Il en va de même avec les paysages étrangers qui font vraiment voyager et dans lesquels on ressent toute la puissance de la dimension ésotérique à l’oeuvre ici. C’est vraiment un univers qui colle à la peau de l’auteur et lui correspond bien.

J’ai donc vécu une belle aventure avec ce groupe de « héros » qui cherchaient à sauver notre planète. Leur histoire m’a tenue en haleine du début à la fin, grâce à un univers mélangeant folklore, religion, ésotérisme et philosophie. J’ai peut-être un petit regret avec la fin qui arrive de manière un peu abrupte pour moi et qui aurait mérité un développement un peu plus important, mais ce n’est pas la première fois que le mangaka me fait le coup. Cependant, je suis cliente de ses titres et j’aimerais bien pouvoir le lire à nouveau en français car ça fait quand même 10 ans qu’on n’a pas eu droit à un récit de sa part chez nous…

Ma note : 15,5 / 20

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6 commentaires sur “Saru de Daisuke Igarashi

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