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Ikigami : Préavis de mort de Motorô Mase

Titre : Ikigami : Préavis de mort

Auteur : Motorô Mase

Editeur vf : Kazé (seinen)

Année de parution vf :  2010-2012

Nombre de tomes vf  : 10 (série terminée)

Histoire : Dans ce pays, tous les enfants sont vaccinés à leur entrée à l’école. Mais un vaccin sur mille contient une micro-capsule qui explosera entre l’âge de 18 et 24 ans, causant la mort de la jeune personne.
Un fonctionnaire a reçu pour mission de délivrer dans sa circonscription l’Ikigami, le préavis de décès annonçant qu’il ne reste plus que 24 heures avant explosion de la capsule. En suivant de près ou de loin le sort des hommes et des femmes à qui il vient annoncer la mort, il en vient à se poser des questions interdites sur la légitimité de cette « Loi pour la Prospérité Nationale »

 

Mon avis :

Tome 1

Quand j’avais découvert le titre il y a 10 ans, je l’avais trouvé beaucoup trop dur pour moi et je n’avais pas du tout accroché. Mais toujours avec les offres gratuites de Kazé pendant le confinement j’ai eu envie de lui redonner sa chance, tellement il y avait de lecteurs amateurs de cette histoire autour de moi, et ce fut une riche idée.

Ikigami : Préavis de mort est à l’origine un seinen en 10 tomes écrit par Motorô Mase, que l’on connait aussi pour Heads et Démokratía deux thrillers très différents mais aux ambiances étranges et dans lesquels on retrouve le goût de l’auteur pour l’anticipation.

Ici, il a imaginé un univers dystopique dans lequel le gouvernement japonais a imaginé un système de contrôle de la population assez ignoble. En effet, il implante dans certaines personnes, dès l’enfance, une micro-capsule qui les fera mourir entre 18 et 24 ans sans qu’ils le sachent. La peur de cette mort annoncée pousserait alors la population à travailler plus et à commettre moins d’actes criminels. Le héros, Fujimoto, est un des fonctionnaires dont le rôle est, 24 h avant, d’annoncer à ces personnes qu’ils vont mourir. Avec lui, nous allons suivre leurs derniers instants.

J’ai d’abord trouvé l’univers imaginé assez fou. C’est impressionnant pour un auteur d’avoir une telle idée de coercition pour le futur de son pays et en même temps, c’est malheureusement crédible, ce qui en dit long sur la société dans laquelle on vit.  On est ainsi dans la plus pure science-fiction d’anticipation à la Orwell, Bradbury ou K. Dick.

Pour raconter cela, Motorô Mase a imaginé un héros assez froid qui cache ses tendances de rebelle, à nouveau je me suis parfaitement retrouvé dans l’ambiance des oeuvres des auteurs précités avec lui. Fujimoto perçoit l’injustice et l’horreur de ce système mais il en est lui aussi victime et ne peut en sortir pour le moment, donc il s’y plie. On le suit ainsi lors de ses formations, où on apprend comment cela fonctionne, puis lors des annonces qu’il doit faire, où l’on voit la variété des cas possibles. C’est assez terrible, ça fait froid dans le dos tant c’est réaliste.

Mais le plus intéressant vient des cas dont on va être témoin, car l’auteur prend soin de choisir des personnalités très différentes dans les futures victimes de ce système afin d’en profiter pour dénoncer d’autres méfaits de la société actuelle. Dans ce premier tome, nous suivons tour à tour une victime de harcèlement et violences scolaires, puis un chanteur voulant percer dans le showbiz.

Le premier est probablement celui qui me marquera le plus. On suit avec lui la lente descente en enfer d’une victime qui a survécu jusqu’à présent à tout ce qu’il a subi mais qui n’a plus rien à perdre et peut se venger désormais. Son chemin de croix est terrible. Il appuie là où ça fait mal, mettant en lumière la cruauté de ses congénères, l’aveuglement volontaire des adultes qui ont fermé les yeux, et la perte d’espoir de sa part de trouver de l’aide ailleurs. Heureusement, l’auteur n’est pas là que pour nous délivrer un message sombre et la fin donnera une lueur d’espoir.

Sur le même modèle, dans la seconde histoire, le mangaka dénonce la façon dont le showbiz peut exploiter les petits jeunes voulant naïvement percer, les utilisant jusqu’à la corde sans la moindre considération pour leurs aspirations premières. Mais cette histoire-là est moins percutante déjà. Elle est plus tendre car elle parle aussi d’une amitié brisée et d’une quête de rédemption dans les derniers instants de la vie de cet homme en sursit. C’est touchant.

J’imagine que les prochains tomes navigueront aussi sur ce difficile équilibre, penchant un coup vers la dénonciation d’un des méfaits de notre société, et un coup vers un message plus émouvant où l’on pointe une lueur d’espoir afin que cela ne soit pas trop sombre. D’ailleurs les dessins sont également sur cette ligne-là. Il n’y a rien de trop sombre, de trop glauque de montré. L’auteur sait quand s’arrêter et préfère suggérer l’horreur que de l’afficher pleinement, c’est parfait pour mon coeur sensible. Cependant, je trouve son dessin un peu froid, il fait partie de cette veine d’auteur de seinen dont je trouve le graphisme un peu trop rigide.

Ma relecture d’Ikigami : Préavis de mort fut une bonne surprise. Je ne sais pas si l’absence de fil conducteur se poursuivra et me gênera par la suite. Ici, j’ai été embarquée par la découverte de ce terrible univers et les premières histoires de condamnés à mort que j’ai croisées. Je trouve que l’intrigue est bien menée et que les thèmes sont bien portés. Affaire à suivre.

Tome 2

J’espérais que l’auteur maintienne l’équilibre trouvé dans le tome 1, ce n’est malheureusement pas le cas. On tombe beaucoup trop dans le mélo dans ce tome, pas que ce soit mauvais mais ce n’est pas ce que je préfère à titre personnel… Le personnage se complait trop dans son rôle d’ange de la mort et la rébellion que je sentais poindre a disparu.

Sinon, c’est le même schéma : deux histoires découpées en 3 chapitres autour d’une victime différente à chaque fois dont on suit les derniers jours. La première est la compagne d’un jeune drogué passionné de cinéma qui cherche à devenir réalisateur. C’est original dans le sens où l’on suit non la victime mais son compagnon mais ça pointe trop vers le mélo avec un côté moralisateur trop lourd à mon goût, pour faire comprendre aux gens que c’est pas bien de se droguer et qu’il faut compter sur les proches qui nous aide. Un beau message mais ça ne m’a pas touchée, je n’aime pas ce côté « la femme qui se sacrifie par amour »…

La seconde histoire, qui joue pourtant sur le même registre mélodramatique, a mieux fonctionné avec moi. On découvre cette fois un jeune garçon travaillant dans une maison de retraite où il aide une mamie qui refuse de marcher et parler depuis quelques temps. Elle croit reconnaitre en lui son défunt mari et sort enfin de sa coquille. C’est une belle relation et l’annonce de la mort du garçon est d’autant plus terrible qu’elle vient de commencer. J’ai aimé voir ce garçon fauché dans la fleur de l’âge mais tout donner jusqu’au bout pour les autres. Lui, il m’a touchée.

Dans chaque histoire, on retrouve une construction du récit assez similaire, ce qui pourrait lasser. L’auteur parle de sacrifice, de don de soi, d’altruisme de manière un peu lourde. J’aimerais trouver un discours plus subversif et j’ai l’impression de le voire poindre dans les brefs moments où l’on aperçoit le héros, Fujimoto, avoir des interactions avec d’autres personnes que ses « clients ». On entraperçoit une critique de ce gouvernement totalitaire, dans ce tome on en découvre un peu plus sur la façon dont il contrôlerait ceux qui voudrait le critiquer et ceux qui ont du mal à accepter leur mort prochaine. C’est fugace mais ça interpelle et j’espère en apprendre plus à l’avenir, car c’est ça qui m’intéresse, plus que les petites histoires des victimes que l’on voit passer et qu’on oublie aussitôt.

Tome 3

Même si le schéma reste encore et toujours le même, on le sent aussi petit à petit commencer à dérailler et j’en suis ravie. J’attendais de voir le héros de questionner plus sur la société dans laquelle il vit et le système pour lequel il travaille, c’est le cas dans ce tome.

En effet, il est cette confronté à des histoires qui le poussent à se remettre en question et à s’interroger sur la légitimité de la loi qui pousse des jeunes à mourir pour rien. On commence ainsi, en plus des histoires de fin de vie, à voir le héros faire des recherches et sortir du cadre dans lequel il était enfermé, ce qui est assez jouissif. Enfin, le schéma se répète un peu moins et l’intrigue s’ouvre pour enfin proposer la rébellion qu’on était en droit d’attendre. C’est encore timide mais c’est là.

Du coup, les histoires ont une toute autre saveur. La première concerne le fils d’un politicienne qui est devenu un hikikomori suite à la pression subie justement par sa mère qui voudrait qu’il soit l’enfant parfait pour sa carrière. Quand il reçoit son avis de décès, il n’en peut déjà plus de la vie, il va donc envoyer bouler tous les plans macabres et dégueulasse de sa politicienne de mère. C’est fantastique ! Et il ouvre la porte à la remise en cause du système.

La seconde histoire m’a pris par surprise. En découvrant au début ce frère arnaqueur qui mentait à sa soeur aveugle en ne lui disant pas dans quelles magouilles il trainait, je ne m’attendais pas du tout à une histoire aussi émouvante. En fait, c’est un gentil garçon prêt à tout pour sa soeur. Il va donc faire en sorte que son sacrifice ne soit pas vain, montrant ainsi que le gouvernement pourrait faire autre chose que de juste faire mourir ces jeunes pour rien, ils pourraient au moins en faire des donneurs d’organes pour que ça serve à quelque chose, mais ils n’y ont même pas pensé, ça prouve bien l’absurdité de la chose. Une nouvelle fois, ça va pousser le héros à sortir de son cadre rassurant et c’est super !

Ces deux nouvelles histoires, anodines au premier abord, furent donc des détonateurs pour le héros annonçant peut-être une suite moins plan plan qu’on aurait pu le croire.

Ma note : 14,5 / 20

5 commentaires sur “Ikigami : Préavis de mort de Motorô Mase

  1. Ça me fait plaisir que tu aies redonné sa chance à ce manga et qu’au final ça te plaise. A te lire j’ai le sentiment que tu n’as pas eu un énorme coup de cœur comme ça fût mon cas, mais je trouve que tu mets bien en valeur les qualités et ce qui fait l’identité de ce manga !

    Aimé par 1 personne

    1. Tu m’as bien compris, j’aime l’univers mis en scène par le mangaka mais il me manque un petit quelque chose pour en faire un coup de coeur. C’est peut-être parce que je suis trop habituée à lire ce type de récit en roman où on ne ressent pas le rythme de la même façon mais ici, ça se traine un peu pour moi ^^!
      Ravie d’avoir quand même réussi à mettre en lumière les qualités du titre, en espérant donner envie à d’autres de le découvrir 😉

      J'aime

  2. Le principe de départ est juste glaçant ! L’auteur semble dénoncer certaines tares de la société à travers son manga, ce que j’apprécie toujours. Alors à part le côté froid des dessins et le mélo du second tome (je déteste ça), la série semble prometteuse !

    Aimé par 1 personne

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