Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Called Game de Kaneyoshi Izumi

Titre : Called Game

Auteur : Kaneyoshi Izumi

Editeur vf : Kazé (shojo)

Année de parution vf :  Depuis 2020

Nombre de tomes vf  : 4 (encours)

Histoire : Alna, jeune princesse, a été promise au roi du pays voisin. Par mesure de sécurité, son père lui conseille d’échanger son identité avec celle de sa servante Camilla. Présentée au château comme sa garde du corps, elle découvre une cour déchirée par les intrigues et cinq autres prétendantes prêtes à tout pour accéder au trône. Entre romances, alliances et complots, Alna devra se plier aux jeux du pouvoir pour survivre !

Mon avis :

Tome 1

Ayant déjà lu avec un certain plaisir l’ensemble des titres de l’autrice disponibles en France (La fleur millénaire, Seiho Men’s School et 100% Doubt!!), je pouvais qu’être attirée par le nouveau shojo signé Kaneyoshi Izumi surtout quand il fleure bon le roman de chevalerie revisité.

La mangaka a un style bien à elle que l’on reconnait d’emblée aussi bien dans sa narration légère et sérieuse à la fois que dans son trait très lisse, rond et un peu froid, où les personnages aiment bien prendre la pose. La narration coule de source et les pages s’enchainent sans qu’on y prête attention nous prenant petit à petit au piège, tout comme son héroïne.

Kaneyoshi Izumi a déjà su montrer qu’elle aimait les héroïnes fortes. Dans son précédent titre chez nous, La fleur millénaire, nous étions déjà dans un univers d’inspiration médiéval, mais asiatique, où l’héroïne devait se battre pour survivre. Il en est de même ici avec peut-être un cran de plus, même. Alna est une jeune princesse, la 10e de sa famille, qui a été promise à une petite famille noble. Sauf que du jour au lendemain, le mystérieux nouveau roi du royaume voisin qui menace le sien la réclame pour femme. Elle n’a d’autre choix que d’y aller. Mais elle ne compte pas se laisser faire et échange sa place avec sa dame de compagnie, se faisant passer pour la chevaleresse de celle-ci.

J’ai beaucoup aimé le décor de cette nouvelle saga tout droit inspiré de l’histoire des Tudors et de leur roi Henry VIII avec ses femmes successives. Notre héroïne se retrouve plongé dans un monde de vipères où les complots en sous-main sont légions pour éliminer les reines qui ont été sélectionnées par le roi mais pas encore validée par l’Eglise qui a la main mise sur tout dans ce royaume. Alna, rebaptisée très vite Violette, doit donc tracer son chemin au milieu de ses intrigues en apprenant à connaître ses adversaires et en défendant la position de sa suivante qui a pris sa place. Nous assistons à un beau jeu de dupes, astucieux et rusé qui met en lumière toute l’intelligence de l’héroïne.

Cependant pour l’instant, le reste est bien flou. Nous commençons à peine à comprendre les rouages de ce royaume plus gouverné par l’Eglise que par son roi que l’on entraperçoit à peine. Au passage, je trouve ça nul de la part de l’autrice de ne pas donner de vrai nom aux différents États, ça ne fait pas très sérieux. Bref, revenons à l’Eglise qui fait des ravages, faisant vivre un vrai enfer à la population par sa pudibonderie extrême et au roi qui semble laisser faire. J’espère qu’on en apprendra plus sur lui par la suite et qu’on le verra se rebeller un peu parce que c’est assez fade et convenu de ce côté-là et hormis l’introduction qui promet une sorte d’histoire à la Henry VIII/Barbe Bleu, c’est un peu léger.

Heureusement, l’autrice sait meubler. En attendant de développer sur univers et son décor, elle commence déjà à mettre en scène les différents personnages. Ainsi le duo Princesse-Suivante se lie vite avec l’une des candidates qui leur apprend les rouages de la Cour, elles sont également épaulés par les rejetons d’une famille de nobliaux assez amusants dans le contrepied qu’ils offrent. Alna/Violette, elle, trouve sa nemesis dans le jeune chevalier qui semble être l’ami du roi et qui fait ressortir le pire d’elle. Cela donne des échanges vifs et dynamiques qui font défiler les pages à toute vitesse, sur un ton mélangeant humour, légèreté et sérieux tout de même car on sent que ce n’est qu’un artifice pour cacher une réalité plus sombre, réalité qui finit par nous rattraper.

Les dessins de l’autrice me plaisent toujours autant. Ils sont reconnaissables entre mille, ce que j’apprécie toujours chez une autrice. Je pourrais juste lui reprocher de faire toujours les mêmes figures. Ainsi Eddy ressemble comme deux gouttes d’eau à l’un des héros de Seiho Men’s School et le chevalier à la langue de vipère est presque la copie de l’amoureux de l’héroïne de La fleur millénaire… Mais surtout mon problème est que pour le moment le roi et son ami semble quasi identique hormis leur tenue quand je les vois ensemble… Alors certes, c’est chouette de voir de beaux paysages, des costumes soignés et variés et de beaux personnages mais ça manque un peu de prise de risque. Tout est beau et lisse.

Called Game propose de vivre une nouvelle aventure, différente de celle des précédents titres de la mangaka mais un peu dans le prolongement de La fleur millénaire tout de même. J’ai aimé cette introduction qui fut sympathique et riche en promesses avec une inspiration historique qui me plait parce que j’aime cet épisode de l’Histoire anglaise. Je reste cependant sur ma faim, l’ensemble étant lisse et convenu. Je manque d’émotions fortes pour le moment. Pour la suite, il va falloir s’armer de patience, au Japon il n’y a que 4 tomes pour le moment…

Tome 2

Ça y est le deuxième tome tout aussi inspiré que le premier vient de sortir. Cette belle fresque flirtant allègrement avec l’Histoire anglaise continue à me séduire et à proposer une aventure non moins fascinante.

Kaneyoshi Izumi a trouvé la bonne formule dans ce titre pour entraîner ses lecteurs dans les méandres d’une histoire politique qui ressemble à s’y méprendre à celle du roi Henri VIII et de ses 6 femmes. Ce deuxième tome est toujours aussi énergique que le premier si ce n’est plus vu que l’on y plonge tête la première dans les histoires de la cour. C’est passionnant et très bien mis en scène.

Violette est déçue de ne pas avoir pu sauver Lizzie. Elle se méfie donc comme jamais des autres reines, en particulier d’Anne. Pour cela, elle essaie de se rapprocher de Catherine, la première reine, veuve du précédent roi, mais ce n’est pas aussi simple. Les intrigues sont donc foison pour se placer dans ce méandre. La petite nouveauté, c’est que l’on voit brièvement l’autre côté du rideau avec la difficulté pour le roi de maintenir un équilibre entre les différentes puissances représentées par les reines, lui qui n’a pas autant de pouvoir qu’il aimerait. L’autrice ajoute donc des personnages secondaires qui complotent également dans son dos. C’est complexe mais passionnant.

Cependant, l’autrice tord également le coup à l’Histoire anglaise, mélangeant les noms et les situations, on ne peut donc pas forcément deviner à l’avance ce qu’il va se passer. C’est chouette. J’avoue que ça m’aurait embêter de connaître d’avance l’histoire, là au moins il y a des éléments de surprise.

Au passage, je trouve bien joué que Violette conserve son identité de femme et ne se travestisse pas en homme chevalier. Ça ouvre une porte intéressante, notamment de part sa relation au mystérieux Arthur mais aussi à Edward Hughes. Ces derniers ont le beau rôle dans ce tome. Edward montre qu’il incarne à merveille les valeurs du chevalier d’antan. Arthur, qui était bien mystérieux, se révèle (sans surprise pour ma part) mais l’autrice lui offre une personnalité haute en couleur qui me plaît.

Entre complots et intrigues à la cour, royauté en difficulté, enlèvement et sauvetage, ce tome fut vraiment une lecture dynamique. Cependant, il ne constitue encore pour moi qu’une introduction. Je n’ai pas eu l’impression d’être totalement entrée dans l’histoire. Je ne suis pas déçue pour autant. Je pense juste que si la parution était moins lente, l’immersion y gagnerait, mais vu que c’est aussi très lent au Japon, je ne peux pas le reprocher à Kazé 😉

Tome 3

Décidément Kaneyoshi Izumi me surprend un peu plus à chaque tome. C’est une belle réussite ! J’avais le souvenir de séries précédentes sympa mais pas non plus transcendantes. Ici, je trouve la trame bien plus dense et fouillée, l’ambiance plus mature, et ça me plaît beaucoup.

Le tome s’ouvre par le récit du passé d’Arthur, un personnage hautement énigmatique jusqu’à présent. Surfant toujours sur des éléments phares de l’Histoire anglaise et notamment celle de la naissance de la dynastie des Tudor, l’autrice nous concocte un très beau drame en trois actes.

Nous découvrons d’abord l’enfance d’Arthur entre mère surprotectrice et grand demi-frère cajoleur. Il y fait la rencontre avec un homme déterminant pour son futur, un « barbare » du Nord, qui lui apprendra le vrai sens de la vie. Superbe duo qui certes reprend pas mal de clichés des romans de chevaleries et de fantasy mais qui m’a beaucoup plu. Il se dégage une vraie authenticité de leur relation et Arthur prend une toute autre carrure.

Vient ensuite la terrible période de l’adolescence où ses illusions s’effondre face à une réalité bien cruelle. On est alors dans un très beau conte cruel où Arthur va faire sa mue de la pire des façons. Mais il va sortir vraiment grandi de tout ça et va utiliser à bon escient les leçons qu’il avait déjà reçues.

Puis nous retournons dans le présent où nous le revoyons à travers les yeux de Violette qui vient de découvrir qui il était. Le contraste entre ce que l’on vient d’apprendre et la vision de notre héroïne est saisissante et amusante. Le ton volontiers humoristique de l’autrice semble décalé ici mais il allège bien atmosphère un peu pesante jusqu’à présent et surtout c’est un joli pied de nez à ces fameuses apparences trompeuses dont se jouent les deux héros. Du coup, j’aime de plus en plus ce qui se dessine entre eux.

La politique tient toujours la dragée haute et c’est passionnant de voir se dessiner en coulisses les premiers signes du drame qui va arriver dans les dernières pages. Nous sommes tellement pris par la nouvelle « mission » de Violette qu’on pourrait ignorer ces signes ou les trouver ridicules, ce serait une lourde erreur, tout comme celle qu’elle commet.

Tranquillement, l’autrice continue à développer un récit aux bases solides, qui emprunte juste ce qu’il faut de la tragique Histoire anglaise pour imaginer un récit corsé où les trahisons font mal et où il est terriblement dur d’accorder sa confiance. C’est passionnant !

Tome 4

Y a pas à dire, je suis de plus en plus surprise à chaque tome par la qualité de cette série, qui bien que classique est extrêmement bien écrite.

Après un tome 3 sur le passé d’Arthur, on repart en pleine action dans cette suite haute en couleur. La « reine » Alna a disparu, il faut donc partir à sa recherche pour la ramener. C’est notre trio de choc qui s’y colle : Violette, Edward et Arthur. Le temps de trois chapitres parfaitement rythmés, ils mettent en scène cette course poursuite dans une ville portuaire libre, utilisant tous les codes du genre à la perfection !

Le trio fonctionne à merveille. Edward tient un peu la chandelle au duo Violette – Arthur qui a un charme certain. Arthur est le roi inattendu qu’on connait bien, drôle, imprévisible, fine lame et charmeur. J’adore le voir évoluer et séduire tout le monde pour mieux les manipuler, se montrant tantôt charmeur, tantôt implacable. C’est un homme à double facette vraiment marquant. Violette, elle, est plus nature mais elle commence à perdre sa naïveté à son contact et ça fait vraiment du bien de la voir s’endurcir.

Dans l’aventure qui nous occupe, tout se mêle, les intrigues de cour entre les prétendantes et la politique du jeune roi qui veut asseoir son pouvoir face aux anciennes familles qui se croient tout permis. C’est la lutte de la nouveauté face à la tradition. Je trouve fascinant la façon dont l’autrice entremêle l’ensemble des intrigues. Lire en parallèle du récit principal tout ce que mijote l’une des prétendantes clés est captivant. Elle appuie là où ça fait mal et manipule les sentiments de ses adversaires comme personne. J’aime beaucoup cette odeur de souffre que cela dégage.

Je n’ai ainsi pas vu passer ma lecture. L’histoire avance d’un bon pas et l’autrice renforce les relations préétablies avec brio. L’ambiance d’intrigues est toujours aussi bien ficelée et prend une belle ampleur avec une méchante de plus en plus fascinante et pernicieuse, mais qui se voit elle-même dotée dans les ultimes pages d’une adversaire non moins retorse, ça promet pour la suite !

Ma note : 15,5 / 20

© 2018 Kaneyoshi IZUMI

8 commentaires sur “Called Game de Kaneyoshi Izumi

  1. J’ai beaucoup aime ce premier tome aussi ! J’ai hâte de pouvoir la suite, surtout que le sujet est Creuse, mais la mangaka ne se contente pas d’en faire des potiches, y a un réel enjeu entre toutes ces femmes ! Elle n’y va pas par quatre chemins 😱
    Je suis d’accord pour les noms des royaumes 😂

    Aimé par 1 personne

  2. Celui-ci me tente énormément ! Avec cette mangaka on sait qu’elle peut développer des univers et des personnages 😍
    En tout cas, une fois encore ton avis va me faire dépenser des sous, merci 😝

    Aimé par 1 personne

    1. Exactement, c’est vraiment sympa et il y a une belle petite pointe de noirceur. Bon, c’est encore un peu lisse à mon goût. Je trouve Le Requiem du roi des roses plus sombre par exemple, mais je me doute que vu le magazine jap où c’est publié, elle ne peut pas trop se lâcher non plus, et c’est déjà pas mal !

      Aimé par 1 personne

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