Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

First job, New Life ! de Yoko Nemu

Titre : First job, New Life  !

Auteur : Yoko Nemu

Editeur vf : Kana (Big – Life)

Année de parution vf : 2020

Nombre de tomes vf  : 2 / 4 (en cours)

Histoire : À peine sortie des études, Tama postule dans différentes entreprises en tant que graphiste. Petite, timide et peu sûre d’elle, Tama est surprise d’être engagée dans une boîte de graphisme dédiée aux salles de pachinko. Les horaires de travail sont terribles, les deadlines sont intenables et malgré cela, Tama va progresser petit à petit dans cette entreprise qu’elle n’avait pas choisi au départ.

Mon avis :

Tome 1

Lors de l’annonce de la collection Life, certains titres m’avaient tapé dans l’oeil à cause de leurs couvertures ou de leur autrice, First Job New Life en fait partie car il signe enfin le retour en France du style de josei que je préfère, ceux dans la veine de Mari Okazaki, Erika Sakurasawa (Crash, Body & Soul, Diamond…), Yumi Unita (Drôle de père) ou encore Satoru Hiura. J’ai donc été ravie de découvrir le titre sur les étals des libraires en ce début juillet.

Just not married, le précédent titre de la collection Life, un seinen, n’avait pas été un franc succès pour moi même si j’avais bien aimé certaines idées. Mais cette fois avec un josei j’avais vraiment espoir que ça me parle plus. L’autrice, Nemu Yoko, autrice née en 1980, publie des histoires qui sont majoritairement des josei depuis 2004. Elle est aussi connue chez nous comme chara designer de l’animé Lou et l’île aux sirènes (que je dois encore regarder). La série choisie par Kana, Gozen 3-ji no Kikenchitai (en vo) est incluse dans un cycle plus vaste comprenant deux autres sagas se déroulant dans cet univers avec tour à tour Momoko (Gozen 3-ji no Muhouchitai) puis Mano (Gozen 3-ji no Fukyouwaon), deux autres employées, comme héroïnes. J’en doute mais j’espère qu’on aura la chance de les lire également.

Après Just not married qui montrait la vie de couple de deux jeunes adultes, place à une vision contemporaine de la vie active des jeunes avec First Job New Life. Nemu Yoko y raconte l’histoire d’une jeune femme qui à la fin de ses études recherche son premier boulot. Suite à un entretien surréaliste elle se fait embaucher dans une boite de graphisme pour pachinko et on découvre son premier jour de travail, ses premières missions et ses premières interactions avec ses collègues.

Pour ma part, j’ai trouvé le cadre original. C’est rare, en France, les titres où l’on retrouve le thème du travail typique à la japonaise, vu de l’intérieur comme ici et avec une place aussi centrale. On suit la vie d’employés qu’on voit tout donner pour leur boulot, qui vivent pour leur boîte, ne prennent presque pas de temps pour eux, vivent sur place, etc. N’ayant pour ma part jamais travaillé en entreprise, vu que je suis fonctionnaire et enseignante, je ne peux pas dire s’il y a des similitudes avec chez nous, mais ça m’a paru très réaliste vis-à-vis de ce que j’ai entendu sur le rapport très excessif des japonais à leur travail.

Pour contrebalancer toute cette folie, j’ai aimé la naïveté de l’héroïne. J’ai trouvé que ça correspondait bien à son âge. Non, ce n’est pas parce qu’on a fini ses études qu’on se sent forcément « adulte », on a le droit de se sentir encore perdu comme un enfant. Du coup, les questions qu’elle se pose m’ont paru sensées et j’ai trouvé logique que l’univers de l’entreprise devienne tout pour elle. Ses collègues sur qui elle s’interroge, elle-même qui veut bien faire, tout ça m’a vraiment parlé et paru réaliste une nouvelle fois.

Il est également question de sujet sérieux, comme l’amour au travail, le harcèlement, la formation, la correspondance ou non entre nos qualifications et le boulot où on est pris. C’est riche et bien fichu.

On pourrait croire que tout ça est bien sérieux mais ce n’est pas que ça. Il y a également beaucoup d’humour dans ce titre. Les personnages font naturels et sont amusants. Entre celui qui vit presque en caleçon sur leur lieu de travail et n’hésite pas à coucher sur le dit lieu, le patron excentrique qui embauche l’héroïne pour son regard, la collègue fille folle de son amoureux à distance qui court partout et oublie tout quand il est là, ou le chef qui fume comme un pompier et à l’air souvent à l’ouest, on rigole bien. Les échanges sont bons enfants et détendus malgré le rush du boulot parfois. Du coup, c’est super agréable à suivre.

Cependant, comme je l’ai dit plus haut, ce titre fait partie d’un cycle de 3 séries dont nous n’avons qu’une partie ici et il manque clairement des éléments pour bien tout saisir même si la narration essaie d’éviter cela. Le choix d’en faire un récit tranche de vie permet de raconter des petits moments de leur vie au travail mais on sent qu’il manque quand même quelques éléments. Peut-être présents dans les autres séries avec Momoko et Mano ?

Une chose m’a tout de même encore plus embêtée, c’est le changement des couvertures… La série m’avait tapé dans l’oeil en grande partie grâce à ses couvertures japonaises douces et poétiques, un brin enfantine où on voyait l’héroïne grandir et sortir petit à petit de ses rêves de petite fille. Du coup, le côté très pop et générique des françaises avec leur couleur criarde ne me parle pas du tout, même si je pense qu’elles ont été choisies, peut-être, pour mieux évoquer le contenu du titre.

Heureusement, ça se rattrape à l’intérieur avec un dessin à mi-chemin entre Yumi Unita (Drôle de père), Chica Umino (Honey to clover, March comes in like a lion) et Yuki Kodama (Kids on the slope) que j’ai adorés. C’est doux, poétique, original et ça change clairement de l’esthétique shojo qu’on voit bien trop en France dans la vague des « josei harlequin » qu’on nous propose depuis une dizaine d’années. Ici, c’est plus sobre mais tout aussi intéressant et plus personnel. Les cases peuvent paraitre un peu vides car il y a très peu de décors, cependant les personnages sont vraiment expressifs. C’est un dessin atypique, à la patte marquée, tout sauf lisse. Les pages d’ouverture des chapitres sont vraiment poétiques et en même temps ancrées dans notre époque. On flirte d’ailleurs dans cet entre-deux pendant toute la lecture : sérieux voulu par le boulot, évasion poétique et mélancolique rêvée par l’héroine dont c’est bien l’âge de continuer à rêver.

Voici donc un premier tome réussi. Je n’ai pas ressenti le petit truc en plus qui a pu me faire vibrer dans un titre comme Complément Affectif, ma référence, qui était aussi un josei sur le monde du travail. Mais j’ai aimé la bande que j’ai rencontrée et les thèmes qui furent abordés.

Tome 2

Kana ayant eu la bonne idée de sortir les deux premiers tomes ensemble, j’ai donc poursuivi mon expérience auprès de Tama qui vit ses premières expériences, elle, dans le monde du travail et j’ai trouvé ce tome encore meilleur que le premier.

Le premier posait les bases de la série, la vie en entreprise, les relations amoureuses au travail, les premières taches qu’on nous confie, la formation, etc. Dans ce deuxième tome, l’autrice reprend tout ça et va plus loin encore, développant notamment à merveille les relations entre les personnages et faisant grandir son héroïne avec en prime des petites phrases bien senties sur la place des femmes ! Je me suis régalée.

J’ai beaucoup aimé suivre en parallèle l’expérience de Tama dans son entreprise de graphisme où elle se rend chaque soir pour continuer à imaginer des affiches et aux éléments publicitaires. C’était intéressant de les voir sous le coup d’un rush. Mais je crois que j’ai encore plus aimé la voir évoluer dans l’environnement du Pachinko. Les interactions qu’elle y a vécu étaient encore plus riches, notamment avec Miyashita, son double au masculin mais avec quelques années de plus. La dynamique entre les deux est excellente, ils sont comme chien et chat et en même temps tissent une belle relation d’amitié et de confiance réciproque. J’ai adoré !

Avec Miyashita, l’héroïne apprend ce que c’est que d’avoir des amis au travail avec qui discuter, échanger, se confier. Ils peuvent ainsi parler de leur vie amoureuse respective, qui n’a rien à voir l’une avec l’autre. Ils peuvent également se chambrer, s’amuser ensemble. Bref, ça m’a donné la pêche de les voir et du coup ça a rendu ma lecture bien plus sympathique que celle du tome 1, j’ai commencé à y trouver ce qui m’avait manqué auparavant.

Pour autant, tout n’est pas que légèreté, comme la fois précédente, l’autrice en profite pour parler des difficultés liées à un premier emploi, des bourdes que l’on peut commettre, de la façon dont on doit gérer le harcèlement au travail, mais aussi de l’amour envers un de ses collègues. Il est également question de manière plus personnelle de la pression qu’on peut mettre sur les jeunes filles ou garçons même (ce qu’on voit rarement mis en avant dans les mangas) pour se caser, se mettre en couple et dégoter un CDI. De manière plus positive, il a aussi été question dans le cadre du travail de Tama d’apprendre à tenir compte du client qu’on a en face pour s’adapter à toutes les demandes et j’ai trouvé très positif dans le cadre de l’histoire. Ça allait bien dans l’idée de l’autrice qu’il faut accepter les autres tels qu’ils sont.

Enfin, j’ai beaucoup aimé le discours sur les femmes qui est tenu ici. On veut nous présenter des femmes fortes, qui savent ce qu’elles veulent, qui savent dire non et vivre de manière indépendante. Dans un pays aussi patriarcal que le Japon, ça n’a rien de simple et certains peuvent vite venir à les critiquer. L’autrice les recadre en deux temps trois mouvement lors d’un superbe échange entre Momo et Domoto, j’ai adoré ! Les relations entre hommes et femmes sont vraiment bien traitées dans ce titre avec force et humour mais surtout variété et profondeur. Bravo !

First Job New Life est donc un titre vraiment passionnant à lire, qui se démarque par son ton positif et humoristique mais qui n’en demeure pas moins sérieux quand il le faut. C’est un titre qui s’adresse avant tout à la jeune génération, aux 20-30 ans qui entrent dans le monde du travail. On y parle de thématiques modernes qui les concernent et font échos même chez des plus vieux qui ont connu ça. C’est drôle, pétillant et décapant parfois. Voilà le genre de josei que je recherche !

Ma note : 15,5 / 20

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© Nemu Yoko 2010 / ©2020 Editions Kana

8 commentaires sur “First job, New Life ! de Yoko Nemu

  1. c’est vrai que les couvertures japonaises sont beaucoup plus jolies,je n’ai pas les couleurs des couv françaises mais le trait de l’auteur y est tout de même mis en valeur. C’est d’ailleurs ce qui m’a attiré dans le titre quand je suis passée à la librairie ce matin. Comme le hasard fait bien les choses, quelques heures plus tard je tombe sur ta chronique. Elle me conforte dans mon envie de découvrir ce titre

    Aimé par 1 personne

    1. Ohoh quelle belle coïncidence !
      J’espère que tu aimeras toi aussi. Si déjà tu trouves que les couvertures mettent en valeur les dessins de l’autrice, c’est bon signe, je dis vu que c’est le plus gros point noir pour moi ^^

      J'aime

  2. Belle chronique pour ce nouveau titre, qui me tente et me rebute en même temps, mais c’est vraiment lié aux couleurs je pense, ça pète un peu trop 😂 les thématiques sont vraiment intéressantes et je pense m’y retrouver 😉

    Aimé par 1 personne

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