Livres - Fantasy / Fantastique

Les chats des neiges ne sont plus blancs en hiver de Noémie Wiorek

Titre : Les chats des neiges ne sont plus blancs en hiver

Auteur : Noémie Wiorek

Editeur : L’Homme sans nom (HSN)

Année de parution : 2020

Nombre de pages  : 406

Histoire : Morz est la terre la plus au Nord du monde. Des siècles plus tôt, la neige a cessé de tomber et la glace a fondu, devenant une boue informe et immonde.
Il y a une ombre dans l’Est de Morz ; celle de Noir, un esprit maléfique prêt à tout pour provoquer la ruine du royaume. Sur ses talons court son Second, un guerrier prodigieux, plus cruel et féroce que tous les séides gravitant autour d’eux.
Il y a un enfant sur le trône de Morz : on attend de lui la ferveur de ses ancêtres pour maintenir le royaume dans la Lumière. Mais le prince Jaroslav doute de sa place, de son pouvoir et ne souhaite qu’une seule chose : vivre en paix.
Et dans le Nord, près des montagnes, ourdissent les sorcières, vengeresses, dévorées par le rêve incertain de refaire un jour tomber la neige sur leur monde déchu.

Mon avis :

Tout d’abord, je tiens à remercier les éditions de L’Homme sans nom pour leur confiance dans l’envoi de ce roman de la jeune autrice Noémie Wiorek qui m’a permis de faire une découverte singulière. 

Née peu ou prou au moment de la chute de l’URSS, Noémie Wiorek a été nourrie à la sève des années 90, au cœur du phénomène Harry Potter. Elle commence ainsi à sérieusement écrire à l’orée de l’adolescence. Elle exerce depuis quelques années le métier de professeur-documentaliste, autre moyen pour elle de donner le goût de la lecture aux jeunes générations. Elle propose ici dans ce tome unique une histoire dépaysante dans un univers froid et rude où le lecteur sera lui aussi mis à rude épreuve.

L’univers que nous propose Noémie Wiorek m’a de suite fait forte impression. A l’image de sa couverture brumeuse et de son titre long et mystérieux, j’ai trouvé l’ambiance longtemps floue et mystérieuse pour ne pas dire opaque. Il m’a fallu un certain temps, assez long je dois dire, pour comprendre où voulait nous mener l’autrice, mais une fois la chose comprise ce fut un vrai plaisir de la lire et de repenser même à ce que j’avais lu auparavant.

L’histoire s’ouvre sur l’opposition entre deux mondes : celui de la cour d’un jeune Prince faiblard et geignard qui a repris la couronne de son frère mort sans vraiment la vouloir et qui est manipulé par une forme de clergé ; et face à lui un groupe de rebelles, mené par Noir et sa seconde Agnieszka, tous deux très mystérieux qui se sont alliés avec des êtres loin d’être humains et qui semblent vouloir la perte du royaume de Morz. Les deux entités sont d’abord présentées de manière fort caricaturale et manichéenne : il y a le gentil prince contre les méchants rebelles. Sauf que petit à petit, au fur et à mesure que l’autrice étoffe son histoire, on découvre une réalité beaucoup plus complexe et riche.

Noémie Wiorek ne se contente pas d’une banale opposition entre le bien et le mal, elle questionne au contraire sur les origines de chacun, imaginant une mythologie riche et subtile, pleine d’une macabre poésie qui prend vraiment aux tripes. Son univers, c’est une sorte de monde post-apocalyptique avec des résonances de Préhistoire et de peuples indigènes qui vivent dans des grottes, ont peur de sorcières vengeresses, et un haut Moyen Âge sombre où un monarque peut être aveuglé par sa foi. Cela donne une ambiance assez pesante qui n’a pas été sans me rappeler celle de La Terre Fracturée de N.K. Jemisin, où de la même façon il y avait une poids assez important de la Terre et de ce qu’elle renferme.

Ici la mythologie repose à la fois sur cette disparition, il y a longtemps, de la neige qui a causé bien des traumatismes, ainsi que sur les sorcières et les créatures totems qui les accompagnent dans leur quête de retour de l’Hiver, ainsi que sur des peuples non humains comme les N’dus qui sont avec les Rebelles. C’est longtemps assez flous et on ne comprend pas bien ce que chacun trame et pourquoi, mais quand le voile se lève dans le seconde partie du roman, tout s’explique et on voit enfin le grand tableau fascinant mais terrifiant que cela forme. Car chez l’autrice rien n’est gratuit. L’espoir est là mais ce n’est pas un espoir lumineux, c’est un espoir qui reste sombre et terriblement réaliste avec son lot de déceptions et de noirceur. J’ai beaucoup ces nuances, j’ai trouvé que ça changeait énormément des discours souvent ultra positifs et naïfs du coup qu’on pouvait trouver à la fin de pas mal de récit de Fantasy. Ici, l’univers est sombre et le reste jusqu’au bout à sa façon, pas besoin de l’édulcorer.

D’ailleurs, cette volonté de ne rien édulcorer, on la retrouve également dans le panel des personnages croisés. Ce sont tous des âmes cassées pour qui la réparation n’est pas vraiment possible et chez qui il y aura toujours une fissure. Comme souvent ces derniers temps, j’ai beaucoup aimé les personnages féminins, la mère du Prince et Agnieszka la seconde de Noir, en tête. Ce sont deux femmes très fortes qui ne se laisse pas enfermer par le carcan de leur sexe. Elles vont au bout de leurs idées et envies envers et contre tout. En prime, Agnieszka a une relation très particulière avec son environnement et avec son « chef », Noir. C’est elle, le héros que l’on va suivre au final et sa construction m’a à nouveau beaucoup rappelé celle de l’héroïne de La Terre Fracturée. J’ai trouvé les personnages masculins moins réussis, soit trop effacés comme Noir, soit trop empreints de folie comme le Prince Jaroslav et son ami Tomislav. (Au passage, tous ses noms en « slav » à un moment m’ont un peu perdue ><).

Par contre, je reconnais une énorme qualité à ce titre, c’est le basculement de l’échelle des valeurs qui se produit à un moment. Alors qu’on pense avoir bien compris qui étaient les gentils et qui étaient les méchants, on découvre petit à petit des indices qui vont venir tout remettre en cause et alors ce qu’on a lu ne résonne plus du tout de la même façon. Finalement, il y a des horreurs dans les deux camps, on n’a plus vraiment de « héros » mais plutôt une belle brochette d’antihéros aux valeurs complexes qu’on a envie de décortiquer pour mieux les appréhender et relire le tout. C’est assez fascinant.

Le final est vraiment très bon. Comme le reste du titre, il s’en dégage une grande puissance poétique et philosophique avec de belles réflexions autour de la nature, de la religion, de l’humanité et des systèmes de valeurs. Il est marquant.

Ainsi, alors que dans les premiers temps, j’avais très peur de passer à côté de ce titre, finalement en insistant, j’ai réussi à lever le voile qui pesait sur ma lecture. C’est une histoire qui se mérite. Il ne faut pas hésiter à se laisser emporter par la plume riche et poétique de l’autrice pour aller au-delà de cette ambiance sombre et déprimante des débuts, la suite est vraiment à la hauteur. Alors oui, ce n’est pas un récit bourré d’action. C’est plutôt un titre qui prête à la réflexion. Mais action, il y a tout de même dans le dernier quart et c’est vraiment alors très très prenant et en plus de secouer nos valeurs morales. Les chats des neiges ne sont plus blancs en hiver fut vraiment une lecture dépaysante et étonnante.

Ma note : 14 / 20

13 commentaires sur “Les chats des neiges ne sont plus blancs en hiver de Noémie Wiorek

  1. Dans ma wish list pour des raisons complètement futiles (le titre et la couverture), je suis rassurée de voir que le fond est à la hauteur et que l’autrice a su construire un univers riche et complexe. Le fait qu’on ne tombe dans un manichéisme, souvent agaçant, ajoute à mon envie de découvrir ce roman !

    Aimé par 1 personne

  2. Si tu n’en avais pas parlé je pense que je n’aurai jamais connu ce titre 😮 en tout cas, il a l’air très intéressant et la couverture est à tomber, je le note dans ma wish list, a voir plus tard merci pour cette découverte 😁

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne l’ai pas vu non plus dans ma librairie et si l’éditeur a publié un titre que j’ai beaucoup aimé (L’appel des illustres), je n’ai découvert celui-ci qu’en poche. Je crains malheureusement qu’il n’ait pas beaucoup de visibilité ><
      Ravie de te l'avoir fait découvrir en tout cas !

      Aimé par 1 personne

  3. C’est vrai que pour un premier roman, c’est prometteur ! Néanmoins, j’ai eu quelques difficultés à passer les longueurs de la première partie, notamment celles qui concernent la relation Agnieszka/Noir. Heureusement, la deuxième moitié est plus dynamique 😉.
    Par contre, si je te rejoins sur le flou que l’auteure maintient très longtemps, j’ai trouvé qu’elle n’offrait pas assez de réponses. Il y a malgré tout des zones d’ombres qui persistent, même si c’est aussi ce qui fait le charme du roman. Bref, j’ai apprécié ma lecture, mais elle m’a parfois laissée perplexe ^^.

    Aimé par 1 personne

    1. Je comprends parfaitement ton ressenti. J’ai eu la chance de le lire d’une traite sur une journée, je pense que ça a aidé à faire passer certaines longueurs.
      Quant au manque de réponses, je me suis dit que l’autrice laissait quand même la porte ouverte à une future exploitation de l’univers et que c’était peut-être pour ça.
      En tout cas, contente que tu l’aies quand même apprécié 🙂

      Aimé par 1 personne

    1. Clairement, la couverture interpelle quand on la voit comme le titre.
      Après moi l’univers m’a plu mais il m’a fallu un certain temps pour rentrer dedans parce que je ne voyais pas bien où voulait en venir l’autrice, sauf qu’arriver à un certain point on comprend que c’est sûrement voulu 😉

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s