Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Ma vie en prison de Hong-mo Kim

 

Titre : Ma vie en prison

Auteur : Hong-mo Kim

Editeur vf :  Kana (Made In)

Année de parution vf : 2020

Nombre de pages : 223

Histoire : Corée du Sud, mai 1980. En pleine période d’instabilité politique, des manifestations d’étudiants et de syndicats réclament la fin de la corruption et la révélation des malversations de l’état. Le gouvernement militaire sud-coréen leur oppose une répression violente. À Gwangju, 6e plus grande ville de Corée du Sud, l’armée avec le soutien de la loi martiale perpètre un véritable massacre : 163 morts, 166 disparus et plus de 3 000 blessés. 17 ans plus tard, révolté quand il se rend compte de la gravité de ces faits et de l’impunité de leurs responsables, Yongmin, jeune dessinateur et étudiant à l’université de Hongik, délaisse ses études pour rejoindre les mouvements étudiants de protestation, réclamant justice. Lors d’une manifestation, il est arrêté par la police et incarcéré. Il rejoint alors une cellule où il va devoir se familiariser avec les gangsters, meurtriers et autres détenus de droit commun !! L’auteur nous offre une plongée dans l’histoire contemporaine de la Corée du Sud. Mais c’est surtout une saine piqûre de rappel : la liberté d’expression est un droit chèrement acquis et qui n’est jamais irrévocable !

Mon avis :

Dans sa collection Made In, Kana aime sortir des titres uniques soit pour leur graphisme, leur teneur poétique ou le message dont ils sont porteur. C’est ce dernier cas dont il est question ici dans Ma vie en prison de l’auteur coréen Hong-mo Kim, que je n’aurais peut-être pas lu si je m’étais juste arrêtée à sa première de couverture grise au dessin un peu naïf, mais pour lequel j’ai bien fait de lire le résumé.

Kim Hong-Mo est un auteur déjà publié chez Kana avec un autre oneshot : La vie des gosses, ainsi qu’une série en 2 tomes : L’armée de la résistance. Étudiant en 1997 en Corée du Sud, Kim Hong-Mo est révolté par l’impunité des responsables du massacre de Gwangju : l’armée avec le soutien de la loi martiale perpètre un véritable massacre faisant 163 morts, 166 disparus et plus de 3 000 blessés parmi des étudiants et des syndicats, qui réclament la fin de la corruption et la révélation des malversations de l’état. Le gouvernement militaire sud-coréen oppose une répression violente. Plus de 15 ans plus tard, la colère continue à gronder. Jeune dessinateur et étudiant à l’université, l’auteur délaisse ses études pour rejoindre les mouvements étudiants de protestation, réclamant justice. Lors d’une manifestation, il est arrêté par la police et incarcéré. Il rejoint alors une cellule exigüe où il va devoir se familiariser avec les gangsters, meurtriers et autres détenus de droit commun.

Ma vie en prison, ou plutôt en maison d’arrêt, est donc le récit autobiographique des mois d’incarcération de l’auteur alors étudiant en art. Il m’a intéressée en grande partie du fait de sa portée historique, mais également pour ce qu’il dit de la vie carcérale et enfin pour la belle relation entre ce fils et son père.

Côté historique, je dois avouer que je suis assez ignorante de l’Histoire de la Corée du Sud passée ou contemporaine, du coup, j’ignorais tout de ce massacre de Gwangju qui au centre du récit et qui après quelques recherches est très bien exposé ici. C’est une vraie honte qu’une telle chose ait pu se perpétrer et encore plus en toute impunité. J’ai beaucoup aimé découvrir que la Corée encore dans les années 80 et 90 vivait sous un régime autoritaire faussement démocratique où les perpétrateurs de tels crimes pouvaient être au pouvoir légalement. C’est juste honteux ! L’auteur en profite ainsi pour dénoncer un régime violent, oppressif, corrompus où des criminels peuvent avoir des responsabilités au sommet, où la répression policière est monnaie courante, de même que les injustices dans les tribunaux, etc. C’est très fort et malheureusement parfaitement juste ! L’auteur nous montre également de l’intérieur, des manifestations étudiantes où on ressent toute la violence de ce moment et de cette époque. Il relate aussi un épisode de la fin des années 90 ! où l’Etat a menti et fait passer une séquestration d’étudiant sur un campus pour une occupation du campus par ces derniers. Scandaleux ! Criminel ! J’ai vraiment été révoltée en lisant cela.

Pour nous raconter tout cela, l’auteur/héros de cette histoire nous raconte un épisode clé de sa vie où il a été lui-même arrêté et incarcéré pour ses idées et leur manifestation. C’est donc un très bel appel à la liberté de pensée et la liberté de manifester. Mais c’est aussi le récit haut en couleur de ces quelques mois passés en maison d’arrêt en attendant son jugement. Sur un ton finalement assez léger voire comique parfois, il nous brosse le portrait de ces longues semaines d’adaptation puis de vie commune. Sous une forme épisodique avec des chapitres assez courts, on voit le héros passer d’abord d’une cellule à l’autre, puis se familiariser avec ses codétenus réputés criminels endurcis car récidivistes, sauf que ce sont tous de chouettes types très chaleureux. On suit donc avec lui les jours qui défilent de manière assez chaleureuse et bon enfant quand même. On voit son quotidien, comment ils dorment dans de petits espaces, comment ils se nourrissent, font du sport, s’occupent, reçoivent de la visite, communiquent avec les autres cellules, etc. On découvre les petites règles internes à la vie en prison avec ce respect de celui arrivé avant nous. Le personnel a également une place à part, loin du cliché des tortionnaires qu’on peut croiser habituellement, on est plutôt face à des types compréhensifs. Dans l’ensemble, c’est une vie assez supportable, telle que nous la présente l’auteur. Il y a juste le sentiment d’enfermement, de privation de la liberté qui pèse sur lui au bout d’un moment et le font un peu changer.

Ce récit est donc hautement humain. Il évoque les belles relations d’entraides des détenus entre eux, aussi bien au sein de la cellule qu’entre elles quand, par exemple, ils manifestent leur colère face à leur condition de détention et la politique du gouvernement. L’auteur rend aussi superbement hommage à son père, cet homme du peuple qui l’a toujours soutenu et s’est saigné les veines pour lui. Il m’a énormément touchée.

Cependant au-delà de tous ces aspects, si je dois juger de l’objet « bande dessinée », je dois reconnaitre que sur la forme tout n’est pas parfait. J’ai trouvé la forme un peu maladroite. La narration des planches est assez figée dans l’ensemble avec cette récurrence de 6 à 9 cases rectangulaires avec leur cartouche narratif avec les pensées de l’auteur. Les dessins sont très simples pour ne pas dire naïfs et l’amatrice de beaux dessins que je suis a été particulièrement frustrée ici, car contrairement à une promesse faite au début dans un texte introductif, il n’y a pas de recherche graphique poussée ici, nous dans le trait, ni dans la composition. Le côté épisodique fige aussi un peu le récit. On sait qu’on va suivre un enchaînement de chapitres courts avec souvent des ellipses entre, ce qui impose un rythme de lecture un peu haché. Du coup, ça a freiné un peu mon enthousiasme. Oui, le contenu est important. Non, la forme n’est pas séduisante à mon goût.

Pour terminer, je souhaiterais aborder les apports éditoriaux de Kana. Ils ont vraiment très bien fait les choses. Le titre s’ouvre sur une double page d’Alain Delissen, directeur d’études à l’EHESS Centre Corée – CCJ CNRS, intitulé « Ombres vives et braises sous la cendre : Mémoires politiques et histoires de vie en Corée du sud démocratique« , qui permet au lecteur de bien comprendre le contexte d’écriture de cette oeuvre. De la même façon, nous avons un épilogue écrit de 6 pages qui conclut ce tome, dans lequel l’auteur livre ses pensées à ce sujet. La quatrième de couverture présente aussi très bien le contenu de ce qu’on va lire et le rabat du début livre une biographie éclairante de l’auteur. Beaucoup d’atouts pour comprendre au mieux ce qu’on va lire et ne pas se sentir perdu quand comme moi on ne connaissait rien avant. Merci Kana !

C’est avec plaisir que j’ai fait cette découverte. Partant de zéro, j’ai vraiment appris plein de choses intéressantes mais révoltantes sur l’Histoire récente sud-coréenne, et ceci de façon divertissante malgré le sujet grâce à un héros enjoué qui ne perd pas espoir. L’auteur a brossé un portrait dur et réaliste de son pays et ses anciennes dérives mais aussi son présent toujours compliqué. Il a également raconté son passage en maison d’arrêt de façon très conviviale et chaleureuse mais sans rien enlever des problématiques qu’on peut y trouver. Il a donc montrer dans ce oneshot un vrai talent. Cependant graphiquement, ce n’est pas à la hauteur pour moi et ce sera un gros bémol.

Ma note : 15,5 / 20

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© 2018 by KIM Hong-mo / © Kana (Dargaud-Lombard s.a.) 2020

5 commentaires sur “Ma vie en prison de Hong-mo Kim

  1. Si d’après les planches présentées dans ton article, le style graphique ne me transporte pas non plus, la dimension humaine et historique semble, quant à elle, importante et intéressante. Je m’attendais peut-être à encore plus de violence, notamment de la part des gardiens alors qu’ils semblent finalement assez bien présentés…

    Aimé par 1 personne

    1. Oui la violence vient avant tout de l’extérieur, du gouvernement, j’avais moi aussi quelques appréhensions de ce côté là.
      Concernant les dessins, on s’y fait au final parce que le sujet est tellement fort qu’il prend le pas !

      Aimé par 1 personne

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