Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Le Chef de Nobunaga de Mitsuru Nishimura et Takuro Kajikawa

Titre : Le Chef de Nobunaga

Auteurs : Mitsuru Nishimura et Takuro Kajikawa

Editeur vf :  Komikku

Année de parution vf : Depuis 2014

Nombre de tomes vf : 28 (en cours)

Histoire : Ken est un cuisinier de notre temps. Mais un jour, il se réveille dans le Japon du XVIe siècle en pleine époque Sengoku, “l’ère des pays en guerre”.
Ayant entendu parler de ce cuisinier de talent vivant à Kyôto, Nobunaga, gouverneur féodal, décide d’en faire de force son cuisinier personnel…
Une incroyable histoire mêlant guerres et gastronomie !

Mon avis :

Tome 1

J’ai toujours aimé les titres historiques mais je ne sais pas pourquoi j’étais complètement passée à côté de celui-ci. Heureusement, à force de voir passer ses beaux dessins et plusieurs avis enthousiastes plus Twitter, j’ai décidé de me lancer à mon tour, et tant pis s’il y a déjà 23 tomes de sortis et que la série est encore en cours !

Nous devons Le Chef de Nobunaga au duo composé de Mitsuru Nishimura au scénario et Takuro Kajikawa aux dessins. C’est ce dernier que j’ai d’abord remarqué malgré, je dois le dire, des couvertures qui ne me séduisent pas du tout avec leur monochromie qui change à chaque tome en plus. Mitsuru Nishimura, lui, doit vraiment aimé la cuisine, car c’est également lui aux manettes du shonen Hell’s Kitchen que j’avais testé mais pas aimé pendant le confinement…

Ensemble, ils nous ont imaginé une histoire vraiment originale : une sorte de biographie romancée d’Oda Nobunaga du point de vue de son cuisinier. Il faut vraiment avoir de l’imagination et de l’audace pour faire ça, surtout si comme ici vous y ajoutez une pointe de fantastique avec un héros qui vient d’une autre époque mais qui a en partie perdu la mémoire ! Alors ô surprise, après quelques pages, j’ai découvert que j’étais tombée dans un isekai très bien fichu et de qualité.

J’ai commencé à m’intéresser à l’Histoire ancienne du Japon, notamment grâce au Pavillon des hommes, mais l’époque dont il est question ici est plus ancienne, on rejoint en fait celle du Tigre des neiges, titre que j’affectionne aussi beaucoup et j’espère bien voir les deux histoires, pourquoi pas, se croiser 😉

Mais revenons à nos moutons. L’histoire démarre par le sauvetage d’un fuyard par un forgeron, situation assez connue du manga de genre, sauf qu’ici le fuyard se révèle être un cuisinier amnésique venu du futur et que le forgeron est une forgeronne. Ils vont vivre un temps ensemble, mais les talents de Ken, le cuisinier, vont vite être remarqué par le puissant seigneur du coin qui décide de l’embaucher.

Au début, je ne voyais pas trop dans quoi j’allais m’embarquer. Certes j’aimais le mystère autour des souvenirs et du passé de Ken, qui, s’il ne se souvient pas de qui il est, a des connaissances poussées sur l’époque, sa politique, son histoire, sa cuisine. Je trouvais d’ailleurs les moments où il officiait en cuisine très puissants et mettant vraiment l’eau à la bouche. La relation de confiance qui s’était nouée entre lui et Natsu était prometteuse. Mais l’ensemble semblait un peu fade.

C’était oublié l’intention des auteurs de faire de ce récit une incroyable histoire mêlant politique et gastronomie car dès qu’Oda Nobunaga apparait dans l’histoire, celle-ci prend véritablement vie sous nos yeux. En étant choisi comme cuisinier de ce grand seigneur, Ken va vivre au plus près les bouleversements que celui-ci va apporter dans la grande Histoire japonaise. Et nous, lecteurs, nous allons découvrir une cuisine qui va devenir un outil de diplomatie habillement maniée à la fois par Ken et par Nobunaga. Passionnant.

La mise en scène est vraiment très intelligente car au fil des chapitres, nous allons peu à peu prendre conscience de l’importance de ce qui se joue et qui semble être pour nous un arrière-plan alors que ce n’est pas du tout le cas. On découvre la puissance de Nobunaga, les plans qu’il est en train d’imaginer et la place qu’il compte se forger à l’aide de ses bras. Ken, lui, est le spectateur privilégié de tout ça avec sa cuisine et ses connaissances historiques. Ce sera, lui, le narrateur qui va nous accompagner dans tout ça.

J’ai beaucoup aimé ce mélange, entre histoire et gastronomie, qui se retrouve jusque dans les graphismes. En effet, nous avons un trait typique des seinens à décors historiques, fin, précis, détaillé et réaliste qui fait la part belle aux décors et costumes. Et en même temps, un soin tout particulier est apporté aux plats imaginés par Ken, au point d’avoir l’impression de les sentir sous notre nez. C’est assez exceptionnel. En revanche, je trouve le trait encore trop appuyé et parfois maladroit concernant les émotions fortes des personnages, alors que le titre date de 2011 au Japon, j’ai l’impression de me retrouver dans du Tsukasa Hojo des années 80 par moment… J’espère que cela sera corrigé par la suite.

En tout cas, ce titre a fait sensation chez moi. J’ai vraiment trouvé le concept original. Ce premier tome n’est en plus qu’une mise en bouche, Ken venant juste d’entrer au service de Nobunaga et s’étant à peine frotté à la politique expansionniste de celui-ci. Je pense que le titre me réserve encore de très très belles surprises aussi bien du point de vue historique que gastronomique. Je m’en régale d’avance.

Tome 2

Suite de cette plongée politique et culinaire dans l’univers du célèbre Nobunaga aux côtés de Ken.

J’ai à nouveau beaucoup aimé ce tome mais bon sang que c’était compliqué de tout suivre. L’auteur s’adresse vraiment à un public de connaisseurs et mes connaissances en Histoire japonaise sont bien faibles. Ainsi, j’ai eu l’impression d’être noyée sous les noms, surtout que je sentais qu’il fallait vraiment que je les retienne et donc que je me forçais à être encore plus attentive aux noms et aux liens entre les personnages. Pas simple.

Mais c’est totalement de ma faute, parce que l’auteur, lui, fait tout pour nous mettre à l’aise et rendre tout cela didactique et simple. On se met dans les pas de Ken, collant aux basques de Nobunaga et de ses plans de prise de pouvoir, ce qui est passionnant. On assiste à tout le génie de cet homme déployé sous nos yeux. Il use et abuse de Ken comme élément diplomatique, utilisant sa cuisine comme moyen de négociation, de pression et pour faire sentir tout son pouvoir. Il est extrêmement habile. On le suit également manipuler tel ou tel puissant seigneur pour assurer sa propre place et notamment devenir l’éminence grise derrière le shogun. Passionnant ! Même si j’apprécierais sûrement encore plus si j’en saisissais toutes les nuances et l’importance de cela pour le futur.

Après en dehors de cela, l’évolution de la série est assez linéaire et répétitive, le premier tome était plus énergique. Ici, on se retrouve avec un schéma type appelé à se renouveler bien des fois. Heureusement que c’est toujours aussi magique de voir Ken cuisiner et décrire les mille et unes façons qu’il trouve de cuisiner les mets du XVIe siècle en ajoutant sa touche moderne actuelle. Magique et vraiment alléchant ! Bonus : on revoie brièvement Natsu avec laquelle j’espère bien que Ken va nouer une relation plus profonde pour avoir autre chose qu’une histoire politique.

La série a donc l’air partie pour durer. J’ai un peu peur cependant de cette longueur car, même si c’est intéressant, je trouve déjà le schéma un peu répétitif et je me sens déjà un peu perdue dans cette vaste Histoire japonaise dont j’ignore tant de pans malgré les bribes que j’ai pu avoir dans le Pavillon des hommes ou le Tigre des neiges. Heureusement, j’ai plusieurs tomes de par-devers moi pour me faire une idée plus large.

Tome 3

Même si mon manque de connaissance historique sur le Japon de cette époque me pénalise clairement lors de ma lecture, je reconnais que le titre sait être diablement fascinant et il a pris une très belle voie dans ce tome 3.

Nobunaga est en guerre. C’est complexe et trouble. Il attaque de nombreux nobles et endroits que je connais mal, ce qui a rendu ma lecture compliquée et un peu hermétique au début du tome. Heureusement très vite, l’intervention de Ken dans cette grande Histoire qui se dessine a su la rendre bien plus digeste voire même passionnante.

En effet, j’aime apprendre des choses sur l’Histoire passée du Japon, mais je me sens un peu noyée ici. Du coup, je suis bien plus intéressée par la trame narrative qui consiste à suivre Ken et à analyser les différents rôles que lui confie Nobunaga. Ken est un observateur privilégié mais qui ne profite pas de ses connaissances sur les événements qui se jouent pour les changer, non, il préfère écouter son maître et s’y insérer comme celui-ci le lui demande.

On le retrouve ainsi tour à tour jouer les escortes, lors d’une retraite rondement menée, où Ken fait encore preuve de beaucoup de coeur mais également d’astuce. Astuce que l’on retrouve à de multiple reprise dans les recettes qui parsèment ce tome. Ken est un peu le MacGyver de la cuisine. Il fabrique/cuisine du beurre, de l’huile, des poissons entiers sans arrête, alors qu’il n’a rien de ce qu’il lui faudrait normalement sous la main, chapeau ! Mais surtout petit à petit sa cuisine prend des dimensions bien plus vaste que juste séduire le palais, rassasier ou redonner des forces. On découvre comment la cuisine peu raviver des souvenirs, redonner ou donner du courage, et ainsi rallier de nouvelles forces à l’entreprise de Nobunaga mais aussi transmettre un message d’importance, c’est fascinant.

La dernière fois, je me plaignais du schéma un peu répétitif de la série que je pensais voire poindre. J’ai été totalement détrompée dans ce nouveau tome qui se révèle riche en rebondissements et autres surprises culinaires ou pas. J’aimerais juste que mon inculture arrête de m’empêcher de savourer pleinement ce titre car clairement je peine avec tout le décor historique pointu, alors que je me régale avec l’intrigue de fond inventée par l’auteur.

Tome 4

Après mon léger passage à vide dans le tome 2, je suis vraiment repartie sur de bons pieds avec cette saga, où je trouve qu’à chaque tome l’auteur se renouvelle dans sa façon d’aborder et de mélanger cuisine et Histoire. Un vrai régal, c’est le cas de le dire !

Parti avec son armée faire la guerre à son beau-frère, Nobunaga décide d’envoyer en même temps Ken dans le camp ennemi en tant que cuisinier allié d’Azai. Malheureusement, sa véritable identité est vite découverte… Alors que se profile l’une des guerres les plus terribles de l’Histoire du Japon, que va devenir Ken ?

Le tome s’ouvre sur la captivité de Ken, qui est l’occasion pour lui de découvrir la personnalité belle et forte de la soeur de Nobunaga, qui a épousé le seigneur que celui-ci est parti combattre. Si d’un point de vue politique, j’avoue ne comprendre et retenir le tout que de très loin, humainement l’histoire m’intéresse au plus haut point. J’ai beaucoup aimé voir le rôle jouée par cette femme de seigneur particulièrement intelligente, qui sait naviguer son monde pour aboutir à un beau compromis. Elle est très forte !

Le bref et seul passage consacré à la cuisine est digne d’une épreuve de Top Chef avec notre cher Ken qui doit cuisiner à une toute petite fille des aliments qu’elle n’aime pas habituellement. Sauf que bien sûr, nous sommes quand même intellectuellement au-dessus d’une émission de télé-réalité et que c’est l’occasion d’évoquer l’alimentation des tout petits mais aussi le plaisir à manger que l’on doit transmettre à ses enfants. Un très joli moment.

Cependant la suite est d’un tout autre tonneau. Nous sommes en pleine guerre et celle-ci va prendre le pas sur le reste. On assiste donc à la bataille tant attendue et décrite dans tous les livres d’Histoire japonaise. Très bien mise en scène pour les amateurs grâce au dessin fin et réaliste de l’auteur, encore une fois ce n’est pas vraiment son déroulé qui m’a intéressée mais plutôt les relations entre Nobunaga et ses alliés mais aussi entre Nobunaga et son beau-frère. J’ai beaucoup aimé le récit de cette dernière, qui expliquait le terrible destin d’un homme ordinaire (ou presque) vivant dans l’ombre d’un génie et des tragédies que cela peut occasionner à cause du mal être qu’on ressent. C’est très bien, raconté avec émotion et en même temps avec une certaine honnêteté. Du point de vue des alliés, j’ai aimé retrouver certaines têtes connues qui commencent à former une belle équipe autour de Nobunaga dans sa conquête du pouvoir.

Et Ken dans tout ça ? Passé un épisode tendu où il s’échappe avec une aide inattendue, qui offre des moments on ne peut plus clichés, il participe à sa façon avec astuce à cette bataille, se jouant de l’estomac des soldats. C’est encore une fois plein d’imagination mais ça ne m’a pas particulièrement marqué paradoxalement… On le retrouve ensuite en mode « Gentleman farmer » puisque grâce à la récompense de son maitre il a pu acquérir des terres où faire quelques expérimentations. J’attends de voir ce que ça va donner mais à nouveau ce n’est pas ce qui m’a passionnée. En revanche les ultimes pages me donnent très envie de voir ce que son destin lui réserve avec ces promesses de retrouvailles.

A l’image de cette belle couverture bleue où la voyait un Ken aux moments presque sauvage, ce tome aura été un petit tourbillon à lui seul, qui m’aura pris dans les méandres d’une vaste Histoire. Si je saisis toujours mal celle-ci faute de bases sur le sujet, je suis en revanche comblée par le travail sur la psychologie et les relations entre les personnages. Magnifique !

Tome 5

Que de beauté dans la complexité de cette oeuvre ! Je me suis à nouveau retrouvée face à un récit compliqué à suivre mais d’une puissance et d’une intelligence rare où l’auteur continue à déployer ses multiples variations de la cuisine comme biais de communication. Splendide !

Ken est partie sur les routes pour jouer encore une fois les intermédiaires entre Nobunaga et une ville avec qui il aimerait nouer une sorte d’alliance : Sakai. Celle-ci est dirigée par un groupe de bourgeois-marchands et propose la plus grande quantité d’armes manufacturées du Japon, une vraie manne pour Nobunaga. Mais pas simple de convaincre ces commerçants qui connaissent leur valeur et les rouages de la politique.

C’est un tome complexe qui s’ouvre ici, où les complications arrivent les uns après les autres pour notre héros cuisinier. Sa cuisine a toujours autant de force, il est toujours aussi inventif, mais en face de plus, on est de plus en plus réfractaire. J’ai beaucoup aimé le voir malgré tout se battre à travers ses plats, notamment dans le chapitre final particulièrement émouvant concernant le seigneur Mori avec qui il avait noué une belle amitié.

L’Histoire avec un grand H est également au coeur de ce tome. Nobunaga gagnant en force, il se fait forcément 1/ de plus en plus d’ennemis, 2/ remarquer par les autres. Un rival à sa mesure apparait ici en un mystérieux moine-guerrier qui va tout faire pour le déstabiliser. Cette future opposition me fait saliver d’avance. Ce sera un ressort historique culture typique qui va apporter une nouvelle saveur au récit et montrer la puissance de cette philosophie érigée en religion dans le Japon d’alors, au même titre que la puissance des seigneurs terriens. Fascinants !

Heureusement au milieu de tout ça, de belles choses pointes aussi le bout de leur nez, entre Natsu qui accepte de venir vivre à Gifu auprès de Ken pour devenir la meilleure forgeronne du Japon, et la mystérieuse compatriote de Ken auprès de ce célèbre moine-guerrier, qui pourrait avoir des indices sur son passé pour l’instant terriblement obscur.

Mélangeant toutes ces dynamiques pour nous offrir un récit très riche, Mitsuru Nishimura passionne. C’est compliqué de tout suivre, tout comprendre et tout assimiler, mais les sentiments ressentis par les personnages sont tellement puissants qu’ils ne peuvent qu’emporter le lecteur.

Tome 6

Politique quand tu nous tiens ! C’est l’un des sujets de l’histoire depuis le début mais cela revêt un sens tout particulier ici grâce aux implications que Mitsuru Nishimura et Takuro Kajikawa révèlent dans ce tome.

L’ouverture est magistrale avec le sacrifice d’un très proche de Nobunaga qui fait vraiment mal aussi bien à son chef qu’à notre cher Ken. C’est un moment douloureux. La suite est du même acabit car le combat à distance qui va confronter Nobunaga au moine guerrier de Honganji va être terrible. Les auteurs mettent vraiment en scène un duel entre deux hommes forts et intelligents, deux stratèges, et c’est diablement prenant.

Au milieu de tout ça, Ken est encore pris par les nombreux sentiments qui l’agitent et qui se reflètent dans sa cuisine. C’est le vecteur émotionnel de l’histoire, celui par lequel le lecteur va ressentir les émotions fortes des revirements du récit. Il tient son rôle à merveille ici avec d’abord la perte de son ami que l’affecte énormément, ce que les auteurs présentent avec pudeur. Puis, il devient un outil de guerre pour son patron, sa cuisine étant impliquée dans les plans astucieux de Nobunaga.

Cela offre un récit surprenant et prenant où des personnalités clés se dégagent et s’imposent pour un récit étrange, car certes historiques, mais avec une petite touche d’étrangeté qui le détache des autres. J’aime beaucoup cette ambiance différente des récits historiques habituels, que cela tiennent aux manigances très politiques de Nobunaga ou à la cuisine très humaine de Ken. Le duo fonctionne à merveille.

Alors entre duel qui n’en finit pas et qui a de lourdes conséquences, nouvelles pertes et petit indice sur le passé de Ken, ce tome ne m’aura pas laissée indifférente.

Tome 7

Après l’événement marquant du tome précédent, il était évident que la suite allait apporter du changement. C’est dans la continuité que l’auteur fait cela.

On sent que nous sommes ici dans un tome de transition qui est là pour marquer l’absence de Mori, disparu trop tôt dans le tome précédent, et qui était un élément clé dans le dispositif de Nobunaga. L’auteur se débrouille donc par petites touches pour peu à peu nous transmettre ce sentiment. Par la même occasion, il place de plus en plus Ken dans la position de conseiller privilégié auprès de ce grand chef de guerre.

La guerre, elle, couve et ce tome est encore une fois une transition, un moment de calme avant la tempête. Chacun fourbi ses armes. On découvre dans quel carcan vit Nobunaga et combien il est dur pour lui de manoeuvrer entre les différents espions présents chez lui et les alliés peut-être ennemis qu’il abrite parfois. C’est très stratégique.

La stratégie fut d’ailleurs un élément clé lors de cette lecture. J’ai beaucoup aimé la façon dont Nobunaga va utiliser Ken à deux reprises dans ce sens, d’abord avec l’un de ses puissants vassaux, puis avec sa garde rapprochée. Tout cela pour petit à petit affirmer de plus en plus manifestement sa puissance (construction d’un château) et sa volonté d’en découdre (incendie du mont Hiei). C’est fort ! Et encore, je ne parle pas de la surprise finale.

C’est donc un excellent tome encore une fois qui allie stratégie politique et militaire à récit plus intime de la perte d’un ami et le difficile deuil que cela occasion. Chapeau !

Tome 8

De nouveaux et nombreux chamboulements parsèment et rythment ce 8e tome pour notre plus grand plaisir.

Toujours lancé dans sa guerre de conquête, Nobunaga a de plus en plus d’ennemis. Ken à ses côtés va lui aussi en écoper malheureusement dans un tome où la relation de notre cuisinier et de sa chère Natsu va être mise à rude épreuve.

J’ai beaucoup aimé le dynamisme de ce tome, qui enchaîne les moments importants et ravageurs. Il y a d’abord la confrontation avec le moine rival de Nobunaga, qui va donner lieu à un duel de haute voltige et de tous les dangers. Il y a ensuite la trahison d’un de ses vassaux qui va contrecarrer ses plans. Et enfin, l’enlèvement de Ken et de Natsu qui va bouleverser notre vision des choses. C’est palpitant.

Ken reste une figure clé près du chef de guerre, mais au-delà de l’aventure géopolitique complexe qui continue de sa dessiner sous nos yeux, avec ses jeux d’alliances toujours aussi compliqués et changeant, c’est une histoire humaine à laquelle on assiste. Ken est définitivement lié à Nobunaga, comme il l’est à Natsu et au monde où il a atterri. Alors même les révélations de Yoko ne peuvent changer cela. Mais c’est un Ken ébranlé que l’on découvre dans la seconde partie pour lequel la cuisine reste une arme de premier choix à laquelle se raccrocher.

J’ai beaucoup aimé, comme toujours, le rôle de celle-ci dans l’histoire. La cuisine est tour à tour une arme de dissuasion et un médicament ici. Les discours sur sa dangerosité et son pendant contraire, ses vertus, m’ont impressionnée une fois de plus. C’est fascinant et toujours aussi appétissant. J’aime m’instruire et régaler mes papilles visuelles en même temps.

Un nouveau tome passionnant se referme où les manoeuvres de Nobunaga sont toujours aussi complexes et risquées. Je ne comprends pas tout de celle-ci, trop de noms, trop de lieux méconnus sont impliqués pour que je suive tout. Mais je reste passionné par l’histoire humaine derrière et la trajectoire de vie de Ken. Le fait qu’on mette enfin un peu plus en avant sa tendre relation avec Natsu fut un vrai plus ici. J’ai hâte de poursuivre.

Tome 9

J’ai trouvé ce nouveau tome particulièrement triste et mélancolique pour cette plongée toujours passionnante mais complexe dans l’Histoire passée du Japon.

Ken se retrouve malgré lui au service d’un rival de Nobunaga, mais il trouve tellement de grandeur en lui, tout comme en son ancien mécène, qu’il ne peut le détester et lui reste fidèle malgré les circonstances. C’est une très belle leçon qui nous est donnée. Nous sommes vraiment en présence d’hommes fascinants aux idéaux puissantes qui portent une très belle histoire,qui marque. J’ai adoré !

C’était fascinant d’assister en coulisses à tout ça. C’est apparemment un moment clé de la biographie de Nobunaga que les auteurs nous permettent de vivre de l’intérieur à travers le regard de Ken. C’est extrêmement intense, très bien mis en scène et dessiné de manière réaliste. La cuisine est encore une fois aux premières loges mais moins que d’autres fois. Le héros s’en sert pour un coup d’éclat au début, pour des au revoir ensuite, puis pour des retrouvailles et une belle consolation, mais j’ai vraiment eu l’impression que ce sont les hommes qui ont pris la tête d’affiche cette fois.

J’ai beaucoup aimé les hommes que Ken sert tour à tour, que ce soit le vieux Shingen Takeda dont on suit les derniers instants ou le jeune Tokugawa dont on connait la fulgurante destinée et dont le grand coeur nous touche déjà.

Alors oui, c’est peut-être complexe à suivre. Je n’assimile toujours pas tout ce que je lis, tant le titre est parsemé de noms d’hommes célèbres, de lieux et de batailles que je ne connais pas, mais le ton utilisé rend le récit passionnant à suivre et au bout de 9 tomes, je ne décroche toujours pas, loin de là ^^.

Tome 10

Les tomes se suivent et se ressemblent avec un degré d’excellence rare. Je suis fascinée et passionnée par cette relecture d’un pan de l’Histoire japonaise que je ne connaissais pas et qui est palpitante à suivre sous le regard de notre voyageur amnésique du futur.

Dans ce 10e opus, l’auteur accélère le tempo et enchaîne les phases de conquêtes dans les plans de Nobunaga pour obtenir le pouvoir. C’est excellent ! On dévore le tome. On enchaîne hyper rapidement les différents moments de son ascension, tout comme Ken enchaîne les plats d’excellence. Fascinant !

J’ai beaucoup aimé ce tome, moins ronronnant que les précédents. C’était très intéressant de voir la stratégie éclair de Nobunaga pour vaincre enfin son rival le shogun autour duquel il tournait depuis un moment. J’ai beaucoup aimé la finesse d’écriture de ce dernier au passage. L’auteur du manga n’hésitant pas à casser l’image de benêt qu’il lui avait donner pour vanter ses mérites à un moment, pourtant, qui n’avait rien de glorieux pour lui. La preuve d’une très belle écriture !

Puis, le temps de quelques pages, nous changeons de cour de jeu, pour nous déplacer à la Cour de l’Empereur et comprendre les chaînons complexes que Nobunaga essaie d’entraîner pour se forger une place au sommet. C’était à nous passionnant d’en apprendre plus sur la mécanique complexe du pouvoir à cette époque-là au Japon, avec la puissance symbolique et réelle du nom des différentes ères, chose que j’ignorais. J’apprends vraiment plein de choses dans ce titre.

Enfin, nous retournons en terrain connu, pour la suite des combats de Nobunaga, qui a certes réussi à écarter son grand rival politique, le shogun, mais qui a encore bien d’autres rivaux, bien plus concrets, qui le défient sur le champ terrestre et guerrier. On retrouve donc des figures connues contre lesquelles il va à nouveau se dresser. Mais ce qui devient alors passionnant, ce ne sont pas non pas les futurs combats physiques diront nous, mais la lutte d’influence et les drames personnels qui sont sur le point de se jouer. En effet, aussi bien la famille de la soeur de Nobunaga que son ancienne espionne en chef sont en danger dans les dernières pages.

Avec ce tome riche et passionnant au rythme trépidant, les auteurs montrent encore qu’on peut rendre une histoire compliquée très intéressante à suivre pour un lecteur ignare, tel que moi. L’ajout de la cuisine, encore et toujours, comme élément central de l’intrigue afin d’en démontrer la puissance et le rôle central dans nos vies est excellent !

Tome 11

Orfèvre qu’il est depuis le début, l’auteur savait qu’après un tome au rythme aussi soutenu, il en faudrait un plus calme, plus posé, plus réfléchi mais non moins intense. C’est ce qu’il nous a fourni ici.

Dans une première partie implacable, Nobunaga a lancé les hostilités pour réduire le nombre de ses adversaires. Il s’attaque pour cela en particulier à son beau-frère, Azai. C’est l’occasion de chapitre déchirant où l’on voit le chef de guerre en lui et non plus l’homme. Il a tenté plusieurs fois les négociations, les propositions, pour que celui-ci le rejoigne, tout ayant échoué, il ne lui reste plus qu’une solution.

C’est avec un sentiment très japonais que l’on lit ces chapitres déchirants sur la fin d’un seigneur, la fin d’une famille et la fin d’un homme. L’esprit guerrier japonais transpire de chacune des pages, où l’on voit des hommes s’entredéchirer mais garder la tête haute en assumant leurs idéaux jusqu’au bout quitte à en mourir de leur propre main. J’ai beaucoup aimé cette âpre cruauté qui était celle de la vie à l’époque.

Dans ces temps difficiles, il est facile d’oublier les femmes, mais les auteurs de ce titre ne le font pas. Au contraire, ils leur offrent une place de premier choix et montrent l’importance de celles-ci dans toutes les phases de la vie et dans toutes les strates de la société. On assiste, ainsi, avec émotion au destin de la soeur de Nobunaga et de ses filles, des femmes fortes au superbe portrait dans ce titre. C’est plus amusée ensuite que l’on voit le rôle de la femme d’Hideyoshi dans son ascension sociale ou celle de Natsu pour être le havre de paix de Ken. J’ai beaucoup aimé cette mise en avant, ainsi que la douceur et la force rencontrées dans leur écriture.

Enfin, parce qu’il serait trop simple pour Nobunaga et ses ennemis d’en rester là, le tome se termine sur une nouvelle phase, celle de l’affrontement avec Ken’Nyo, le moine guerrier, représentant du dernier gros clan ennemi du héros. Comme toujours, c’est ultra tendu entre eux, et surtout, comme ce sont deux fin stratèges, c’est très intellectuel. On se demande bien quelle manoeuvre ils ont dans leur manche et qui va frapper le premier et pourquoi.

Le Chef de Nobunaga, même dans ses tomes plus calmes, reste une série passionnante à suivre. La qualité scénaristique est vraiment de haute volée. Reste, par contre, quelques petits soucis de proportion dans les dessins, notamment lors des scènes de combat, que j’ai regrettés cette fois.

Tome 12

Après autant de moments marquants dans la vie de Nobunaga, il fallait bien un tome plus calme. L’auteur profite à merveille d’une pause dans les mouvements expansionnistes et agressifs de celui-ci pour développer à nouveau la cuisine de Ken et son destin dans une nouvelle direction, introduisant de nouveaux personnages probablement utiles pour la suite.

Le tome s’ouvre sur un piège tendu à Ken et Nobunaga dont le premier se sort à merveille par un pied de nez fabuleux. On le retrouve ensuite le temps de plusieurs courts chapitres où il montre la voie que va prendre désormais sa cuisine : quelque chose de toujours aussi imaginatif mais plus seulement limité à l’Europe. Ken se tourne vers l’Asie et toute la richesse de ses produits, ses épices, ses saveurs, ses mariages. Cela promet de très beaux plats à l’image de ceux que l’on découvre déjà ici.

J’ai aimé retrouver la cuisine au coeur de tout même si c’est plus calme. L’auteur en profite pour développer son décor, nous en dévoilons toujours plus sur les traditions d’alors, son histoire, la façon dont y faisait du commerce, les ingrédients et techniques culinaires qu’on pouvait trouver. C’est passionnant ! On a ainsi droit à un tour à Sakai, autour de la question des épices et des concours de thés. Puis on assiste à un banquet guerrier des plus morbides mais au final d’une rare émotion. La cuisine de Ken continue à montrer l’humanité de Nobunaga derrière le masque du guerrier. Mais les manoeuvres politiques ne sont jamais bien loin, ni les vieux renards et Ken retrouve un homme de son passé qui promet son lot de tensions et de surprises.

Les femmes, elles, commencent de plus en plus à pointer le bout de leur nez dans cette saga et à y tenir une place de choix, que ce soit l’ancienne amie pâtissière de Ken, la jeune espionne, Natsu son amie de coeur ou la jeune Tama que l’on découvre ici. Cela me plait énormément d’assister à cette évolution que je n’attendais pas vraiment.

Ainsi, même dans les tomes calmes et tranquilles, il se passe toujours quelque chose d’intéressant dans cette saga. C’est fascinant de voir comme la série continue à se renouveler et nous passionner avec des choses forts simples : une histoire solide, des personnages charismatiques, une narration simple mais dynamique et une très belle mise en valeur de l’art culinaire.

Tome 13

Nous voilà reparti dans une histoire bien compliquée comme aime en raconter l’auteur dans une ambiance de calme précédant la tempête.

Nobunaga continue à poser ses pions, c’est passionnant et fascinant mais encore et toujours complexe à suivre quand on ne s’y connait pas, tant il est facile de s’y perdre face à tous ces noms que l’on croise. J’aime cependant le suivi qu’il fait de ses personnages. Il ne se contente pas de les introduire et de les lâcher, il les fait recroiser sans cesse notre chemin pour peu à peu s’imprimer dans notre esprit et donner l’impression que le monde est vraiment petit ^^

Jeux politiques et diplomatiques sont encore et toujours à l’ordre du jour dans ce tome bien riche qui pose de nouvelles pierres. L’auteur nous fait d’abord découvrir la nouvelle carrure de Katsuyori, le fils de Shingen, qui a la lourde charge de reprendre la famille Takeda. C’est un moment intelligent et charismatique comme je les aime, qui se construit grâce à son fort caractère face aux oppositions et pièges qu’il y a sur sa route. Puis il est temps de rencontrer le terrifiant Kenshin Uesugi, un homme de guerre large et solide qui a vraiment de la poigne et la tête sur les épaules. On entre dans un nouveau jeu avec lui, ainsi qu’avec l’entourage de l’Empereur qui est l’étape suivante dans l’ascension toujours aussi rude et fascinante de Nobunaga. Cet homme qui ose tout !

On entre ainsi avec lui dans une nouvelle façon de faire de la politique. Il joue de tout et de tous pour arriver à ses fins, c’est passionnant. J’aime beaucoup la tournure inédite prise par les missions de Ken, qui cette fois joue les messagers, diplomates et intercesseurs dans des domaines aussi divers que l’art (la peinture) ou l’alcool, le tout en proposant des plats toujours aussi forts en symboliques. Son dernier tour de passe passe pour tromper l’empereur est impressionnant, tout comme son invention pour satisfaire Uesugi, son ingéniosité pour pousser le peintre Eitoku Kanô dans ses retranchements ou sa compassion envers d’anciens amis/ennemis. La relation entre le maître et son cuisinier est de plus en plus fusionnelle et essentielle.

Dans ce treizième opus (wow), Mitsuru Nishimura et Takura Kajikawa continuent à déployer tout leur talent dans un récit solide et passionnant malgré ou peut-être grâce à sa complexité. C’est un récit très politique mais aussi vraiment humain, où les sentiments de Ken complètent à merveille le génie politique de Nobunaga. J’adore cette alliance !

Tome 14

L’aventure se poursuit et le jeu se resserre dans ce tome éminemment politique et stratégique où les personnalités se révèlent toujours un peu plus.

La compagnon du futur de Ken continue à semer la zizanie alors que se rapproche une bataille décisive et un moment de bascule pour tous. C’est donc avec une sensation de compte à rebours inéluctable que cette lecture se passe mais c’est loin d’être désagréable, cela confère au contraire un sentiment d’urgence et de malaise qui prend aux tripes.

Les adversaires de Nobunaga continuent à attaquer, mettant à mal ses liens avec ses alliés. Les plus fidèles d’entre eux sont perturbés, l’un par les révélations de l’ami de Ken, l’autre par l’attaque du fils de Shingen qu’il subit et l’aide de Nobunaga qui ne vient pas. On sent alors que tout son plan est sur la brèche. Mais c’est oublier le génie de celui-ci. En effet, Oda Nobunaga, dans ce titre, est un homme qui sait parfaitement juger de la nature humaine. Il sait ainsi qui utiliser et comment, à quel moment et pourquoi, pour faire avancer son grand oeuvre. C’est assez fascinant. J’ai beaucoup aimé le voir à l’oeuvre une fois de plus, se jouant de ses ennemis, comptant vaille que vaille sur ses alliés même aux moments les plus critiques. Et Ken tient encore une place de choix dans tout ça !

Le Chef de Nobunaga est ainsi encore et toujours une lecture palpitante qui vaut aussi bien pour ses trouvailles culinaires, un peu en retrait cette fois, que son uchronie historique, passionnante pour ne pas changer. J’ai beaucoup aimé retrouver ici les grandes figures clés de l’Histoire de l’époque se rassembler en vue d’une bataille décisive. L’auteur parvient à narrer cela pour que même le néophyte suive et comprenne l’essentiel. Les mouvements de troupes, les différentes stratégies des chefs, la manutention, tout est très clair. Le cadre est également très bien planté avec cette fois une petite incursion dans un village pauvre pris en plein coeur des affrontements de nos guerriers, qui en dit long sur ce que le peuple vivait et subissait alors. Cela a renforcé mon sentiment de vraiment lire une série de qualité comme j’aimerais en voir plus.

Fresque historique fascinante, Le Chef de Nobunaga est vraiment une histoire que je me plais de plus en plus à suivre au fil des tomes, car avec le temps, je parviens enfin à en saisir le sens et les enjeux grâce à l’assimilation progressive des personnages et des moeurs de l’époque. C’est passionnant et palpitant à suivre. Même en connaissant l’issue, on tremble pour chacun et on est surpris par leurs manoeuvres. Je recommande vraiment ce titre à tous les fan d’Histoire japonaise.

Tome 15

Nouveau tome millimétré par l’auteur qui met parfaitement en scène ce moment clé de la vie de Nobunaga.

A la lecture de chaque tome, je suis époustouflée par la qualité de narrateur du mangaka qui nous fait absorber quantité d’informations avec une grande facilité parce qu’il englobe tout ça dans un récit parfaitement bien mis en scène où il a pris le temps de développer les personnages clés pour que nous nous y attachions. Du coup, même si c’est complexe, on se régale à tout suivre.

La bataille tant attendue face à Takeda a enfin lieu. On assiste à celle-ci de différents points de vue, de ceux qui y participent et du point de vue de Ken qui agit en périphérie avec des répercutions pourtant directes. J’ai adoré les deux.

C’est très intéressant de suivre peu à peu le tournant que prend le rôle de Ken auprès de Nobunaga. Il ne se sert plus seulement de lui comme ambassadeur et négociateur mais aussi comme outil de persuasion et de guérison envers ceux qu’il a besoin de convaincre, la différence est subtile mais indéniable. Ainsi, on le voit habilement fournir la main d’oeuvre nécessaire à Nobunaga pour son grand oeuvre militaire, puis participer à une manoeuvre pour aider un allier, ou encore sauver un village et l’un de ses habitants. C’est beau.

Mais la partie la plus palpitante se déroule du côté de Nobunaga qui, avec ses alliés, va imaginer un plan d’une terrible rigueur et minutie pour venir à bout de Takeda. Il est génial et implacable à la fois, exploitant parfaitement le terrain, les hommes et armes à sa disposition, ainsi que la psychologie de ses adversaires. C’est très fort. La mise en scène est fluide et percutante avec des accélérations radicales bienvenues pour asséner chaque coup. J’ai adoré !

C’était vraiment un moment clé de sa vie et il me tarde d’en voir les répercussions dans les prochains tomes car il annonce un sacré virage dans les ultimes pages, virage que je n’avais pas vu venir pour ma part et qui rend la lecture de la suite indispensable !

Tome 16

La grande histoire se poursuit avec un tome à l’intrigue surprenante, que je n’avais pas du tout vu venir pour ma part, mais qui m’a vraiment saisie !

Après ses succès, Nobunaga a enfin atteint son but et est sur le point de prendre le contrôle du Japon, devenant une sorte de Shogun sans le titre. Il prend donc une décision surprenante mais nécessaire pour son clan : passer la main à son fils aîné. Cette décision prend tout le monde de court, personnages et lecteurs inclus, mais cela relance joliment l’histoire, introduisant de nouveaux personnages et de nouvelles dynamiques.

La passation se retrouve donc au coeur de ce tome. Le successeur choisit nous étant inconnu, il nous faut le rencontrer, l’appréhender, voir de quel bois il est fait. L’auteur le fait avec une mise en scène surprenante mais terriblement efficace en utilisant à nouveau le personnage de Ken. On découvre ainsi Nobutaka (ouille ouille les noms des enfants de Nobunaga qui lui ressemblent tous…), un homme qui semble fade par rapport à son père, mais qui est tout aussi intelligent et fiable. Le mangaka nous montre ainsi un autre modèle de gouvernant, une autre voie pour gouverner.

J’ai beaucoup aimé ce tome de transition. La découverte des nouveaux personnages mais aussi la façon dont l’introduction se passe. L’auteur montre parfaitement la complexité des relations entre Nobunaga et ses fils, les ambitions de certains, les attentes de ce grand personnage et de ses vassaux, les enjeux politiques et humains qu’il y a derrière. C’est extrêmement riche et fascinant. Une fois de plus, la cuisine est utilisée à bon escient et de façon spectaculaire, même si là, je trouve que le bouchon a été poussé un peu trop loin lors du banquet…

La nouvelle dynamique introduite ici, avec un Nobunaga au sommet de son ascension mais qui ne semble pas vouloir s’arrêter et des ennemis sur le qui-vive, qui malgré tout continuent à préparer quelque chose (cf le dernier chapitre), est passionnant. Je ne pensais pas que la série irait jusque là et conserverait un tel niveau de qualité après autant de tome. Et le pire, ou le meilleur, c’est que c’est parti pour durer !

Tome 17

Ouhlala que ça se complexifie tout ça. Alors que je pensais avoir droit à un petit temps de paix après la passation de pouvoir entre le père et le fils au sein du clan Nobunaga, l’Histoire rattrape de plus belle l’ancien chef.

Certains l’avaient peut-être oublié, mais le manga a débuté par l’arrivée de Ken et certains de ses collègues dans ce passé où vit Nobunaga. A défaut de tous connaître leur passé, il connaissent en revanche le devenir d’Oda et de ses alliés ainsi que de ses ennemis. Avec l’avancée des menées de celui-ci qui l’ont placé tout en haut de la hiérarchie sociale au Japon, nous approchons également de sa chute et c’est ce que l’auteur croit bon de nous rappeler ici.

Ce tome est éminemment complexe car il reprend à la fois les menées passées d’Oda mais également les mouvements futurs qui vont aboutir à sa mort, et en prime l’auteur y greffent les manoeuvres présentes de Kashin et du Honganji pour encore accélérer les choses. C’est bien compliqué et ultra tendu.

Yoko apprenant tout ça, décide d’avertir Ken à sa façon et pour cela l’auteur utilise à nouveau la cuisine comme un moyen de communication, mais plus comme un instrument diplomatique, plutôt comme un instrument d’échange d’informations à base de rébus. J’ai adoré cela, à croire que l’auteur parvient sans cesse à se renouveler. En plus, il utilise chaque petit biais qu’il a posé par le passé pour faire monter la mayonnaise, comme avec l’interdiction pour Ken de cuisiner français, ce qui rend cela rend le temps encore plus passionnant.

Les manigances de chacun étant maintenant posées et lancées, il est temps de repartir en guerre dans la toute dernière partie de ce tome. Même si on est prévenu, cela reste brutal et violent. On a complètement tourné la page du clan de Nobunaga pour se concentrer sur le destin de ce seul homme. Toutes les manoeuvres du Honganji se mettent en branle, appelant en face les réponses des hommes d’Oda, mais les manigances de Kashin viennent tout compliquer. C’est vraiment riche et passionnant. J’ai aimé la vivacité du récit, desservi par un passage à l’acte rapide des deux partis, qui font vite bouger leurs troupes pour être en ordre de guerre. Le choix narratif de se concentrer sur l’essentiel et de faire de nombreuses ellipses pour ne garder que ce qui impacte, fonctionne super bien pour scotcher le lecteur face à la rapidité de tout ça.

Ce tome, qui est un tome de transition, a pourtant un rythme très enlevé. On enchaîne les différentes phases amenant très vite à une montée en puissance des inimitiés et un passage à l’acte brutal et presque imprévisible. C’est extrêmement malin et percutant !

Tome 18

La guerre est définitivement une chose très complexe et encore plus quand des complots se trament en sous-main par les habitants d’une époque future !

Nobunaga et le Honganji se sont lancés dans une bataille décisive. Ces derniers ont encerclé le fort où s’est réfugié l’un de plus proches de Nobunaga, Akechi, et celui-ci est parti à sa rescousse. Sauf que le Honganji est aidé à la fois du collègue de Ken venant du futur et de Matsunaga qui est un traitre de la pire espèce. Comment Nobunaga et ses alliés vont-ils s’en sortir ?

J’avoue que je trouvais la situation assez désespérée au début. Je ne voyais pas comment ils allaient se dépêtrer de tout ça, mais les auteurs nous ont encore pondu des rebondissements fantastiques comme ils en ont le secret. Les négociations que Ken mène avec les marchands Ming sont surprenantes ! On voit encore plus l’utilité de sa cuisine et surtout de ses connaissances historiques en la matière, c’est fascinant. L’entrée des Ming dans le jeu est percutante et la scène où ils interviennent est impressionnante. Du côté des militaires, j’ai été surprise par le personnage d’Akechi, qui s’est montré bien plus malin que Matsunaga. Ce fut donc un enchainement de bons rebondissements.

La bataille annoncée a cependant bien lieu et l’agencement des différentes interventions se fait à merveille. On a la brutalité, la violence et la vivacité de ce type de moment avec l’arrivée haute en couleur de Nobunaga sur le champ de bataille. On a l’astuce et la ruse avec l’intervention en sous-main de Ken auprès de Kashin pour rétablir l’ordre et la balance. On a l’intelligence et la foi avec le geste juste au bon moment d’Akechi. C’est fascinant comme cette mise en scène est parfaitement calibrée. J’ai adoré !

Ainsi avec le Chef de Nobunaga, Takuro Kajikawa continue à nous faire vibrer avec cette Histoire japonaise que je découvre à ses côtés, que ce soit lors des batailles, des complots ou des négociations, que ce soit avec des grands hommes ou des figures plus discrètes, tout ça est passionnant.

Tome 19

Avec cette belle couverture aux teintes aigue-marine nous plongeons dans les souvenirs de Ken et de ses compatriotes d’un autre temps, le temps de leurs ultimes aventures ensemble.

Takuro Kajikawa nous offre un tome consacré à Ken et ses amis du futur. Après la terrible bataille qui vient d’avoir lieu et qui est un moment pivot dans l’histoire, il fait donc le choix d’un tome de transition centré sur le héros et ses proches et non sur la politique d’Oda, même si celle-ci intervient en marge.

Ainsi, la première moitié est-elle consacrée au beau personnage de Yoko, la seule femme du groupe, à s’être retrouvée à cette époque. Elle nous offre le récit de leur arrivée et nous raconte comment elle s’est retrouvée avec le Honganji. Emotions au rendez-vous. J’ai beaucoup aimé la façon adulte dont l’auteur a détourné la relation qu’elle avait autrefois avec Ken pour en faire une force dans ce tome. Yoko s’affirme comme une nouvelle femme et son désir est bien différent de celui qu’on croyait. Ken, toujours le coeur sur la main, s’en saisit pour la remercier et offre ainsi à Oda un nouveau moyen de pression sur le Honganji pour récupérer quelque chose qui lui était cher. Quel joli tour de passe passe ! C’est passionnant de voir comment l’auteur tord l’histoire pour développer ses idées et son raisonnement. L’affrontement en marge de ces personnages historiques est galvanisateur tant c’est malin.

Après ce superbe moment plein d’émotion pour Yoko, qui fut également un beau tour de force d’Oda, on se tourne vers la seconde connaissance de Ken : Kashin. Les choses ne sont pas simples pour lui non plus. Otage et surtout prisonnier d’Oda, il est le coupable désigné puisque personne n’a réussi à vraiment coincer Matsunaga faute de preuves. Mais Ken est désormais décidé à le sauver tout comme il l’a fait pour Yoko, il met donc en branle un plan simple mais astucieux avec l’aide des vassaux de Nobunaga. C’est un moment pourtant fort historiquement parlant mais que j’ai vécu avec beaucoup de légèreté, tant c’était drôle de piéger Matsunaga en retournant contre lui l’aura mystique qu’il avait voulu utiliser à son compte. J’ai adoré ! Un beau jeu de dupes s’installe entre lui et les vrais partisans d’Oda qui savent bien à quoi s’en tenir.

Ce tome qui semble donc accès sur l’émotion, les au revoir et les secondes chances, est à la fois tendre, léger et aventureux. Il offre de belles nouvelles dynamiques pour la suite. Entre le Honganji complet à nouveau mais encerclé, Matsunaga en liberté mais surveillé, on pourrait croire Oda tout puissant, mais de nouvelles forces sont en train de monter et de se préparer comme le montrent les ultimes pages de ce tome. Ça va saigner !

Tome 20

Un bien beau tome pour marquer le changement de dizaine de la série. L’auteur continue de se renouveler tout en nous interrogeant et nous bousculant de façon pertinente.

Après le dernier bouleversement de l’histoire suite aux interventions des hommes et femme du futur, Ken commence à se poser des questions sur son rôle dans toute cette histoire. Est-il légitime pour être là ? Sa présence n’a-t-elle pas déjà changé l’histoire ? A-t-il le droit de la changer sciemment ? Et d’ailleurs la connait-il bien cette histoire ? Cela le bloque un temps et le pousse à s’interroger avant de trouver sa voie. C’est un moment fort intéressant pour le lecteur puisque cela ouvre sur les réflexions forts pertinentes sur les voyages dans le temps.

Parallèlement, Nobunaga, qui n’a aucune idée de cela, poursuit son projet politique de grande ampleur. Il a réussi à museler l’un de ses plus grands ennemis, mais celui-ci ne se laisse pas abattre, il a des alliés de circonstance et surtout de nouveaux rivaux vont se dresser sur la route d’Oda et un en particulier : Kenshin Uesugi.
Ce personnage historique est celui dont je suis avec plaisir l’histoire revisitée dans Le tigre des neiges d’Akiko Higashimura. Je suis donc ravie de le retrouver ici. On trouve en lui un rival à la hauteur d’Oda, qui semble être le seul à avoir compris le vrai plan de celui-ci.
Chacun fourbit donc ses armes et se prépare à l’affrontement, la rencontre. Ce sont tous deux des hommes originaux, différents de la masse d’hommes de l’époque, avec de forts idéaux et un caractère tout aussi fort pour les atteindre, donc très charismatiques à suivre.

Ce tome est ainsi là pour installer un nouveau rapport de force, un nouveau climat de guerre et d’opposition, et de nouvelles dynamiques. Il le fait fort bien comme toujours entre échanges politiques tendus et sérieux et moments de détente plus relâchés où on parle d’amour et de passage des sentiments, le tout dans un cadre historique toujours aussi riche et fidèle. C’est vraiment passionnant.

Tome 21

Après le dernier renversement scénaristique vu dans le tome précédent avec l’arrivée sur l’échiquier de Kenshin Uesugi, un homme de guerre et un homme politique à la hauteur peut-être enfin d’Oda, cette suite présente bien des intérêts.

L’auteur reprend des codes déjà vus dans la série avec Ken qui joue à nouveau les émissaires à haut risque pour Oda. Il repart sur les routes et va à nouveau tenter l’impossible. J’aime bien cette dynamique, c’est toujours plus palpitant que de faire du surplace. Cependant, ici cela s’accompagne de beaucoup d’informations sur la situation géopolitique et ce n’est pas des plus simples à suivre. J’ai parfois été un peu perdue dans les méandres de noms de lieux et de personnes…

Toutefois cela reste passionnant de le voir se lancer à l’aventure. L’importance qu’Oda accorde à Kenshin est révélatrice. Il est tellement seul là tout en haut, qu’il a besoin d’une figure similaire à lui pour ne pas ressentir cette solitude, quitte à ce que ce soit un ennemi. Il cherche quelqu’un qui pourra enfin le comprendre. Sur un point de vue plus terre à terre, c’est passionnant de suivre les manoeuvres de l’un et de l’autre, la façon dont ils font bouger leurs pions, leurs armées, dont ile naviguent entre leurs alliés, investiguent, trompent, etc. Alors même si le tome est parfois trop bavard, il n’en reste pas moins très bien écrit. Cependant il n’est là que pour nous préparer à la grande rencontre annoncée et c’est elle qu’on attend avec impatience, le reste n’est là que pour nous faire patienter et nous montrer la grandeur de chacun.

Le Chef de Nobunaga malgré les tomes qui passent reste une très bonne série historique qui sait se servir avec ingéniosité du cadre qui est le sien tout en y ajoutant des ingrédients pour titiller en plus la curiosité des lecteurs : la cuisine et le charisme donné aux personnages tour à tour mis en valeur en sont les deux principaux ingrédients. Personnellement, ça fonctionne très bien sur moi.

Tome 22

Place au futur et à un sang neuf explosif comme l’annonce cette belle couverture où Ken lance cette poudre rouge d’un air impassible. Mais impassible, il est tout sauf ça dans les dernières aventures que lui préparent Nobunaga.

Partagé en deux parties, ce tome annonce le changement d’ère auquel Nobunaga aspire. Dans un premier temps, a lieu sa rencontre décisive avec Kenshin, en qui il pensait trouver son égal. La rencontre est orchestrée de main de maitre mais après bien des manoeuvres qui rendent cette attente passionnante, faisant monter la tension avant le moment clé. Quand celui-ci a lieu, il est de suite explosif, mais la tension diminue très rapidement, au fur et à mesure que Nobunaga se rend compte qu’il n’a pas l’adversaire qu’il attend en face. En effet, personne n’est à sa mesure tant le plan qu’il a imaginé est novateur. C’est fantastique d’assister à tout ça en témoin privilégié comme Ken.

Ken, lui, au milieu de tout ça est toujours en pleine interrogation sur son rôle dans toute cette histoire. Quelle place tenir ? Quelles intervention mener ? Il conçoit une partie des réponses et trouve une nouvelle voie vers laquelle se diriger qui va relancer l’intrigue intelligemment et très logiquement, se mêlant en plus avec les nouveaux plans d’Oda pour le futur du Japon. C’est très malin de la part de l’auteur.

Nous nous dirigeons ainsi vers une nouvelle partie de l’histoire où Ken a pris une décision radicale, après un moment intense avec Nobunaga où chacun a ouvert son coeur sur le sujet clé pour lui. Dans cette nouvelle ère, l’ancienne est toujours très présente. Nobunaga essaie de bâtir le Japon de demain. Ken essaie de le soutenir comme il peut. Et pour cela, tous deux doivent faire face à leur passé, l’un en confrontant son ancien allié qui l’a trahi, l’autre en cherchant un camarade perdu. C’est très classique mais diablement efficace et mené de main de maître pour ne pas changer. L’auteur est vraiment un maître narrateur et conteur.

Je ne suis plus étonnée de trouver chaque tome du Chef de Nobunaga d’une terrible efficacité. C’est clairement une série historique que je me passionne à suivre tant le mélange entre politique, fantastique et quotidien est équilibré. Des moments historiques nous sont contés avec toute la justesse possible, mais aussi des moments de vie et d’humanité. Je suis conquise.

Tome 23

Gros gros tome de transition bourré d’informations qui fut intéressant mais pas des plus facile ni dynamique à lire…

L’auteur nous expose dans ce tome la transition complexe qu’Oda opère dans sa façon de gouverner à partir de ce moment-là de sa vie. C’est un moment charnière puisqu’il ne reste plus que 4 ans avant les événements du Tennôji que Ken souhaite empêcher. Celui-ci est donc pris en tenaille par ce patron qui ronge son frein maintenant qu’il doit laisser la guerre aux autres pour planifier uniquement le futur, et son désir à lui, Ken, de retrouver peut-être son dernier collègue du futur pour avec lui empêcher certains événements. Ce n’est pas simple.

J’ai trouvé savoureux comme toujours chacun des petits moments autour de Ken, de sa relation sentimentale, en passant par ses relations aux puissants et bien sûr les nouveaux plats qu’il concocte dans des situations toujours plus incroyables. On avance toujours à un rythme aussi lent mais il se dégage une sérénité apaisante de tout ça, probablement inspirée des philosophies asiatiques que maîtrise l’auteur et qu’il sait insuffler dans ce pan de son récit.

Pour autant Ken reste au coeur des bouleversements historiques de son époque et y contribue même aux côtés de cet agitateur qu’est Nobunaga. C’est fascinant ainsi de voir se déployer la stratégie de celui-ci pour pacifier le Japon à l’aide de ses généraux désormais bien en place, et en parallèle de le voir déjà imaginer le Japon du futur avec les différents rôles qu’il souhaite confier à chacun. Nous avons ici un tome très politique dans le plus pur sens du terme, voir dans un sens très contemporain tant Oda est en avance sur son temps.

Cependant les ennuis grouilles en coulisses et derrière ces beaux moments de cohésion que Ken participe à forger, on ressent chaque petit endroit où cela achoppe et où cela va pouvoir se fissurer pour amener à l’issue tragique que l’on connait. Je n’ai qu’une question : l’auteur va-t-il laisser l’Histoire avec un grand H suivre son cours et ne modifier que quelques petits détails où va-t-il tout bouleverser au final ?

Même si j’ai un peu rongé mon frein au cours de cette lecture copieuse, je ne peux nier que j’ai encore pris du plaisir à suivre le quotidien, les manigances et pérégrinations de Ken dans ce Japon à l’aube de l’ère moderne. C’est fascinant de voir se déployer la politique d’Oda sous nos yeux de néophytes du XXIe siècle.

Tome 24

Alors que la machine est parfaitement huilée maintenant après 24 tomes, c’est la première fois qu’elle se grippe pour moi et que je passe en partie à côté d’un tome…

Takuro Kajikawa a décidé ici de s’intéresser à une nouvelle phase de la conquête d’Oda. Après ces conquêtes terrestres, place à la voie maritime. C’est ce qui va occuper avec délice la première partie. Ici, pas de souci, même si l’utilisation de Ken une fois de plus pour une mission qui n’a pas grand-chose à voir avec sa fonction m’a fait lever les yeux au ciel, j’ai trouvé l’ensemble prenant et la rencontre de notre chef des pirates charismatique.

Le problème même s’il existait déjà dans l’ombre ici est plus survenu dans la seconde partie. En effet, les principaux rivaux d’Oda ayant étaient battus, nous nous rabattons sur les secondaires et l’auteur en introduit tout plein, mais vraiment plein ici. J’ai été totalement noyés sous les noms et sous tout le texte autour des différentes alliances et rivalités. C’était trop ! J’ai trouvé ça particulièrement indigeste et j’ai fini par lire en diagonale certaines pages surchargées de texte…

C’est dommage parce qu’il est intéressant de voir comme la dynamique d’une conquête n’est jamais passive mais toujours active, toujours à couver. Ainsi, même si on croit un territoire acquis, il suffit d’un rien pour tout remettre en question, c’est ce qu’on voit ici. Et ce rien, c’est un traitre, un espion qui transmet des informations au camp adverse. J’ai beaucoup aimé assister à ce genre de renversement de situation et voir Oda de loin renverser la vapeur. Par contre, l’utilisation de Ken dans le processus relève encore du grand n’importe quoi. Je ne vois pas du tout pourquoi Oda aurait une raison de l’utiliser pour traquer et révéler l’espion, ça n’a aucun sens. Heureusement rien ne traîne en longueur et on va vite pouvoir passer à autre chose.

Dans ce tome qui se veut annonciateur d’une transition en vue de la nouvelle phase du plan d’Oda, j’ai eu beaucoup de mal à prendre du plaisir à ma lecture à cause d’une narration trop abondante et trop accumulatrice. Ça m’a tout plombé alors que la découverte de la piraterie et l’introduction d’un traitre/espion étaient percutants. Dommage. Première petite déception depuis que je lis la série.

Tome 25

C’est réellement un vrai bonheur de s’instruire sur l’Histoire passée du Japon avec un titre d’une telle qualité que le Chef de Nobunana. La preuve, après un tome un peu compliqué car introduisant une nouvelle dynamique et plein de nouveaux personnages, dès le suivant l’auteur relève la barre et à quel niveau !

J’ai été passionnée par la lecture de ce nouveau tome et de ce qu’elle dit de l’avancement de la l’histoire de Nobunaga, de ses projets pour le Japon et de l’histoire de celle-ci. La trop courte première partie est ainsi une très belle illustration du développement de la flotte guerrière japonaise qu’Oda va doter de canons. J’ai adoré assister à cette bataille navale de haut niveau qui changeait complètement des batailles terrestres auxquelles on est habitués. C’est une autre façon de mettre en scène la guerre et de la dessiner à cause d’un théâtre et de stratégies différents. Passionnant ! J’aurais aimé que plus de pages encore y soit consacré.

Ensuite l’auteur fait un petit détour via la politique intérieure d’Oda et de ses nombreux vassaux, pour voir encore quels mouvements ils devaient faire à l’intérieur du pays pour lutter contre le Hongangi et contre Mori. Il revient également sur la fin de Nobunaga telle qu’elle est écrite dans les livres d’Histoire avec la trahison qu’on connait. Il est vrai que comme Ken, on se demande comment elle va pouvoir avoir lieu et du coup comment l’empêcher. C’est un peu la rengaine du titre, mais une rengaine que j’apprécie par l’attachement qu’on a développé envers les têtes concernées, donc ça me plaît qu’il y ait ce rappel.

Tout cela, c’était pour mieux nous amener à la vision mondiale de la politique qu’Oda a de plus en plus. On termine donc ce tome avec un nouvel acteur dans le jeu politique et pas n’importe lequel : l’ordre des jésuites, ces religieux missionnaires qui aimaient aller porter la bonne parole à l’étranger, mais pas que. Le mangaka joue à fond la carte des méchants et fourbes religieux européens, il faut l’accepter et passer outre, il n’y aura pas de nuances ou de concession ici pour le moment. Bref. Organtino, l’interlocuteur de Nobunaga, est aussi malin que lui et a lui aussi un agenda. Il va donc joliment nous surprendre et devenir un nouvel adversaire de taille. J’ai hâte de suivre leurs futurs échanges.

Avec un tome placé sous le signe de la nouveauté (bataille navale avec canons, implication de la religion catholique), Takuro Kajikawa montre avec quelle facilité il sait récupérer notre attention et nous redonner du plaisir pour ce titre qui pourtant s’allonge encore et toujours, dont on ne voit pas bien dans combien de tomes environ on peut espérer la résolution finale, mais ce n’est pas grave car c’est passionnant et haut en couleur !

Tome 26

Je râlais un peu lors des derniers tomes sur la faible place accordée à la marine alors que l’auteur nous mettait l’eau à la bouche avec elle, c’est chose réparée ici.

En effet, 3 ans avant les tragiques événements qu’on connait, le compte-à-rebours à commencer, le compte-à-rebours pour sauver Nobunaga, puisque c’est la mission que c’est lui-même confiée Ken et pour cela il a besoin de retrouver ses souvenirs et celui qui l’accompagnait quand il est arrivé. Ce faisant, cet élément devient le fil rouge depuis quelques tomes et il gagne de plus en plus en consistance mais ce n’est pas lui qui fait le coeur des aventures que l’on vit.

L’auteur mêle astucieusement cette recherche à une intrigue plus vaste centrée autour de la quête de modernisation de Nobunaga. Tout cela conjugué va amener Ken, une fois de plus, à jouer un rôle central pour tenter d’amener LA grande famille de pirates du pays à rejoindre Nobunaga et ses idéaux. C’est une fois de plus fascinant de voir la facilité avec laquelle l’auteur mêle grande et petite histoire. J’ai été fort attristée de l’événement qui permettra à Ken de faire cette rencontre, je trouve d’ailleurs qu’on est passé bien vite dessus alors que cette mort avait tout l’air d’être un empoisonnement… J’ai à l’inverse été ravie d’en découvrir un peu plus sur ces pirates et leur histoire, même si ici aussi, c’est tout de même vite expédié sur la fin.

Parallèlement, c’est cependant passionnant de voir la politique d’Oda se mettre en place, tout comme sa nouvelle capitale à Azuchi, où il s’installe de plus en plus. On retrouve des éléments phrase de son histoire ici avec le château et les artisans qui y ont participé, ce qui ravit la fan d’Histoire cachée en moi.

Takura Kajikawa continue à faire progresser tranquillement sa fresque historique, plaçant ses pions et les faisant avancer à un bon rythme pour préparer le chapitre final. Après les pirates, place aux missionnaires d’après ce qu’annonce la fin de ce tome, les manoeuvres politiques vont se corser. Ceci saupoudré des tiraillements de Ken concernant sa mémoire, la suite s’annonce encore très intéressante.

Tome 27

Quel tome à couper le souffle ! Il est d’une richesse scénaristique incroyable, l’auteur avançant énormément de pions en même temps dans différentes directions, au point qu’il faut vraiment se concentrer pour suivre.

Il est tout d’abord question, de ce qui fera le sel des prochains tomes : le rapport de Nobunaga à l’étranger et plus particulièrement aux missionnaires présents au Japon. Avec beaucoup de pédagogie, l’auteur nous explique comme ils sont arrivés là, quels types de relations ils entretiennent, leurs perspectives, etc. C’est passionnant et ça donne envie au lecteur de s’y pencher. Une figure tire ici son épingle du jeu, le futur proche d’Oda : Yamato, un noir qui accompagne le chef des Jésuites.

Puis, il est l’heure de revenir un peu à la politique intérieure des daimyo. Nous nous intéressons donc à la succession complexe de Kenshin Uesugi, qui fut la source de bien des tensions. Entre alliance, contre-alliance, trahison, incompréhension, ce fut un moment très riche où beaucoup de choses se sont passées en peu de temps pour au final voir émerger des figures connues qui seront encore plus puissantes pour la suite des événements.

Enfin, par un effet de roue, nous revenons à la question centrale qui hante Ken, comment empêcher la mort de Nobunaga. Pour cela, ne pouvant utiliser ses souvenirs, il a besoin de sa seule camarade encore présente au Japon et donc de se rendre au Hongangi. Ça tombe bien, ça colle pile poil avec les nouveaux plans d’Oda à cause de l’avancée des missionnaires. Nous nous rendons donc à la cour impériale pour assister à un jeu d’échec palpitant entre Oda et celle-ci. En en apprenant un peu plus sur le fonctionnement complexe de celle-ci, l’auteur nous offre un grand moment de théâtre avec un Ken au top de sa forme grâce à ses capacités olfactives, comme le prédisait la couverture. Fascinant.

Ce dernier tome sorti à ce jour, oui je suis enfin à jour, m’aura une nouvelle fois bien fait comprendre que j’avais une grande série entre les mains. Le Chef de Nobunaga est une série historique dense, riche et passionnante à suivre où la petite histoire rejoint la grande afin de rendre ses personnages encore plus vivants. Quelle profondeur !

Tome 28

Après avoir suivi la série de manière quasi hebdomadaire, j’avais dû la mettre en pause pour attendre comme tout un chacun la suite. Quel plaisir donc de retrouver Ken et cette époque charnière de l’Histoire du Japon !

J’ai adoré retrouver Ken, Oda et tous ceux qui les entourent dans ce tome, en plus, où l’histoire prend à nouveau un tournant clé. La lecture n’en fut que meilleure tant elle fut chargée en événements importants à plus ou moins grande échelle. Et j’aimerais bien lire plus souvent d’autres mangas historiques de cette qualité !

Tout commence par la fameuse visite de Ken au Honganji pour laquelle il a dû obtenir un titre de noblesse. Si d’un côté, elle nous ouvre la porte sur un récit fascinant sur le père de Ken dans le présent, elle se conclut aussi par une manoeuvre surprise pensée par Oda à laquelle je n’avais pas pensé. S’en suit, une discussion fascinante et fondatrice pour la suite au bord d’une route symbole de la modernité qu’Oda cherche à apporter à son pays. C’est un modèle d’efficacité narrative de la part de l’auteur où il mélange à nouveau tension diplomatique, politique et cuisine, autour de deux personnages phare de l’Histoire du Japon.

Ainsi l’auteur conclut-il un très grand arc de l’histoire, celui de la guerre entre Oda et Ken-nyo, et ouvre-t-il un nouveau, celui du problème de la présence des jésuite. Ce dernier va devenir un élément clé de la suite et une source d’ennuis politiques, commerciaux et personnels majeurs pour Oda. J’en salive d’avance, cela va me permettre de découvrir la vision japonaise (je pense) de l’arrivée des religieux chez eux et de ce qu’ils ont voulu y faire, car on critique bien souvent chez les Occidentaux la volonté des Japonais de ne pas s’ouvrir au monde mais j’aimerais bien en connaitre mieux les fondements, et je vois peut-être ici une part de l’explication.

Quant à Ken, au milieu de tout ça, il a trouvé son but : empêcher coûte que coûte que son maître meure de cette façon quitte à se montrer égoïste et à changer l’Histoire. Je dois dire que j’apprécie assez ce choix, que je trouve courageux. J’ai juste du mal à voir le lien entre cette démarche et sa recherche de son collègue, ancien second de cuisine comme lui. Cependant cela ajoute un fil à l’intrigue principale, ce qui n’a rien de désagréable. Les brefs passages sur celui qu’il était dans le présent étaient passionnant et si on pouvait continuer à en apprendre plus sur l’événement qui l’a envoyé dans le passé, je ne serais pas contre, surtout au vu du métier de son père : archéologue. Enfin, l’auteur qui nous fait vivre l’intrigue principale à travers ses yeux, n’oublie pas non plus parfois de relâcher la pression avec un peu de légèreté comme lorsqu’il aborde la sempiternelle question du couple Ken-Natsu à la fin. C’est drôle de voir ses amis cuisiniers tenter de le pousser à se lancer et le taquiner. Ça crée une respiration bienvenue dans ce tome riche en événements politiques.

Ainsi, dans ce tome majeur pour l’Histoire, une guerre en chasse une autre pour Oda, tout comme un ennemi est bien vite remplacé par un autre. J’adorais la figure de Ken-nyo qui était charismatique à souhait et représentait bien la figure du moine guerrier. J’ai hâte de voir ce que vont donner les jésuites comme opposants et s’ils vont relever le gant. Oda reste une figure fascinante et Ken l’accompagne à merveille dans ses aventures. Exit les querelles internes, place maintenant à un conflit d’une toute autre envergure. J’ai déjà hâte d’y être !

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6 commentaires sur “Le Chef de Nobunaga de Mitsuru Nishimura et Takuro Kajikawa

  1. je viens de relire les deux premiers tomes et décidément, j’aime cette série. Dommage qu’elle soit si longue, je n’aime pas me lancer dans les série trop longues. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’avais fini par laisser cette série de côté, mais elle réuni a elle seule deux de mes thématiques préférées : l’histoire et la cuisine. Alors, difficile de résister. La relecture m’a autant plus que la première lecture. Je trouve que le récit est bien mené, on apprends plein de chose sur l’histoire du Japon et sur la gastronomie tout en étant pris par l’aventure que vit le héro. Au niveau de l’ambiance cela m’évoque le roman Shogun de Clavel, ce n’est pas la même situation mais il y a ce même décalage entre le personnage principal et la situation dans laquelle il évolue.

    Aimé par 1 personne

    1. Comme toi, d’habitude je n’aime pas commencer des séries aussi longue, mais je me dis que ce serait dommage de passer à côté d’un titre d’une telle qualité pour ça. Alors en achetant un tome de temps en temps au milieu des autres, ça devrait passer ^^

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