Livres - Fantasy / Fantastique

Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski

Titre : Janua Vera

Auteur : Jean-Philippe Jaworski

Éditeurs : Les Moutons électriques (grand format) / Folio SF (poche)

Années de parution : 2007 / 2009

Nombre de pages  : 488

Histoire : Né du rêve d’un conquérant, le Vieux Royaume n’est plus que le souvenir de sa grandeur passée… Une poussière de fiefs, de bourgs et de cités a fleuri parmi ses ruines, une société féodale et chamarrée où des héros nobles ou humbles, brutaux ou érudits, se dressent contre leur destin. Ainsi Benvenuto l’assassin trempe dans un complot dont il risque d’être la première victime, Aedan le chevalier défend l’honneur des dames, Cecht le guerrier affronte ses fantômes au milieu des tueries… Ils plongent dans les intrigues, les cultes et les guerres du Vieux Royaume. Et dans ses mystères, dont les clefs se nichent au plus profond du cœur humain…

Mon avis :

J’entends depuis longtemps parler de Jaworski dans la sphère de la fantasy mais je n’avais jamais osé me frotter à la plume de l’auteur. J’appréhendais de ne pas aimer, de la trouver trop complexe ou trop fleurie. Pourtant, j’accumule pas mal de titres du monsieur depuis plusieurs années, ces Récits du vieux royaume avec Janua vera et Gagner la guerre, ou encore les tomes des Rois du monde avec Même pas mort et Chasse royale. Alors cette année, j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et de profiter de ces longues vacances estivales pour enfin plonger dans son univers.

Même s’il n’est plus trop nécessaire de présenter l’auteur tant il est connu désormais, rappelons quand même qu’il s’est rapidement imposé dans le paysage français avec seulement trois romans (bon oui et une vingtaines de nouvelles). Son premier recueil, dont je vais vous parler, a été récompensé par le prix du Cafard Cosmique en 2008. Son premier roman, dont je vous parlerai la semaine prochaine, a obtenu le prix du meilleur roman français de fantasy aux Imaginales de 2009. En 2014, le premier tome de sa trilogie Rois du monde a également reçu le même prix. C’est dire si le monsieur a une excellente réputation et peut être intimidant quand on ne l’a jamais lu.

Il y a quelques années, j’avais acquis une jolie intégrale chez Folio SF regroupant Janua Vera et Gagner la guerre, c’est avec elle que j’ai fait mes premiers pas dans l’univers du monsieur, en plongeant tout d’abord dans ses nouvelles même si ce n’est pas le format que je préfère en Fantasy, mais je voulais d’abord tâter un peu le terrain.

D’un point de vue formel, Janua Vera est donc un recueil de 10 nouvelles s’étalant sur plus de 400 pages qui se déroulent toutes un peu dans le même univers, celui de ce Vieux royaume où la magie n’est présente au début qu’en ses confins. Ce sont donc 10 récits assez différents et pourtant très semblables dans le ton et la manière dont l’auteur les aborde. Ils sont également de longueur variable, le plus long n’étant pas celui qui a donné son titre au recueil, mais le troisième, Mauvaise donne, dont l’auteur reprendra le héros dans Gagner la guerre, dont nous reparlerons bientôt.

Qu’ai-je pensé de ce recueil, moi qui avais tant d’appréhension ? Je dois dire que j’ai d’abord été vraiment séduite par le gouaille de l’auteur. Sa plume a un charme d’un autre temps que j’ai adoré. Son écriture est fraiche et enlevée, drôle et piquante, grinçante et touchante également. Il a une très large palette d’expressions qui est assez bluffante. De plus, il maitrise parfaitement le genre de la nouvelle, qui n’est pourtant pas des plus aisés, et peu importante la longueur du texte, 30 ou 90 pages, celui-ci sonne toujours juste. Ce fut vraiment ma plus grosse claque ici et rien que pour ça, j’ai envie de poursuivre l’aventure.

J’ai beaucoup aimé le ton doux amer qui se dégage de l’ensemble des nouvelles. Jaworski esquisse un univers sombre, constamment (ou presque) en guerre, dans une sorte d’Italie de la Renaissance parfaitement plausible où l’on sent très bien le basculement entre le Moyen Âge et l’Epoque moderne. Il rend ses personnages crédibles en l’espace de quelques lignes et sa gouaille les rend même souvent drôles et charmants à suivre. Ce sont pourtant tous des héros très dissemblables venant d’horizons différents à qui il arrive des aventures qui ne se répètent en rien.

Le fantastique est d’abord peu présent. On est plus sur une Fantasy uchronique militaire et d’arquebuses, voire de crapules, dans les premières nouvelles. Mais petit à petit, le fantastique se glisse entre les pages dans le dos des personnages pour donner une ambiance hors du temps qui donne des frissons comme lors de contes de fées cruels. J’ai beaucoup aimé ce lent basculement inattendu, je dois dire.

Cependant bien que j’ai beaucoup aimé sa plume et son univers, il m’a manqué un petit quelque chose. J’ai peut-être été frustrée par le format des textes. J’aurais aimé suivre les personnages sur des aventures plus longues, avec plus de rebondissements, pas juste avec un retournement final inattendu. J’aurais aimé voir cet univers se développer et se dévoiler peu à peu à mes yeux, de même que les héros vivre plus d’aventures et croiser plus de monde. Qui plus est, j’ai également été frustrée devant le manque de dialogues. Ceux-ci sont peu nombreux et quand on voit le ton enlevé de la plume de l’auteur, on ne peut que râler en imaginant ce que l’on manque, car les rares fois où il y en a, c’est vraiment savoureux. Avec ces deux petits points corrigés, je pense que je tiendrai là l’un de mes auteurs français préférés en Fantasy.

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Maintenant, je propose de revenir brièvement sur chaque nouvelle, pour vous en parler un peu.

Janua Vera : Le recueil s’ouvre sur cette nouvelle courte, au rythme rapide où un roi flamboyant mais quasiment anonyme pour le lecteur se lance dans son dernier chant du cygne en courant à sa mort inéluctable. Cela donne d’emblée le ton pour la suite.

Montefellòne : Cette fois, nous assistons au siège d’une ville du côté des troupes qui assiègent pour le roi. Il y a un côté désespéré, fatigué dans cette nouvelle car tout le monde est à bout. On est plongé en pleine action, comme la fois précédente, sans trop rien savoir des tenants et aboutissants, c’est juste un bref entraperçu d’une longue histoire. C’est tragique, on n’a pas le temps de s’attacher aux personnages.

Mauvaise donne : Avec ce texte, préquel à Gagner la guerre, l’univers commence à prendre sens. C’est probablement dû au fait qu’il est bien plus long ce qui permet à l’auteur de poser les choses. On rencontre un héros/anti-héros comme je les aime. On se retrouve avec lui en plein jeu de dupes grâce à une intrigue urbaine et politique de haut vol. C’est probablement le texte que j’ai préféré.

Le service des dames : A nouveau un nouvelle qui m’a bien amusée dans un sens, car on voit un chevalier se faire duper pour participer à un duel. C’est drôle et cocasse mais sombre également grâce à l’humour grinçant et sarcastique de l’auteur.

Une offrande très précieuse : Ici, nous sommes avec un texte plus mélancolique et poétique, qui touche notre corde sensible. Nous suivons deux guerrière qui tentent de rentrer chez eux après une bataille mais qui en chemin tombent sur une drôle de guérisseuse qu’ils prennent pour une sorcière. Il y a de très beaux moments.

Le conte de Suzelle : J’ai eu l’impression, dans cette nouvelle, de lire un conte de fée amer. On y suit la vie, de l’enfance à la vieillesse, d’une fillette de la campagne qui a tout d’un feu follet au début. J’ai beaucoup aimé ce personnage tellement plein de vie mais rattrapée par les nécessités de celle-ci.

Jour de guigne : Rien que le titre, ça en dit long. Retour de l’humour gouailleur et grinçant de l’auteur, le temps d’une nouvelle qui m’a beaucoup fait rire. Un lettré se retrouve contaminé par un texte magique caché et toute la poisse du monde s’abat sur lui. On pourrait s’attendre à un texte juste humoristique mais il cache une belle surprise.

Un amour dévorant : Ici, Jaworski s’essaie à la nouvelle gothique et fantastique un peu à la Sleepy Hollow avec l’enquête d’un nécromancien dans un village perdu suite à une apparition. La fin est d’une terrible ironie et m’a rappelé certains contes fantastiques japonais également.

Comment Blandin fut perdu : Peut-être le texte qui m’a le moins plu dans ce recueil. J’en attendais plus que l’histoire qui nous a été livrée. On suit un peintre qui prend un jeune religieux pour apprenti sur la recommandation de sa cheffe. Mais celui-ci en plus d’être très doué lui cache un secret qui va beaucoup lui coûter.

Le confident : Ce n’est jamais simple de trouver le bon texte pour refermer un recueil. J’ai trouvé celui-ci judicieusement choisi avec cette histoire de religieux qui va se transformer pour écouter la parole des morts. C’est sombre et dérangeant à souhait par cette acception et normalité tacite.

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Ainsi sur 10 textes, je n’en ai trouvé qu’un de faible, les autres sont tous excellents dans le fond et la forme. L’auteur varie les sujets, les lieux, les tons, les héros, les aventures et pourtant on ressent une vraie cohérence dans l’univers ainsi présenté. Un joli tour de force que j’ai rarement trouvé dans ce type d’ouvrage. Je comprends mieux pourquoi cet auteur est si réputé.

Ma note : 16 / 20

6 commentaires sur “Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski

  1. Moi et les nouvelles, on n’est pas copain 😛
    J’avoue que j’ai bloqué sur celui ci. Je ne me souviens même plus ou j’ai arrêté, dans doute au milieu de la seconde parce que je ne suis pas arrivée à celle avec Benvenuto.
    Mais ce que tu en dis me donner une petite envie d’aller reprendre ce recueil et de me forcer un peu pour avancer 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Je pensais ne pas être « nouvelles » et finalement c’est un format que je trouve assez séduisant pour peu que les auteurs sachent le manier.
      Après si tu n’accroches pas au format, rien n’empêche de lire le monsieur dans ces romans. J’ai enchaîné avec Gagner la guerre que j’ai adoré aussi et je compte bien lire sa saga quand elle sera terminée !

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    1. J’avoue que moi non plus je n’avais pas fait gaffe avant de le lire et je ne savais pas non plus que c’était un recueil, mais ça ne m’a pas empêchée de beaucoup aimer !
      Je pense aussi que c’est un excellent moyen de le découvrir même si Gagner la guerre est quand même meilleur à mon goût 😉

      J'aime

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