Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Spirale de Junji Ito

Titre : Spirale / Uzumaki

Auteurs : Junji Ito

Editeur vf :  Tonkam / Editeur Us : Viz

Année de parution : 2011 (vf) / 2013 (us)

Nombre de pages : 648

Histoire : De prime abord, Kurouzu ressemble à une banale petite ville de campagne. Mais, au-delà des apparences moroses, existe un mal profond, terrible et indicible qui plane au-dessus des habitants. Une pression hypnotique, un malaise poisseux qui corrompent les cœurs, les âmes et les esprits de victimes impuissantes.

La spirale, un symbole, un thème, une obsession, une porte vers l’angoisse la plus terrifiante. Quand une petite ville de campagne poisseuse, coincée entre un océan sinistre et une montagne oppressante se met a vivre au rythme d’événements hallucinés, la raison n’a plus sa place…

Mon avis :

J’entends parler de Junji Ito depuis ses premières parutions chez nous au début des années 2000, mais étant une grande pétocharde, je n’avais jamais osé essayer de le lire. Il m’a donc fallu une certaine dose de courage pour me lancer, mais je ne pouvais plus passer à côté de cet auteur culte aux influences telles que Lovecraft ou Hitoshi Iwaaki (Parasite).

Contrairement à ce que je croyais, Junji Ito est un auteur assez jeune. C’est en 1987, qu’il publie son premier manga, Tomié, avec lequel il remporte une mention spéciale du prix Kazuo Umezu (L’école emportée). Il décide alors de se consacrer pleinement aux mangas, alors qu’avec il était dentiste, et c’est dans les histoires horrifiques qu’il va se faire une réputation. En 1998, il publie Spirale, ensuite Gyo et tout un tas d’autres titres plus effrayants les uns que les autres que nous avons pu lire en français pour la plupart grâce à Tonkam (liste). En 2019, il est même récompensé du prix Eisner de la meilleure adaptation pour l’édition américaine de son Frankenstein, excusez-moi du peu.

Spirale est donc ma première incursion dans son univers mais d’emblée, j’ai eu l’impression d’être en territoire connu tant j’y ai retrouvé des tropes horrifiques typiquement japonais. L’histoire débute dans la banale petite ville campagnarde de Kurouzu qui semble être la victime d’une drôle de malédiction : celle de la spirale. Ce motif se retrouve partout et devient peu à peu l’obsession du meilleur ami de l’héroïne et de son père, au point de nous faire ressentir un malaise de plus en plus grand et surtout de nous faire assister à des événements de plus en plus fous toujours autour de ce motif.

Spirale est vraiment un titre d’ambiance plus qu’une large aventure ou un récit horrifique qui se développerait autour d’une intrigue. C’est pendant la majeure partie du temps (la série est d’abord sortie en 3 tomes avant d’être regroupée en une grosse intégrale), une suite de chapitres presque indépendants les uns des autres où l’héroïne, Kirie, assiste à des événements complètement fous touchant sa ville : un père mourant en voyant son corps transformé en spirale, une élève cherchant à absorber les autres grâce à la spirale apparue sur son front, un couple maudit qui fini entrelacé à mort, des cheveux qui se transforment en spirales vivantes pour attirer l’attention, etc.

Quand on y regarde, c’est juste complètement barré et on y assiste de manière totalement incrédule tant c’est absurde et impossible. Pourtant la peur nous prend, l’angoisse monte et petit à petit, on se retrouve piégé à enchaîner les chapitres pour voir jusqu’où l’auteur va pousser la chose. C’est terrifiant. Dans les derniers chapitres, il pousse cette inéluctabilité jusqu’à ce que la ville entière soit prise dans une tempête géante de spirales dont elle ne sortira pas indemne mais qui bouclera la boucle du récit et proposera un semblant de réponse.

On lisant Spirale, je croyais au début lire le titre d’un très vieil auteur d’horreur japonais. Je pensais donc y voir la source de bien des titres un peu fantastiques que j’avais lus, mais je me trompais. C’est plutôt Junji Ito qui a été influencé par la prose d’Iwaaki dans Parasite, de Lovecraft dans ses mythes sur les Anciens ou encore de Kazuo Umezu dans l’Ecole emportéeOn retrouve ces influences aussi bien dans le récit, la mise en scène que le dessin et c’est superbe.

J’ai beaucoup aimé son trait sombre très très noir, qui m’a rappelé un certain courant pop américain jouant également sur ces noirs très profonds. L’auteur a vraiment poussé loin sa recherche autour de la spirale, cela donne des compositions effrayantes et psychédéliques, qui enivrent autant qu’elles font peur. Je me suis retrouvée fascinée par son trait pourtant daté. Je ne sais pas si c’est aussi le cas ou pas sur ses travaux plus récents. Il est extrêmement imaginatif et a un panel de situations horrifiques juste impressionnant avec des situations totalement inattendues prenant racine dans nos peurs les plus intimes.

Enfin au-delà du récit horrifique, j’ai été surprise par les thèmes que j’ai cru reconnaitre dans cette vaste fresque. Il m’a semblé voir une dénonciation d’Hiroshima et Nagazaki, un cri d’alarme contre la destruction de notre patrimoine même le plus invisible (avec ces vieilles maisons menacées de ruine), une critique des brimades scolaires et du phénomène des hikikomoris, une autre de notre société des apparences où on cherche toujours à attirer l’attention, et probablement bien d’autres qui m’ont échappé. Sans creuser, j’ai également été frappée par le chapitre sur les femmes enceintes.

Pour conclure, même si ce ne fut pas une lecture coup de coeur, mais plutôt une lecture instructive, j’ai été fascinée par le talent du monsieur pour mettre en scène des récits horrifiques. Je comprends mieux sa réputation. Je suis ravie pour cela d’avoir eu recours à l’édition américaine de l’intégrale, qui est non seulement un hardback, mais contient en plus les pages couleur originales ainsi que les pages bonus qu’il y avait à la fin de chaque tome. C’est une bien belle édition.

Ma note : 15 / 20

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2 commentaires sur “Spirale de Junji Ito

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