Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Soeurs d’Ys : La Malédiction du Royaume Englouti de M. T. Anderson et Jo Rioux

Titre : Soeurs d’Ys : La Malédiction du Royaume Englouti

Auteurs : M. T. Anderson (scénario) et Jo Rioux (dessins et couleurs)

Editeur vf : Rue de Sèvres

Année de parution vf : 2020

Nombre de pages : 224

Histoire : Pour ériger les remparts qui protègent Ys des flots tumultueux, la reine Malgven a eu recours à la magie. Sa mort brutale et mystérieuse laisse ses deux fifilles inconsolables et les éloigne l’une de l’autre. Rozenn, héritière du trône, entre en communion avec la nature et s’apaise dans les landes ; Dahut, la cadette, se délecte de la vie fastueuse de la cour et se compromet dans ses intrigues. Mais derrière les murs immenses de la cité se cache un passé lourd de sombres secrets. Le jour où le lien entre les soeurs se rompt définitivement, elles entraînent dans leur chute le destin d’Ys, et les monstres tapis dans l’ombre surgissent alors en pleine lumière.

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier Rue de Sèvres pour cet envoi et leur confiance.

Dès que j’ai aperçu la couverture enivrante des Soeurs d’Ys en librairie, j’ai eu envie de découvrir le récit de cette légende au féminin qui se déroule à l’ouest de nos côtes. L’objet livre a lui aussi attiré mon regard, non seulement par sa belle couleur vert-celtique, mais également par son lettrage doré, son épaisse reliure cartonnée et par le soin apporté à l’intérieur à l’édition française de ce titre anglais, la preuve avec le carnet graphique qui parachève cette très belle histoire.

Une histoire que je ne connaissais pas mais qui m’a de suite rappelé celle de l’Atlantide qui m’a tant fascinée enfant. Au large du Finistère et de Quimper, Ys est une ville d’une beauté merveilleuse avec son palais et ses jardins aux milieux des mers. Leur souveraine, Malgven, la Reine du Nord, a utilisé sa magie pour maîtriser les monstres marins et ériger de grands murs qui protègent la cité des eaux tumultueuses. Après son inexplicable mort, ses filles s’éloignent l’une de l’autre. Rozenn, l’héritière du trône, passe son temps sur les landes à communier avec les animaux sauvages, tandis que Dahut, la plus jeune, jouit des splendeurs de la vie royale et tue sans regret ses amants au petit matin. Plus leurs destinées s’opposent et plus Ys se fragilise. Les écluses ne protègent plus la cité confrontée aux assauts de la mer, quel secret cachait la Reine ? Telle l’Atlantide, Ys est-elle condamnée à sombrer dans les abysses ?

J’ai, dès les premières pages, été emportée par ce récit légendaire aux consonances celtiques où la magie était prédominante dans son opposition à la nature. Le récit de ces destinées dramatiques est parfaitement mis en scène à l’aide d’un puissant sentiment d’inéluctabilité qui s’empare de chacun d’eux, parents comme enfants. C’est terriblement puissant.

Pourtant, je dois avouer que les dessins n’ont pas le charme ni la finesse que j’aurais voulu. Cependant, il s’en dégage là aussi quelque chose de magique et inexplicable qui m’a enivrée du début à la fin de ma lecture. La dessinatrice a parfaitement su rendre la noirceur de cette magie, l’abîme dans lequel tombe ses pratiquantes et à l’opposée la force et la beauté de cette nature qui cherche à reprendre ses doigts. C’est magnifique ! Alors ne vous laissez pas arrêter à un premier avis rapide, les dessins peuvent ne pas vous plaire au premier coup d’oeil, mais vous enchanter par la suite, par la force et l’atmosphère qu’ils dégagent.

En revanche, j’ai d’emblée été conquises par les deux soeurs au centre de cette histoire. J’ai trouvé leur caractère particulièrement bien décrit. Les deux sont fascinantes et personnellement je suis incapable d’en préférer l’une à l’autre, ou d’en trouver une meilleure que l’autre. J’ai beaucoup aimé la façon dont s’exprime le lien à la nature que Rozenn, l’aînée, ressent. Il y a une réellement force dans ses convictions que l’on sent peu à peu monter en elle au point d’en devenir fascinante alors qu’elle semble banale en comparaison de sa cadette. Celle-ci, Dahut, fascine par sa lente descente en enfer. Il y a une telle colère et une telle soif de reconnaissance en elle, que je n’ai pu qu’être touchée par son personnage vraiment tragique. La relation à couteaux tirés qui se noue entre les deux était inéluctable au vu de leurs personnalités diamétralement opposées, mais elle prend aux tripes et nous retourne l’estomac. La mise en page pour nous narrer cet éloignement progressif est très bien trouvée avec le dessin de leurs vies de manière parallèle mais dissonante. Très beau.

Tout le talent des auteurs est de mettre cela en scène autour des figures de la mère et du père des jeunes filles. Ce sont eux qui ont forgé cette tragique destinée. Je regrette que la mère disparue si tôt dans l’histoire n’ait pas plus été exploitée et montrée. A l’inverse, le père est le tragique modèle d’un pauvre Roi trop accaparé par son titre au détriment du bonheur de son peuple, mais cela rend l’histoire d’autant plus crédible.

La cité d’Ys, autre personnage essentiel de l’histoire, m’a fascinée pour ce que j’en ai vu. J’en ai beaucoup aimé la représentation graphique qui m’a rappelé le Blake et Mortimer sur l’Atlantide ainsi que le dessin animé Les cités d’or. Cependant, la frustration de l’album unique va rapidement se faire sentir car elle reste un simple décor lointain. J’aurais aimé en découvrir plus sur le fonctionnement de celle-ci, la voir s’élever, vivre. Elle sert ici surtout de décor qui fascine et repousse à la fois. Elle interroge sur notre rapport à la course aux innovations et aux ravages que cela fait à la nature quand on veut la contraindre pour nous arranger. Le message écologique est omniprésent et la morale classique, mais importante.

Le dernier personnage important de l’histoire, c’est la magie. Celle-ci est l’élément déclencheur et fondateur de cette légende, sans elle, il n’y aurait pas eu d’histoire. J’ai été fascinée par sa représentation et son rôle dans le destin de cette famille. La mise en scène très vaporeuse, mais également diabolique de celle-ci, prend racine dans une vieille tradition peut-être trop classique pour certains, mais qui moi m’a plu parce qu’elle a conféré une vraie atmosphère, limite étouffante, qui m’a beaucoup plu. Les teintes de vert et bleu choisit rendent celle-ci encore plus singulière. Et son rôle dans la mise à la dérive de cette famille est terriblement bien contée avec cette mère, puis cette fille, totalement envoûtées au point d’être menées à leur perte. C’est tragiquement beau.

Ainsi, Soeurs d’Ys fut une très très belle lecture, celle d’une légende d’un autre temps, qui m’a ramenée bien des années en arrière, quand je lisais tout ce qui me tombait sur la main qui comportait le mot Atlantide. L’atmosphère créée par Jo Rioux est vraiment fascinante et envoûtante malgré le drame qui se joue sous nos yeux et qui sépare ses soeurs que la vie n’aurait pas dû éloigner comme ça. C’est tragique, c’est triste, mais le message écologique que les auteurs portent est puissant et nécessaire. Un coup de coeur ❤️

Ma note : 16 / 20

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©2020 by M.T. Anderson / ©2020 by Jo Rioux / © Rue de Sèvres, Paris, 2020

12 commentaires sur “Soeurs d’Ys : La Malédiction du Royaume Englouti de M. T. Anderson et Jo Rioux

  1. J’ai également flashé sur la couverture,mais j’avoue que les illustrations que tu mets en exemple m’attirent moins. Je comprends donc que les illustrations n’aient pas complètement répondu à tes attentes, préférant, comme toi, les dessins plus fins. Le fond de la BD n’en demeure pas moins extrêmement tentant..

    Aimé par 2 personnes

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