Livres - Science-Fiction

Vers les étoiles – Lady Astronaute – Vers Mars de Mary Robinette Kowal

Titre : Vers les étoiles

Auteur : Mary Robinette Kowal

Éditeur : Denoël (Lunes d’encre)

Années de parution : 2020

Nombre de pages  : 547

Histoire : Une femme. Une mission. Sauver le monde.
1952. Une météorite s’écrase au large de Washington, dévastant une grande partie de la côte Est des États-Unis et tuant la plupart des habitants dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres. Par chance, Elma York et son mari, Nathaniel, en congé dans les Poconos, échappent au cataclysme et parviennent à rejoindre une base militaire.
Elma, génie mathématique et pilote pendant la Seconde Guerre mondiale, et Nathaniel, ingénieur spatial, tentent de convaincre les militaires que la météorite n’a pu être dirigée par les Russes. Mais, ce faisant, ils découvrent que la catastrophe va dérégler le climat de manière irréversible et entraîner, à terme, l’extinction de l’humanité.
Seule issue : l’espace. Une coalition internationale lance un programme spatial de grande envergure… inaccessible aux femmes. Elma compte pourtant bien y prendre part et devenir la première Lady Astronaute.

Mon avis :

Je tiens tout d’abord à remercier les éditions Denoël pour cet envoi et leur confiance.

Denoël est une maison d’édition dont la collection de science-fiction et imaginaire, Lunes d’Encre, m’a permis de faire foultitudes de belles découvertes au fil des ans. Je pense notamment aux titres de Robert Charles Wilson ou encore récemment à la trilogie de Katherine Arden ou à celle de Yoon Ha Lee et bien sûr aux titres de Jo Walton. Alors quand ils annoncent la publication d’un roman tel que Vers les étoiles, qui en plus a reçu de célèbres prix comme le Prix Locus, le Nebula ou le Hugo, forcément ça ne peut que m’intéresser !

Comme attendu, Vers les étoiles fut donc une lecture coup de coeur dans laquelle j’ai découvert une autrice, Mary Robinette Kowal, dont la plume et les idées défendues m’ont beaucoup plu. Elle a une écriture simple mais incisive, qui va à l’essentiel mais passionne. Il n’en fallait pas plus pour me convaincre.

Vers les étoiles, The Calculating Stars en vo, porte très bien son titre dans les deux versions. C’est un roman qui propose de suivre une jeune femme qui un génie des mathématiques, Elma York, et qui est passionnée par les étoiles. Dans le monde alternatif imaginé par l’autrice, elle travaille donc auprès de son mari comme calculatrice dans les projets en vue d’envoyer des hommes dans l’espace. Mais elle, elle a toujours rêvé d’y aller elle aussi, elle va donc se rebeller contre cette main mise des hommes et s’imposer.

La première chose qui m’a frappé lors de la lecture de ce titre, c’est son entrée en matière. Celle-ci est rapide, brutale, stressante et bien loin de ce que proposera la suite, ce qui a pu déplaire à certains mais pas du tout à moi. En effet, les premières pages nous plongent dans un récit catastrophe digne des meilleurs films hollywoodiens, où l’héroïne et son mari sont pris dans une course contre la montre pour survivre à la chute d’une météorite sur la Terre, dans l’océan à côté de la ville de Washington. J’ai adoré cette façon de débuter son roman. C’était vraiment trépidant et cela permettait d’emblée de poser les bases du changement d’univers et de paradigme imaginé par l’autrice. Car après une telle catastrophe, la Terre ne peut rester telle qu’elle était avant et ce sont ces conséquences sur le climat qui vont pousser les hommes dans la conquête spatiale que nous allons suivre.

Je ne vais pas vous mentir, ayant adoré ce début, j’ai quand même été un peu frustrée qu’il ne serve que de déclencheur et qu’on ne suive pas plus les réelles conséquences de cette chute de météorite. Celles-ci sont bien trop en arrière-plan, voire totalement oublié au profit du portrait fait de l’héroïne, et c’est bien dommage. Il y avait quelque chose à faire, notamment d’un point de vue écologiste et politique. Mais l’autrice a choisi de nous surprendre et nous a embarqués sur une autre voie.

Sans que je m’y attente, j’en suis venue ensuite à suivre le destin d’Elma. Et alors que je croyais que nous allions rester sur un schéma de film catastrophe, nous avons bifurqué dans une toute autre direction, celle d’une lutte pour l’émancipation des femmes, comme dans le film Les figures de l’ombre auquel le roman fait beaucoup penser. En effet, l’autrice nous embarque finalement dans le quotidien, d’Elma, calculatrice pour la NACA (ancêtre de la NASA), qui voit se mettre en place un projet de voyage dans l’espace suite à ses propres calculs sur un futur dérèglement du climat qui aboutira à rendre la Terre invivable. Sauf que ce n’est pas elle qui va en être le coeur, mais son mari, ingénieur, et un ancien collègue pilote qu’elle détestait. Impossible pour elle de rester de marbre et de ne pas agir. J’ai beaucoup aimé suivre le combat de cette femme. J’ai tout d’abord été sciée par son génie, puis par sa force de caractère et par son entêtement finalement. Pourtant, l’autrice nous présente Elma comme une femme fragile, qui est prête à tous les sacrifices pour son mari, Nathaniel. Mais ce dernier est vraiment épris d’elle pour ce qu’elle est, et ce sera souvent lui, qui va la pousser à faire ce dont elle a besoin pour elle avant tout. J’ai adoré son personnage. Cette lutte pour l’émancipation des femmes devient avec lui un combat de tous et pas seulement des femmes, un message fort intéressant.

Un peu comme dans le manga Space Brothers, qui raconte comment deux frères sont devenus astronautes, Vers les étoiles raconte aussi le parcours de cette femme qui va braver le patriarcat pour le devenir à son tour. Nous allons assister à son combat, son recrutement, son entraînement et son départ, tout cela lors de moments plus vrais que nature, car l’autrice a pris conseil auprès de spécialistes du genre. C’est donc parfaitement documenté et totalement crédible. Sans les informations du départ en faisant une uchronie, on pourrait totalement croire à tout ce qui est raconté ici. Et la plume très vivante de l’autrice contribue à rendre les scènes vécues par Elma au fil de son parcours encore plus réalistes. On pourrait les prendre telles quelles pour un film !

Mais au-delà du combat d’une femme pour partir dans l’espace, ce qui m’a touchée, c’est le récit de cette femme tout court. J’ai été sensible au combat de cette femme contre elle-même, contre son corps et contre son anxiété chronique et pathologique. J’ai été émue par sa si belle relation avec son époux, leur complicité et leur compréhension mutuelle. J’ai ressenti toute la chaleur et la camaraderie des amitiés qu’Elma a su nouer. J’ai aimé que l’autrice en profite pour parler de la condition des noirs et des étrangers, des relations diplomatiques entre les pays, du caractère de ses hommes politiques, du patriarcat, du harcèlement sexuel, de l’anxiété, etc. C’est un titre très riche, qui balaie beaucoup de thèmes qui font écho à notre propre temps et c’est fait avec beaucoup d’humanité.

Je ne pense pas arriver à retranscrire ici tout le bien que m’a fait ce titre, alors je ne peux que vous conseiller de vous jeter dessus dès que vous pourrez de nouveau aller en librairie. C’est un titre écrit par une femme pour des femmes mais pas que. C’est un titre qui parle d’étoiles mais aussi d’humanité. C’est un titre solaire et très terre à terre en même temps. Je comprends pourquoi il a eu tous ces prix !

Encore merci aux éditions Denoël pour cette lecture, disponible dans toutes les bonnes librairies !

Titre : Lady Astronaute

Auteur : Mary Robinette Kowal

Éditeur : Folio SF

Années de parution : 2020

Nombre de pages  : 128

Histoire : Elma York est une célébrité sur la planète rouge, suite au rôle déterminant qu’elle a joué lors des colonisations lunaires et martiennes. D’après les médecins, son mari, Nathaniel, n’a plus que six mois à vivre. Officiellement toujours astronaute, Elma est toutefois clouée au sol à cause de son âge. Elle brûle de repartir dans l’espace, mais peut-elle abandonner Nathaniel ?
Les cinq textes qui composent ce recueil appartiennent tous, comme le roman Vers les étoiles, à la série de la Lady Astronaute. La nouvelle « La Lady Astronaute de Mars » a reçu le prestigieux prix Hugo.

Mon avis :

Ne pouvant en rester là après mon gros coup de coeur pour Elma dans Vers les étoiles, j’ai eu envie de découvrir ces nouvelles ayant été écrites avant mais qui se passent après le roman.

Les cinq textes qui composent ce recueil sont inégaux et ce serait vous mentir que de vous dire que je les ai tous aimés. Mais le tout dernier, celui qui a reçu le prestigieux prix Hugo, m’a arraché une petite larme tant il était poignant, c’est donc de lui que je vais surtout vous parler. Les quatre premiers textes, de longueurs très aléatoires, Nous interrompons cette émission, L’expérience Phobos, La girafe d’Amara et Le rouge des fusées, ne mettaient pas en scène Elma. Il a fallu attendre la toute dernière La Lady astronaute de Mars pour cela mais quelle belle attente !

Cette ultime nouvelle est un petit chef d’oeuvre. On y retrouve une Elma qui a passé la soixantaine mais qui a conservé sa passion pour les étoiles et l’espace. A son âge, impossible de repartir en mission, mais malgré tout elle se maintient en forme. Jusqu’au jour où on lui propose une mission inattendue qui va la faire bien réfléchir.

J’ai d’abord été attendrie de retrouver une Elma âgée. C’est rare d’avoir des personnes du troisième âge comme héros en SF, du moins, j’en ai peu croisés dans mes lectures. Mais ici, en plus, nous l’avons connue jeune et nous la retrouvons après une belle coupure. Une coupure qui représente un sacré bond dans le temps et l’espace. Elma nous est donc familière et différente à la fois, c’est étrange.

Mais mon plus grand plaisir fut ailleurs, il fut dans les retrouvailles de son couple avec Nathaniel. Celui-ci a encore plus changé qu’elle. Et c’est dans la nouvelle dynamique qu’il y a entre eux que l’autrice va tirer toute l’émotion de sa nouvelle dans un texte très juste mais cru où elle ne nous épargne rien des aléas de la vie et de la fin inéluctable de celle-ci. C’est une superbe nouvelle sur les vieux couples, sur la vieillesse, sur la fin de vie.

Tout comme j’ai été émue par la relation de cet homme et de cette femme dans le roman, je l’ai été ici également et peut-être même plus au vu du sujet. En une trentaine de pages autour de l’histoire d’une grue sur carte perforée, l’autrice est à nouveau parvenue à me toucher en plein coeur et à aborder plein de beaux sujets sur la vie de couple et les choix que l’on peut faire ensemble. Un grand texte !

(pour la nouvelle La Lady astronaute de Mars uniquement)

Titre : Vers Mars

Auteur : Mary Robinette Kowal

Éditeur : Denoël (Lunes d’encre)

Années de parution : 2021

Nombre de pages  : 448

Histoire : Alors qu’une sonde robotisée se pose enfin sur Mars, prélude à une première mission habitée vers la planète rouge, Elma York embarque à bord de la navette qui la ramènera sur Terre après une affectation de trois mois sur la Lune. Mais le retour ne se passe pas comme prévu : un incident contraint son appareil à se poser en urgence dans un champ désert, loin du lieu d’atterrissage initial. Un groupe de terroristes appartenant au mouvement Earth First en profite pour prendre en otage l’ensemble des passagers du vaisseau. Leurs revendications sont simples : l’arrêt de la conquête spatiale et la réaffectation du budget à la survie sur Terre. Est-ce que cette action violente va ruiner tous les espoirs de la Lady Astronaute d’aller sur Mars ?

Mon avis :

Après mes coups de coeur pour les histoires précédentes mettant en scène notre chère Lady Astronaute, Elma York, impossible de ne pas céder aux sirènes d’un tome s’intitulant Vers Mars. Cependant, la recette étant dévoilée, bien que toujours aussi efficace, elle a eu un peu moins d’effet sur moi et j’ai eu l’impression de lire surtout un livre très bien calibré mais auquel il manquait un peu l’émotion nécessaire à un coup de coeur.

J’ai d’abord été ravie de retrouver Elma sur la Lune mais j’ai très vite déchanté en voyant qu’au final le rôle des femmes avaient bien peu évolué puisqu’elle avait encore un boulot, une mission ultra répétitive, la version lunaire du travail répétitif du travail à la chaîne… J’ai donc vite compris que les thématiques de ce nouveau volume allaient être sensiblement les mêmes et je ne me suis pas trompée.

On repart en effet une nouvelle fois dans un roman volontiers contestataire, du moins à la manière légère d’une femme des années 60 vue par Mary Robinette Kowal, où la dit femme passe son temps à rêvasser sur la perfection de son cher époux… Ainsi, les lecteurs ne seront pas perdu de voir à nouveau Elma utilisée comme égérie par les grands pontes des programmes spatiaux pour promouvoir cette fois non pas le voyage sur la Lune mais vers Mars. Nous retrouvons exactement les mêmes dynamiques que lors du tome 1, avec une femme cherchant à se faire sa place au milieu d’une société patriarcale qui ne le souhaite pas pleinement. La petite nouveauté du tome, c’est la revendication plus affirmée d’une lutte contre le racisme, puisque celui-ci monte en puissance dans l’uchronie de Mary Robinette, tout comme il le faisait réellement dans ces années-là dans notre propre monde. En cela, c’est réussi, je ne peux pas dire le contraire.

Ce qui fut amusant, ce fut de voir ces questions déplacées dans la nouvelle mission qu’entreprend Elma, car le titre porte bien son nom, nous allons véritablement suivre sa traversée vers Mars. J’ai beaucoup aimé ce sentiment de réalisme qui s’empare alors de nous, non pas pendant qu’on voit ultra rapidement (trop à mon goût) l’entraînement des astronautes, mais plutôt lors de leur vie à bord. L’autrice n’a pas cherché à faire dans le spectaculaire et c’est là sa force selon moi. Elle a préféré raconter quelques petits incidents techniques perdus au milieu d’un quotidien fait de revendications raciales et féministes au milieu d’un équipage majoritairement constitué d’hommes blancs hétérosexuels. Pourquoi cette dernière précision ? Parce que l’autrice commence également à aborder la question de l’homosexualité, Alléluia !

Sous des dehors de train train quotidien, on se plaît ainsi à suivre l’évolution des relations entre les membres du petit équipage du vaisseau d’Elma, mais aussi entre les membres des autres vaisseaux autour. J’ai beaucoup aimé le développement de son ennemi de toujours, Parker, qui devient vraiment de plus en plus humain au fil des découvertes. J’ai aimé voir que ce n’était pas un long fleuve tranquille pour Elma qui a toujours du mal dans ses relations aux autres et ne sait pas s’y prendre. Je me suis amusée à lire les échanges entre nos astronautes et la Terre, avec d’un côté les dirigeants qui ne leur disent pas tout, et de l’autre les échanges plus secrets et intimes entre Elma et son époux resté sur Terre. C’était routinier mais relaxant à lire, un peu le même sentiment que je retrouve dans Space Brothers. Alors oui, lire des lignes expliquant les différentes manoeuvres ce n’est pas passionnant, pas plus de savoir comment ils font la cuisine à bord ou comment ils réparent les toilettes, mais cela a un je ne sais quoi de dépaysant aussi et de charmant.

Cependant au milieu de tout ça, l’émotion m’a manqué. Là où, j’avais été touchée par les problèmes d’anxiété d’Elma dans Vers les étoiles, ici elle gère bien trop facilement à de rares exceptions. Là où les questionnements sur son désir ou non d’enfant m’avait parlé dans Lady Astronaute, ceux-ci ont disparu ici remplacés par « comment prendre soin de mon mari qui est incapable de le faire seul ? » et là c’était un peu trop « bonne épouse » pour moi ><

Ainsi, je me suis plue à lire comment Elma avait pu embarquer sur cette nouvelle mission, comment celle-ci avait réussi à se dérouler au milieu de quelques phases critiques stressante, mais il m’a manqué la petite étincelle. Les questions féministes et raciales qui ont tout à fait leur place ici et sont bien développées avec subtilité n’y ont pas suffi. Ni même l’horrible thématique de la mort qui revient à 2 – 3 reprises de manière fort percutante pour nous rappeler à notre humanité. En revanche, j’ai adoré la banalité du quotidien des héros et les relations qui en ont émergé. Ce fut donc une très bonne lecture détente, une SF tranquille et douce, voire apaisante, qui fait quand même voyager.

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