Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Luminous Blue de Kiyoko Iwami

Titre : Luminous Blue

Auteur : Kiyoko Iwami

Éditeur vf : Taifu (Yuri)

Années de parution vf : 2020-2021

Nombre de tomes vf : 2 (série terrinée)

Histoire : L’arrivée dans un nouveau lycée, c’est la porte vers de nouveaux rêves. Kô aime la photographie, et elle est aux anges d’apprendre qu’elle est transférée dans le même lycée que son idole, qui a remporté deux fois de suite un concours inter-lycéen de photographie. Mais celle-ci a mis ses activités en hiatus, et fermé le club de photo. Afin de lui rendre sa motivation, Kô décide d’elle-même participer à un concours. Elle prend pour sujet Nene et Amane, deux filles de sa classe dont se dégage un profond sentiment d’intimité. Comment aurait-elle pu savoir que celles-ci sortaient ensemble et avaient rompu il y a quelques mois ?

Mon avis :

Tome 1

Depuis quelques temps déjà, Taifu est mon fournisseur officiel de yuri (romances entre femmes) et souvent, je trouve, il propose des titres travaillés, pas voyeuristes, où il y a une vraie recherche en fonction du thème présenté en plus de la romance. Dans le cas de Luminous Blue, ce sera la photographie et ça tombe bien parce que j’aime beaucoup les cadres artistiques.

Kiyoko Iwami, dont c’est le premier titre chez nous, travaille dans le milieu du yuri depuis une dizaine d’années et aime proposer des titres courts. Elle a une patte graphique certaine qui la distingue des autres avec ces couleurs douces et mélancoliques qu’on trouve par exemple en couverture, mais surtout ces visages très ronds, particulièrement expressifs au niveau du regard, qui permettent vraiment de lire l’âme du personnage. Et même si elle en utilise peu, elle a aussi un beau coup de crayon en ce qui concerne les décors. Enfin, ici, ayant choisi la photographie comme thème de fond à son histoire, elle s’attarde particulièrement sur les cadrages et autres points de vue pour donner encore plus de vie à son récit.

Ce récit, c’est celui d’une jeune lycéenne, Kô, qui débarque dans un nouveau lycée. Elle a choisi celui-ci pour son club de photo puisqu’elle est passionnée par cela. Malheureusement le club est en stand-bye. Alors pour remotiver sa cheffe, elle décide de participer à un concours. Mais pour cela, elle a besoin d’un thème. Elle décide de s’intéresser à un duo de jeunes filles qui l’a fascinée au premier regard, deux filles qui sortaient ensemble au collège, mais qui ont rompu et qui sont restées amies.

Luminous Blue est un titre en deux tomes, qui disons-le de suite, aurait dû sortir dans son intégralité directement pour mieux montrer toute sa richesse. Ici, avec juste le tome 1, j’ai vraiment un gros sentiment de frustration. A peine, le cadre posé, les dynamiques mises en place, qu’il est temps de refermer le tome… Du coup, ce n’est pas simple d’en écrire une critique.

Dans les points ultra positifs, parce que dans l’ensemble j’ai vraiment beaucoup aimé l’ambiance et l’univers, il y a bien sûr l’apport de la photo. Kô, l’héroïne, avec l’objectif de son appareil devient en quelque sorte la spectatrice privilégiées de toutes les complexités sentimentales qui se jouent sous ses yeux. C’est fascinant. L’autrice retranscrit à merveille sous le regard de son appareil, les sentiments contrariés, retenus, les frustrations, les non-dits qui polluent la vie des deux amies de Kô, Nene et Amane.

Ces deux filles sont fascinantes. On les découvre amies mais on sent très vite que quelque chose cloche. Elles sont très proches et en même temps l’une repousse l’autre et l’autre se force un peu trop à rire et sourire. Il y a un vrai malaise entre elle, que l’autrice va peu à peu nous faire découvrir au détour de rencontres, de conversations, de moments de confessions. C’est poignant. Ce n’est pas juste une banale amourette entre deux ados, on sent clairement qu’il a quelque chose de plus profond, qui touche à l’intimité de chacune et même à la constitution de celle qu’elle est.

Ainsi, Nene est une très belle jeune fille, qui joue les mannequins pour une boutique mais à qui on dit qu’elle est moche quand elle sourit… Amane, elle, qu’on a moins découvert pour le moment, semble avoir une étrange relation avec une de ses amies d’enfance, la photographe qu’admire Kô, ce qui sème la zizanie. C’est donc encore très mystérieux. Mais clairement, les deux filles dégagent quelque chose d’indicible, que Kô parvient à capturer sur ses pellicules et qui fascine aussi bien la jeune fille, que nous, les lecteurs. Et les moments où elles sont ensemble sont magiques.

Cependant, je serais bien en peine d’en dire plus pour le moment. Kô est juste l’élément perturbateur qui va venir changer la dynamique de ce drôle de trio : Nene, Amane, Uchiho. Toutes ont des sentiments à fleur de peau. Mais point positif, l’homosexualité n’est pas du tout montrée et vécue comme quelque chose à cacher pour le moment, ce qui fait un bien fou ! Les problèmes rencontrés semblent se situer sur un autre plan.

Ainsi, même si je dois réserver mon jugement parce que je sens clairement qu’il me manque pas mal d’éléments pour avoir une vue globale, j’ai trouvé ce premier tome vraiment enthousiasmant. Les personnages sont attachants, les dynamiques intéressantes et déjà poignantes, on le sent. J’ai beaucoup aimé l’apport de la photographie pour capturer les émotions prises sur le vifs de ces jeunes filles, mais aussi pour éclairer peut-être des sentiments cachés. Je suis assez confiante et je pense que les deux tomes de cette série sauront me conquérir.

Tome 2

Après bien des délais, c’est près d’un an plus tard que nous pouvons enfin la suite et fin de la belle aventure douce-amère de cet étrange trio.

L’avantage cependant avec ce type d’histoire, c’est que l’on replonge très facilement dans l’histoire. La narration toute en simplicité et émotion de Kiyoko Iwami a beaucoup aidé en cela. En effet, elle conte son histoire avec beaucoup de douceur et sans fioriture, allant à l’essentiel. Cela permet ainsi de vite raccrocher aux wagons pour se rappeler le contexte de cette histoire : une jeune fille passionnée de photo qui tombe sous le charme d’un duo de camarades qui semblent avoir eu une histoire par le passé.

J’ai beaucoup aimé la narration simple de l’autrice, tout comme le caractère franc et direct de ce qu’elle raconte. Les personnages sont des jeunes filles très humaines, avec leurs imperfections et leurs fragilités. J’ai été émue par leur histoire. Il se dégage une très jolie mélancolie de chacune d’elle et l’oeil de la caméra apporte une belle douceur à l’ensemble tandis qu’elle joue aussi les révélateurs.

La complexité apparente de leurs sentiments est également une belle métaphore de cette adolescence à fleur de peau où l’on se cherche. Quand on apprend les secrets, pas si bien cachés, des uns et des autres, impossible de rester impavide. On est touchée par la détresse de cette aspirante mannequin pour qui les paroles des autres revêtent une telle importance. Ce ne sont donc pas seulement les personnes moquées pour leur physique disgracieux qui souffrent mais tout un chacun. On est également émue par cette amie d’enfance qui a un comportement tordu parce qu’elle gère mal la non-réciprocité de ses sentiments. Et enfin pour contre-balancer le tout, on est ébloui par les personnages lumineux que sont notre observatrice et ce jeune modèle malgré elle, à l’origine de tout.

Le mélange qui se fait entre les sentiments des trois personnages est terriblement marqué « adolescent en construction ». On ressent ainsi sous le trait de Kiyoko Iwami la même maladresse et le même bouillonnement que chez les jeunes de cet âge-là. Elle nous conduit ainsi à force de beaux moments à fleur de peau et parfois un peu malaisant vers une jolie conclusion assez forte révélant la puissance des sentiments véritables de chacune et sa lutte pour oser être elle-même. Une belle métaphore de l’adolescence mais aussi de la vie d’une personne LGBTQ+.

Je regrette en revanche le flou artistique autour du trio dans les ultimes pages. Qu’a voulu raconté l’autrice ? A-t-elle suggéré une relation amoureuse triangulaire ou une relation amicale ? Veut-elle nous parler de polyamour ? Ce serait très original mais si c’est le cas, je n’ai pas trouvé cela pleinement assumé car abordé un peu trop sur une tonalité légère suggérant une blague et non quelque chose de tangible. Dommage.

Luminous Blue fut ainsi une belle parenthèse adolescente où les sentiments amoureux compliqués de quatre adolescente sous la lentille d’une appareil photo m’a touchée. J’ai aimé les sentiments à fleur de peau des jeunes filles. J’ai aimé la complexité de leurs sentiments qui n’avaient pas seulement trait à un romantisme fantasmé mais s’appuyait sur une réalité plus nuancée. J’ai aimé la poésie des dessins et de la mise en scène. Je reste juste peut-être sur ma faim dans cet ultime chapitre un peu rapide et pas tout à fait achevé pour moi où un polyamour suggéré n’a pas été assez assumé ou alors a été maladroitement mis en scène. Mais ce fut une belle découverte.

(Merci à Sanctuary et Taifu (yuri) pour ces lectures.)

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© Kyoko Iwami 2019

4 commentaires sur “Luminous Blue de Kiyoko Iwami

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