Livres - BD / Illustrations

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris

Titre : Moi, ce que j’aime, c’est les monstres

Auteur : Emil Ferris

Editeur vf : Monsieur Toussaint Louverture

Année de parution vf : 2018

Nombre de pages : 416

Histoire : Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, adore les fantômes, les vampires et autres morts-vivants. Elle s’imagine même être un loup-garou: plus facile, ici, d’être un monstre que d’être une femme. Le jour de la Saint-Valentin, sa voisine, la belle Anka Silverberg, se suicide d’une balle dans le cœur. Mais Karen n’y croit pas et décide d’élucider ce mystère. Elle va vite découvrir qu’entre le passé d’Anka dans l’Allemagne nazie, son propre quartier prêt à s’embraser et les secrets tapis dans l’ombre de son quotidien, les monstres, bons ou mauvais, sont des êtres comme les autres, ambigus, torturés et fascinants. Journal intime d’une artiste prodige, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres est un kaléidoscope brillant d’énergie et d’émotions, l’histoire magnifiquement contée d’une fascinante enfant. Dans cette œuvre magistrale, tout à la fois enquête, drame familial et témoignage historique, Emil Ferris tisse un lien infiniment personnel entre un expressionnisme féroce, les hachures d’un Crumb et l’univers de Maurice Sendak.

Mon avis :

Tome 1

Depuis sa sortie, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres fait parler de lui pour l’aventure éditoriale qu’il fut aux Etats-Unis mais aussi et surtout pour le travail graphique incroyable réalisé par l’autrice.

Cette dessinatrice américaine, de Chicago, qui a surtout travaillé dans l’illustration, a acquis une notoriété soudaine comme autrice de bande dessinée en 2017 avec Moi, ce que j’aime, c’est les monstres (My Favorite Thing Is Monsters), un récit de plus de huit cents pages, dont nous avons ici la première moitié, publié par Fantagraphics et mettant en scène Karen Reyes, une petite fille qui cherche à résoudre le meurtre de sa belle voisine juive dans le Chicago des années 1960. Cette bande dessinée proche du roman graphique est très bien accueillie par de nombreux auteurs réputés comme Art Spiegelman ou Chris Ware, et en France elle reçoit le Fauve d’or du Festival d’Angoulême en 2019.

Sous la forme d’un journal intime d’une petite fille de 10 ans qui adore dessiner et qui est fan de monstres, nous suivons le mystère de la mort de la belle Anka Silverberg, une rescapée de la Shoah, voisine de l’héroïne, qui a été assassinée.

Dans un premier temps, le récit propose une narration et une intrigue une peu brouillonne qui mélange enquête sur la mort mystérieuse de cette belle voisine et réflexions critiques sur l’Amérique des années 1960 vue par une enfant. On parle ainsi beaucoup des moqueries à l’école, de ce que ça fait d’être différent, de pauvreté, ainsi que de prostitution. C’est un récit assez âpre, pour ne pas dire sombre, glauque et un brin tapageur. Je n’ai pas beaucoup aimé ce début qui m’a donné l’impression d’une enquête potentiellement intéressante mais noyée sous le reste. J’étais moi-même la tête sous l’eau, une eau poisseuse.

Puis à mi-chemin, le récit bascule et il propose alors d’alterner entre le récit de la vie de Karen à Chicago dans les années 1960 et l’histoire d’Anka, la voisine assassinée, sous l’Allemagne nazie. Cela devient alors beaucoup plus intéressant. Le récit du passé d’Anka est vraiment terrible. Tout l’univers fantasmé de l’héroïne fan de monstres se mélange avec l’horreur que cette dernière a vécu autrefois. On passe d’une horreur fictive à une horreur belle et bien réelle, et cela a bien plus d’impact que tout ce qui avait pu être raconté avant.

Le récit devient alors un mélange de thriller urbain, de drame familial, de témoignage historique fort et poignant, et de blessure intime. Une ambiance et un ton qui m’ont fait penser à Sucker Punch, un film génial, que j’ai adoré.

Si l’histoire n’a pas su m’embarquer au premier abord, il n’en va pas de même pour l’expérience graphique que j’ai vécue grâce au travail d’Emil Ferris. Elle m’a en effet de suite embarqué dans son univers artistique aux nombreuses références pop et classiques. Mêlant beaucoup d’histoires dans l’Histoire, le titre se présente comme une ode à l’Art avec un grand A. L’autrice offre beaucoup de références à des oeuvres d’art et tableaux célèbres qu’elle va même jusqu’à reproduire et mettre en scène pour souligner les sentiments de l’héroïne. Elle enrichit cela avec une culture pop des univers fantastique et horrifique juste parfaite, comme l’illustre les couvertures de magazine du genre dont elle parsème son récit. C’est vraiment très riche.

Ajoutez à cela une travail graphiquement bluffant où les dessins foisonnent de partout, réalisés aux stylos billes, uniquement en traits colorés sur une palette restreinte et sans aplat. C’est une prouesse incroyable. On comprend pourquoi il a fallu tant d’année à l’autrice pour en venir à bout. Franchement, c’est une technique que j’admire énormément et qui apporte une texture toute particulière au graphisme de l’oeuvre. Je me suis à chaque page longuement attardée sur les dessins pour chercher à comprendre comment ce que je voyais au premier coup d’oeil était en fait réalisé avec si peu de moyen et tant d’astuce pour rendre les ombres, les formes, les textures. Magique !

Alors, non, je n’ai pas eu le coup de coeur attendu, mais j’ai eu un très beau moment de lecture tout de même. La densité du récit, son aspect un peu flou et brouillon au début, son ambiance sombre et poisseuse ont pesé sur mon appréciation. S’il n’y avait eu que la seconde partie à partir du moment où on découvre le passé d’Anka, je n’aurais peut-être pas le même avis. J’aime beaucoup cet aspect du récit, j’ai plus de mal avec la critique des années 60 à travers les yeux de Karen. La narration assez dense en terme de mise en page a vraiment rendu ma lecture difficile, ce qui a encore fait un peu baisser ma note. C’est dommage parce que c’est vraiment un superbe travail graphique, un univers artistique bluffant et une intention certaine. Vivement le tome 2 pour se faire une vision plus complète.

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8 commentaires sur “Moi, ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris

  1. Si le contexte historique de cette Amérique des années 60 ne m’attire guère, le récit du passé de la voisine a, quant à lui, l’air bien plus captivant tout comme le mélange horreur imaginaire/horreur réelle, toujours très efficace !
    J’aime également beaucoup cette idée de multiples références qui semble enrichir nettement l’ouvrage…

    Aimé par 1 personne

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