Livres - Science-Fiction

Dans la toile du temps d’Adrian Tchaikovsky

Titre : Dans la toile du temps (Children of Time)

Auteur : Adrian Tchaikovsky

Editeur vf : Denoël / Folio SF

Année de parution vf : 2018 – 2019

Nombre de pages : 687

Histoire : La Terre est au plus mal… Ses derniers habitants n’ont plus qu’un seul espoir : coloniser le « Monde de Kern » , une planète lointaine, spécialement terraformée pour l’espèce humaine. Mais sur ce « monde vert » paradisiaque, tout ne s’est pas déroulé comme les scientifiques s’y attendaient. Une autre espèce que celle qui était prévue, aidée par un nanovirus, s’est parfaitement adaptée à ce nouvel environnement et elle n’a pas du tout l’intention de laisser sa place. Le choc de deux civilisations aussi différentes que possible semble inévitable. Qui seront donc les héritiers de l’ancienne Terre ? Qui sortira vainqueur du piège tendu par la toile du temps ?

Mon avis :

J’ai beau aimer la SF, je n’en lis au final qu’assez sporadiquement par rapport à d’autres genres, et du coup beaucoup de titres récents dits cultes me sont inconnus. Dans la toile du temps (Children of Time) en fait partie. Le titre avait une réputation des plus flatteuses, ce qui me tentait autant que ça m’inquiétait, parce que je suis souvent déçue par les titres dont j’attends beaucoup. Heureusement, ce ne fut pas du tout le cas, loin de là !

Avec Dans la toile du temps (Children of Time), je découvre Adrian Tchaikovsky, un auteur de 48 ans assez prolifique dont c’est le premier roman paru en France. Celui a reçu le prix Arthur C. Clarke en 2016 et s’inscrit pour ceux qui connaissent dans la lignée du cycle de L’Elévation de David Brin puisqu’il nous fait découvrir l’évolution d’une civilisation radicalement autre et sa confrontation inévitable avec l’espèce humaine. Dans un genre un peu similaire, j’avais beaucoup aimé ma découverte de Semiosis au début de l’année, mais ici tout, le ton, le lieu, les créatures, les relations, sont différentes et emportent vers un autre voyage des plus surprenants.

La première chose qui m’a frappée en commençant ce roman, c’est la facilité avec laquelle l’auteur nous plonge dans un futur très très lointain et une épopée bien éloignée de nous. Adrian Tchaikovsky a vraiment un style des plus abordables malgré les concepts scientifiques, évolutifs et philosophiques qu’il met en branle, ce qui est très appréciable. Ainsi, même si la première partie est un peu longue parfois pour installer l’ambiance et vraiment démarrer l’histoire, cela passe quand même relativement bien grâce à cette plume tellement fluide et simple.

J’attendais beaucoup de ce roman mais j’avais également quelques craintes quant au récit mais également quant au contenu. Celles-ci ont rapidement été balayée. J’ai beaucoup aimé ce récit qui mélangeait Space Opera et Planet Opera et où la narration nous emmenait alternativement auprès d’une nouvelle espèce intelligente et auprès d’un humanité en perdition à bord d’un faisceau qui cherche désespéramment une nouvelle Terre pour les accueillir. L’équilibre est très bien et rapidement trouvé. Les deux pendants sont très bien travaillés. J’ai tout autant aimé le récit la naissance et l’évolution de cette espèce, que celui de ses humains enfermés sur un vaisseau à travers les âges et de plus en plus coincés.

Les données scientifiques, qui peuvent faire peur dans la SF, sont ici parfaitement intégrées au récit. J’ai trouvé le récit du développement de cette espèce, puis civilisation des araignées géantes parfaitement crédible et passionnant. Tout comme dans Semiosis, j’avais suivi avec plaisir le récit du développement de cette liane intelligente, j’ai ici aussi adoré cela avec les araignées. En plus, on le vit vraiment de l’intérieur et c’est très fort de la part de l’auteur d’imaginer comment elles auraient pu évoluer après avoir reçu un nanovirus accélérant leur évolution. A aucun moment, elles ne ressemblent aux hommes – à part peut-être lors de la revendication d’une égalité des sexes assez cocasses ici – et on le sent bien. L’auteur s’est bien inspiré de leurs caractéristiques physiques et physiologiques. C’est juste glaçant et encourageant à souhait, et très bien construit. On les suit à travers les siècles et on les voit passer en quelques sortes d’araignées des cavernes à araignées modernes. Excellent ! En plus, cela se fait en parallèle du récit de la déchéance de notre civilisation en quelques sortes, puisque les humains sur le vaisseau sont a priori les derniers de leurs espèces, et que là, ça ne va pas au mieux. On a donc tous les ingrédients d’une rencontre tonitruante entre les deux espèces.

L’auteur a vraiment bien mis en scène ce parallèle en miroir d’une ascension inversée pour les deux. Il en va de même pour les personnages qui peuplent le récit, ce qui m’a fascinée. Du côté des humains, on s’attache peu à peu à ses hommes et ses femmes (surtout un duo en fait) qui traversent les méandres du temps à coups d’hibernations plus ou moins longues. Tandis que chez les araignées, c’est le Savoir et les souvenirs qui l’accompagnent qui se transmettent d’une génération à l’autre, ce qui fait qu’on a l’impression de suivre un peu toujours le même personnage sur un temps infini. C’est très bien vu. On se surprend ainsi à s’attacher à des êtres, qui sur le papier, n’avait rien pour nous accrocher. Franchement, qui aime les araignées ? ><

Adrian Tchaikosky a donc su créer un univers cohérent et réaliste à sa façon, avec une mythologie fort intéressante et intrigante. En plus des araignées intelligentes, il met en scène d’autres animaux à leur service. On croise également une ancienne espèce humaine qui a essayé de terraformer plusieurs planètes de la galaxie et qui a laissé des traces de-ci de-là comme ici. Dernière rescapée croisée, une femme dont on ne sait au début si elle est vivante ou si elle a fusionné avec son vaisseau. Et il existe tout un récit, fort intrigant, derrière cela.

Ce récit de pur SF aborde ainsi des thèmes phares de manière vraiment fine et passionnante : l’évolution, le darwinisme, la linguistique, la divinité, le messianisme, l’intelligence artificielle, la vie éternelle, la reproduction, la vie extraterrestre ou encore l’impérialisme spatial. C’est très riche et surprenant dans le message que cela nous transmet au final, car celui-ci est bien moins manichéen dans les dernières pages que ce que l’ensemble du roman aurait pu faire croire. L’auteur a donc parfaitement installé son décor avant de nous assener sa révélation finale.

Dans la toile du temps est un roman qui porte diablement bien son nom et qui m’a vraiment fascinée. Avec sa plume très cinématographique parfois, son message fort et humaniste, Adrian Tchaikosky a frappé fort. Le seul petit défaut est peut-être son final un peu trop précipité dans les dernières pages, mais on m’a soufflé qu’une suite été sortie en 2019 (Children of Ruin), qui devrait arriver chez nous en 2021, ceci explique peut-être cela 😉

6 commentaires sur “Dans la toile du temps d’Adrian Tchaikovsky

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