Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Je suis Shingo de Kazuo Umezu

Titre : Je suis Shingo

Auteur : Kazuo Umezu

Editeur vf : Le Lézard Noir

Année de parution vf : 2017-2019

Nombre de tomes vf : 6 (série terminée)

Histoire : Rêveur au tempérament singulier, le jeune Satoru, en dernière année d’école primaire, se distingue un peu de ses copains et suscite souvent leur moquerie. Un soir, son père, qui travaille dans une petite usine de quartier, annonce qu’un robot va intégrer l’entreprise. Obnubilé par l’idée de le rencontrer, Satoru va pouvoir réaliser son rêve à l’occasion d’une visite scolaire organisée par son école. Il fait ainsi la connaissance du robot Monroe, mais aussi de Marine, en visite avec un autre groupe scolaire. Dès le premier regard, Satoru et Marine ressentent une étrange proximité, à l’intensité inexplicable. Ils vont prendre l’habitude de se retrouver pour aller jouer avec le robot…

Mon avis :

Tome 1

En curieuse que je suis, Je suis Shingo et surtout son auteur Kazuo Umezu m’intriguent depuis plusieurs années. J’ai découvert et beaucoup aimé L’école emportée (dont je vous reparlerai cette année) lors du confinement. Je suis donc ravie que Noël m’ait donné l’occasion de découvrir son autre série emblématique orientée SF en plus.

Auteur emblématique, Kazuo Umezu est né en 1936 et a commencé à dessiner ses premières BD à 10 ans. En 1955, à l’âge de 19 ans, il débute sa carrière professionnelle et crée principalement ses œuvres pour les kashibonya (librairies de locations de manga très populaires durant l’après-guerre). Il finit par se spécialiser dans le manga d’horreur, genre dont il est aujourd’hui considéré comme l’un des créateurs et maîtres. En France, nous le découvrons avec deux de ses séries emblématiques : L’école emportée et Baptism publiées à l’époque chez Glénat. Puis, c’est Le Lézard noir qui reprend le flambeau avec la publication de plusieurs de ses oneshots : La Maison aux insectes, Le Voeu maudit, La Femme Serpent et deux séries courtes Je suis Shingo (Prix du Patrimoine du Festival d’Angoulême en 2018) et récemment Orochi.

Je l’ai déjà dit quand je vous ai présenté Spirale de Junji Ito il y a quelques mois, je ne suis pas une adepte des mangas d’horreur ou de frissons, mais je suis curieuse et j’avais envie de découvrir la grammaire de Kazuo Umezu sur un titre un peu plus SF. Si je n’ai pas été 100% emportée par le récit, celui-ci m’a tout de même pas mal intriguée.

Dans le Japon des années 80, à l’aube de l’ascension de l’informatique et d’une industrie de plus en plus automatisée grâce à elle, nous suivons le quotidien de Satoru, un jeune élève de primaire rêveur, dont le père, employé dans une usine, vient de lui apprendre qu’un robot allait arriver. Fasciné par ses derniers, Satoru fait tout pour le rencontrer.

Je suis Shingo est un titre définitivement old school. Il date quand même du début des années 80 comme le récit qu’il met en scène. Son dessin est donc daté, tout comme la mise en page et la narration. Cependant, j’ai trouvé le récit du quotidien de ce jeune garçon et les thèmes développés assez fascinants. Alors même si je n’étais pas à fond dans l’histoire, je suis intriguée.

L’auteur conte d’un côté la vie d’un gamin de primaire un peu insouciant au début des années 80. Avec lui, on découvre le quotidien d’une famille d’ouvriers, la vie d’un élève ordinaire et un peu plus immature que d’autres, mais surtout les bouleversements que la société connait. En effet, c’est à travers ses yeux que l’on voit le quotidien de ses parents, des gens plutôt normaux et banals. La mère est femme au foyer et supporte les incartades de son mari. Ce dernier est ouvrier dans une entreprise et voit d’un mauvais oeil l’arrivée d’un robot qui vise à remplacer le travail fait par des hommes auparavant. C’est le développement et la peur du progrès qui est l’un des éléments clés du récit, l’autre étant l’opposition entre les adultes et les enfants, les premiers étant un peu trop statiques et pleins de défauts, et les seconds pour ouverts et porteurs d’espoir.

J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteur installe peu à peu une ambiance étrange. Au début, les courts chapitres de l’histoire ne laisse rien entendre, on voit un quotidien banal. On pourrait presque croire à une simple critique sociale. Mais peu à peu né un certain malaise autour de cette figure du robot, qu’ils ont appelé Monroe, dont on entend la voix. On bascule alors peu à peu dans un récit de SF sur les intelligences autres que les nôtres et plus particulièrement sur un robot dont on voit la naissance et la petite enfance avec ses premiers apprentissages. C’est aussi effrayant que fascinant car le récit et le ton mettent clairement mal à l’aise, laissant planer beaucoup de mystères quand à la direction que pourrait prendre l’histoire. 

Même s’il est daté, j’ai trouvé un certain charme désuet aux dessins. L’auteur fait de belles trouvailles graphiques par moment en intégrant l’informatique et sa vision en pixels aux dessins de son histoire. Je trouve ça fort pour l’époque et c’est surtout plein de symbolique à ces moments-là. Ainsi même si la narration graphique est souvent un peu simple et figée pour moi, elle offre aussi de belles promesses.

L’édition française du Lézard noir nous gâte avec des tomes bien épais, de vrais petits pavés, qui sont pourtant agréables à lire grâce à une reliure souple mais solide et juste rigide ce qu’il faut. La traduction et surtout l’impression sont nickelles, avec la conservation des pages bichromes du magazine d’origine j’imagine. On sent qu’ils ont pris soin de l’oeuvre qu’ils ont porté à notre connaissance.

Ainsi même si ce n’est pas le genre de récit qui m’emballe et me transporte, je reconnais en Je suis Shingo un titre de qualité dans une belle édition qui offre un récit important pour l’histoire du manga et donc intéressant à lire pour les curieux de titres patrimoniaux. C’est une SF un brin horrifique à l’ancienne avec une narration graphique datée mais toujours pertinente. Il ne faut pas avoir peur de son étrangeté et il faut oser se laisser tenter par ce drôle de voyage dans un Japon des années 80 bien réel, lui.

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7 commentaires sur “Je suis Shingo de Kazuo Umezu

  1. C’est futile, mais la couverture me laisse sceptique.
    Malgré le côté étrange, je suis intéressée par la thématique de l’automatisation et de la peur du progrès qui est, pour moi, fortement ancrée chez beaucoup de gens. Et puis, j’avoue avoir un petit faible pour les textes questionnant les intelligences non humaines qu’elles soient robotiques ou autres. Cela laisse souvent la porte ouverte à des questions fascinantes d’autant qu’elles n’ont pas forcément de réponse…

    Aimé par 1 personne

    1. C’est aussi les réflexions sur les robots qui m’ont toujours attirées dans ce titre. En revanche, comme toi, je suis longtemps restée un peu fermée face à cette couverture et comme le titre était sous cellophane il a fallu qu’on me l’offre pour que je tente ><

      Aimé par 1 personne

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