Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Blue Period de Tsubasa Yamaguchi

Titre : Blue Period

Auteur : Tsubasa Yamaguchi

Editeur vf : Pika (seinen)

Année de parution vf : Depuis 2021

Nombre de tomes vf : 2 (en cours)

Histoire : Yatora est un lycéen banal qui n’a pas vraiment d’ambition. Un jour, il aperçoit par hasard le tableau peint par une camarade de classe en cours d’arts plastiques : un événement qui va bouleverser sa vie et le projeter dans des sphères où il n’aurait jamais pensé entrer !

Mon avis :

Tome 1

Avec ma sensibilité pour tout ce qui a trait à l’art, j’attendais avec impatience de découvrir Blue Period, le dernier seinen de Pika, qui a été vendu à grand renfort de pub à ce sujet. J’en avais entendu le plus grand bien, je m’attendais donc à être soufflée. Mais si j’ai beaucoup aimé ma lecture, ce ne fut pas un coup de coeur.

Tsubasa Yamaguchi est une jeune autrice de manga qui s’est fait connaitre dans les années 2010. Blue Period est son premier gros succès, toujours en cours au Japon avec 9 tomes à ce jour. Le titre publié dans Afternoon, un magazine dont j’aime la qualité des seinens qui y sont proposés, a déjà remporté de très beaux pris avec le Prix manga Taishô en 2020 et le Prix du manga Kôdansha en 2020 également, sans parler de sa sélection pour le Prix culturel Osamu Tezuka la même année. C’est plutôt gage de qualité.

Dans ce seinen aux couvertures qui claquent et attrapent l’oeil d’emblée, il est question d’un jeune ado japonais typique, qui vivote un peu dans la vie, cherchant à avoir des bonnes notes pour faire plaisir à ses parents et pouvoir entrer dans une fac publique puisqu’ils ne pourront pas lui payer autre chose. Yatora, de son petit nom, aime passer du temps avec ses amis et étudier, mais au final, il n’a aucune passion dans la vie. Jusqu’au jour où il tombe littéralement nez à nez avec le tableau de Mori, élève du club d’art du lycée. Il reste alors figé sur place comme frappé par la foudre.

Blue Period est ainsi le récit d’une rencontre, celle d’un jeune lycéen qui s’ennuie avec ce qui va devenir sa passion. Souvent, dans les mangas abordant ce genre de thème, on est frappé pour la force de cette passion, mais ici ce n’est pas le cas. L’autrice a décidé de nous décrire un cheminement plus long. Si on y perd en force d’attraction primaire, on y gagne en réalisme. J’ai été un brin déçu à cause de la première raison, mais la seconde m’a séduite, alors je suis partagée.

De plus, la mangaka fait le choix de mettre en scène un héros qui n’est pas forcément attachant au premier abord. Yatora est un ado lambda avec tous les défauts que ça implique. Il est superficiel au début, assez pédant vis-à-vis des autres, et a des réflexions sur la vie digne d’un ado de son âge, ce qui peut agacer. C’est dans sa découverte de cette future passion qu’il devient intéressant et gagne de l’épaisseur tout comme son trait. On découvre alors un garçon peu sûr de lui, qui veut avant tout faire plaisir mais qui n’est pas si bien que ça dans ses baskets. On est touché par sa fragilité quand on le voit si flatté des compliments qu’il reçoit sur quelque chose qui vient vraiment de lui. Mais surtout on assiste déjà à une lente évolution vers un personnage plus mature et nuancé qu’au début, qui risque de moins porter de jugement à l’emporte pièce. C’est bien vu.

Autour de lui, nous retrouvons la figure classique de la prof, figure d’autorité dont les longs discours explicatifs sur l’art m’ont souvent semblé un peu lourd et indigeste, mais qui a le don pour frapper juste et savoir tirer les élèves vers le haut en s’adaptant à celui en face d’elle. Il y a également la « madone », figure que l’on retrouve parfois dans les shonens et seinens et qui revêt toujours la même douceur et autorité. Mori est parfaite dans ce rôle et j’espère qu’elle ne va pas nous quitter trop tôt. Il y a bien sûr, le trublion, représenté ici par le pétillant Yuka ou Ryûji, c’est selon, qui aime se travestir. J’espère que ce ne sera pas seulement un élément comique et qu’il y aura un vrai développement autour de l’attitude qu’il adopte, parce que si c’est juste pour nous montrer que certains artistes ont une personnalité haute en couleur, je serai déçue. Enfin, apparait dans les dernières pages le rival, celui qui motivera le héros à s’améliorer, je pense, un jeune génie assez impressionnant mais un peu archétypal, lui aussi, dans sa froideur maladroite. On a donc un joli panel de personnages secondaires pour graviter autour du héros et peut-être former une jolie bande autour de lui.

Le titre se lit très facilement. Les chapitres s’enchaînent rapidement et il y a déjà une belle évolution dans ce premier tome, de la rencontre du héros avec l’art, à son intégration au club d’art, en passant par son entraînement ou ses décisions d’orientation et ses questionnements personnels. La narration est assez dynamiques si on occulte ces passages un peu trop denses où on nous explique comment fonctionne telle ou telle technique. Il y a un vrai sentiment d’allant et de stimulation saine entre les personnages. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé le dernier ressort scénaristique à ce sujet même s’il est fort classique. On sent que l’autrice utilise des dynamiques déjà éculées mais parfaites pour insuffler encore plus de vie dans son titre.

Elle interroge de plus sur des questions centrales telles que l’orientation très tôt finalement des jeunes qui sont encore en recherche d’une identité, sur la place de l’art dans la vie : passion ou possible carrière. Elle interroge sur la question des apparences mais aussi sur nos relations aux autres. Enfin, elle questionne sur notre rapport à l’art, comment on le perçoit, comment il peut nous chambouler ou pas, comment c’est plus un pan de celui-ci qui nous parle qu’un autre, etc. C’est très riche et ce sont vraiment les parties qui m’ont fait vibrer et que je souhaite voir développer par la suite.

Du côté des dessins, je suis globalement restée sur ma faim. J’ai beaucoup aimé le choix, dans ce projet, de faire intervenir un grand nombre d’assistants pour qu’ils dessinent pour de vrais les oeuvres réalisées par chacun des personnages croisés. Le choix d’attribuer un plus un assistant à un personnage ou à un type de production me plaît. En revanche en dehors de ces moments-là, je n’ai pas été frappée par les dessins ou les compositions de la mangaka principale : Tsubasa Yamaguchi. Elle a au contraire un trait, certes de qualité, mais tout à fait banal dans la production seinen actuelle sans rien qui la démarque vraiment. C’est beau mais assez lisse. Les seuls moments qui se démarquent pour moi sont ceux où son personnage principal « plonge » dans les paysages qu’il souhaite représenter, là vraiment ça frappe. Mais pour le reste, c’est très banal et il y a bien d’autres mangakas qui se démarquent plus. Alors, je suis un peu déçue de voir dans un titre sur l’art une autrice qui ne se démarque pas vraiment.

Le premier tome de Blue Period est ainsi une belle mise en bouche, appétissante et prometteuse mais à laquelle il manque encore un peu de corps et de densité. Nous sommes pour le moment avec quelque chose d’assez lisse en dehors de quelques rares moments de fulgurances. Je m’attendais à être plus frappée aussi bien du point de vue de l’histoire – j’ai été plus soufflée par la passion de Dai pour la saxo ou de Mori pour l’escalade lors des premiers tomes de Blue Giant et d’Ascension par exemple – que des dessins, mais sûrement que j’en attendais trop ^^! Cela reste tout de même un très bon début et j’ai vraiment envie de suivre la suite des aventures de Yatora et sa découverte de l’univers de l’Art.

Tome 2

Avec un deuxième tome qui commence à corriger les défauts que j’avais perçus dans ses débuts, Blue Period commence à s’affirmer comme une série solide.

Je n’avais pas ressenti le même engouement que la majorité lors de ma lecture du premier tome. Je trouvais la narration assez maladroite dans sa volonté didactique, j’avais du mal à apprécier à ce héros au caractère peu attachant et on n’était pas encore entré assez pleinement dans l’art avec un grand A pour que je vibre de passion comme l’auteur l’aurait voulu.

Cependant les choses évoluent bien dans ce deuxième tome. Tout en poursuivant l’objectif qu’il s’était fixé l’auteur m’a plus embarqué dans son histoire. J’ai beaucoup suivre les différents obstacles qui se mettent sur la route de Yatora et qui le rendent de plus en plus humain, loin de cette figure hautaine détachée des débuts. Si on continue à apprendre des choses sur l’art et son fonctionnement, c’est mieux intégré au récit et donc moins lourd à lire. Il y a vraiment des progrès.

L’auteur mélange bien les interrogations très personnelles du héros sur son devenir et celles encore plus intérieures sur sa perception de ce qu’est l’art. J’ai beaucoup aimé les deux. J’ai éprouvé un vrai sentiment de réalisme dans la façon dont les premiers chapitres traitent de l’orientation de Yatora. Je comprends la réticence première ou plutôt l’inquiétude de ses parents, enfin de sa mère, qui voit bien la précarité de cette démarche. Alors la façon que trouve Yatora pour la rassurer et la convaincre est très belle (même si peut-être un peu facile).

Dans cet épisode et les suivants, j’ai trouvé très pertinent de le voir s’interroger sur les raisons qui l’ont poussé 1/ à se lancer dans l’art avec un tel acharnement 2/ à choisir cette école en particulier. On découvre ainsi un héros moins sûr de lui, plus hésitant et donc plus humain. C’était ce qui lui manquait un peu avant, je trouve. Le voir galérer dans sa compréhension de lui-même, de l’art et de son art, apporte une nouvelle dimension très riche au récit.

L’environnement dans lequel il va évoluer dans ce tome participe aussi à révolutionner mon avis sur ce personnage. En effet, j’ai trouvé la partie se déroulant entre les murs du lycée un peu trop rapide et facile. Ici, à l’inverse on rentre vraiment dans le dur. Le héros n’est pas le génie auquel on pouvait s’attendre, ses amis non plus. Tous ont leurs difficultés et leur façon de voir la vie et l’art. Leurs motivations sont aussi différentes que leurs perceptions et leurs techniques. Leur professeure met très bien cela en avant mais sans que cela soit pompeux cette fois. On est plus frappé par le travail de réflexion sur la composition, la création artistique et la compréhension profonde d’une oeuvre et non juste sa reproduction. L’auteur approfondit vraiment sa réflexion sur l’art et sur ce qui rend une oeuvre unique au point que le spectateur s’arrête dessus.

Tout cela se passe dans un nouveau cadre, celui de l’école préparatoire où la rencontre d’autres artistes participe à donner une nouvelle épaisseur au titre. Les figures croisées sont toutes haute en couleur. Il y a une bonne dynamique dans le groupe qui se forme autour de Yatora. Cependant sous des dehors bon enfant, on est vraiment à fond dans l’image des artistes torturés : qui à cause de sa vision extrême de l’art, qui à cause de la réputation de sa famille, ou encore qui à cause de son orientation sexuelle et de son genre.

Ainsi même si je ne vibre pas encore comme lors de mes lectures de Blue Giant par exemple où l’on perçoit mieux la passion du héros (pour la musique dans ce cas-là), avec ce deuxième tome Tsubasa Yamaguchi me convainc bien plus. Il fait prendre un virage plus sérieux et encore plus réflexif à son héros qui me plaît beaucoup. L’habillage de l’histoire est également plus maîtrisé, notamment dans la narration et dans la construction des personnages. Je reste juste un poil déçu par les dessins du mangaka qui ne sont pas encore à la hauteur de ce qu’on pourrait attendre d’un tel titre avec notamment des problèmes de proportions anormaux pour moi.

21 commentaires sur “Blue Period de Tsubasa Yamaguchi

  1. Je t’avoue que, pour ma part, c’est surtout l’histoire et la manière dont est traité le sujet que je trouve génial et qui m’a emballé. Surtout que ça reste très réaliste. Concernant le dessin, c’est un style, on y adhère ou pas et je pense que de ce côté là tout reste très subjectif. Niveau mise en pages et tout le reste c’est de bonne facture. Je suis curieuse de découvrir la suite 🙂

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    1. Je n’ai pas détesté non plus, je m’attendais juste à plus après tous les bons avis sur le net. A force de lire autant de titres, je suis devenue plus difficile. Mais tant mieux s’il y a encore des lecteurs pour être totalement sous le charme. Je ne souhaite au titre que de se bonifier et de continuer à nous montrer la découverte de cette passion avec réalisme ^-^

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  2. Salut, je me permet de faire une remarque sur le style (j’ai été plus loin que le tome 1, je précise). Oui, il y a des seinen qui se démarque plus d’un point de vue style graphique mais là, de mon point de vue, c’est cette simplicité qui fait la force de ce récit. Ça fait ressortir les œuvres des personnages, et aussi les moments importants des différents parcours de ces dernier. Et ça porte une force au réalisme. Parfois la simplicité c’est ce qu’il y a de mieux.

    Sinon le tome 1 c’est vraiment une mise en bouche et le titre se bonifie au fur est à mesure. Il ne faut surtout pas s’arrêter au premier tome. ; ) (message de quelqu’un qui vient de sortir d’école d’art et qui est devenue difficile au fur est a mesure de ses lectures de mangas et d’essais sur l’art ^^)

    p.s. : je pense qu’il faut avoir l’œil mais il y a beaucoup de ref visuelle à plein de peintures dans certaines compositions de l’autrice, donc pas si simple que ça ;). Le titre fait peut être référence à Picasso et sa période bleue, juste tellement de références partout dans ce manga

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    1. C’est chouette alors si ça s’améliore et si ça a plus d’impacts par la suite.
      J’avais déjà noté les références à d’autres artistes que Picasso, mais il reste que pour moi son propre coup de crayon manque encore de personnalité dans ce tome par rapport à d’autres artistes, mais ce n’est effectivement que mon propre ressenti en réaction aux avis dithyrambiques que je lis partout et aux attentes peut-être démesurées que j’avais ^^
      Merci en tout cas pour tes précisions 😉

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      1. C’est vrai que, dans mon cas, je suis tombé sur le manga sans en avoir entendu parlé donc je n’avais pas d’attentes. Et disons qu’à partir d’un moment, certains personnages résonnent beaucoup avec mon vécu en école d’art, donc la corde sensible a très vite été touchée ^^

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      2. Je te comprends parfaitement. On a tous des sujets comme ça avec lesquels on entre en raisonnance et les lectures prennent alors une toute autre dimension ^-^

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  3. « Yatora est un ado lambda avec tous les défauts que ça implique. Il est superficiel au début, assez pédant vis-à-vis des autres, »
    Pour le coup j’ai relu le résumé plusieurs fois et je me suis dit non mais attends c’est quoi ce descriptif, sérieux, banale ce n’est pas vraiment ça oups
    Donc je te confirme qu’il m’a bien énervé au départ j’avais envie de lui mettre des baffes
    mais c’est intéressant sur le côté qui on est, image …
    Oui c’est possible moi j’en attendais pas de trop de lui XD

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    1. Lol plus on me vante les mérites d’un titre plus j’ai d’attente et forcément plus je suis sévère 😉
      Mais sincèrement ici, j’ai lu mieux en titre décrivant une passion naissante. J’aime le parti pris choisi et en même temps ça rend le titre un peu plus faible au démarrage. En espérant que ce soit pour mieux monter monter par la suite !

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      1. Moi c’est le contraire ça coupe mon envie et je passe le post vitesse grand V pour ne pas le voir XD
        Quand tout le monde a reçu un truc et moi pas ça me coupe encore plus l’envie, sauf si elle était déjà bien présente avant.
        Du coup je retarde … on verra …

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    1. C’est effectivement l’une des forces du titre pour moi avec ce côté assez réaliste dans le traitement de l’ado qui se cherche en gros, d’où le succès général du titre probablement avec ce côté un peu universel.

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