Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

9 Lives Man: Un amour à sens unique de Recover Monday

Titre : 9 Lives Man: Un amour à sens unique

Auteur : Recover Monday

Editeur vf : Maho

Année de parution vf : 2021

Nombre de pages : 172

Histoire : Depuis l’âge de 14 ans, Zi-Yang a des sentiments pour sa camarade Qing. Dès cet instant, des points de vie sont apparus au-dessus de sa tête. Aujourd’hui adulte, sa vie quotidienne est bouleversée lorsque Qing devient sa subordonnée. Et inexorablement, ses points de vie diminuent… Que cela peut-il signifier ?

Mon avis :

Avec 9 Lives Man, premier titre des éditions Maho que je lis, je découvre une toute jeune maison d’édition. Fondée en novembre 2019, celle-ci s’est spécialisée dans l’édition de mangas et de Light Novels (romans jeunesse dont le récit est ponctué d’illustrations-clés d’influence japonaise) en publiant à la fois des créations originales ainsi que des œuvres venant du Japon et du monde entier.

9 Lives Man est d’ailleurs un manhua (BD chinoise et taïwanaise) écrit par Monday Recover, une autrice et illustratrice taïwanaise, qui a écrit plusieurs titres à succès comme Love of Sandstorm en 2016 et The Pink Ribbon en 2018. Son manhua Heaven on Earth et a été nommée pour plusieurs prix et en 2019, elle a remporté le grand prix de la BD de l’année et celui de la meilleure BD pour jeunes adolescentes (10e édition des Golden Comic Awards) pour The Pink Ribbon. 9 Lives Man – Un amour à sens unique est son dernier manhua en date.

Cette histoire en deux parties réunies dans un volume unique signe pour moi mon retour vers la BD romantique à la chinoise. Autrefois, j’avais notamment pas mal aimé les titres de Pocket Chocolate (lien) où on pouvait un peu retrouver la même ambiance, comme dans Crystal Sky of Yestarday. Ils dégagent une atmosphère assez singulière et différente des titres japonais pour moi que j’aime beaucoup.

Dans le présent titre, nous suivons un jeune actif, avocat, qui recroise par hasard la fille qui le fascinait quand il était adolescent et qu’il aime en secret depuis 14 ans. Entre amour et admiration, nous allons assister à un joli ballet chargé en souvenirs.

L’histoire est résolument mature et joue beaucoup sur la nostalgie et son effet bonificateur qui nous fait enjoliver les choses et les voir sous un prisme souvent déformé. Cela donne une ambiance douce et mélancolique où les échanges de regards, les brèves rougeurs et les gestes anodins ont beaucoup d’importance. L’auteur joue énormément sur les non-dits. Il faut souvent lire entre les lignes, mais cela rend son récit encore plus touchant.

J’ai beaucoup aimé la caractérisation des personnages. Je me suis un peu retrouvée dans le héros, Ziyang, cet homme adulte qui a gardé son âme d’enfant, et qui, même s’il a avancé depuis, a su garder au fond de lui précieusement les années de son adolescence et surtout le coup de coeur qu’il avait eu à l’époque. C’est un homme-enfant attachant et maladroit. Malgré les relations qu’il a pu avoir depuis, il n’a jamais oublié son premier amour, qu’il regarde encore avec affection et émotion, se retrouvant aussi tâtonnant qu’autrefois. L’objet de son affection, Qing, aurait pu être présenté comme une Madonne, mais l’autrice joue sur ces codes pour mieux les détourner et présenter une jeune femme accessible, douce, très humaine, avec le coeur sur la main et qui a su avancer malgré ses déceptions. C’est un très beau personnage. Reste pour finir, Aiwen, l’amie chanteuse de celle-ci qui arrive tardivement et dont la fragilité et la force m’ont touchée.

La narration toute en subtilité de Monday Recover m’a également beaucoup plu. Elle enchevêtre à merveille présent et courts flashbacks du passé pour créer une toile qui fait sens et permet à chacun d’évoluer et d’avancer dans la vie. Loin du récit stagnant où on retrouverait le sempiternel « c’était mieux avant », on se retrouve plutôt avec une histoire montrant la richesse d’un passé nous permettant d’aller de l’avant. De plus, le rythme est dynamique, avec de bons enchaînement de scène se déroulant au travail mais également en dehors avec des amis ou lors de sortie, présentant ainsi la variété du quotidien de jeunes actifs taïwanais/chinois, avec chaleur et sobriété. Les petits moments où le héros discute de sa « vie sentimentale » avec l’un de ses potes sont savoureux, tout comme les quelques sorties « en amoureux » qu’il fait. Cela ancre le récit dans une certaine réalité proche de la nôtre malgré ce jeu sur les points de vie que l’on retrouve en fil rouge tout au long des chapitres.

C’est d’ailleurs l’une des forces du récit de présenter une histoire résolument moderne qui parlera au lecteur actuel, tout en entrant en résonance avec sa nostalgie du passé. Ainsi pour une fois, j’ai trouvé le traitement des amours passés et a fortiori des amours à sens unique juste. On n’est pas dans l’idolâtrie contrairement à ce que je craignais. On n’est pas dans une histoire figée, mais au contraire dans quelque chose de bien plus positif. Évoquer également la vie de jeunes actifs, leur travail, leurs soucis perso m’a bien plu, tout comme la question de la femme qui se sent obligée de se marier jeune abandonnant son travail dans ces sociétés asiatiques, ou encore celle de l’homosexualité même si c’est à peine abordé. On sent chez cet autrice un bouillonnement d’idées intéressant qu’elle est en plus capable de traiter avec subtilité, donc j’espère qu’on aura la chance de la retrouver sur des titres plus longs.

Graphiquement, elle m’a également séduite avec un trait aux fortes inspirations shojo dans la gestion de la case et de la planche, avec peu d’arrières-plans mais toujours significatifs et surtout une attention toute particulière sur les visages, les expressions et les gestes. J’ai beaucoup aimé la finesse des visages des héros, ainsi que l’évolution physique de ceux-ci. La trouvaille des points de vie du coeur de Ziyang est amusante, tout comme sa représentation intérieure de son amour pour Qing. C’est très symbolique et ça marque le lecteur.

Ainsi pour une première lecture chez Maho, j’ai vraiment été séduite par le choix de leur titre. Tout me parle dedans, que ce soit les personnages, les thèmes ou l’ambiance. La façon dont est traité le premier amour adolescent qui perdure à l’âge adulte m’a émue car c’était plein de subtilité et de douceur. J’ai juste trouvé un déséquilibre un brin frustrant entre le traitement détaillé de l’histoire de Ziyang et celui trop rapide de celle d’Aiwen, qui était pourtant tout aussi prometteuse. Ce fut donc une très belle découverte et j’aimerais beaucoup relire d’autres titres dans cette veine de la même autrice ou d’autres auteurs taïwanais/chinois.

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7 commentaires sur “9 Lives Man: Un amour à sens unique de Recover Monday

  1. Rien qu’avec ce jeu sur les non-dits, tu m’as convaincue 🙂 J’ai parfois un peu l’impression d’être à contre-courant, mais je trouve les romances tellement plus crédibles quand on joue sur la subtilité et le langage inconscient du corps que sur des mots et des scènes explicités, mais dépourvus d’affect…

    Aimé par 1 personne

    1. Je te suis totalement. Je suis aussi une grande fan de ce type de romance, ça me fait encore plus fondre et dans les mangas avec le talent graphique des dessinateurs c’est encore plus percutant, je trouve 😉
      Hâte de te parler de And de Mari Okazaki à ce sujet le mois prochain ^-^

      Aimé par 1 personne

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