Livres - Science-Fiction

Le Cycle de Fondation d’Isaac Asimov

Titre : Le Cycle de Fondation

Auteur : Isaac Asimov

Editeur vf : Denoel (Grand format) / Folio SF (poche)

Année de parution vf : 1957 – 1993

Nombre de tomes : 5 (Série Terminée) + 2 Préquelles

Histoire : En ce début de treizième millénaire, l’Empire n’a jamais été aussi puissant, aussi étendu à travers toute la galaxie. C’est dans sa capitale, Trantor, que l’éminent savant Hari Seldon invente la psychohistoire, une science nouvelle permettant de prédire l’avenir. Grâce à elle, Seldon prévoit l’effondrement de l’Empire d’ici trois siècles, suivi d’une ère de ténèbres de trente mille ans. Réduire cette période à mille ans est peut-être possible, à condition de mener à terme son projet : la Fondation, chargée de rassembler toutes les connaissances humaines. Une entreprise visionnaire qui rencontre de nombreux et puissants détracteurs…

Mon avis :

Tome 1

Quand j’ai découvert la science-fiction ado, c’était avec le trio Asimov-Herbert-Simmons et leurs sagas respectives : Fondation – Dune – Hypérion. Ils m’ont tellement marquée par leur imaginaire et leur plume que pour moi ils sont restés des figures indétrônables. Mais depuis quelques années, je me suis mise en tête de relire certains de ces classiques. L’an passé, c’est ainsi Hypérion dont je me suis délectée. Je pensais continuer avec Dune, mais l’annulation de la sortie du film a repoussé mes projets à plus tard, et c’est donc vers Fondation que je me suis tournée. Malheureusement ma lecture ne fut pas à la hauteur de mes souvenirs et j’en suis la première surprise et déçue.

Je plaçais vraiment Isaac Asimov sur un piédestal. J’avais un souvenir ému de son cycle Fondation et surtout du concept de la « Psychohistoire » qu’il avait inventé ainsi que des lois de la robotique qu’il avait instaurées et qu’on retrouve désormais partout dans la SF. Mais ce premier tome n’a pas du tout reflété mes souvenirs. Alors soit ceux-ci sont totalement erronés, soit ils portent plus sur la suite de la saga, ce que j’espère vivement.

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A la décharge du roman, il faut expliciter un peu les circonstances de son écriture. Ce qui nous est présenté comme un roman est en fait la juxtaposition de 5 nouvelles, dont 4 furent publiées individuellement entre 1942 et 1944 dans la revue Astounding Science-Fiction et la 5e fut quant à elle ajoutée pour former ce livre publié pour la première fois en 1951 aux Etats-Unis. Premier volet du Cycle de Fondation écrit par Asimov, dans la chronologie de la saga, il constitue en fait le troisième épisode mais peut se lire indépendamment de Prélude à Fondation et L’Aube de Fondation qui ont été écrit bien après mais qui ouvrent chronologiquement l’histoire. Vous suivez ?

Je pense vraiment que cette réalité est clairement ce qui m’a posé problème. Suivre des nouvelles et non un tout cohérent a nui à ma lecture, car à cause de cela, on ne suit pas un personnage au long court et il est quasiment impossible de s’attacher à ceux que l’on croise. On suit plutôt l’évolution histoire sur le très long terme d’un Empire en déliquescence et d’un lieu qui se veut une sorte d’Arche de Noé pour reconstruire l’univers ensuite.

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Il est temps d’ailleurs pour moi de vous présenter un peu l’histoire. 22 000 ans environ dans le futur, soit 13 à 15 millénaires après la perte de la Terre dont les Hommes ont oublié l’emplacement depuis qu’elle est devenue inhabitable, un Empire galactique s’est formé qui englobe toute la Voie lactée et regroupe 25 millions de mondes habités. Sa capitale, Trantor, est une planète entièrement recouverte de dômes en métal, seul le palais impérial est à l’air libre.
Au cours du 13e millénaire de l’ère impériale, un homme, Hari Seldon, prédit au moyen d’une science statistique dont il est le concepteur : la psychohistoire, la chute de cet Empire, suivie de 30 000 ans de barbarie qui précéderont la naissance d’un nouvel Empire. Pour réduire cette période de barbarie à 1 000 ans, il suggère la création d’une Fondation dont le rôle sera de rassembler le savoir de toute l’humanité dans une Encyclopédie. L’Empire l’autorise à la créer sur une petite planète à l’extrémité de la Galaxie, Terminus.

Si je n’ai pas adhéré à l’écriture très détachée à cause du format « nouvelles » de l’oeuvre, j’ai en revanche très vite était fascinée par le concept de celle-ci. L’idée de génie d’Asimov d’inventer une science qui repose sur les mathématiques, l’Histoire et la sociologie est fascinante. Quant au fait de suivre l’évolution sur le très long terme des destinées des hommes dans l’univers, cela m’a impressionnée également. Je regrette juste d’avoir eu le sentiment de survoler tout cela dans ce premier tome.

Composé de 5 parties distinctes, sur lesquelles je vais revenir, le texte est fort inégal. La plume d’Asimov est parfaitement accessible, certes moins fulgurante que celle d’un Dan Simmons, plus classique, mais pas du tout rigide. Il y a beaucoup de dialogues. On sent un vrai attachement de la part de l’auteur à « mettre en scène » son récit, au point qu’on a parfois l’impression d’être au théâtre, notamment lors des scènes de procès et de débats, qui n’ont pas été sans me rappeler le film : Douze hommes en colère. Ainsi c’est un drame en plusieurs actes qui se joue sous nos yeux avec pour personnage phare Hari Seldon, l’inventeur de tout, qui est la figure tutélaire et vite fantomatique du récit.

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Revenons un peu sur ces différentes parties, chacune formant une histoire à part entière, mais couvrant à elles cinq les 150 premières années de l’interrègne environ.

  • Première partie : les Psychohistoriens (nouvelle originale du roman)

An -1 de l’Ère de la Fondation. — Après l’arrivée de Gaal Dornick, nouveau mathématicien au sein du projet, Hari Seldon est jugé et son équipe est exilée sur une petite planète nommée Terminus aux confins de la Galaxie. Cet exil prévu par Hari Seldon aura pour but officiel la rédaction d’une Encyclopedia Galactica qui regrouperait toutes les connaissances de l’humanité afin de préserver son savoir lorsque commencera l’ère de barbarie. En réalité, il s’agit surtout pour l’Empire de se débarrasser de celui qu’il considère comme un agitateur politique.

  • Deuxième partie : les Encyclopédistes (publiée en mai 1942 sous le titre original Foundation)

An 50 de l’Ère de la Fondation. — Lorsque les provinces impériales autour de Terminus se proclament royaumes indépendants les unes après les autres, la Fondation se sent bien isolée malgré son statut de protectorat de l’Empire. Salvor Hardin, maire de Terminus, entre en action pour préserver l’indépendance de sa planète, tandis que l’influence de l’Empire se fait de moins en moins sentir. Au plus fort de la crise, le jour anniversaire de la Fondation, un hologramme d’Hari Seldon, mort depuis 50 ans, apparaît dans son caveau le jour du 50ème anniversaire de sa mort. Il en profite également pour les éclairer quant au mécanisme des crises.

  • Troisième partie : les Maires (publiée en juin 1942 sous le titre original Bridle and Saddle)

80 È.F. — Salvor Hardin a renversé le conseil de l’Encyclopédie et pris le pouvoir juste après la première apparition de Hari Seldon dans le caveau. Il fournit le seul atout de la Fondation, l’énergie nucléaire, aux royaumes voisins qui ne la possèdent plus, en échange de leur non-ingérence. Pour mieux la faire accepter, il bâtit une religion qui en contrôle la diffusion et l’utilisation.

  • Quatrième partie : les Marchands (publiée en octobre 1944 sous le titre original The Wedge)

135 È.F. — Les Marchands de la Fondation parcourent tout un secteur de la Galaxie en vendant des articles miniatures fonctionnant à l’énergie atomique. L’un d’entre eux (qui est aussi un membre de la Fondation), est fait prisonnier sur Askone, une planète où cette énergie est taboue et il risque d’être exécuté. Un autre Marchand se rend sur Askone pour le délivrer. L’enjeu est de taille : seule l’énergie atomique et la religion qui lui est associée permettent à la Fondation de contrôler les mondes voisins et d’agrandir sa sphère d’influence.

  • Cinquième partie : les Princes Marchands (publiée en août 1944 sous le titre original The Big and the Little)

155 È.F. — Des astronefs de la Fondation sont portés disparus dans le secteur de Korell, manifestement détruits à l’aide d’armes atomiques. Hober Mallow, marchand de la Fondation, est envoyé sur la planète Korell pour enquêter sur l’origine de ces armements. Il y découvre que l’Empire y est toujours vivant mais que sa technologie est tournée vers le gigantisme par rapport à la miniaturisation des équipements qui a prévalu sur Terminus, pauvre en minerais.

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Sur le papier, cela a vraiment de quoi enthousiasmer. Les concepts utilisés et déclinés par l’auteur sont riches et pertinents. Je suis archi fan de son invention : la Psychohistoire, et je trouve que l’évolution de la civilisation qu’il a imaginée est crédible. Le souci, c’est que son concept de base a beau être fascinant, on le voit très peu à l’oeuvre, et l’évolution a beau être fascinante, on la survole, elle aussi. Les différentes parties sont inégales. J’ai beaucoup aimé la première mais d’autres sont plus brouillonnes, voire un peu creuses. On ne ressent pas d’attachement pour les personnages qu’on l’on croise bien trop rapidement, en dehors de la figure d’Harry mais juste parce qu’il nous fascine par ce qu’il pourrait annoncer.

C’est vraiment dommage parce que j’ai beaucoup aimé l’installation de la colonie, le calcul de la création d’une religion pour manipuler les foules, son utilisation puis son lent abandon quand elle se révèle insuffisante, avant de se tourner vers un autre biais pour asseoir son pouvoir, son autorité et son influence, le tout en s’appuyant aussi bien sur les points forts que les points faibles de leur planète. C’est très bien vu. Cela aurait juste nécessité une vraie narration dense avec des intrigues riches et filées et des personnages dont les destins auraient constitués des points d’accroche et des enjeux dramatiques. Ici, tout est un peu trop plat et aride.

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Ainsi alors que je gardais un souvenir ému et fasciné de cette saga, mon premier geste vers celle-ci pour la retrouver avec cette relecture fut loupé. Je suis passée à côté de cette lecture, qui certes s’est très bien laissée lire car la plume est simple, mais que j’ai trouvé fade et bien loin de mon souvenir… J’espère vraiment que dans les prochains tomes les défauts que j’ai soulevés ont été corrigés et que j’aurais droit à une vraie histoire, car sinon ma déception serait rude.

Tome 2 : Fondation et Empire

Alors que ma lecture du tome 1 avait été une déception tant je ne retrouvais pas le souvenir que j’avais gardé de cette saga, cette suite commence doucement à me réconcilier avec elle grâce à une plume plus vive et une narration plus enlevée.

Publié 1952, soit un an après le tome 1, il contient lui aussi des textes qui avaient initialement été publiés séparément dans la revue Astounding Science-FIction : Le Général, Le Mulet et Le Clown. Mais contrairement à la dernière fois, j’ai trouvé plus de cohérence entre les textes comme si le lien s’établissait plus facilement ce qui a rendu ma lecture plus fluide.

Dans Le Général, nous suivons Bel Riose, ambitieux général de l’Empire, qui rêve d’annexer la Fondation alors que l’Empire est en pleine chute. On découvre dans cette nouvelle toute l’ampleur du pouvoir des Marchands de la Fondation et la décadence qui règne à Trantor. J’ai trouvé les personnages plus incarnés cette fois. On s’attache vraiment aux rêves de Bel Riose et on ressent bien l’inimitié que l’Empereur éprouve pour lui. L’auteur s’amuse à mêler politique, foi et science comme il sait si bien le faire pour montrer l’évolution d’une civilisation et mystifiant celle-ci pour manipuler les foules et ainsi faire basculer un pan de l’Empire dans le giron de la Fondation. Un joli jeu de chaises musicales sous fond d’espionnage et de trahison.

Cependant, ce deuxième tome est surtout marquant grâce aux deux nouvelles qui suivent et qui forment un tour : Le Mulet et Le Clown qui se déroulent plus tard alors que Fondation a vraiment étendu ses ramifications sur tout un pan de l’ancien Empire dont la Chute est de plus en plus inéluctable. Alors que les habitants de Fondation s’attendent à une nouvelle crise comme les précédentes celle qui les frappe va être totalement inédite et va bousculer les plans d’Harry Seldon. J’ai aimé ce basculement qui vient changer des plans préétablis pour amener le lecteur dans une nouvelle direction qui se veut plus aventureuse.

Dans ces deux nouvelles, nous suivons Toran Darell et sa femme Bayta, membre des Marchands Indépendant. Ils vont être confrontés à la nouvelle grande menace qui fait peu à peu peur à tout le monde dans la galaxie, un homme : le Mulet, qui commence à régner en maître partout où il passe petit à petit l’air de rien avec une facilité folle à n’y rien comprendre. La Fondation elle-même en vient à être menacée ainsi que le projet d’Harry et nos deux héros totalement banals vont se retrouver malgré eux impliqués dans quelque chose qui les dépasse.

Sur une base d’aventure totalement classique, l’auteur brode encore un très bon récit de SF sur fond d’Empire en chute libre mais également de roue de secours (la Fondation) qui est en passe de ne plus en être une. Cela donne un sentiment d’urgence et d’inconnu assez séduisant, qui fait qu’on tourne les pages de plus en plus vite pour voir ce qu’il va bien pouvoir arriver.

L’écriture d’Asimov est plus immersive que dans le premier tome. Il développe mieux ses personnages et les rend plus réels et concrets pour nous. Il s’appuie toujours sur les mêmes bases et concepts concernant son univers mais ce n’est pas déplaisant. Il apporte même une petite touche de nouveauté avec ce que cache le Mulet.

Le seul souci, c’est que malgré tout, on a trop souvent l’impression d’être le spectateur de quelque chose qui s’est déjà passé et dont on vient nous faire le récit. Ce sentiment d’avoir toujours un train de retard au lieu d’être au coeur de l’action est assez frustrant. Il n’y a que dans les ultimes chapitres que cela change et que la dynamique s’inverse mais cela a trop tardé à venir. (Au passage, j’avais facilement deviné le retournement de situation, dommage…)

Ainsi malgré les qualités évidentes du titre, je ne suis toujours pas soufflée et emportée comme j’espérais l’être. Cependant, je trouve l’écriture meilleure à chaque nouvelle et j’ai aimé le changement de ton qui s’est peu à peu opéré, alors j’ai espoir que le prochain tome soit le bon !

Tome 3 : Seconde Fondation

Fondation est vraiment une saga de type « diesel » qui a mis du temps à démarrer et à prendre son envol mais qui m’a maintenant vraiment accrochée et qui ne me lâche pas.

Dans ce nouveau tome, le troisième du cycle, nous retrouvons la compilation de deux récits : La Quête du Mulet et La Quête de la Fondation. Le premier a été originellement publié en janvier 1948 dans le magazine Astounding Science Fiction sous le titre de « Now You See It... » que je trouve parfaitement approprié. Et le second, dont le titre fait suite « ...And Now You Don’t« , lui, a été publié dans le même magazine dans les numéros de novembre et décembre 1949 puis de janviers 1950.

J’ai vraiment beaucoup aimé ces deux récits qui se suivent et se complètent. Ils sont dans la même ligne temporelle que ceux du tome précédent où nous faisions connaissance déjà du Mulet, ce mutant aux pouvoir télépathique qui avait pris le pouvoir dans toute la galaxie par un superbe tour de force et de poker, se jouant de tous. Cependant, il avait vite compris qu’il n’était pas seul et c’est ce que nous allons découvrir ici.

Dans ce tome qui porte bien son nom, Asimov tourne son récit et le regard de ses personnages vers la Seconde Fondation, mystérieuse entité créée en même temps que la première que nous avons déjà croisée sur Terminus mais qui nous est encore inconnue. Dans le premier récit nous partons à leur recherche avec le Mulet et dans le second nous cherchons à confirmer nos indices sur elle.

J’ai trouvé le rythme du récit très bien mené, avec une petite préférence pour le premier tout de même, même si la fin du second m’a aussi beaucoup plu. J’ai trouvé cette quête basée sur cette mystérieuse Seconde Fondation passionnante. J’ai beaucoup aimé la place retrouvé de la psychohistoire dans ce qui se déroule, ça m’avait un peu manqué. La thématique de la télépathie et autres pouvoirs mentaux est bien employée sans que cela fasse trop.

La traque menée par Han Pritcher (croisé dans le tome 2) avec l’aide de Channis, un homme non touché par le Mulet est vraiment passionnante. Faite de beaux chausses trappes et autre retournements de situation bien choisis et bien dosés. C’est vraiment amusant de voir également en parallèle opérer la Seconde Fondation qui tente de contrer et contrôler les opérations du Mulet pour éviter des déviations irréversibles dans le Plan Seldon, en utilisant les mêmes moyens que lui. Cela donne ainsi un affrontement assez équilibré à première vue où chacun utilise en peu les mêmes armes mais pas exactement quand même, ce qui nous laisse une belle marge de surprises.

La fin de cet affrontement est juste parfaite. Un jeu de dupes parfait ! Un pied de nez parfaitement écrit ! J’ai été soufflée par l’audace de l’auteur ! Du coup, quand on repart sur la seconde histoire, le soufflet retombe un peu au début et on peut avoir un sentiment de déception. Pendant de longues pages, c’est sympa mais il manque quelque chose.

En effet dans cette seconde histoire, au sein de Terminus, un groupe d’individus se méfie des pouvoirs psychiques de cette Seconde Fondation dont on connait désormais l’existence avec quasi certitude même si on ne sait pas où elle est. Du coup, eux aussi cherchent à déterrer le loup, à découvrir où sont les membres de cette Seconde Fondation, qui ils sont et ce qu’ils préparent. Nous suivons pour cela, une jeune demoiselle, fille d’un haut dignitaire, qui pensant être prise dans un vaste complot va vivre plein d’aventures qui va la mener sur différentes planètes déjà plus ou moins croisées où elle pense découvrir des indices.

Nous aussi nous suivons cela avec curiosité, mais il m’a clairement manqué un attachement aux personnages qu’on suivait. J’ai également trouvé l’intrigue un peu brouillonne, partant un peu dans tous les sens. Et pour finir, j’ai très vite deviné ce qui se cachait derrière donc j’ai perdu la surprise de la révélation finale… Dommage.

Cela reste tout de même un récit intéressant, bien mené, qui propose une ambiance encore une fois différente avec une héroïne plus jeune que d’habitude. L’auteur mêle à merveille tous les éléments qu’il a apporté à son univers au fil des nouvelles : la psychohistoire bien sûr, mais aussi l’Histoire tout court, les évolutions de l’homme ou encore les intrigues politiques. Tout se mélange très bien et c’est tout à fait logique, ça coule de source. C’est peut-être pour ça d’ailleurs que j’ai vite deviné les tenants et aboutissants.

Tout cela se termine une fois de plus par un nouveau pied de nez aux personnages parfaitement trouvé que j’ai trouvé parfaitement dans l’esprit de l’auteur et de la série. Du coup même si j’ai deviné, j’ai adoré !

Au fil des tomes, je commence à retrouver pourquoi Fondation m’avait autant passionné et fasciné quand j’étais adolescente. Il ne me reste plus que deux tomes et si cela continue sur cette trajectoire ça va finir de manière magistrale !

Tome 4 : Fondation Foudroyée

Cette saga, qui m’avait tant marquée ado au point de rester dans ma mémoire comme l’une de mes séries phares et essentielles de SF, est vraiment comme un diesel. Elle fut longue à démarrer mais une fois lancée elle est de plus en plus forte et addictive !

Quatrième roman de la saga Fondation, Fondation Foudroyée a été écrit plus de 30 ans après les histoires de la trilogie d’origine après des années et des années de pression de la part des fans et des éditeurs. Si certains ont regretté cet ajout et ont trouvé qu’il affaiblissait la saga, ce n’est pas mon cas et la critique semble penser comme moi puisque l’année suivant sa publication, il remporta les prix Hugo et prix Locus du meilleur roman.

Pourquoi ai-je tant aimé cette suite qui pourtant trahi un peu le postulat de départ de la saga ou du moins s’en éloigne ? Justement parce qu’elle est différente. Tout d’abord cette fois, c’est vraiment un roman conçu en tant que tel et non une suite de nouvelles, ce qui change tout du point de vue de la narration. Celle-ci est bien plus fluide, bien plus simple et agréable à suivre. L’action s’enchaîne de bout en bout sans saut dans le temps, donc avec une cohésion de lieux et de temps plaisante, avec en prime des personnages qu’on voit évoluer sur le long terme comme cela avait déjà été un peu le cas dès l’apparition du Mulet.

Ensuite, j’ai aimé voir la psychohistoire un peu plus au coeur de l’histoire, ce concept si original et si longtemps ignoré par l’auteur qui le sous-exploitait. Ici, j’ai eu le sentiment de le voir un peu plus à l’oeuvre et j’ai adoré cela. De plus, les deux Fondations sont à nouveau au coeur de l’histoire, en particulier la seconde qui était restée bien dans l’ombre jusqu’à présent et qui est pourtant fascinante elle aussi.

Cependant, je reconnais que voir l’auteur se tourner vers une recherche de nos origines et donc une recherche de la Terre le fait dévier de son projet originel. Certes cela a rendu l’histoire passionnante selon moi, mais c’est également un ressort scénaristique un peu trop simple et facile… Oui s’interroger sur comment les hommes ont coloniser l’univers est forcément intéressant, de même que se questionner sur ce qu’il reste de la Terre ou sur les raisons de cette fuite, mais ce n’était clairement pas dans les objectifs de la saga au départ, alors ça semble un peu sortir de nulle part…

Mais l’auteur raccroche très facilement tout ça à l’ensemble du corpus de ses textes, faisant ainsi le lien ingénieusement entre Fondation et son cycle des Robots que je rêve de découvrir. Il offre aussi de jolies réflexions à leur sujet ainsi que sur le nôtre, donc personnellement j’ai adoré ce choix de direction.

Je peux comprendre que ce nouveau roman déstabilise certains fans de la série d’origine car l’auteur y prend une direction inattendue ici. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé le changement de narration qui a été plus que bénéfique au rythme de l’histoire et à l’intrigue de celle-ci. Le récit devient plus dynamique mais aussi plus prenant parce que l’auteur développe enfin certains concepts sous-utilisés jusqu’à présent et qu’il nous offre de belles scènes de pures SF et non plus uniquement de politique comme avant. C’est un coup de coeur !

Tome 5 : Terre et Fondation

Face à cet ultime tome de Fondation, je me suis sentie obligée de laisser un peu poser tout ça. Je gardais un souvenir émerveillée de cette série après l’avoir découverte ado. C’était l’une de mes toutes premières fresques de SF. J’en ressors plus mitigée maintenant que je suis adulte et que j’ai lu d’autres titres.

Ce dernier chapitre de l’histoire écrit par Asimov, qui a été poussé par son éditeur pour reprendre la série, n’est pas exempt de défaut mais invite également tellement à plonger dans l’univers de la science-fiction que je ne peux qu’être indulgente avec lui.

Depuis le tome précédent, l’auteur a oublié la psychohistoire, idée à la base de cette saga pourtant, pour partir dans une quête des origines. Chose pas déplaisante mais hors propos selon moi… Cependant, il faut reconnaitre que ce nouveau tournant de l’intrigue permet à l’auteur d’aborder tout un tas de thématiques chères au genre grâce au voyage interstellaire de son héros. Alors même si je suis frustrée de voir le concept phare de la saga, celui qui m’avait tant émerveillé, complètement oublié, je suis quand même contente de ce que j’ai pu voir.

Trevize, Pelorat et Joie parcourent la Galaxie à la recherche d’indices pour trouver la Terre des origines et ainsi peut-être conforter le choix que le premier vient de faire en préférant Gaia comme modèle plutôt que la Première ou Seconde Fondation. Leur voyage est rythmé par de nombreuses rencontres, des rencontres de planètes et de sociétés très différentes les unes des autres où l’auteur se fait plaisir à jouer avec les concepts de la SF.

On découvre ainsi une planète peuplée de chiens sauvages qui ont évolué depuis que les hommes les a laissés là. Une autre planète, elle, a poussé le contrôle de la natalité à son extrême avec des êtres hermaphrodites qui se reproduisent seuls et éliminent les excédents, le tout aidés par des robots car ils vivent seuls presque en autarcie. L’auteur joue avec les concepts de genre, des idées sur la natalité, l’utilisation et le rôle des robots, etc. Il fait ainsi peu à peu le lien entre cette saga et l’autre qu’il a écrire sur les Robots, rediscutant notamment longuement des Trois lois fondamentales de la robotique.

J’ai ainsi eu l’impression d’un amas d’idées non développées que l’auteur s’amuse à lancer et à tester pour peut-être les développer ailleurs plus tard ou proposer à d’autres de le faire. C’est jouissif mais frustrant à la fois car ça laisse cruellement sur sa faim.

Heureusement, entre temps on s’est attaché aux personnages qui désormais représentent cette investigation et c’est au final peut-être plus pour eux et pour leur quête qu’on parachève cette saga. En effet, c’est assez plaisant de voir comment ils recoupent tous leurs indices, comment ils naviguent vers la Terre d’origine grâce à eux, et comment ils finissent quand même par se faire piéger comme nous, ce qui est un peu le propre de l’auteur. Alors que la caution scientifique de l’oeuvre est très légère, il y a du génie dans la mise en scène d’Asimov, qui a l’art des coups de chapeau assénés comme des coups de théâtre, littéralement parlant. On aime ou pas cette mise en scène très théâtrale mais elle marque.

Pour ma part, je clos cette relecture en étant quand même mi-figue mi-raisin. Je n’ai pas été autant emportée et fascinée que je l’espérais. Je n’ai pas eu le coup de coeur intersidéral que j’avais eu lors de ma relecture d’Hypérion, qui elle avait tenu toutes ses promesses. Ici, j’ai peiné à retrouver mon engouement pour le concept original car j’ai trouvé celui-ci assez survolé, tout comme les autres idées de l’auteur, un comble vu le nombre de pages pharamineux de la saga. J’en suis la première déçue car malgré une écriture parfois datée, en revanche j’ai beaucoup aimé la science du coup de théâtre de l’auteur. Direction ma prochaine relecture maintenant : La nuit des temps de Barjavel !

19 commentaires sur “Le Cycle de Fondation d’Isaac Asimov

  1. Asimov fait parti de ces auteurs que j’ai vu tout petit dans la bibliothèque de mon père et que je n’ai pas encore lu. Je compte bien m’y lancer un jour malgré ton avis mitigé. J’espère que la suite t’emballera plus !

    Aimé par 1 personne

    1. Malgré mon avis mitigé lors de cette relecture, Asimov reste pour moi un incontournable à lire. J’avais adoré ado, alors peut-être que mon parcours depuis m’a rendue plus difficile ou que je me suis habituée à d’autres types de narration / récits, mais je ne perds pas espoir et j’espère bien que d’autres voudront le découvrir comme toi !

      Aimé par 1 personne

  2. Que la plume soit simple, c’est déjà un bon point parce que vu la quantité à lire…
    Le fait que ce soit des nouvelles et non un roman se révèle assez déstabilisant, je suis d’ailleurs ravie de l’apprendre avant d’éventuellement un jour m’attaquer à ce monument qui, je l’espère, te convaincra un peu plus par la suite.

    Aimé par 1 personne

    1. C’est surtout le côté bon dans le temps en permanence m’empêchant de m’attacher au moindre personnage qui m’a dérangée. On passait d’une évolution de leur Fondation à une autre trop vite pour moi, ça manquait de transition ^^!

      Aimé par 1 personne

      1. Au moins les transitions sont-elles là ! Au début, j’ai eu peur qu’on passe d’une époque à une autre sans que l’on sache vraiment ce qu’il s’était passé entre temps… Mais en effet, c’est peut-être un peu rapide ^^

        Aimé par 1 personne

  3. Comme avec Les Robots, ce cycle commence par un recueil de nouvelles, c’est important de le dire, je ne le savais pas.
    Dommage que cette relecture n’ait pas été plus agréable. Je pense accrocher à la construction en plusieurs histoires, mais je ne suis pas sûre de pouvoir commencer ce cycle cette année.

    Aimé par 1 personne

    1. Je note que c’est pareil pour les Robots parce que je pense lire cette saga quand j’aurai fini le cycle de Fondation ^^
      En tout cas, même si mon avis est en demi-teinte, je ne compte pas m’arrêter là donc j’espère pouvoir te dire bientôt que la suite vaut le coup !

      J'aime

  4. Je gardais un très bon souvenir du cycle des robots dont j’avais lu une partie adolescente. Du coup, l’année dernière, j’ai voulu découvrir le cycle de Fondation et ça a été une déception aussi. J’ai commencé par les deux préquelles et la plume m’a tellement ennuyé et le héros pas du tout convaincu que je n’ai pas continué 😅.

    Aimé par 1 personne

  5. Décidément, nous avons plein de lectures en commun ! Mon fils est en train de découvrir la SF et me conseille vivement de lire Fondation. J’ai survolé ton article, je reviendrai le lire de plus près quand j’aurai terminé ma lecture 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Les grands esprits se rencontrent 😉
      J’espère que tu apprécieras plus que moi ce premier tome, mais sache que pour la chronologie de l’histoire, il existe deux autres tomes avant (même si l’auteur les a écrits après).

      J'aime

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