Livres - Science-Fiction

Gnomon de Nick Harkaway

Titre : Gnomon

Auteur : Nick Harkaway

Editeur vf : Albin Michel Imaginaire

Année de parution vf : 2021

Nombre de tomes : 2 (série terminée)

Histoire : Grande-Bretagne. Futur proche.
La monarchie constitutionnelle parlementaire qu’on croyait éternelle a laissé place au Système, un mode de démocratie directe où le citoyen est fortement incité à participer et voter. La population est surveillée en permanence par le Témoin : la somme de toutes les caméras de surveillance et de tout le suivi numérique que permettent les objets connectés.
Au cours d’un interrogatoire par lecture mentale, la dissidente Diana Hunter décède. Mielikki Neith, une inspectrice du Témoin, fidèle au Système, est chargée de l’enquête. Alors qu’elle devrait être en mesure d’explorer la psyché de Hunter, Mielikki se retrouve confrontée à trois mémoires différentes : celle d’un financier grec attaqué par un requin, celle d’une alchimiste et celle d’un vieux peintre éthiopien.
Pour Neith, dont les certitudes commencent à s’effriter, un incroyable voyage au coeur de la pensée humaine commence. Aussi déroutant que dangereux.

Mon avis :

Tome 1

Je remercie tout d’abord Albin Michel Imaginaire pour leur confiance et pour cet envoi !

Avec les titres d’Albin Michel Imaginaire, je sais que je vais souvent élargir mon esprit et mes horizons, c’est pour ça que je suis toujours curieuse de lire les titres qu’ils ont à proposer, a fortiori quand un bandeau annonce que « Gnomon est le 1984 de notre époque« . Cependant ma lecture fut tout sauf aisée comme on m’en avait prévenu. J’ai longtemps eu l’impression de lire un Black Miror sous acide dont je n’avais pas toutes les pièces ^^!

Nick Harkaway, que je découvre ici, est déjà l’auteur de quatre romans, dont Gonzo Lubitsch ou l’incroyable odyssée qui a été publié en 2010 chez Robert Laffont et était déjà annonciateur de ce que nous allions retrouver ici, puisque l’histoire se déroulait aussi dans un univers futuriste où les héros devaient plonger dans les sombres profondeurs d’une surpuissante compagnie. Ici, la compagnie a juste été remplacée par une organisation bien plus vaste. Mais voyons voir un peu de quoi il en retourne.

En Angleterre, dans un futur proche, la monarchie constitutionnelle a été remplacé par Le Système, un mode de démocratie directe qui se veut meilleure puisque le citoyen peut ainsi directement voter et participer à la vie démocratique. Sauf que dans les faits, la population y est plus que fortement incitée et qu’elle se retrouve surtout en permanence surveillée par le Témoin, c’est-à-dire tout plein de caméras de surveillance + l’ensemble des objets connectés qu’elle utilise.  Voici le cadre.

L’héroïne, Mielikki, inspectrice pour le Témoin et donc pour le Système, se retrouve à enquêter sur une dissidente tout juste décédée : Diana Hunter. Ses méthodes d’enquête : l’exploration de la psyché se révèle plus compliquée que d’habitude car la dissidente avait vu venir les choses et s’était protégée en cryptant sa pensée. Mielikki va ainsi se retrouver à plonger dans trois mémoires différentes : celle d’un financier grec attaqué par un requin, celle d’une alchimiste et celle d’un vieux peintre éthiopien.

On adhère ou pas à la narration de l’auteur car celle-ci s’avère très particulière et déstabilisante. On est projeté dans un univers dont on ne découvre l’essence qui très très lentement et par tout petits bouts. On se retrouve ainsi plutôt à lire des histoires qu’on trouve sans queue ni tête, sans relation l’une avec l’autre, alors qu’on sent bien qu’il devrait y avoir un lien puisqu’il y a une raison derrière tout ça. C’est perturbant.

En fait, en faisant cela, l’auteur nous place à la même hauteur que son héroïne. On est perdu tout comme elle l’est. On suit ainsi des moments de vie de trois inconnus : le financier, l’alchimiste et le peintre. Ce sont trois récits qui pris indépendamment ont l’air de trois nouvelles mais quand on y regarde de près chacune va dans le même sens, dénoncer ce vers quoi est en train de se transformer la société. Le récit de Nick Harkaway se veut dont subtil mais définitivement engagé et dénonciateur. Il montre comment peu à peu une société peu glisser vers le pire en voulant faire le bien. J’ai beaucoup aimé.

Cependant comme je l’ai dit, cela se mérite, et il faut arriver à passer par-dessus ce sentiment que ce qu’on lit ne signifie rien pour l’intrigue générale, car au contraire, caché derrière, il y a un vrai message. Pour nous, comme pour l’héroïne, ce voyage au coeur de la pensée d’une femme mystérieuse est déroutant et dangereux, telle une boîte de Pandore. Celle-ci s’ouvre vraiment à nous seulement dans le dernier quart du tome, qui correspond en fait à la moitié de l’histoire d’origine puisqu’en vo, l’auteur n’en a fait qu’un seul gros volume. Et quand elle s’ouvre tout ce qui nous éclate au visage est fascinant avec ses influences dickiennes et orwelliennes.

Ainsi même si ma lecture ne fut pas une partie de plaisir, je ne vais pas vous mentir, même si j’ai dû lutter pour en arriver là, j’ai été assez fascinée par les révélations finales pour avoir très envie de me jeter sur la suite. Ça tombe bien, elle sort aujourd’hui ! Merci encore à Albin Michel Imaginaire et à Gilles Dumay pour cette découverte riche en réflexions.

Tome 2

Merci à Albin Michel Imaginaire et à Gilles Dumay pour l’envoi de cette suite.

L’éditeur a vraiment eu une riche idée en publiant très rapidement la suite de Gnomon, ce roman de SF qui retourne vraiment la tête.

Je rappelle qu’en vo, le titre ne fait qu’un seul volume et que c’est face à l’épaisseur de celui-ci qu’il a été divisé en 2 chez nous. Du coup, le choix d’une publication rapprochée est une belle idée et la couverture en diptyque est superbement trouvée pour montrer que ça forme un tout !

Je vais donc refaire les mêmes compliments et les mêmes critiques à la série que lors de ma lecture du tome 1. J’ai à nouveau été un peu perdue dans cette narration protéiforme qu’en plus je pensais terminée, mais non, on n’a pas fini de plonger dans l’étrange psyché de la dissidente Diana Hunter. Encore une fois, on est perdu dans les multiples personnalités qui semblent peupler celle-ci et il faut vraiment s’accrocher pour dénouer tout ça mais j’ai beaucoup aimé chercher des indices et voir une sorte de mythologie imbriquée se développer. C’était un vrai challenge à lire.

Cependant, je dois aussi avouer que c’était fatiguant à lire et que quand je tombais sur les chapitres se déroulant dans le présent avec Mielikki Neith, c’était bien plus reposant, car enfin on nous livrait des clés plus intelligibles. Comme avec le premier tome, la compréhension de cette vaste intrigue se mérite donc et il ne faut pas lâcher prise.

Toutefois quand on arrive au bout, on est soufflé par ce que propose Nick Harkaway, c’est à la fois évident et totalement inattendu. Personnellement, je n’avais pas vu venir les rebondissements des toutes dernières pages. Les 100 voire 50 dernières pages se lisent à toute vitesse tant elles sont surprenantes, alors qu’on rame un peu sur les plus de 300 qui précèdent ^^!

Le message de l’auteur sur cette société sous surveillance que les citoyens avaient accepté certains par fatalité, d’autres par convictions biaisées, est assez glaçant. C’est un joli avertissement qu’il nous adresse sur notre société toujours plus connectée, toujours plus ouverte où notre intimité devient monnaie d’échange bien trop facilement. J’aime les auteurs avec des convictions, ça me donne donc envie de le retrouver sur d’autres écrits.

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N’hésitez pas à aller également les avis d’autres blogonautes amateurs de SF : Les chroniques du chroniqueur, Geekosophe, Chut maman lit, Le chien critique,  Au pays des Cave Trolls, L’épaule d’Orion, Carolivre, Les lectures de Maki : tome 1 / tome 2.

4 commentaires sur “Gnomon de Nick Harkaway

  1. Je ne connaissais pas du tout et je n’y serai peut-être pas allée de moi-même mais ça a l’air vraiment sympa. L’univers est bien particulier mais le fait de ne pas avoir de réponses tout de suite peut être intrigant, surtout si le lecteur est à au même niveau que le héros ou l’héroïne.
    Il faudrait aussi que je lise 1984 😄

    Aimé par 1 personne

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