Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Une touche de bleu de Suzuki Nozomi

Titre : Une touche de bleu

Auteur : Suzuki Nozomi

Editeur vf : Glénat (Shojo +)

Année de parution vf : Depuis 2021

Nombre de tomes : 3 (en cours)

Histoire : Ruriko a un naevus d’Ota, une tache de naissance bleutée sur le visage. De nature enjouée, elle sait très bien que cette particularité visuelle ne la définit pas, mais lorsqu’on est lycéenne, il est parfois difficile d’accepter son “défaut” physique… Aussi s’en prend-elle violemment à son professeur lorsqu’elle croit qu’il se moque de son apparence. Mais ce dernier lui avoue qu’il souffre de prosopagnosie, un trouble de la reconnaissance des visages rendant impossible l’identification des visages humains. Ce n’est donc pas une tache, mais une belle aura bleue qu’il voyait sur le visage de la jeune fille…
Ce récit, issu des expériences personnelles de l’autrice, aborde avec finesse et sensibilité la thématique complexe de l’acceptation de soi au-delà des complexes et des différences.

Mon avis :

Tome 1

Je profite de la sortie du tome 2 ce jour, pour vous parler de ce nouveau seinen proposé au catalogue de Glénat qui a malheureusement eu l’idée plus que douteuse d’en changer la classification japonaise pour l’inclure dans sa collection « Shojo + ». Je trouve ça sexiste de considérer que parce qu’il y a de la romance dans un titre, il faut le ranger dans la catégorie des oeuvres plutôt destinées à un public féminin… Mais passons, nous allons plutôt parler de l’oeuvre en elle-même.

Le titre, toujours en cours à ce jour au Japon, compte 3 tomes et est signé Nozomi Suzuki, dont c’est la première oeuvre. Il est publié au Japon dans la magazine seinen Gekkan Action. Pour autant, j’ai trouvé que l’autrice faisait preuve d’une rare maîtrise aussi bien dans le trait que dans la narration. Tout est extrêmement fluide et bien fait, même si c’est un récit fort classique dans le fond et la forme.

Loin de révolutionner le genre, la mangaka propose une tranche de vie se déroulant dans un lycée japonais où l’on sent vite poindre de tendres sentiments entre une lycéenne et son professeur. L’originalité vient de la caractérisation des personnages, Ruriko est dotée depuis sa naissance d’une grande tache bleue qui lui mange une partie du visage, tandis que Monsieur Kanda, lui, souffre d’une maladie/un syndrome l’empêchant de distinguer les visages des gens, qui pour lui se ressemblent tous… De là va naître une très belle histoire sur la différence.

J’ai d’emblée été séduite par l’héroïne. Loin de se laisser accabler par sa différence, elle a pris le parti de vivre avec, quitte à forcer sans cesse le trait pour ne pas gêner les autres. Elle fait preuve de beaucoup de maturité et de caractère. Elle m’a souvent fait de la peine et en même temps je l’ai admirée. L’autrice met en scène des réactions très juste de la part de ceux qui sont confrontés à elle et à sa particularité. Oui, c’est normal d’être surpris. Oui, on peut avoir une réaction étrange la première fois. Je ne pense pas qu’il faille le nier, le cacher ou s’attendre à autre chose, c’est humain. Là où c’est intéressant, c’est de voir comment les autres vont ensuite se comporter : rester moqueur, rester gêné, rester à l’écart, ou juste l’accepter comme n’importe qui d’autre. Pour le moment, la mangaka ne développe pas encore trop ça mais j’aimerais bien.

Face à elle, Monsieur Kanda souffre d’un trouble que je ne connaissais absolument pas, la prosopagnosie qui l’empêche de différencier les visages les uns des autres, et dans un métier comme le sien où aussi bien ses élèves (vive l’uniforme) que ses collègues s’habillent pareil, dur dur de différencier les gens. Mais là aussi, nous sommes face à un héros qui ne souhaite pas être pris en pitié et qui va chercher des astuces pour vivre normalement, quitte à se faire aider par une élève 😉

Une belle dynamique s’installe rapidement, Ruriko aidant régulièrement son prof en le sortant de l’embarras. L’autrice a accès son histoire sur des personnages très positifs malgré ce qu’ils vivent ou ont vécu. Elle ne culpabilise pas du tout ceux qui réagissent mal à leur contact. En revanche, elle montre bien les effets dévastateurs que cela peut avoir sur eux. J’ai d’ailleurs vraiment apprécié qu’elle montre un peu la vie de famille de Ruriko où ses parents en voulant faire comme si de rien n’était sont parfois un peu maladroits. J’ai également été marquée par le passage où elle nous présente l’école pour décrocheurs où a été Ruriko, ça m’a rappelé un peu Cat Street de Yoko Kamio, et ça m’a serré le coeur.

Cependant ce premier tome est fort classique dans la mise en scène. Il y a d’abord la présentation et la rencontre des personnages d’une façon un peu déjà vue et revue. On les voit ensuite progressivement faire connaissance sous le regard parfois jaloux des autres, élèves et professeurs, mais c’est assez lisse. L’aspérité arrive seulement vraiment à la moitié du tome quand on découvre le passé de l’héroïne et qu’elle commence à montrer des sentiments pour son professeurs dont elle se sent de plus en plus proche. On a déjà vu des histoires entre prof et élève, j’en ai aimé certaines et d’autres m’ont dérangée. Ici, je suis plutôt dans la première catégorie. J’aime parce que je suis touchée par ce qui les rapproche, je sens beaucoup de douceur entre eux, je pense qu’ils peuvent se faire beaucoup de bien l’un à l’autre. Après j’aurais peut-être aimé qu’on reste plus sur une relation platonique plutôt que de tomber dans une classique romance, mais peut-être que j’aurais une bonne surprise par la suite.

Du côté des dessins, c’est une belle surprise pour une première oeuvre. Certes il y a quelques cases perfectibles, je pense notamment à celles où l’héroïne fait sport où on sent un peu de maladresse, mais dans l’ensemble c’est très réussi. La mangaka a vraiment donné un joli design aux personnages. J’aime en particulier la meilleure amie de l’héroïne qui a un petit look qui me rappelle celui des meilleurs amies des héroïnes de Cat Street et Moving Forward, peut-être des inspirations pour l’autrice ? Le découpage est clair et bien rythmé. Franchement ça se lit très très bien.

Même si Glénat m’a un peu braquée avec le changement d’étiquette de la série, je ressors conquise de ma lecture. C’est un joli classique revisité : une romance prof-élève, mais avec un angle de vue qui me plaît et me touche : des héros avec une forme de handicap, visible ou non. L’autrice propose un vrai voyage vers l’acceptation des différences.

Tome 2

Comme je l’avais dit lors de ma lecture du tome 1, Une touche de bleu est une romance touchante mais fort classique, classicisme qui m’a moins emballée dans ce second tome même si ça reste une jolie histoire.

On commence fortement à sentir le manque d’expérience de l’autrice, qui bien qu’elle livre une histoire maîtrisée, propose tout de même un récit convenu et prévisible où l’évolution de l’histoire et des personnages ne surprend plus. Et pour quelqu’un comme moi qui en a lu pas mal, forcément cela joue sur ma lecture et la rend un peu plus fade. Le tournant nous amenant vers une romance entre ce prof et cette élève souffrant tous deux d’une forme de handicap est fait assez grossièrement et surtout avec des ressorts éculés qui peinent à me convaincre, avec en prime une espèce de « c’est le destin » qui me hérisse un peu ici dans une histoire qui se voulait plutôt réaliste jusque là… Mais ce n’est pas ce qui m’a le plus dérangée parce qu’au fond c’est assez mignon de voir ces deux êtres qui ont été mis en marge de la société se rapprocher.

Là où j’ai eu bien plus de mal, c’est avec le traitement des harcèlements qu’ils ont subi. Si l’autrice fait un sans faute avec le professeur, racontant bien l’horreur de ce qu’il a vécu et l’injustice coupable des réactions de ses parents aveugles à ses souffrances car trop dans cette volonté de paraitre bien sous tout rapport qu’on voit au Japon, avec un phénomène de pression énorme sur les enfants. A l’inverse avec l’héroïne, l’autrice tombe à côté. Elle nous fait recroiser celui à l’origine de son traumatisme et malheureusement elle oriente trop l’histoire vers l’écoute de celui-ci au lieu de l’écoute de l’héroïne. On a ainsi une scène très maladroite et assez malaisante où c’est le coupable qui passe presque pour la pauvre victime qu’il faudrait écouter et consoler. Là, je dis non ! Je n’aime pas ces idées de rédemptions des coupables avec des victimes qui doivent être à l’écoute de leurs bourreaux. C’est d’ailleurs pour ça que je n’avais pas aimé les débuts de Silent Voice et pourtant c’était plus fin qu’ici, c’est dire ^^! Après, je sais que ça m’est propre et ça passera peut-être très bien avec d’autres.

Pour le reste, l’histoire se développe de façon fort classique avec plusieurs triangles amoureux imbriqués, l’un autour  de Ruriko, l’autre autour de M Kanda. Cela se lit facilement, sans déplaisir, car c’est bien écrit, bien mis en scène et bien dessiné. L’ensemble est fluide et maîtrisé. Il n’y a rien à dire. On voit Ruriko se réconcilier et se rapprocher de Tomoya, celui qui l’avait blessée, avec tous les bémols que j’ai déjà évoqués. Mais surtout on assiste à un M Kanda qui perd de plus en plus pied face à la réalité de son handicap au quotidien et c’est bien plus intéressant.

Même si le thème du handicap est peut-être moins mis en avant, plus discret, car les héros font leur vie, j’ai trouvé que ce retour de focus sur M Kanda était pertinent. Il approfondit encore la façon dont il vit se handicap si particulier et l’autrice met joliment en scène la façon dont il perd pied. C’est assez marquant.

Une touche de bleu reste donc une jolie lecture avec une romance sur fond de handicap. Ce deuxième tome m’a moins emballée car le développement est plus classique, plus prévisible. Je le regrette un peu mais je peux comprendre vu la jeunesse dans le métier de l’autrice.

Tome 3

Malgré un développement assez classique comme je l’avais pointé auparavant, la série continue de me convaincre grâce à un discours sur le handicap vécu au quotidien vraiment pertinent !

Deux thèmes se dégagent de ce tome : la romance et le handicap, si le premier est on ne peut plus classique, le second est bien plus vivifiant et intéressant même s’il pèse lourd parfois. En tout cas, l’autrice s’en sort à merveille avec une narration toute en rondeur et fluidité avec des petites pointes de drames qui ne sombrent jamais vraiment dans le mélodrame qui a tendance à m’agacer, elle fait une jolie oeuvre de funambule, avec en prime des dessins fins et pleins de joliesse où les expressions sont particulièrement importantes.

Ruriko se retrouve malgré elle prise au piège de ses sentiments et de ceux de son entourage. Elle tombe irrémédiablement sous le charme maladroit de M Kanda, ce professeur dont la maladie le handicape vraiment dans son métier de professeur. En cherchant à se venir à l’aide mutuellement, ils se rapprochent et Ruriko développe des sentiments romantiques pour lui mais elle n’est pas la seule. Mme Shirakawa aussi est attirée par ce qui rend M Kanda si différent des autres et peu à peu, elle s’impose dans le duo qu’il forme avec Ruriko. S’ajoute à cela, l’ancien camarade qui s’était moqué de cette dernière : Tomoya, qui fait une déclaration à Ruriko. Je ne l’aimais pas trop, je trouvais qu’elle lui avait pardonné trop facilement. Il me devient plus sympathique ici car il est plein de respect pour elle et ses sentiments. Cependant toute cette romance m’a un peu fait lever les yeux au ciel tant elle est classique même si ça reste mignon.

Non, ce qui fait vraiment le sel de cette série et ce pour quoi elle restera dans ma mémoire, c’est plutôt la façon dont elle aborde le handicap. L’autrice alterne les focus sur Ruriko et Kanda avec subtilité et variété parce qu’aucun d’eux ne vit son handicap de la même façon. Kanda est un peu plus mis en avant cette fois. J’ai été attristée de le voir en difficulté à son travail à cause de ça, mais j’ai adoré quand il a tenté d’en parler à tout le monde. L’autrice montre combien cette réalité est dure à comprendre pour les autres, ici, ils passent complètement à côté du message de Kanda alors que ça avait été si dur pour lui de se lancer. Heureusement il va trouver une alliée en Shirakawa. Celle-ci aussi souffre, pas d’un handicap tel que celui de Kanda et Ruriko, mais cela la rend mal quand même. Elle souffre de son apparence extérieure, de la façon dont les autres la perçoivent, et des conséquences sur son quotidien. J’ai été frappée par son récit et j’aime pour une fois qu’on nous montre aussi qu’on peut souffrir de sa beauté, parce qu’on a un peu trop tendance à ne plaindre que ceux qui se trouvent moches dans la littérature…

L’autrice jette donc pas mal de pavé dans la mare face à cette société tellement hermétique au handicap, qui préfère se voiler la face et continuer à faire souffrir les gens soit en fermant les yeux, soit à l’aide de réflexions maladroites. On parle souvent de violences ordinaires dans le cas des femmes ou du racisme, on n’en parle pas assez pour le handicap alors que c’est pareil et la scène où Ruriko travaille dans une boutique et reçoit tour à tour plusieurs réflexions maladroites pleines de commisération sur sa tache de naissance est très parlante en cela.

Avec un schéma classique qui se révèle particulièrement efficace, Nozomi Suzuki continue à mettre en scène la vie lycéenne de son héroïne marquée d’une tâche et de son professeur qui ne distingue pas les visages. Entre émotion et déclaration coup de poing, elle interpelle sur la façon dont la société accueille le handicap et le traite au quotidien. Elle a raison, il serait bon d’y réfléchir plus humainement qu’actuellement.

8 commentaires sur “Une touche de bleu de Suzuki Nozomi

  1. J’comprendrais jamais pourquoi ils changent la classification d’origine. Respecte-les ou ne les utilises pas, mais les change pas.

    Bref, J’avais justement un peu passé outre car ce changement me saoule, mais ton billet donne envie de lui donner sa chance (y’a trop de trucs tentant qui sortent :S)

    Aimé par 1 personne

      1. C’est l’avantage de suivre de bons blogs, ça permet de ne pas passer a coté de certains trucs (Ici a cause d’un apriori débile en plus, je le reconnais). Mais bon faut que j’le calle dans mon budget et ça c’est une autre histoire

        Aimé par 1 personne

      2. C’est le plus dur, trouver la place pour l’acheter et le lire, surtout en ce moment… Je passe en librairie demain, il va falloir faire des choix ><

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  2. Un manga qui me tente énormément, et je suis rassurée de voir que les thématiques abordées sont bien traitées, sans personnages dramatiques à souhait.
    Tu renforces mon envie de me procurer les deux premiers tomes d’ici peu ! 😀

    Aimé par 1 personne

    1. Je viens justement d’acheter le tome 2 ce matin, j’espère que je pourrai en dire autant sa bien quand je le lirai cette semaine pour continuer à promouvoir cette série ^^
      Ravie de t’avoir tentée en tout cas, moi non plus je n’aime pas les perso trop dramatiques…

      J'aime

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