Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Ragnagna et moi de Ken Koyama

Titre : Ragnagna et moi

Auteur : Ken Koyama

Editeur vf : Ki-Oon

Année de parution vf : Depuis 2021

Nombre de tomes : 1 (en cours)

Histoire : Ponction de sang, coup de poing dans les entrailles, effet chloroforme : quand Ragnagna débarque, elle ne fait jamais dans la dentelle. Son arrivée est aussi redoutée que son absence prolongée peut inquiéter… Elle sait qu’on la déteste et, pourtant, elle remplit sa mission mensuelle avec un professionnalisme sans faille !
Ragnagna a toujours fait partie de la vie des femmes et, contre toute attente, elle pourrait bien être leur meilleure alliée. Tensions dans le couple, stress au travail, combat contre le mal… telle une héroïne de l’ombre, Ragnagna est toujours du côté des femmes car, malgré tout, elle les comprend mieux que personne. Mais vous, la connaissez-vous vraiment ? Elle partage un bon bout de notre existence, alors autant apprendre à l’apprivoiser !
Ragnagna et moibrise le tabou des règles avec un humour dévastateur et une candeur désarmante ! Que vous soyez une femme ou un homme importe peu : cette série décalée ne laisse personne indifférent. Cible d’un engouement massif dès sa sortie au Japon, elle a remporté le prestigieux prix Tezuka en 2019, nouvelle preuve s’il en est que les menstruations concernent tout le monde !

Mon avis :

Tome 1

J’ai toujours dit que dans les mangas on pouvait trouver n’importe quel sujet qui nous intéressait, que les mangakas avaient le chic pour mettre en scène tous les thèmes des plus classiques aux plus fous. Mais force m’est de l’avouer, je n’avais pas encore vu un titre évoquer l’intimité des femmes comme le fait Ragnagna et moi !

Honnêtement quand j’ai entendu parler du titre, j’ai été plus que surprise qu’un éditeur français fasse le pari de le sortir, mais après l’avoir lu, j’en suis ravie ! On est en plein dans l’air du temps qui veut enfin faire l’éclairage de manière simple, ludique et honnête, sur la façon dont notre corps fonctionne, et pas seulement celui des hommes, celui des femmes aussi, et ça fait un bien fou !

Là où j’ai cependant été surprise, mais dans le bon sens du terme, c’est que ce soit un homme qui soit aux manettes de cette série. En effet Ken Koyama est un mangaka de sexe masculin, qui avait plutôt commis des oneshots humoristiques avant et que je ne voyais pas forcément dans ce domaine. Cependant, il s’en sort avec brio avec un titre honnête, drôle, qui remet tout bien à niveau.

Publié dans un premier temps sur le web, ce recueil d’histoires courtes centré sur les règles a rencontré un beau succès au Japon, pays pourtant assez frileux quand il s’agit d’évoquer le sujet encore tabou des menstruations. Le titre a été publié en librairie, adapté au cinéma et a même remporté le prestigieux Prix Tezuka.

La forme du titre peut surprendre. Avec un dessin plus que naïf, qui ne plaira pas à tout le monde, mais ce n’est pas le coeur du titre, l’auteur met en scène le temps de courtes histoires de 15-20 pages les aventures de femmes diverses et variées qui ont leurs règles. On croise ainsi une femme au foyer, une écrivaine, une employée de supérette ou encore des super-héroïnes. C’est vraiment très diversifié et on passe d’une petite histoire à l’autre sans la moindre difficulté.

Le thème récurrent est bien sûr les menstruations féminines. L’auteur avec des petites mascottes rigolotes met en scène la dureté de celles-ci, présentant avec des métaphores visuelles fort évocatrices la violence des douleurs qu’on ressent quand on les a, la fatigue qui nous accable, mais aussi l’inégalité dans la façon dont cela est vécu par les femmes puisque nos corps ne réagissent pas tous de la même façon. On sent qu’il y a de la documentation derrière car c’est très juste. De la même façon, il aborde aussi le côté plus sociétal de celles-ci avec les réflexions que l’on entend, la vision fausse que s’en font les hommes, les perturbations au quotidien d’avoir du sang qui coule entre nos jambes une fois par mois, etc. C’est vraiment réaliste.

Mais ce n’est pas pour autant plombant ou moralisateur, au contraire, avec beaucoup d’humour l’auteur remet les choses en perspective. Il évoque la souffrance des femmes, l’incompréhension des hommes, mais il ne reste pas que sur cette idée générale. Dans un premier versant, il montre ce qu’il faut faire pour aider les femmes. Dans un autre versant, il montre également l’incompréhension des femmes vis-à-vis de certains troubles physiologiques chez les hommes à savoir la difficulté à contrôler sa libido et sa manifestation lors d’érections incontrôlées. Cela permet d’avoir un titre assez équilibré.

J’apporterais quand même quelques nuances à cela. J’espère que le sujet des hommes et de leurs « besoins/envies » restera en marge car ce n’est pas le coeur de l’histoire. J’ai été un peu mal à l’aise qu’on mette sur le même plan les règles féminines et la libido masculine… même si ç’a été fait avec le plus de tact possible par l’auteur, je pense.

Le petit côté anecdotique des histoires permet d’ancrer celles-ci dans notre réalité, tout comme la variété des profils croisés. L’ajout de mascottes pour les règles des femmes, mais aussi la libido des hommes et leur virginité, ajoute une bonne dose de cocasserie. Ce qui permet d’allier humour et sérieux.

La dernière histoire est cependant celle que je retiendrai le plus, je crois, car elle rompt avec ce schéma pour vraiment nous apprendre quelque chose d’intéressant, du moins pour moi, sur l’histoire des menstruations au Japon. L’auteur s’amuse en effet à reprendre à sa sauce l’histoire de Yoshiko Sakai, la créatrice de la première serviette hygiénique jetable au Japon. Au-delà de cet objet devenu banal pour nous, c’est la mise en scène de la réception d’un projet porté par une femme à destination des femmes qui m’a intéressée, ainsi que la façon dont étaient alors vécues les règles dans ce pays dans les années 60. Cela m’a vraiment donné envie de me documenter sur le sujet.

Ainsi, ne vous fiez pas aux dessins simplistes ou à la mascotte rigolote qui figure sur les planches ci-dessous et en couverture, Ragnagna et moi est vraiment un titre riche et intéressant à lire, témoin de notre société aussi bien orientale qu’occidentale sur un sujet qu’il serait bon enfin de démocratiser et non plus de garder tabou. Ki-oon fait ainsi oeuvre de salut public en renseignant ou initiant ses lecteurs de façon drôle et ludique en plus !

Merci à Ki-Oon pour cet envoi et leur confiance.

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19 commentaires sur “Ragnagna et moi de Ken Koyama

      1. Je pense aussi ! Par contre, j’ai vu que Twitter, que certaines personnes avaient râlé car c’était écrit par un homme. Tu en penses quoi ? C’est gênant ou pas ?

        Aimé par 1 personne

      2. J’ai vu aussi. Je pense que ces personnes s’attendaient à un ouvrage féministe, ce n’est pas le propos. En plus il faut remettre dans son contexte, ça vient du Japon, pas de l’Occident.
        Pour le fait que ce soit un homme qui écrive, à part un certain passage où il met sur le même plan libido masculine et règles féminines, ça ne m’a pas du tout gênée. J’ai plutôt eu une impression positive, comme s’il disait :  » coucou les gars, mettez-vous à la place des femmes, c’est pas facile. »

        Aimé par 1 personne

      3. Ah ben, c’est justement sous cet angle que j’espérais que ça allait être abordé ! C’est parfait alors 😁
        Merci beaucoup pour ton avis 😘

        Aimé par 1 personne

  1. Content de voir que tu as aimé ce premier tome! J’en attendais une lecture délirante en ayant un peu peur du regard masculin de l’auteur (vu ce qu’on vois au Japon^^) mais au final le manga apporte des éléments peu approfondis mais intéressants.
    Je pense que les réceptions plus négatives viennent de la com’ de Ki-oon qui annonce une lecture féministe.
    Bon par contre j’espère comme toi que le monsieur phalus libido va pas être trop présent.. Il est drôle certes mais comme tu le dis justement, l’équivalence avec les menstruations féminines est un peu gênante (et sous entends que seul les hommes ont de la libido).

    Aimé par 1 personne

    1. On se rejoint alors. J’avoue que pour ma part, je suis partie sans trop d’attentes précises et ça a bien fonctionné du coup.
      La seule chose comme tu l’as compris, c’est que je veux qu’on laisse leur place aux femmes >.<

      Aimé par 1 personne

  2. Rien que pour le sujet je suis très curieuse de me pencher dessus.
    Je suis d’ailleurs un peu rassurée en lisant ta chronique car j’avais assez peur du traitement du thème et du style d’humour. Finalement je pourrais bien craquer dessus pour relativiser sur mon vécu o/

    Aimé par 1 personne

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