Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Nana de Ai Yazawa

Titre : Nana

Auteur : Ai Yazawa

Editeur vf : Delcourt

Année de parution vf : Depuis 2002

Nombre de tomes vf : 21 (en cours)

Histoire : La première est rêveuse, rigolote et sensible, mais « cœur d´artichaut », un brin capricieuse et loin d´être indépendante. La seconde est plus mature, déterminée, un peu mystérieuse mais peut être d´une froideur qui glace le dos. Toutes deux s´appellent « Nana », ont un attrait pour l´art et ont vécu en province. Toutes deux vont connaître l´Amour et décider de partir pour Tokyo.

Mon avis :

Tome 1

Dernière oeuvre que je comptais relire dans le cadre de notre Challenge Ai Yazawa que je faisais avec Les instants volés à la vie, ce titre tient une place tout particulière et n’est pas une relecture facile ^^!

Nana est d’abord arrivé à un moment particulier de ma vie de lectrice. Les premiers shojos que j’avais lu dans les années 90 étaient tous des titres avec une touche fantastique et d’aventure, que ce soient Sailor Moon, Basara, Fushigi Yugi, Angel Sanctuary ou X, par exemple. Nana lui appartient à une nouvelle vague de shojo arrivée après où les histoires sont plus sentimentales. Sauf qu’avant on avait plutôt suivi les histoires de collégiens ou de lycéens comme dans Marmalade Boys, Peach Girl ou Mars. Avec Nana, ce sont deux jeunes femmes à peine adultes que nous allons suivre dans leurs déboires professionnels et sentimentaux, ça n’a plus rien à voir, ça change tout !

Dans le même ordre d’idée, Nana, qui est la dernière oeuvre en date d’Ai Yazawa, toujours inachevée à ce jour suite à des problèmes de santé de celle-ci, arrive aussi dans sa bibliographie après une longue maturation amenant l’autrice d’histoires de collégiens/lycéens (Marine Blue, Tempête aux couleurs des cerisiers, Je ne suis pas un ange, Gokinjo, Last Quarter) jusqu’à des histoires désormais de jeunes adultes (Paradise Kiss et maintenant Nana). Et dans ma relecture de son oeuvre, j’ai pu sentir cette lente évolution souhaitée par l’autrice vers des personnages plus vieux avec des thématiques différentes et pourtant si proches, des thématiques qu’elle semble avoir fait grandir au fil de ses sagas.

Le premier tome de Nana est une oeuvre un peu à part. Prévus à l’origine comme seulement deux oneshots, aucune série n’était programmée à ce moment-là, on peut donc les lire à part comme un prologue. On y suit d’abord la vie d’une première fille, Nana, amoureuse de l’amour, qui a un vrai coeur d’artichaut mais qui a été marquée par sa dernière histoire. Elle décide de suivre sa meilleure amie dans l’école d’arts plastiques de sa ville, sans vrai but en dehors de tourner la page. Elle flashe sur un type direct mais échaudée veut juste restée amie avec lui. La deuxième histoire est consacrée à une autre fille qui s’appelle également Nana, mais qui a bien plus de caractère. Heurtée par l’enfance et la vie familiale compliquée qu’elle a eu, elle est désormais chanteuse dans un groupe de rock qui a un certain succès, mais le guitariste qui est également son petit ami a une opportunité qui va tout changer.

Autant, j’ai d’emblée été très très agacée, pour ne pas dire que j’ai détesté, la première Nana, son caractère pleurnichard, son côté égocentrique et ses drames incessants, autant j’ai de suite été charmée et touchée par la seconde Nana, son caractère fort derrière lequel elle cache bien plus de drames et de blessures que la première, son histoire d’amour belle et passionnelle. C’est elle qui m’a fait vibrer la première fois et c’est encore le cas 20 ans plus tard !

Dans ce titre, Ai Yazawa reprend avec force l’ambiance triste et mélancolique qu’elle avait déjà proposé dans Last Quarter et par moment dans Paradise Kiss. Elle offre une vision désespérée de l’amour et des relations humaines en général, en dehors de l’amitié qui est ici la seule bouée à laquelle se raccrocher. Ainsi que ce soit la première Nana et ses amours sans retour ou son histoire dramatique avec un homme marie, ou la seconde Nana qui va devoir faire un choix terrible en tant que femme et artiste, les deux sont blessées par l’amour. A l’inverse, elles ont des amis fantastiques sur lesquels compter.

Pour cela, on sent bien le goût de l’autrice pour les belles relations d’amitié. La meilleure amie de la première Nana : Junko, est un mélange d’anciens personnages secondaires forts qu’on a pu croiser dans ses oeuvres précédentes, tout comme Yasu, le meilleur ami / grand-frère de l’autre Nana, dont le caractère bienveillant s’inspire aussi du même type de personnages qu’elle a déjà développés autrefois. Ai Yazawa exploite à merveille tout ce qu’elle a déjà écrit auparavant ici.

Cependant, autant la seconde histoire autour de ce groupe de rock est belle, riche et entraînante, autant la première qui est presque exclusivement centrée sur les histoires de coeur plus que pénible de la Nana pleurnicharde est lourde à cause d’une narration qui alourdi les pages de texte et de texte à n’en plus finir… Le mélange entre sérieux et humour que l’autrice maîtrise plutôt bien habituellement est déséquilibré cette fois malheureusement à cause d’une héroïne trop criarde et insupportable !

Quant à l’édition de Delcourt, qui date quand même de 2002 (wow), elle a plutôt bien supporté le poids des années. Certes les noirs sont trop profonds au point d’être illisibles parfois. Certes la traduction est un peu datée sur certaines expressions. Mais la reliure est toujours aussi souple, le papier a gardé le même grain, la mise en page ne fait absolument pas tache même 20 ans plus tard (ce n’est pas le cas pour tous les titres…) au point d’avoir presque l’impression d’avoir un livre neuf entre les mains ! Le seul défaut majeur que je note, c’est les marges trop restreintes qui font que parfois le texte se perd dans la reliure au milieu et est difficile à lire. Cependant, je regretterai toujours que le titre n’ait pas bénéficié au fil des ans d’une remise en avant…

Nana est donc un titre majeur dans mon histoire avec les mangas au féminin. Je suis ravie de replonger dans sa lecture et ce même si ce premier tome n’est pas le plus intéressant de la série. Il pose cependant les bases d’une suite que je sais superbe, émouvante et déchirante !

Tome 2

C’est donc plutôt dans ce deuxième tome que commence vraiment l’histoire de nos deux Nana comme le suggère la couverture. En effet, je n’en avais pas parlé, mais l’autrice propose un très joli jeu qui avait déjà commencé la dernière fois, où elle met en scène la vie quotidienne commune de nos deux héroïnes comme le temps d’une frise temporelle qui se déroule sous nos yeux et montre la chaleur de leur amitié.

Il y a aussi d’entrée, un jeu entre l’autrice et nous lecteurs, pour nous rendre plus proche de la narratrice, c’est-à-dire Hachi (la première Nana), avec ces chapitres qui commencent toujours par : « Dis, Nana ». Ça n’a l’air de rien et pourtant, c’est ce qui fera tout le charme de la série à partir de ce moment-là.

Les deux Nana montent à Tokyo chacune pour accomplir son rêve et font connaissance comme guidées par le destin. Le côté très dépendant et en perpétuelle recherche d’amour de la première Nana s’accorde à merveille avec celui beaucoup plus indépendant et solitaire de la seconde Nana. Alors de suite, ça colle à merveille entre elle. L’autrice joue sur les opposés qui s’attirent en quelque sorte pour commencer à tisser ce qui sera une très belle relation.

Cependant, pour le moment, pour le lecteur, on est plus sur un mélange de registre comique et de tranche de vie. Un registre comique dû à la très grande naïveté un brin agaçante d’Hachi et un registre tranche de vie car on assiste à leur arrivée à Tokyo, leur emménagement ensemble et tout ce que cela englobe.

D’ailleurs, Nana c’est aussi le manga d’une génération à qui l’autrice a permis de voir ce que c’était la vie de jeunes adultes ou jeunes étudiants à Tokyo. Les déboires personnels et sentimentaux des deux Nana, enfin surtout d’Hachi pour le moment, pouvaient faire écho à ceux des lecteurs. C’est l’une des grandes forces du titre. Hachi semble tellement banale dans sa dépendance à l’amour, sa dépendance à l’amitié, sa dépendance aux autres pour tout. On écoute avec le sourire ses grands discours sur son envie d’indépendance, de travail, de vie d’adulte, en sentant bien que c’est comme ça qu’on parle quand on est jeune et qu’on n’y connait rien à la vie. C’est tendre et amusant.

Cependant derrière cet aspect gentil et légèrement comique qu’on lui doit (j’adore ses délires avec le « Roi des démons »), Nana a aussi une dimension plus sérieuse. Le portrait qu’elle fait des amours à distance, de la vie à deux quand on est jeune, de la recherche de petits boulots ou d’appartement, tout ça sonne juste.

Et malgré le côté surréaliste de la vie de rockeuse de l’autre Nana, c’est encore plus avec celle-ci qu’on va sentir ce sérieux, je trouve. Ainsi le fait de la voir autant en retrait, à l’écoute, sans se livrer dénote de quelque chose de plus profond, de plus dramatique, qui monte peu à peu au fil des chapitres. L’autrice nous prépare à un drame annoncé, on le sent bien avec ces « Dis, Nana » et cette peur coincée dans sa gorge d’aborder son passé, son groupe et Ren.

Ainsi, c’est pour moi vraiment ici que mon histoire avec les Nana a démarré, une histoire au début drôle et légère mais qui peu à peu va devenir belle, profonde et terriblement émouvant, évoluant aussi au rythme de leur propre relation qui va s’approfondir au fil des chapitres.

Tome 3

Après une série au début très centré sur Nana/Hachi, ce tome marque le basculement progressif vers une histoire plus centrée sur Nana O. pour mon plus grand plaisir !

Au milieu de ce quotidien qui commençait à être bien huilé entre elles, l’arrivée des anciens du groupe de Nana vient bousculer tout ça et apporter la touche de fraicheur nécessaire. On ne suit donc plus juste le quotidien de jeunes campagnardes montées à Tokyo, cherchant du boulot, jonglant entre celui-ci et leurs amis/petit ami, non on se retrouve désormais avec une Hachi qui s’auto-proclame presque manager ou groupie au choix de Blast, le groupe de Nana O.

Avec ce basculement de l’intrigue, on se rend compte à quel point Hachi de plus en plus tournée vers Nana et ses amis, et non vers sa propre bande à elle et notamment son copain, Shôji qu’elle zappe de plus en plus. Il faut dire que Hachi a une vision complètement immature de l’amour et des relations car contrairement à Nana O c’est encore une enfant au fond d’elle. Elle a été tellement choyée depuis toujours qu’elle est encore très immature et totalement centrée sur elle et non sur les autres. Elle n’est pas prête pour une vraie relation sentimentale.

J’ai beaucoup aimé l’honnêteté avec laquelle Ai Yazawa montre tout cela, n’épargnant en rien ses personnages. Elle n’a pas peur de montrer Hachi comme la sale gamine pourrie gâtée qu’elle est, mais elle montre aussi toute la douceur et la gentillesse dont elle fait preuve envers les gens qu’elle les connaisse ou pas. Alors oui, Hachi est un personnage qui m’agace, mais je l’apprécie aussi tout autant. C’est juste encore une fille qui a besoin de grandir.

On se rend vraiment compte dans ce tome combien sa relation avec Shôji n’a jamais été bien concrète depuis qu’elle est à Tokyo car Hachi est plus préoccupée par ses problèmes d’argent, de dépendance, sa relation avec sa mère et surtout maintenant le groupe de Nana O qui cherche de nouveaux membres, voire même ses interrogations / sa curiosité vis-à-vis de Nana et Yasu. Tout ça passe avant Shôji, Hachi étant plus une groupie qu’une amoureuse. C’est triste, agaçant aussi, mais réaliste dans un sens car c’est encore une enfant au plus profond d’elle-même.

Du coup, alors que lors de ma première lecture, j’avais détesté l’attitude de Shôji et celle d’Hachi aussi, j’en viens à être beaucoup plus compréhensive. Je comprends parfaitement le revirement de Shoji et son craquage, c’est logique, c’est humain. Je comprends aussi la faiblesse de Nana, dépassée par tout ce qui arrive.

Après d’un point de vue purement narratif, ce passage de l’histoire est un peu lourd et longuet, notamment à cause d’une narration qui manque de fluidité et exagère trop les drames en cours avec des personnages qui surjouent comme dans les dramas/soap qui passent à la télé… C’est un peu too much et comme je ne suis pas la première fan d’Hachi, ça passe mal.

Ainsi, ce basculement progressif de la structure de l’histoire vers Nana O. et son groupe est le bienvenu pour une lectrice comme moi qui saturait un peu de l’immaturité de Hachi et de ses histoires de coeur.

Tome 4

Un autre cap encore est franchi ici avec une série qui grimpe et grimpe encore ! Avec le point final de la romance entre Hachi et Shôji, on bascule définitivement vers l’autre Nana pour mon plus grand plaisir.

Toujours entre humour et sérieux, l’autrice montre la difficulté d’entretenir une relation durable quand on est jeune, sans emploi ou en situation précaire, dans les études, pas avec les mêmes emplois du temps, les mêmes ambitions, la même vision de la vie, etc. Ai Yazawa offre vraiment le portrait d’une génération pour qui la vie n’est pas simple et c’est ça la réalité, c’est pour ça aussi que le titre a tant marché.

Mais l’autre raison, c’est clairement l’attraction qu’opère sur nous le récit de l’ascension du groupe de Nana : Black Stones alias Blast. Car après ce moment douloureux avec les drames d’Hachi, on bascule encore plus et plus fort vers Blast et c’est juste magique et fascinant. Tout se met en place petit à petit d’une manière assez magistrale Yazawa continuant à surfer sur ce mélange de drame, d’humour et de vie quotidienne de nos deux héroïnes tellement aux antipodes l’une de l’autre, mais elle instille aussi mystère sur mystère autour du groupe et ça fonctionne super bien.

Il y a ainsi, le jeune personnage de Shin, qu’on voit évoluer depuis quelques chapitres, bassiste fan de Ren, à la dérive tout comme lui et Nana O., il a l’aura du jeune cabossé et de l’artiste maudit. L’autrice reprend à son compte cette ambiance tragique qui entoure certains musiciens comme ceux du Club des 27 pour instaurer un drame annoncé. En attendant qu’il ait lieu, elle fait monter la sauce en montrant un groupe qui envoie grave sur scène tellement ils sont classe et talentueux. Blast est en pleine reconquête aussi du public japonais que des lecteurs qui les voient pour la première fois dans cette nouvelle formation. J’ai adoré retrouver l’ambiance « groupe » que j’aime tant dans les titres de Yazawa avec toutes les implications relationnelles que ça a et ici mon dieu qu’il y en a ! Ainsi, pleins de petits secrets et de choses symboliques mais non dites viennent pimenter la narration et ça fonctionne du tonnerre.

Graphiquement l’autrice a encore passé un cap. Il suffit de voir les visages des héros, les looks de plus en plus décalés des rockeurs, la puissances de leurs expressions, la mise en scène de plus en plus dramatique et pesante des temps musicaux…

Enfin, la relation entre les 2 Nana continue d’évoluer et de nous tenir en haleine autant que de nous dorloter ou nous agacer. Hachi est toujours chiante car trop exclusive, mais elle sait aussi faire preuve de tact et est superbe dans ce qu’elle fait pour Nana O. qui commence à devenir plus qu’une figure à idolâtrer pour elle, tout comme pour nous.

Ainsi, Ai Yazawa commence vraiment à entrer dans le vif de son sujet, s’éloignant des petits drames de coeur d’une héroïne horripilante, pour se tourner vers les problèmes existentiels d’une autre bien plus charismatique. Une fois ce tome refermé (sur une scène clef à la mise en scène parfaite !), impossible de ne pas se jeter sur la suite. Nana devient de plus en plus addictif !

Tome 5

Comme prévu, j’ai trouvé ce tome magnifique, poignant et amorçant vraiment un tournant dans la série, celui de la montée en puissance de la musique et ses drames.

Toute la première partie consacrée à Nana O. et en particulier le premier chapitre m’a bouleversée. Cette jeune femme qui avait été si réservée jusqu’à présent s’ouvre enfin à nous et c’est terriblement touchant. La puissance et la pureté de ses sentiments ainsi que ceux de Ren font d’eux le couple majeur de la série et l’autrice raconte leur histoire avec beaucoup de douceur et de pudeur sous la couche d’humour sarcastique et de drame dont elle les enrobe. Ç’a un petit air de George et Caroline de ParaKiss en beaucoup plus sain, j’adore !

Cependant avec leurs retrouvailles, c’est le basculement de la série dans les multiples mélodrames liés au groupe rival de Blast, je nomme Trapnest et là, je suis moins fan. L’autrice nous en fait découvrir les membres au détour de ce concert de retrouvailles, puis d’une soirée chez les Nana. Autant j’adore l’ambiance bonne enfant qui s’en dégage avec ces potes qui se chambrent autour de partie de mah-jong et de cartes, autant les ennuis que je vois arriver de la part de Takumi et de Reira (dans une moindre mesure) me bottent moins.

C’est un vrai bonheur de suivre ces petits moments de vie qui prouvent combien Yazawa est douée pour le tranche de vie d’une partie de la population : les artistes, comme c’était déjà le cas dans beaucoup de ses oeuvres précédentes, comme si le milieu la fascinait. Voir Nana O. heureusement est sans commune mesure, j’adore la voir évoluer avec Ren, mais aussi la trouver plus apaisée avec les autres paradoxalement alors qu’elle commence aussi à stresser d’un point de vue professionnel.

En revanche, Hachi recommence vite à bêtiser. Je trouve ça triste de mettre en scène ce personnage si dramatiquement dépendant des hommes et des autres en général en permanence. Alors oui, Yazawa la croque à merveille, explorant bien toute sa complexité et ses côtés paradoxaux, mais je n’arrive pas à l’apprécier. Ses faiblesses envers les hommes m’agacent vraiment et le tournant que ça prend ici n’arrange rien.

C’est pour ça que Nana est une série avec laquelle j’ai tant de mal. J’adore tout ce qui tourne autour de la musique et du groupe mais j’ai beaucoup de mal avec le côté mélodramatique incessant des relations amoureuses de certains. C’est trop, l’autrice exagère et manque de nuances, ce qui rend vraiment certains personnages détestables et toxiques. Alors malgré certaines de ses qualités, j’aime le titre mais c’est loin d’être mon préféré de l’autrice.

Tome 6

Je poursuis ma relation difficile avec Nana avec ce tome qui nous fait vraiment entrer de plein pied dans ce que je n’aime pas trop : les drames romantico-musico-larmoyants…

La série avait vraiment démarré comme le récit de la vie de deux jeunes femmes montant à Tokyo pour s’accomplir. J’ai plus l’impression maintenant, par moment, de me retrouver dans les Feux de l’amour… Et j’en suis la première déçue quand je vois tout le bon qu’il y a à côté mais qui est occulté par tout ça.

Le romantisme d’Ai Yazawa dans cette série me met mal à l’aise de partout. Je la trouve assez glauque dans sa description des rapports amoureux. Le summum étant bien sûr la relation Hachi-Takumi, qui est à vomir pour ce qui me concerne. Cela se voit jusque dans les dessins où la douceur, l’amour et la passion d’Hachi transpirent de chaque page et s’oppose encore plus brutalement à la froide indifférence de Takumi. C’est hyper déstabilisant. L’autrice fait vraiment un portrait très rude de ses personnages. Takumi est une pourriture même si c’est un grand professionnel dans son boulot. Hachi est cette femme enfant typique qui se laisse porter par ses émotions. On pourrait dire que la mangaka fait avec elle le portrait d’une femme assumant ses désirs, mais justement ce n’est pas le cas, tout est maladroit et au contraire c’est bien moins simple que ça.

Celles qui pour moi sont le portrait de la femme forte assumant ses désirs et sa libido, ce sont plutôt les chanteuses de la série : Nana O. et Reira, que l’on découvre dans ce tome. Reira a ce profil de femme enfant comme Hachi mais elle est plus drôle, piquante et bien moins cruche. Du coup, même si la relation tarifée qu’elle noue pour commencer avec Shin est hyper malaisante, au final on les sent chacun à fleur de peau et ça promet tout autre chose qu’Hachi et Tatsumi. Nana O., elle, cependant est plus mise en avant dans ce tome pour son amitié envers Hachi et les complications que cela implique pour elle.

D’ailleurs dans la série, à l’inverse de la romance, tout ce qui repose sur l’amitié est bien mieux traité. Cette relation est magnifiée, là où les romances sont complexes et malaisantes, puisqu’on se retrouve au final avec le couple le plus « rock » comme le plus sage et le plus normal… Bref, revenons à cette belle amitié qu’entretiennent les personnages. J’ai aimé voir les garçons prendre la défense d’Hachi face à ce goujat de Takumi, j’ai aimé voir Yasu accourir pour Nana O., j’ai aimé voir Shin et Nobu prendre soin l’un de l’autre à leur façon. C’est vraiment un joli groupe auquel on s’est fortement attaché.

Du coup, la nostalgie qui imprègne le titre et nous fait craindre pour certains d’entre eux est de plus en plus forte au fil des tomes, surtout qu’on voit la situation se désagréger. La solitude de Nana O qui voit tout ce qu’elle aime lui échapper, volé par Trapnest, est poignante. Comme Ren, c’est vraiment le portrait de l’enfant abandonné qui a peur de revivre ce premier traumatisme et fuit plutôt que de souffrir. J’adore !

Ainsi, je continue d’avoir des sentiments ambivalents envers Nana, adorant les liens amicaux entre les personnages, déplorant les relations sentimentales glauques et trop mélodramatiques pour moi pour la plupart. Je regrette la fraicheur des premiers titres de l’autrice, pour moi, elle se perd ici.

Tome 7

Même s’il y a toujours trop d’histoires de couple pour moi (et que ce n’est pas près de s’arrêter), j’ai trouvé ce tome bien plus positif et lumineux et j’en ai donc largement préféré la lecture.

Déjà, il s’ouvre sur un concert incroyable de Blast, en passe de devenir pro chez un grand major. C’est LE tournant de la série que j’attendais, l’aspect musical étant malheureusement un peu trop en retrait alors qu’il ne le mérite pas. Ainsi tout au long des chapitres, l’autrice glisse des infos sur le groupe et son avenir, des réflexions aussi sur ce que c’est que de travailler pour un major. C’est subtil mais très intéressant. On entraperçoit aussi Trapnest et ce que la célébrité leur oblige à concéder de leur vie perso. J’aime beaucoup.

La romance que j’avais tant décri reste un peu sensible pour moi. J’aime toujours autant la complexité des émotions et des relations que l’autrice aime à décortiquer. Ce qu’elle écrit sur le couple Ren-Nana, sa fusion et ses failles, me touche en plein coeur. Ce qu’elle développe entre Shin et Reira, malgré son côté chaotique et bancal, m’émeut également. Même la romance d’Hachi commence à me plaire.

Il faut dire que ce sont quand même les histoires de cette dernière, qui est la narratrice ne l’oublions pas, que nous suivons le plus. C’est une jeune femme adorable en amitié (quoique un peu chiante) mais en amour, c’est une vraie girouette. J’ai détesté d’emblée sa relation que je trouvais malsaine avec Takumi. En revanche, je trouve celle qu’elle développe petit à petit avec Nobu adorable. Bon, c’est en grande partie parce que Nobu, lui-même, est un si gentil garçon que je ne peux que l’apprécier, mais ils sont mignons ensemble. Je trouve juste dommage que l’autrice, par souci de créer du mélodrame, fasse de leurs débuts quelque chose d’aussi bancal et précipité. Ça donne vraiment une piètre image d’Hachi une fois de plus… C’est vraiment étrange d’avoir une telle anti-héroïne.

Heureusement comme d’habitude, le tome est riche en jolis petits moments tout mignons et plein d’amour et d’amitié. Comme le diable se niche dans les détails, il est aussi intéressant de noter toutes les petites choses qu’on aborde au détour d’une rencontre dans les interstices de la grande histoire, que ce soit les problèmes familiaux de Shin, la relation Takumi-Reira, le côté grand-frère de Yasu, les accoutumances de Nana et Ren et leurs fragilités, le secret de Misato, les origines de Nobu, la nouvelle vie de Shoji, l’expo de Junko et son copain, etc. Ai Yazawa a vraiment plein de choses à raconter, peut-être trop d’ailleurs ^^!

Ce nouveau tome, nous embarque dans un nouvel arc toujours aussi émouvant mais sur la code raide, avec une ascension bien rapide de Blast et des relations toujours aussi alambiquées et donc potentiellement explosives entre les personnages. Je n’ai qu’une hâte : me jeter sur la suite.

Tome 8

Avec ce tome 8 au numéro emblématique, l’autrice nous bouscule et fait basculer son histoire dans un récit de plus en plus pollué par le showbiz où évoluent nos héros.

Le grand chamboulement de ce tome, c’est le changement de narratrice. Fini Hachi comme narratrice, place à Nana O. (hachi veut dire 8 en japonais et nann 7). Je dois dire que je suis assez contente de ce choix vu mon amour pour la seconde et mes difficultés avec la première, mais fondamentalement, ça ne change pas grand-chose. Le ton mélancolique de la série est toujours là, on a juste un bref aperçu de ce qui se passe du point de vue de notre chère rockeuse.

Les autres gros chamboulements sont à chercher ailleurs et notamment du côté d’Hachi. A force de papillonner d’un homme à l’autre, elle en est quand même à son 3e copain en 6 mois dont elle jure être amoureuse…, arrive ce qui devait arriver : elle tombe enceinte. Si je ne suis pas fan du personnage et de ses choix, je dois avouer que j’ai beaucoup apprécié la subtilité et la bienveillance avec laquelle l’autrice a amorcé le tournant de ce récit. Hachi gagne rapidement une maturité que je ne lui soupçonnais pas. La plupart des autres personnages ne sont pas dans le jugement et pourtant dieu sait s’ils le pourraient et tout le monde est là pour elle. Seule ombre au tableau : les hommes de sa vie. Je suis assez agacée par le portrait valorisant que l’autrice cherche à faire de Takumi alors que pour moi c’est une sorte de prédateur et surtout un type très toxique qui impose toujours ses désirs aux autres se faisant passer pour un homme raisonnable, alors qu’il ne l’est pas. Son attitude envers Nana et Nobu est symptomatique de cela. Il s’impose, veut tout commander et diriger sans penser une seconde aux autres, et l’autrice semble trouver cela génial. Moi, j’avais envie de vomir…

En relations toxiques, il faut dire que le titre se pose là. Je ne sais pas vraiment ce qu’en pense Ai Yazawa car c’est assez ambigu mais je trouve qu’elle met très bien celles-ci en scène pour nous pousser à y réfléchir. En plus de Nana et Takumi sur lesquels je suis sûre que j’aurai l’occasion de revenir, il y a quand même aussi les deux Nana. Nana O. elle-même se rend compte qu’elle est trop possessive envers Hachi et que quelque chose cloche dans leur relation. Ce n’est pas normal comme façon d’être amie ce désir d’exclusivité. Ren se moque d’elle à ce sujet mais cela soulève quelque chose sur la frontière flou entre ami et amant pour Nana O. qui a du mal à définir ses relations parfois, sûrement à cause des traumatismes de son enfance. Ai Yazawa envoie à nouveau un message lourd à tous ces parents qui déglingue leur enfant par égoïsme. Ils feraient mieux de ne pas en faire !

C’est d’ailleurs ce qu’exprime un autre personnage en souffrance dans ce tome : Shin. Bien que discret, c’est un garçon qui gagne à être connu et qui me fascine assez. Il a une vision très personnelle de la parentalité suite à sa propre expérience. Il est très attaché à Hachi. Et si c’est en apparence le mystérieux boutentrain du groupe, il recèle bien des secrets comme le soulève l’une de ses discussions avec Misato, qui lui ressemble pas mal. Sa relation avec Reira pourrait me sembler dérangeant mais plus le temps passe, plus je m’attache à eux. Il y a vraiment quelque chose à faire pour ces deux âmes à la dérive.

Avec eux, comme avec les autres personnages, on se rend de plus en plus compte au fil des chapitres de l’imbrication des deux groupes de rock que l’on suit. La musique et le showbiz prennent également de plus en plus de place et on sent bien l’orage qui monte et monte discrètement dans leur dos. Ai Yazawa parle de plus en plus du milieu en sous-main de toutes ces histoires de coeur. Il est notamment question des débuts du groupe de Nana et de la difficulté à intégrer un groupe punk un peu radical dans un major. On entend aussi de plus en plus parler des paparazzis et là mes craintes sont grandes. On sent que l’autrice prépare quelque chose de pas joli joli avec eux.

Avec ses qualités et ses défauts, Nana continue de me passionner. C’est toujours une lecture assez dense car il y a plein de petits textes mais cela confère une ambiance très chaleureuse à l’histoire car il y a plein de petites blagues et vannes entre les personnages, mais aussi plein d’échanges chaleureux. Dans ce tome, on sent de plus en plus que l’autrice veut faire mûrir son histoire et grandir ses personnages pour les tirer des premiers jours de l’âge adulte et les faire basculer dans les seconds plus sombres. Je ne suis pas d’accord avec tous ses choix mais on ne peut renier qu’elle sait écrire une histoire qui nous garde captif.

Tome 9

Qu’il fut triste ce tome, qu’il fut triste ! Triste et violent même parfois, au point de ne pas en ressortir indemne…

Plus épais que les précédents, il contient à la fois la suite de l’histoire actuelle, une suite brute et âpre, inquiétante également, mais aussi un chapitre inédit avec Naoki (le batteur de Trapnest) comme narrateur, nous racontant l’adolescence de son groupe et de ceux gravitant autant, éclairant.

Nana a définitivement pris un sacré tournant avec le tome précédent où Nana O. prenait le relais de la narration et où Hachi découvrait qu’elle était tombée enceinte. Tout a changé depuis. Notre narratrice ne parvient à surmonter le choc et c’est le début d’une descente en enfer pour elle. Elle devient de plus en plus instable, c’est frappant. J’ai vraiment tremblé par Nana O. tout au long de ce tome. Sa fragilité nous éclate à la figure, elle qui l’avait si bien cachée jusqu’à présent, n’y parvient plus. Tout se dérègle et le déraillement semble bien proche.

C’est assez normal d’assister à cela quand on voit la brutalité et la violence des changements qui s’opèrent. Le premier chapitre est un petit bijou de mise en scène dans ce sens. On y assiste à la dévastation de Nana O. confrontée à la décision d’Hachi, mais surtout on y assiste à l’emprise évidente de Takumi sur Hachi. La scène où il prend la parole à sa place, puis celle où il la viole, il n’y a pas d’autres mots désolée, sont d’une violence à couper le souffle ! Je comprends la réaction de Nana O. même si elle ne devine pas. Ainsi, je suis profondément dérangée par ce personnage, que pourtant Ai Yazawa semble vouloir écrire comme un chic type avec ses défauts qu’il faudrait accepter et pardonner, parce qu’il a de la considération pour les autres (laissez-moi rire) et la tête sur les épaules. Je trouve ça glaçant…

Tout va alors très vite. Hachi quitte l’appart pour aller vivre avec Takumi. La scission avec le groupe est annoncée. La rivalité entre Trapnest et Blast est à son comble. Ai Yazawa fait parfaitement monter la sauce avec une tension à la fois personnelle et professionnelle, les magazines à scandale étant sur leurs traces, près à faire saigner nos pauvres artistes juste pour vendre leurs feuilles de choux. J’ai été assez bluffée par la construction du scénario avec cette montée en puissance du malaise dû à la fois au showbiz qu’ils côtoient et à leur vie perso chaotique.

Tout le monde est impacté par ces événements. Les personnages sont tous à fleur de peau et on est à fond dans le cliché de l’artiste maudit. Il y a donc Takumi, le petit ami / mari toxique ; Reira, la belle chanteuse qui aime sans retour et craque en apprenant son mariage ; Shin, l’amoureux transi qui ne saisit que trop bien tout ce qu’on ne lui dit pas et nous déchire le coeur en apprenant la chanson de sa belle (vraiment à écouter au passage !) ; Yasu, qui veut porter toutes les peines du monde sur ses épaules ; Nana O. qui ne supporte plus les séparations et vire schizo ; Ren qui semble planer mais prend peut-être des choses pour… Seuls Naoki et Nobu étrangement surnagent dans tout ça, le premier par manque de développement de l’autrice est un peu à part et semble trop perché, tandis que le second prend l’histoire avec pas mal de recul, mais peut-être trop parce qu’il semble ne rient faire et être trop passif.

Décidément, l’histoire a vraiment viré en plein mélo en moins de deux. Les temps heureux ont été bien trop courts et épisodiques face à ce qu’il nous attend. Je ressens toujours de très vives émotions en lisant leurs aventures, la plume d’Ai Yazawa étant ce qu’elle est. Elle ouvre et clôt ses chapitres avec une poésie qui me serre le coeur à chaque, surtout avec maintenant Nana O. qui nous ouvre les tourments de son coeur. Mais je ne peux aussi m’empêcher de penser qu’il y a plein de choses dérangeantes présentées comme positives et ça me perturbe. Je n’arrive pas à pleinement aimer la série comme ce fut le cas pour Je ne suis pas un ange. Nana est plutôt le genre de lecture à me remuer, à me bousculer, à me faire réfléchir.

PS / L’histoire annexe sur l’adolescence de Naoki et de Trapnest m’a beaucoup plu parce qu’on y voit les prémices des relations actuelles de nos héros, mais aussi parce qu’on les voit plus jeunes. Yasu y a de faux airs de George de ParaKiss et on découvre son passé commun avec Ren qui est fascinant, dans le genre petit diable. Takumi a aussi un sacré passif et Reira est presque fascinante de fragilité déjà. Bref, je redemande des bonus de cet ordre !

Tome 10

Comme prévu, l’histoire bascule définitivement ici. Le coup de pression anticipé éclate enfin et les ravages ne font que commencer.

Alors que le soufflé retombait à peine après l’histoire d’Hachi et Takumi, voilà que l’autrice nous emporte dans les tourbillons d’une tempête médiatique causée par le scandale de la révélation de la relation Ren – Nana O. C’était prévisible, c’était annoncé mais ça n’empêche pas faire mal. On a l’impression d’assister à l’explosion d’un avion en plein avec des tas de morceaux qui se dispatchent aux quatre coins.

J’ai été impression par la qualité d’écriture et de mise en scène de ce moment. Quand le scandale éclate tout est hyper calme partout avant de s’accélérer brusquement. Les infos fusent alors dans tous les sens. On est emporté par la tempête à un rythme effréné qui peine à retomber. Le réaliste de la situation est tout aussi frappant. Le déroulé de l’histoire, la saleté de ses paparazzis et leurs méthodes innommables, les réactions de chacun concernés / entourage / personne lambda, tout est parfaitement pensé et réfléchi par l’autrice pour être crédible et ça fonctionne. Magique !

Alors certes, on bascule encore un peu plus dans le milieu du showbiz mais vu que les romances avaient un côté mélodramatique un peu agaçant en ce qui me concerne, je suis assez contente. J’ai beaucoup aimé les réflexions faites sur les stratégies en sous-main des agences de disques, ainsi que sur leurs liens avec la presse à scandale. Edifiant !

En ce qui concerne nos héros, ils sont emportés par cette vague. Hachi, qui a gagné une certaine forme de maturité, réagit bien et j’apprécie finalement de la voir petit à petit se réincarner en figure maternelle du groupe, ça ne lui va pas si mal après tout. J’ai eu très peur pour Nana O. plus instable mais son roc était là pour elle. La beauté de l’intervention de Yasu d’ailleurs ! Quant à Trapnest, c’est assez amusant de les voir spectateurs de la chose. Seul Takumi, une fois de plus se comporte de façon inhumaine, comme le salaud qu’il est… Hachi fait bien de lui dire mais reste malheureusement avec lui en bonne femme soumise… C’est d’une tristesse. Ren m’inquiète plus, lui, il file vraiment du mauvais coton. On le sent froid et détaché, ce qui n’est pas normal.

L’autrice nous prépare déjà de nouveaux drames, on le sent. Le ton mélancolique encore et toujours présent aux extrémités de chaque chapitre évolue et tend à parler de plus en plus de Nana O. et de Ren. J’ai peur. En plus, une nouvelle voix se joint à eux dans ce tome, celle de Shin que l’on découvre effilées et élimées comme ses vêtements dans la superbe lettre terriblement émouvante qu’il écrit à Reira. Ce garçon me touche comme rarement !

Avec ce manga, il n’y a pas à dire malgré tous les petits détails sur lesquels je tique, je ne peux m’empêcher de me sentir emportée par les sentiments à fleur de peau de ses héros auxquels je me suis tant attachée : Nana O., Shin, Reira, Yasu, Ren. Ils sont si beaux !

Tome 11

On arrive malheureusement avec ce tome au moment où l’autrice commence à en faire beaucoup trop avec l’univers du showbizness…

Lors de ma première lecture de Nana, je me rappelle qu’il y avait eu une phase où j’avais trouvé l’histoire « trop ». Eh bien, je crois que nous y sommes. Les histoires de coeur d’Hachi m’embêtaient mais ce n’est pas mieux avec les histoires de showbiz des Blast, Trapnest et consort.

Dans ce tome plus calme que les précédents, mais non moins riche en lecture (armez-vous de patience pour tout lire), l’autrice introduit pas mal de nouveaux personnages : du staff autour de nos stars mais aussi d’autres stars avec qui les Blast vont vivre. Ces derniers ne sont pas désagréables en eux-même, j’aime bien Miu par exemple, mais c’est la dynamique qu’ils apportent qui me blase un peu… On blablate à n’en plus finir sur le milieu et c’est assez soporifique. L’humour est également plus lourd et moins percutant parce que l’ambiance fait plus artificielle. Bref, je n’accroche pas.

Les interrogations heureusement restent les mêmes voire complètes certaines qu’on percevait. Il y a toujours la question du mariage sur le plateau mais qui prend une tournure que certains n’imaginaient peut-être pas. Il y a également la relation Reira-Shin qui évolue et prend plus de place à mon grand bonheur. Mais d’un côté plus sombre, il y a les traumas de Ren et Nana qui prennent de l’ampleur avec des conséquences potentiellement dramatiques. Hachi, elle, s’en sort un peu mieux avec les siens, mais il faut dire que c’est plus superficiel quand même.

Je vais donc être franche, ce tome ne fut pas vraiment des plus agréables à lire. Je l’ai trouvé trop long, trop bavard, trop fourre-tout. Il a en même temps manqué de vie et de chaleur, me donnant l’impression parfois d’une artificialité que je ne lui connaissais pas. Et en même temps, j’ai été charmée par l’âpreté de certaines évolutions et je sens le potentiel de certaines nouvelles situations, alors tout n’est pas à jeter. Ce n’est peut-être qu’un faux pas.

Tome 12

Même s’il y a le même cadre général que le précédent tome qui m’a déplu, celui-ci a une autre dynamique, ce qui change un peu la donne, surtout que l’autrice nous offre une nouvelle surprise.

Nous sommes toujours dans une histoire très orienté showbiz autour des membres de Trapnest et Blast, les nouveaux sont toujours là, mais comme l’histoire se recentre autour des membres des deux groupes et c’est tout, cela passe bien mieux.

Mais la grande surprise du tome est surtout le retour d’Hachi comme narratrice. C’est dommage parce que je préférais de loin découvrir les pensées de Nana O. mais au vu de ce que ce changement annonce, c’est tout à fait normal de la revoir. D’ailleurs, le tome s’ouvre sur un chapitre se déroulant dans le futur qui commence à éclaircir le ton mélancolique qu’on entendais depuis le début mais ce n’est pas forcément pour le mieux vu ce qu’on apprend. *petite larme* Cependant, ça m’a fait un bien fou de revoir ce petit groupe d’amis des années après et retrouver la même ambiance chaleureuse entre eux avec juste un petit ajout ^^

Pour revenir au présent, ce sont maintenant les mariages de Ren-Nana et Takumi-Hachi qui sont au coeur de l’histoire avec les complications que cela occasionne. Si je continue à rester blasée par le couple Takumi-Hachi que je ne parviens ni à apprécier ni à valider tant je le trouve malsain, en revanche je dois avouer que ça me plaît de voir une Hachi plus posée, plus calme et plus mature. Je trouve juste tordue de le faire passer de fille capricieuse à femme soumise à son époux… En revanche, je suis encore et toujours dans de Ren-Nana, il suffit de voir leur annonce pour comprendre. Du coup, je trouve triste que l’autrice leur mette tant de bâtons dans les roues et leur complique la vie inutilement juste pour faire du mélo…

En ce qui concerne les autres membres des différents groupes, ils s’intègrent plutôt bien dans l’ensemble de l’histoire. Ce sont de bons amis pour chacune des filles mais aussi les uns envers les autres. Nobu est toujours trop gentil à mon goût, Yasu aussi mais j’aime la petite piste que j’entrevois pour lui. Rien à redire sur Shin qui conserve tout son mystère même quand il nous fait quelques révélations. Reira m’amuse toujours autant et me touche, j’aimerais vraiment la voir plus pour elle et non comme sidekick. Enfin, c’est sympa de voir un peu plus Naoki.

Les groupes se reformant et se croisant, ce tome est un peu plus sympa et dynamique à suivre que le précédent. On est moins noyé dans tous les sens du terme et ça allège tout. Le drame est toujours là en coulisse, près à surgir à tout instant, mais c’est justement pour ça qu’on profite d’autant plus de ces petits moments de choix où le bonheur est là.

Avec une ambiance plus chaleureuse et une intrigue plus resserrée, ce tome moins fourre-tout a su raviver mon intérêt et moins craindre la débandade annoncée. Cependant on reste sur une ligne de crête où le moindre coup de vent pourrait tout chambouler.

Tome 13

Je parlais du risque de faire basculer la série du mauvais côté de la ligne de crête la dernière fois, je crois malheureusement que c’est arrivé ici.

Avec un tome où le showbiz et le travail dans le milieu sont de plus en plus prégnant, on perd de plus en plus l’âme de Nana. Les personnages se perdent dans ce nouveau monde qu’ils croient être le seul possible pour faire écouter leur musique au plus grand nombre et il se perde eux aussi de plus en plus comme nous les lecteurs. Je n’ai franchement pas passé un bon en lisant ce tome ou bien trop peu. Je n’ai pas aimé les évolutions des personnages à de rares exceptions (Ah, Yasu ! Shin ! <3) J’ai trouvé archi cliché de voir Ren sombrer dans la drogue avec la complaisance et l’aide de son staff. J’ai trouvé à chier la relation nouée à la va-vite entre Nobu et Yuri, l’actrice de films X. Ce n’est pas du tout crédible. J’ai détesté les mises en garde soi-disant « pro » de Takumi envers Shin parce qu’il a peur pour sa poule aux oeufs d’or. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg…

Franchement, ce tome et la soirée qui en occupe la majeure partie étaient interminable. Même le rythme que l’autrice essaie d’insuffler, ainsi que ses petites doses d’humour habituelles n’ont pas fait mouche. Il y a trop de relations toxiques pour que ça me plaise. L’autrice fait virer la superbe relation Ren-Nana en un truc sado-maso hyper malsain sortant de nulle part. Takumi est toujours aussi dégueulasse et le mot est faible. Comment Hachi peut-elle rester alors qu’il cherche à l’étouffer, à lui dicter ses actes et qu’il la viole ? Bon sang, elle le dit en rigolant !!! Il y a vraiment un souci chez Yazawa avec ça è_é

Le titre est totalement embourbé maintenant dans ses relations toxiques au point que j’ai l’impression que ça occulte tout le reste. D’habitude, l’autrice offre des réflexions intéressantes sur la psyché des uns et des autres. Ça se réduit à peau de chagrin ici et c’est alors redondant avec les précédents volumes. J’ai vraiment eu l’impression d’un tome pour rien.

Heureusement qu’il y a quelques éclaircies dans le paysage avec l’émouvante relation Reira-Shin qui vit son chant du cygne maintenant que Takumi a décidé de s’en mêler. Je trouve ça à la fois totalement injuste et déplacé de sa part. Il menace Shin vis-à-vis des retentissements que pourraient avoir leur relation (prostitution, différence d’âge) mais il ne remet pas une seconde en question la sienne avec Hachi, alors qu’il l’a violée au moins à 2 reprises ! A vomir. Surtout que la relation développée entre Reira et Shin est peut-être l’une des plus pures de la série. Je suis hyper triste. Heureusement qu’il y a mon cher Yasu, ce roc, toujours là pour aider les autres, les accompagner, les aider à se relever. J’espère vraiment que ce qu’on voit se dessiner entre lui et Miu lui apportera le bonheur. Il le mérite.

Nana est une série à la première partie belle et sensible qui aura marqué les esprits. Malheureusement au fil des tomes, j’ai l’impression qu’elle sombre en même temps que son autrice, qui elle n’ont pas n’a pas su faire face au succès. Elle s’emmêle dans les méandres sales et dégueulasses du showbizness et propose une histoire facile, tapageuse, dans laquelle la finesse des débuts n’est plus et où beaucoup de comportements toxiques ne sont pas dénoncés, ce qui me dérange fortement.

Tome 14

Ai Yazawa continue malheureusement à s’empêtrer dans cette spirale infernale où les membres de Blast enchaînent problèmes sur problèmes, ce qui rend la lecture des chapitres assez lourdes. Cependant, j’ai trouvé quelques petites raisons d’espérer dans ce tome.

Je suis toujours aussi blasée et agacée par le côté showbiz de la série qui prend vraiment trop d’ampleur et offre trop de situations mélodramatiques surfaites à l’autrice. J’ai l’impression de piétiner de ce côté-là avec les méchants paparazzis qui sèment la zizanie partout en traquant Nana et Ren, à la recherche d’infos juteuses. Mais aussi avec Takumi qui bosse trop et se sert de ça comme excuse pour ne pas changer malgré sa relation avec Hachi. Ce sont vraiment les deux gros points noirs.

En revanche, l’autrice introduit une nouvelle dimension pertinente et qui pourrait être intéressante selon la direction qu’elle leur donne : le fanclub de Blast et la question de sa nouvelle popularité. On découvre un tout nouveau champ de l’histoire. Jusqu’à présent, seule Misato représentait cette frange, mais avec leur succès grandissant on découvre aussi les autres anciens et nouveaux fans, dont certains ont un passif avec le groupe. C’est l’occasion de revivre des scènes de leur passé et d’en apprendre plus sur certains, comme mon cher Yasu, encore un peu trop inexploité.

Ainsi même si c’est de la redite parfois, l’autrice se remet à creuser plus ses personnages. Elle revient sur la relation ambigüe que Nana entretient avec Yasu. Cette dépendance malsaine qui empêche Yasu d’avancer et qui pourrit aussi la relation Ren-Nana. Si je trouve ce dernier point un peu abusé, car trop tiré par les cheveux, avec ce discours comme quoi Yasu aurait toujours tout cédé à Ren… En revanche, j’aime l’idée de voir Yasu voler de ses propres ailes et son rapprochement progressif d’avec Miu est bien vu, de même que les petits moments d’indépendance qu’on lui voit avec d’autres femmes et les découvertes sur ses tractations avec les agences. C’est un personnage qui se dévoile, intrigue et émeut.

Je reste plus partagée pour l’ensemble des autres relations qui virent vraiment bien trop dans le mélo pour moi. Avec Hachi et Takumi la toxicité de leur relation atteint des sommets. Comment peut-on se soumettre à ce point à un homme en étant consciente de tous ces défauts ? Je ne comprendrais jamais ceux qui trouvent des excuses à Takumi. Pour moi, il a une relation malsaine aux femmes qui a commencé avec Reira et se poursuit. Bref. Puis, l’histoire que l’autrice a pondu à Nobu se pose là aussi. Franchement, c’est hyper tordu, même si ça reflète bien un aspect de l’industrie des idols et autres stars (avec Yuri obligée de continuer à tourner dans des pornos à cause d’un contrat mal signé). Ça va trop vite, c’est trop intense et c’est pompé sur trop de choses vues précédemment, jusqu’à certaines cases qui ont déjà étaient dessinées exactement pareils avec d’autres persos… Bof bof

Ça me fait mal de voir tout ça. Où est la joie de vivre ? Où sont passées les belles relations d’amitié ? Où est passée la musique ? On passe notre temps à suivre leurs pseudo histoires de coeurs ultra prises de tête et pourquoi ? Pour rien. Là, on a droit à un tome où ils font la tournée des disquaires en se cherchant des poux dans leurs histoires réciproques. J’ai connu mieux, l’autrice a proposé mieux.

Tome 15

Cela fait 2 tomes que j’ai particulièrement du mal avec la série, et si celui-ci ne répare pas tout, j’avoue que le déchirement que m’ont fait ressentir les sentiments des personnages face aux drames personnels qu’ils vivent m’a beaucoup plu.

L’autrice continue dans cette voie qu’elle a choisi et qui ne me plaît pas vraiment, celle d’un showbiz dévastateur et de paparazzis destructeurs, mais ici elle s’en sert pour décanter des situations qui traînaient depuis un moment. Elle le fait avec un certain doigté et redonne la parole à des personnages un peu oubliés.

Cela tourne autour de quelques duos clés. Il y a bien sûr celui de Yasu et Nana dont on a déjà parlé la dernière fois. Yasu ne peut plus rester dans cette situation bancale qui ne fait du bien ni à l’un ni à l’autre. Il décide donc d’avancer et j’ai beaucoup aimé que son choix se porte sur Miu, cette jeune fille pondérée au premier abord qui lui ressemble tant. Leurs échanges calmes et matures mais profonds m’ont plu et je les trouve prometteurs ensemble.

Le gros morceaux reste bien sûr Ren et Nana. Les insécurités de l’un et de l’autre pèsent énormément sur leur relation mais également sur leur identité à chacun. Ren semble plonger de plus en plus et peine à gérer le mal être de Nana dû à son abandon initial. Le réconfort qu’il cherche le temps d’un instant auprès de son amie Reira coûtera cher. Nana, elle, n’a pas l’air de se rendre bien compte combien elle va mal. Elle est à fleur de peau et derrière son masque, tout l’irrite et est susceptible de provoquer une crise car sa peur de l’abandon la bouffe à chaque instant. C’est vraiment triste. Et ce sentiment de tristesse n’est que renforcé par la narration dramatique de la série qui nous fait entendre avant l’heure le drame qui s’annonce.

Enfin, reste LE couple qui m’aura le plus émue : Shin et Reira. J’ai adoré leurs petits échanges discrets quand ils étaient éloignés par le boulot (tout comme j’ai aimé ceux de Yasu et Miu). Mais Reira se rend enfin compte de la fragilité de sa position et de ce que sa relation avec Shin pourrait provoquer. La suite est logique mais non moins déchirante car on a tous bien compris ce qu’ils représentaient l’un pour l’autre, alors j’ai versé ma petite larme avec chacun d’eux et je n’espère qu’une chose c’est que le temps leur redonnera la chance qu’ils méritent. Pour une fois dans la série, j’ai trouvé l’écriture de cette relation belle et juste.

Que reste-t-il en dehors de toutes ces histoires de coeur compliquées ? Des jeunes de plus en plus pris dans les méandres du monde du spectacle et ses turpitudes. Des jeunes pris au piège du jeu des médias. Des jeunes qui commencent à étouffer. C’est triste et dramatique. Nous, lecteurs, on étouffe aussi un peu en lisant tout ça. L’histoire fonctionne trop à huis clos en ce moment. Le rôle des majors et des paparazzis est trop important et on ne voit plus le reste. Ils influent trop sur nos héros. Certes cela peut être réaliste mais j’ai surtout le sentiment que c’est poussé à l’extrême par souci de dramaturgie et j’ai envie de dire stop, revenez à plus de simplicité !

Tome 16

Ma relation compliquée à Nana se poursuit même si je dois avouer que je ressens un léger mieux depuis deux tomes. Cependant, le côté mélodramatique trop accentué me dérange toujours.

L’autrice fait vraiment sombrer ses lecteurs dans une lente névrose avec elle. Elle alterne les deux Nana comme narratrices mais toujours sur ce ton triste et mélancolique qui fait craindre le pire et pas que. Avec les petits bonds dans le futur auxquels on a droit à chaque tome, on devine de plus en plus le drame qui va se jouer pour tous ces personnages qui nous sont chers et notre coeur se serre.

En attendant, la mangaka oriente de plus en plus son récit sur les mystères entourant la famille de Nana O. Les enquêtes des journalistes de Search afin de sortir un scoop pour booster Blast se télescopent avec l’ascension du groupe qui ne plait pas forcément aux fans de la première heure. C’est compliqué. Je suis fortement intriguée par le rôle de Misato/Mai dans tout ça. Mais je suis surtout attristée de tout ce que ça va faire à Nana quand elle va découvrir tout ce qu’on lui cache, c’est assez terrible, surtout que déjà elle ne va pas bien.

Le personnage de Nana est vraiment superbement écrit, je trouve. Au-delà des drames qu’on lui rajoute toujours sur le dos, c’est la psychologie complexe de celle-ci qui m’intéresse, son traumas dû à son abandon, ainsi que ses relations compliquées aux autres entre attachement excessif et peur de la perte. Consciente de tout ça, elle essaie d’avancer à sa façon, mais ce n’est vraiment pas simple. Elle est éminemment touchante.

J’ai aussi été frappée par l’évolution de l’autre Nana, Hachi, qui en dehors de ses relations toxiques avec les mecs, est finalement une très belle amie. Elle a gagné en maturité et est prête à tout pour aider ceux qui lui sont chers, que ce soit Shin ou Nana dans le cas présent. Hachi est vraiment la clé, ce sur quoi je n’aurais clairement pas misé avant, tant j’ai eu du mal avec son immaturité et ses caprices. Mais elle a pris du plomb dans la cervelle.

Pour le reste, j’ai quand même pas mal l’impression de faire du surplace et de fonctionner en vase clôt, ce qui continue à conférer un sentiment d’étouffement et d’essoufflement à cette lecture, ce que je regrette vraiment tant j’en aime les personnages et le cadre musical. Car non, tout n’est pas à jeter. Le discours impitoyable sur l’industrie du divertissement est très bon. L’autrice en dénonce bien des aspects à bien des niveaux et c’est malheureusement tout à fait crédible sous ses effets dramaturgiques dus à son envie de corser la narration.

Ainsi ce tome, malgré une ambiance toujours plombante remonte quand même la série dans mon estime avec un très joli travail, riche et complexe autour de la figure de Nana, de sa famille, de ses relations et de sa musique. Tout n’est pas parfait, loin de là, mais je ressors encore une fois chamboulée avec l’envie de me jeter sur la suite à mes risques et périls.

Tome 17

Pas de changement majeur pour ce tome dans la droite ligne des précédents tournant autour des secrets de famille de Nana et des répercussions de ceux-ci sur elle et le groupe. Ai Yazawa continue sur ce rythme un peu mollasson et trop dramatique qui caractérise la série depuis 4-5 tomes…

Ce tome est celui des révélations et des scandales. Les flashforwards qui émaillent les tomes depuis quelques temps aboutissent à une nouvelle révélation qui chamboule encore le lecteur. C’est vraiment l’une des parties que je préfère ces derniers temps dans la série. C’est bien meilleur que cette histoire autour de la mère biologique de Nana qui traine et traine encore. Heureusement que le scandale explose enfin dans ce tome pour qu’on puisse avancer un peu.

Bien sûr, on a encore quelque chose de complètement surréaliste entre l’implication d’Hachi et la réaction de Nana et ses proches. J’avoue que même si l’autrice présente la logique de celle-ci, je ne l’ai pas trouvé convaincante. Comment Nana qui est encore traumatisée par son abandon peut-elle réagir aussi stoïquement ? J’ai l’impression que c’est juste un prétexte pour faire revenir Hachi dans sa sphère d’influence et ça me perturbe.

Du coup, j’ai trouvé le reste un peu vide. Il ne se passe pas grand-chose avec les autres membres des groupes, que ce soit la nouvelle histoire de Yasu et Miu ou celle de Nobu. Tout passe un peu au second plan. Seuls Shin et Reira continuent à être développés et j’en suis ravie. Je suis archi fan de Shin et son côté Peter Pan me parle. Il a vraiment été marqué par cette relation qu’il a développé avec Reira et a du mal à se remettre de leur séparation. Il me fait beaucoup de peine. Celle-ci aussi, surtout que j’adore la belle amitié qu’elle a développé avec Ren. En revanche, je déteste que l’autrice en face une éternelle amoureuse de Takumi, ça gâche toute cette belle histoire qu’elle a vécu avec Shin. Alors, je dis STOP et j’efface Takumi du paysage. Oui, j’ai besoin de réécrire l’histoire ><

Comme ça se remarque en me lisant, même si j’adore les personnages, je peine à nouveau à me passionner pour ce qu’il se passe parce que c’est trop abracadabrantesque pour moi. Il y a trop de longueurs, trop de drames.

Tome 18

Alors que les drames annoncés se mettent petit à petit en place, les bonds dans le futur occupent de plus en plus de place aussi, et le drame continue ainsi de monter jusqu’à presque nous étouffer, tout espoir de libération s’éloignant une fois encore.

C’est vraiment pesant de lire Nana dans ces ultimes tomes. L’autrice ne fait que creuser un peu plus la tombe de son groupe phare et de ceux qui gravitent autour. Ainsi même la chaleur de leurs liens amicaux ne suffit pas à les empêcher de plonger un peu plus dans la noirceur de leurs propres ténèbres.

Alors que le récit est très orienté sur Nana O. du fait de la narration, c’est finalement Shin qui sombre en premier. Il faut dire que c’était le plus et peut-être le plus fragile sous ses airs bravaches et comme l’a dit Yasu, ils n’ont pas assez fait attention à lui, trop pris dans leurs propres problèmes. Alors quand cela arrive, c’est brutal et dévastateur, un peu trop d’ailleurs pour être crédible à mon goût. Franchement faire tomber un groupe de rock, le mettre en pause, juste parce que l’un de ses membres s’est fait arrêter pour possession de stupéfiant, ça me fait bien rire… Mais ça ne change rien, tout est bousculé, tout bascule et ça fait mal.

La situation devient explosive, révélant tous les petits couacs qui parsèment les relations de chacun. Il faut dire qu’ils avaient enfin tous atteint ce qu’ils souhaitaient et que la chute est d’autant plus rude. Blast était sur le point de vraiment décoller avec leur tournée. Trapnest venait de rentrer après leur enregistrement. Ren et Nana tentait de recoller les morceaux et Takumi avait trouvé une solution pour Reira et Shin puissent se voir. C’est vraiment triste.

Mais le plus triste, c’est vraiment pour Shin, qu’on ne voit pas d’ailleurs et qui doit être au fond du seau, seul comme ça et responsable, il doit le savoir, de tout ce carnage. J’ai été choquée par la réponse de Nana O. et je suis heureuse que Ren ait su lui répondre comme il faut, mais je ne comprends pas ce que l’autrice a voulu faire là, parce que ça va à contrecourant, pour moi, de la construction du personnage. Un signe de plus que l’autrice se perd. Heureusement qu’elle se reprend à la fin, en lui confiant un objectif qui aidera à la relève de tous.

Ce tome-là fut donc bien cruel pour nous comme pour les personnages. Avec un drame en son centre, un drame encore une fois surjoué même si l’autrice a la décence de couper la déferlante médiatique qui doit leur tomber dessus, je trouve que la série continue à sombrer. Même les chapitres bonus finaux qu’Ai Yazawa ajoute à chaque fin de tome ou presque en ce moment, pour nous relater le passé de certains personnages ne suffit pas. Ici, celui sur Reira et Takumi m’a encore une fois mise très mal à l’aise, tant je trouve le propos embrouillé et maladroit. L’autrice m’avait habituée à autre chose.

Tome 19

On se rapproche de plus en plus de la tragédie annoncée et le glas sonne de plus en plus fort. Ça devient vraiment difficile de lire ces ultimes chapitres au fur et à mesure qu’on s’en approche, pas que ce soit mauvais mais parce que le drame nous enserre vraiment par tous les pores de la peau.

C’est dans ce volume, je crois, qu’Ai Yazawa parle pour la première fois de ses problèmes de santé et de leurs graves répercussions. C’est aussi la première fois que nos héros semblent à ce point au fond du trou, sans mauvais jeu de mots, et pourtant la couverture est rayonnante, elle, entamant avec les suivante, un triptyque des plus purs avec ce blanc lumineux, très annonciateur.

J’ai beau ne pas aimer le mélodrame qui a trop pris le pas sur le reste dans la série, je ne peux rester insensible à ce qui arrive aux héros. J’ai beaucoup de mal avec le tournant pris par Nana O. qui a fait le choix de se consacrer avant tout sur sa carrière pour pouvoir retrouver son groupe un jour, mais en faisant ça, elle laisse trop de monde sur le bas côté.

Hachi m’apparait plus comme un roc dans cette tempête et pourtant ses choix sont plus qu’hasardeux. Elle se mêle trop de la vie de Nana et Ren. Elle laisse trop couler ce que fait son mari. Rien n’est très sain là-dedans. Et pourtant, elle est toujours là pour tous le monde et le sera aussi dans le futur comme nous le démontre les flashforwards qu’on continue à avoir. Sa future relation avec sa fille est adorable.

Ce n’est donc pas là que ça fait le plus mal. C’est dans la lente chute dans les ténèbres de Ren et de Reira que le lecteur souffre. Si Reira peut compter sur Takumi à sa façon tordue et hyper malaisante, Ren, lui, est bien seul. Tout le monde sait qu’il subit une énorme pression, qu’il est tiraillé entre deux camps, qu’il a aussi ses addictions, mais qui vient l’aider ? J’ai énormément de peine pur lui. Reira, elle, a un développement que je n’arrive pas à apprécier. L’autrice a choisi d’en faire une amoureuse transie partagée entre deux hommes, qui n’est plus capable d’attendre pour Shin malgré tout ce qui s’est passé entre et tout ce qu’il a fait pour elle. Elle préfère succomber à une relation interdite avec Takumi. Je suis hyper dessus.

Pour autant, oui c’est bien écrit. Ai Yazawa compose cela comme une tragédie grecque et tout s’emboite à merveille. Elle instille en plus une belle touche de mystère avec le « Ren » du futur, frère de Satsuki, la fille d’Hachi.

Cela reste donc une lecture difficile, rude et âpre où les personnages nous font mal et se font mal. Je suis tour à tour triste et agacée par eux. J’éprouve tour à tour de la peine et de la colère contre eux. Mais j’ai beau pester, Nana reste un très bon titre pour savoir justement susciter ces émotions en moi.

Tome 20

Voilà, je suis arrivée au moment maudit et comme la première fois, je me sens vidée.

Le temps s’est étiré tout au long de ce tome et c’était déjà le cas depuis quelques temps. L’autrice a bien préparé son coup. Elle a fait monter et monter le drame, centrant tout sur les derniers instants de ce personnage. C’était terrible de voir une telle descente aux Enfers surtout à un moment où l’espoir était pourtant perceptible lui aussi.

Les déboires de ces jeunes artistes fait mal au coeur. Le portrait du showbiz par l’autrice est ravageur. Tous les acteurs de la série y perdent, les uns manipulés pour signer de nouveaux contrats, les autres poussés dans leurs addictions, les derniers exploités jusqu’au bout peu importe leur état d’esprit. Alors normal que ça craque autant de toutes parts.

J’ai été déchirée par ce qui arrive à Ren forcément. On avait bien compris son addiction depuis un moment, mais pas forcément l’état d’esprit ultra fragile dans lequel il était avec toutes ces injonctions contradictoires qu’il vivait et ressentait de toutes parts entre Nana, Hachi, Reira, Takumi… C’était trop et c’était tellement facile de s’évader de tout ça avec la drogue. Cependant, il tente vraiment de s’en sortir et Reira, dont la belle amitié m’a fait tellement chaud au coeur, lui offre la solution parfaite. Quel dommage qu’il ne s’en saisisse pas et que ça finisse ainsi T.T

Je serai plus sévère en ce qui concerne Reira et Takumi. Vraiment je déteste ce dernier. Je n’arrive pas vraiment à le cerner. A-t-il ou non des sentiments pour Reira ? Si oui pour laquelle ? Si non, c’est horrible de la manipuler ainsi juste pour garder son rêve et son groupe en vie. Et tout ce qu’il dit sur Hachi qui représente la seule qu’il aime vraiment, c’est ultra tordu quand on voit tout ce qu’il lui a et fait vivre. Beurk, beurk, beurk. Au moins, Reira est plus pure, plus franche et honnête dans ses sentiments même si elle est perdue. Je croise fort fort les doigts pour que le message de Shin l’atteigne et se réalise, car c’est une belle personne qui mérite le bonheur.

Cependant le futur que l’on entrevoit à chaque début de tome semble nous promettre tout autre chose. Les personnages ont tous muri après ce drame. J’aime bien le nouveau Takumi, tout comme la nouvelle Reira toute cabossée mais humaine et moins diva. Le petit Ren est magique. Serait-il le frère jumeau de Satsuki ? Hachi aurait-elle eu deux enfants ? Parce que je refuse que ce soit le fils de Takumi et Reira et en plus, ce ne serait pas logique vu les indices. En tout cas, la voix de Nana O. qu’on entend promet quand même des retrouvailles un jour et j’aimerais tellement y assister même si je n’y crois plus.

Ce nouveau tome, comme prévu, m’a à nouveau bouleversée même 12 ans l’avoir lu la première fois. Oui, l’autrice tire sa série sur la longueur, oui elle en rajoute des couches et des couches niveau drame entre tous les personnages, mais bon sang qu’elle est émouvante dans son écriture et comme elle semble sincère dans son attachement aux personnages et à leur vie déglinguée aussi bien par ce qu’ils ont vécu que par le showbiz. Le prochain et ultime tome va faire encore plus mal !

Tome 21

Et voilà déjà le temps de l’ultime volume que nous aurons probablement jamais, à part 4 chapitres sortis en plus dans son magazine de prépublication japonais mais jamais édités chez nous, car l’autrice tombée malade même si elle va mieux depuis n’a jamais repris la série…

J’ai lu ce tome derrière un rideau de larmes, dévastée que j’étais moi aussi par la mort tragique de Ren et la peine que ressentait tous ces amis. C’est un tome beau mais extrêmement douloureux. Je salue l’autrice pour avoir osé nous imposer ça. C’est rare qu’on ose faire mourir ainsi l’un des héros/personnages ultra populaires d’une saga comme Nana.

Le tome s’ouvre de manière forte sur Nobu qui entend comme la dernière note jouée par Ren, ce qui est très symbolique. Puis la suite, une fois l’annonce du drame faite, n’est qu’une suite de souffrance et de larmes car le tourbillon du deuil est lancé. On est confronté à tout en même temps, l’annonce aux autres acteurs, à Nana en particulier, la gestion également judiciaire de la chose, reconnaissance du corps, enquête, et puis l’enterrement à organiser et les médias à gérer, c’est assez terrible.

L’autrice s’en sort magistralement par des chapitres poignants mais justes. Pour une fois, l’émotion est pure, pas de fioriture, pas de surjeu, non juste les sentiments très purs et différents de chaque personnage. Elle nous montre la fragilité de chacun et leurs réactions propres à chacun. Hachi m’apparait comme un roc dans tout ça malgré son côté à fleur de peau. Elle endosse à merveille le rôle de mère pour Shin par exemple. Yasu est toujours LA figure sur qui on peut compter même si ça se craquelle ici tant la mort de Ren le touche de près. Nobu aussi montre l’homme fort qu’il sait être et enfin Shin remet à sa place Reira, juste comme il faut, car si je comprends la détresse de celle-ci c’était nécessaire. Takumi, lui, reste lui-même. C’est plus l’effondrement que cela signifie pour Reira et Trapnest qui semble le toucher que la mort de Ren en elle-même, c’est triste.

En tout cas, ce tome s’arrête bien trop tôt. La série s’arrête bien trop tôt et c’est douloureux de les quitter tous à un tel moment. Peut-être l’autrice a-t-elle été submergée par la popularité de sa série et ce que ça impliquait, peut-être aussi que la noirceur et la dépression abyssale de ce qu’elle écrivait l’a rattrapée, mais en attendant elle nous a vraiment laissés orphelins. Pour ma part, j’irai lire les 4 ultimes chapitres qui existent et qu’on peut trouver en ligne car j’ai besoin d’aller au bout du bout…

Et pour conclure, je dirais que oui Nana est une oeuvre imparfaite, pétrie de défauts, avec des relations toxiques et du drame en veux-tu en voilà, mais c’est aussi un titre puissant, dont les personnages m’ont marquée et où la dénonciation du star système fut forte. On sentait une vraie sincérité chez l’autrice même si elle semble s’être perdue en cours de route et je regrette vraiment qu’elle nous ai laissés avec tant d’interrogations en suspens quant au devenir de tous ces êtres qu’on aime tant. Je ne suis que tristesse.

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©2000 by Yazawa Manga Seisakusho

13 commentaires sur “Nana de Ai Yazawa

  1. J’avais abandonné l’animé, notamment pour les drames romantico-larmoyants qui m’exaspèrent très rapidement et en raison d’un rythme que j’avais trouvé assez lent. Mais j’aime la manière passionnée dont tu parles du manga ; à chaque tome, on voit l’évolution de tes sentiments. Et tu arrives à trouver un bon équilibre entre ce qui t’a déplu, et les qualités que tu reconnais au titre et à une héroïne agaçante…

    Aimé par 2 personnes

    1. Je t’avouerai que je n’ai jamais regardé l’animé mais je reconnais dans ton sentiment ce que je ressens moi-même en le lisant ><
      Effectivement j'ai essayé de trouver du bon aussi malgré ce qui m'agaçait car je pense que fondamentalement ça reste un peu titre qui a marqué toute une génération.

      Aimé par 1 personne

  2. J’aimais beaucoup cette série et puis l’auteure a arrêté de travailler dessus, attendre a tué mon enthousiasme. Il y a du bon et du mauvais et tu mets bien le doigt dessus 😉 Quel plaisir de te lire aussi passionnée!

    Aimé par 1 personne

    1. Merci, c’est trop gentil ! On dirait que j’ai bien communiqué ma passion vu que tu es la 2e à le dire ><
      J'avoue que je risque de finir à nouveau très frustrée quand je vais arriver au fameux "dernier" tome, snif…

      Aimé par 1 personne

  3. Une série que je compte lire prochainement! Et je suis content de te lire sur le sujet ça me conforte dans l’idée qu’il faut que je lise cet incontournable ! Merci pour ton article très intéressant

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup !
      J’avoue que je commence à arriver à la partie qui me plaît le moins, mais j’essaie de me raccrocher justement aux personnages que j’aime tant pour le traverser. C’est en tout cas une relecture intéressante avec mon regard plus adulte sur la chose maintenant ^^

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