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A Journey Beyond Heaven de Masakazu Ishiguro

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Titre : A Journey Beyond Heaven

Auteur : Masakazu Ishiguro

Editeur vf : Pika (seinen)

Année de parution vf : Depuis 2020

Nombre de tomes vf  : 4 (en cours)

Résumé : Dans un Japon dévasté par un mystérieux cataclysme, Maru et Kiruko, deux adolescents de la génération post-catastrophe, tentent de survivre. Malgré la menace de monstres dévoreurs d’humains qui plane, ils ont un objectif : atteindre le « paradis »… Dans un immense jardin coupé du monde, un groupe d’enfants jouit d’une vie douce, protégé par des scientifiques. Le monde extérieur leur est inconnu mais certains d’entre eux se questionnent : qu’y a-t-il au-delà des murs de leur paradis ?
A Journey Beyond Heaven a été élu meilleur manga de l’année par le prestigieux Kono Manga ga Sugoi ! en 2019.

Mes avis :

Tome 1

Depuis sa sortie l’an passé, j’entends beaucoup de bien sur cette série chez nombre d’amis blogueurs (dont je vous mettrai les liens plus bas), mais il semble que la série peine à trouver son public. Pour ma part, je n’avais pas osé me lancer penser y trouver une redite de Dragon Head ou Akira à cause de la lecture que je faisais de la couverture. Grossière erreur de ma part. J’ai donc arrêté de faire ma têtue et j’ai décidé de lui donner sa chance pour donner raison ou tort à ceux qui me vendaient si bien le titre. Verdict : ils avaient 100% raison !

A Journey Beyond Heaven est arrivé chez nous avec une solide réputation. Lauréate du prix 2019 Kono Manga ga Sugoi catégorie « Mangas pour garçons », cette oeuvre est dessinée au Japon depuis 2018 pour le magazine Afternoon par Masakazu Ishiguro. Bien qu’inédit jusque-là en France, ce dernier est très actif dans son pays depuis ses débuts en 2001, et la série qui compte actuellement 5 tomes au Japon, est aussi publiée aux États-Unis sous le titre Heavenly Delusion. Je suis donc assez surprise qu’elle ne fonctionne pas chez nous surtout qu’elle est plein de qualité.

A Journey Beyond Heaven est en effet un titre de science-fiction qui a tout pour plaire aux fans de Dragon Head l’horreur étouffante en moins, d’Akira le cyberpunk en moins, ou encore de Nausicaä la fantasy en moins. On retrouve de ces trois titres la poésie, l’étrangeté, le monde post-apocalyptique dans lequel il n’est pas facile de vivre et le mystère.

L’histoire imaginée par Masakazu Ishiguro se partage entre deux espaces et deux groupes de personnages. Tout commence dans une sorte de bulle où vivent un groupe d’enfants qui semblent coupés de tout sans qu’on sache pourquoi mais dont certains commencent à se poser des questions. C’est un monde aseptisé où tous portent le même uniforme et où ils étudient dans un but inconnu, sous la houlette d’adultes qu’on voit peu et qui ne vivent pas avec eux.

Puis l’histoire bascule et nous nous mettons à suivre un duo de personnages dans un Japon ravagé par un drame dont on ignore tout. Ils font tout pour survivre et mener leur quête à bien : trouver le fameux Paradis où l’un d’eux doit être conduit pour accomplir sa mission. Ce monde-là est à l’opposé du précédent. Les deux adolescents doivent fouiller les maisons pour trouver de quoi survivre, se méfier des adultes pour ne pas être agressés, faire avec la nature hostile et ce qui s’y cache, cela n’a rien d’une sinécure.

Cependant, étrangement, l’ambiance du titre est toute calme, toute tranquille, à l’opposé de ce à quoi on pourrait s’attendre. C’est une sorte de calme qui cache la tempête. On ne sait rien de ce qui a pu conduire notre monde à cet état-là. On ne sait pas d’où sorte ces étranges créatures qui parfois s’en prennent aux héros. On ne sait pas vraiment non plus ce qu’ils cherchent et qui ils sont d’ailleurs. Tout est parfaitement mystérieux et c’est justement ce décalage d’ambiances qui m’a séduite et me fait croire au potentiel de la série.

On sent en effet chez l’auteur une jolie maîtrise du tempo qu’il veut insuffler, des idées qu’il cherche à développer, des ambiances qu’il veut poser. J’en veux pour preuve l’alternance parfaitement fluide qui se fait entre les deux univers sans que cela choque ou gêne, au contraire ça titille encore plus notre curiosité et notre envie de savoir ce qu’il s’est passé et ce qu’il se passe encore.

Les dessins de Masakazu Ishiguro sont parfaitement dans la ligne droite de ceux qu’on trouve dans l’Afternoon. On retrouve cette espèce de ligne claire que j’avais aussi noté dans Eden d’Hiroki Endo, avec un dessin assez sobre et peu d’ombres. Pour autant, aussi bien l’ambiance futuriste post-apocalyptique, que l’ambiance fantastique avec ses drôles de créatures, est parfaitement rendue. L’auteur sait autant dessiner des scènes calmes, tranquilles, presque sereine, que les scènes d’action plus tendues et vives voire inquiétantes. Je regrette peut-être juste le trait un peu trop rond, trop jeune des deux héros que j’aurais aimé un peu plus abîmés par la vie, pour les différencier plus des enfants « du dedans ».

Ainsi, je comprends très bien le coup de coeur de mes camarades et je les remercie de m’avoir incitée à découvrir ce titre. C’est effectivement du bel ouvrage, de la SF comme j’aime, un récit mystérieux et bien mis en scène, qui ne prend pas ses lecteurs pour des idiots et s’inspire à merveille d’une culture SF aussi bien orientale (avec les créatures, l’eau partout…) qu’occidentale (avec ce roadtrip, ce lieu clôt…). Si comme moi, vous aimez ce genre, vous ne serez pas déçu du voyage !

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : L’Apprenti Otaku, Les voyages de Ly, Xander, Il était une fois un manga, La pomme qui rougit, Songe d’une nuit d’été, …

Tome 2

Avec ce nouveau tome, je frôle à nouveau le coup de coeur pour ce titre de SF diablement bien composé et mystérieux.

Le périple de Maru et Kiruko se poursuit dans un Japon dévasté par on ne sait quelle catastrophe et peuplé de terribles créatures : les dévoreurs, qui portent bien leur nom. Entre errance dans des endroits quasi désertiques entre deux communautés, nos héros se rapprochent et Kiruko se confie à Maru, lui révélant son secret.

J’ai encore une fois beaucoup aimé le ton de l’histoire, entre action, tragédie et mystère avec une pointe d’humour. Les révélations d’Hiroko nous embarquent dans une toute nouvelle direction très prometteuse faite de drôles d’expériences scientifiques, ce qui pourrait les relier au fameux Centre qu’on suit en parallèle. Les rencontres qu’ils font les amènent aussi vers de nouveaux combats toujours très bien mis en scène. L’auteur s’approprie aussi des références graphiques empruntées aussi bien à Akira d’Otomo qu’à Gyo de Junji Ito. C’est très réussi.

Leur voyage peut sembler vain mais c’est tout sauf le cas. Ça nous permet de voir ce qu’il advient d’une société quand un drame la coupe du niveau technologique qu’elle avait atteint et la pousse à revenir à des bases plus barbares et/ou proche de la nature.

Je regrette juste dans ce tome que l’équilibre entre les deux univers qui se croisaient dans le premier tome soit plus bancal. On voit beaucoup Maru et Hiruko, ce que je comprends parce que eux sont à l’extérieur et peuvent voyager, mais j’aurais aimé que les enfants du Centre aient le même traitement, surtout que celui-ci est diablement intriguant. Les brefs moments où on s’y intéresse, je crois que c’est là que l’intrigue prend toute sa saveur (avec les révélations d’Hiruko au tout début). L’auteur nous questionne alors sur une société où on aurait laissé des enfants grandir coupés de tout. Quels rapports auraient-ils au corps, à la sexualité ? Il semble également interroger sur la morale scientifique avec les expériences qu’on commence à entrapercevoir, qui font froid dans le dos.

Tout cela se goupille à merveille pour créer une atmosphère étrange et dérangeante dans laquelle chaque groupe évolue et fait des découvertes plus ou moins précieuses et intrigantes. J’ai vraiment beaucoup aimé le ton, le rythme mais aussi les relations et dynamiques qui se nouent. Le dessin alterne entre SF post-apocalyptique à la Akira et horreur à la Junji Ito. Je ne sais pas si c’est voulu mais ça fonctionne du tonnerre sur moi !

Tome 3

Nouveau tome diablement bien tourné. Tout en faisant des déclinaisons sur le même thème, l’auteur fait subtilement évoluer son récit et sa narration. C’est très très bon.

Avec ses dessins qui ont de plus en plus des tocs provenant d’Akira d’Otomo, l’auteur nous plonge dans un univers toujours plus louche où les mystères sont nombreux et les morales complexes. Si la partie dans le « jardin » se fait de plus en plus discrète, c’est probablement celle qui me fascine le plus et j’aime que les rares moments où on le voit soit maintenant mêlés à la narration du reste de l’histoire. Cela permet de faire des ponts encore plus évidents.

Les thématiques de SF sont toujours aussi plaisantes. Ça parle robot remplaçant l’homme, ça parle médecine, ça parle d’expériences et bien sûr de la notion de genre, qui semble être un élément important ici. Du côté du jardin, justement on a une jolie surprise de ce côté-là, personnellement je n’avais pas su saisir les indices et il faudra que je revienne en arrière pour voir. On y voit également de plus en plus évoluer les adultes avec leurs robots et bien que toujours floues les expériences sont au coeur, nous faisant nous questionner sur la finalité de ces enfants et la raison de la mort de deux d’entre eux. J’aime beaucoup cette atmosphère.

L’ambiance du côté de Kiruko et Maru, elle, est toujours celle d’un survival. L’auteur utilise des topos du genre pour les faire avancer dans leur quête : l’utilisation d’une mystérieuse carte, la rencontre de gang et de manifestants contre… C’est assez classique mais très bien fait, notamment grâce à la vivacité du récit mais aussi grâce à la belle entente entre les deux héros. L’auteur mélange avec talent action et introspection dans ce Japon post-apo où on se demande toujours ce qui a bien pu arriver. J’ai trouvé cependant que c’était un peu plus répétitif ou déjà vu dans ce tome. Il ne leur arrive rien de franchement nouveau ou imprévisible, ni l’attaque de l’ours, ni la petite jeune qui les manipule dans son hôtel, ni le groupe de contestataires qui les embauche. Tout ça rend le récit agréable mais ça ne m’a donné le sentiment de beaucoup avancer tout de même.

A journey beyond heaven continue à bien porter son nom avec son rythme tranquille et son ambiance mystérieuse. On s’est désormais attaché aux personnages. On est curieux de leur devenir. On a envie de percer tous ces mystères avec eux et l’auteur a très bien su écrire tout ça !

Tome 4

C’est toujours aussi passionnant mais perturbant de lire A journey beyond heaven, car effectivement le voyage proposait nous emmène vers des cieux bien compliqués.

L’auteur joue de sa double trame temporelle impossible à situer. Je passe mon temps à faire des suppositions que je dois rectifier le chapitre d’après. C’est frustrant et passionnant à la fois, comme le fait de suivre à la fois un récit post-apo et un récit en huis clos scientifique. Je regrette juste que le premier prenne autant de place car ce sont les mystères du second qui continuent à m’intriguer le plus.

Maru et Kiruko poursuivent leur quête et tombent sur deux groupes s’affrontant sur fond d’expériences médicales. J’ai beaucoup aimé le personnage du médecin qu’il croise. Quelle belle âme ! Et en plus, il leur fait de sérieuses révélations sur les créatures fantastiques que Maru parvient à tuer grâce à son pouvoir. Il les oriente aussi sur une nouvelle piste pour trouver quelqu’un que Kiruko connaissait. Leur quête est donc loin d’être terminée et reste très intéressante à suivre, même s’il y a une certaine redondance un peu dans la forme qu’elle prend et une petite lassitude parfois pour ma part.

Je suis surtout de plus en plus frustrée de ne pas pouvoir la situer par rapport à ce qu’il se passe dans l’école car l’auteur sème de plus en plus d’indices de liens entre les deux. Mais qui est l’oeuf, qui est la poule, c’est extrêmement dur de le dire…

Dans l’école, on découvre un moment passé de celle-ci particulièrement marquant et les bizarrerie de ses élèves sont de plus en plus visibles alors que rien ne les laissait vraiment voir au début. C’est perturbant et fascinant. J’adore le côté société secrète des adultes, dont la cheffe continue à me faire penser à un personnage d’Akira. J’adore les révélations qui ont lieu qui viennent tout perturber. J’adore le fantastique qui se glisse peu à peu sous la routine tranquille qu’on y percevait. Sous ses dehors calmes, c’est la partie de l’histoire qui peu à peu sort le plus de sa routine et s’éveille.

Ainsi, malgré un rythme toujours aussi lent, A journey beyond heaven poursuit son petit bonhomme de chemin tranquillement, nous assénant des révélations là où on ne les attend et vers des directions qu’on n’avait pas forcément prévu. Le mystère reste complet et à chaque fois qu’on pense avoir saisi quelque chose cela se complique encore. J’adore ça !

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13 commentaires sur “A Journey Beyond Heaven de Masakazu Ishiguro

  1. Merci pour la mention qui m’a permis d’avoir une notification concernant cet article, qui me fait d’autant plus plaisir que je constate que tu es toi aussi convaincue par ces premiers tomes. Comme tu l’as dit en introduction, la série démarre pas très bien chez nous et je trouve ça vraiment injuste tant elle est maîtrisée pour le moment.

    Aimé par 1 personne

  2. C’est vrai que tous les avis que j’ai pu voir passer sont vraiment positifs pour ce titre, et pourtant il ne fait pas de grandes vagues comme d’autres sortis récemment ! Je sens que je vais devoir y apporter ma contribution aussi en me procurant cette saga le plus rapidement possible ! Parce que je suis vraiment de plus en plus intriguée par tous ces avis positifs 😀

    Aimé par 2 personnes

    1. Voilà, c’est ça, c’est surprenant que le titre ne fonctionne pas mieux. Je me demande ce qui bloque les lecteurs : les couvertures ? le titre à rallonge à la signification peu parlante ? l’univers ?
      En tout cas, j’espère que tu fonceras et craqueras car il le mérite vraiment !

      Aimé par 1 personne

      1. Pour ma part, les couvertures ne m’ont pas vraiment attiré, et le titre aussi, ça avait l’air d’être décalé, du coup je ne me suis pas plus arrêtée dessus.
        Il est bien noté en wish list, je suis curieuse !

        Aimé par 1 personne

    1. Youpi, une de plus !
      Le titre est clairement passé inaperçu malheureusement.
      Et pour la petite anecdote, quand j’ai voulu l’acheter, je ne le trouvais pas en rayon, la libraire et son assistante non plus alors qu’il était censé être en rayon. On a dû s’y reprendre à plusieurs fois et finalement il était bien au bon endroit mais on ne le « voyait » pas entre les autres 😅

      Aimé par 1 personne

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