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Eden: It’s an Endless World! d’Hiroki Endo

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Titre : Eden: It’s an Endless World !

Auteur : Hiroki Endo

Editeur vf : Panini (seinen)

Année de parution vf : 2021-2022

Nombre de tomes vf  : 2 / 9 (en cours) – Nouvelle édition

Résumé : La Terre, dans un futur proche. Le closure virus, un mal mortel et incurable dont l’origine est inconnue, a dévasté la population mondiale. Dans les décombres de la civilisation, l’humanité tente de se relever. Une famille, en particulier, fait tout ce qu’elle peut pour survivre : la famille Ballard, dont l’un des membres, Enoa, est immunisé contre le virus depuis sa naissance. Si l’espèce humaine a frôlé l’extinction, ses travers sont toujours bien présents : l’égoïsme, l’avarice, la volonté de domination, l’individualisme…

Mes avis :

Tome 1

Eden: It’s an Endless World ! fut l’une de mes lectures les plus marquantes quand j’étais ado. Je me rappelle avoir été fascinée par la complexité de cet univers futuriste si proche du nôtre et surtout avoir été soufflée par la qualité technique et les détails de l’auteur. Mon édition datant un peu et ayant souvent été lue, je suis ravie de voir Panini ressortir le titre, qui plus est en grand format ! Cela permet de remettre en avant ce qui se fait de mieux en SF avec Akira et Nausicaä.

Cette réédition se composera donc de 9 volumes doubles en grand format, ce qui permettra d’admirer en plus le trait de l’auteur. J’ai beaucoup aimé le travail fait dessus avec l’ajout de marque-page, de pages couleurs et une belle couverture avec des effets d’impression qui en plus reprend les illustrations des 2 tomes d’origine. L’éditeur n’a pas oublié non plus de laisser les pages bonus avec les mots et l »interviews de l’auteur. Le seul défaut qualitatif vient de  l’impression et du papier qui ne sont pas toujours à la hauteur puisque sur certaines pages, nous avons un effet de transparence assez gênant qui fait voir à travers le papier…

Cependant, Eden est avant tout une histoire passionnante mais surtout hyper dense et la lecture de ce premier tome double fut vraiment copieuse. Passé un premier chapitre introductif qu’on pourrait qualifier de long prologue – j’ai adoré celui-ci au passage et c’était lui qui m’avait le plus marquée autrefois -, on bascule ensuite 20 ans plus tard dans un univers flou, dont il nous manque plein de codes, mais très immersif et donc fascinant. Chapeau pour le tour de passe passe narratif pour nous faire plonger dans l’histoire.

Ainsi, Eden est une excellente série de SF d’anticipation. On y parle philo, religion, géopolitique, organisations internationales, guerres / guérillas, militaires, drogues, prostitution, robotique, maladie / virus… C’est hyper riche mais surtout ça reste passionnant de bout en bout car c’est extrêmement bien écrit, avec un background qu’on sent très solide et des recherches sur notre monde contemporains pour proposer une évolution malheureusement plausible. On est également parfois presque dans de la hard science, tant les concepts sur la robotique, la technologie ou la recherche médicale sont pointus. Je me rappelle qu’autrefois j’avais eu du mal, et bien ce fut encore le cas parfois, même de 20 ans plus tard ^^! Ainsi, ça fait très récit d’anticipation surtout à l’heure actuelle où les virus et conflits interraciaux / internationaux sont tout à fait d’actualité.

Hiroki Endo nous plonge dans un monde brutal, violent, ravagé par la maladie, une maladie très bien expliquée qui a parachevé de déglinguer le monde tel qu’on le connaissait, tiraillé entre plusieurs puissances majoritaires militaires, mais aussi technologiques. C’est tout à fait cohérent et j’ai apprécié la grande place accordée à la technologie et la cybernétique ici, avec un auteur qui ne nous prend pas pour des idiots et offre un contenu exigeant sur bien des niveaux scientifiques et philosophiques. C’est passionnant et fascinant dans les 2 temporalités de ce premier tome.

La 1e partie est une préquelle diablement bien fichue car extrêmement intrigante avec un huis clos un peu étouffant mais très ouvert aussi étrangement. On y découvre l’histoire d’une famille sur plusieurs générations avec des erreurs qui se perpétuent et la question : qui mettra fin au cercle infernal ? Ce huis clos entêtant est empli d’une douceur amère et peuplé de beaux personnages ambigus qui réfléchissent sur leur nature humaine et sa signification.

La 2e partie se déroule bien plus tard. Au début, on peut être surpris car on suit un tout nouveau personnage qui semble presque n’avoir aucun lien avec les précédents. On ne comprend pas grand-chose, ça se dévoile au fur et à mesure grâce à un rythme et une narration vraiment immersifs. On suit une nouvelle génération, de nouveaux enjeux mais pas si éloignés des précédents.

Le héros se mêle à une guerre qu’on / qu’il n’est pas sûr de comprendre. Il a lui-même des enjeux personnels encore cachés qu’on devine quand même, notamment grâce à des flashbacks parfaitement et judicieusement intégrés. Il rejoint un groupe de guérilleros fascinants car tous cabossés et au but encore flou. Il y a :
Sophia : la cyborg, maman de 41 ans (avec 8 enfants) mais transplantée dans le corps d’une nymphette, pirate informatique et hackeuse.
Kenji : le Japonais kamikaze, super fort en combat rapproché, avec des problèmes d’addiction ou d’oedipe non résolus.
Le colonel : un vieux briscard qui a perdu toute sa famille dans une épuration ethnique et partageant une drôle de relation avec Kenji.
Voilà pour les principaux, puis ils sont rejoints par deux jeunes femmes transformées en esclaves sexuelles qu’ils libèrent, dont Helena est la plus notable car c’est une forte tête, qui ose tout balancer à Elijah (le héros) sur les horreurs commises par sa famille. Elijah justement est un grand naïf à première vue mais il se révèle être bien plus que ça. Il est débrouillard, intelligent, aventureux, mais marqué lui aussi par la vie et son environnement. On ressent d’emblée une excellente dynamique entre tout ce petit monde qui va nous embarquer dans des aventures fascinantes.

Pour cela, la narration est super fluide et entraînante. Tout s’enchaîne et se goupille à merveille. On passe tantôt d’un rythme lent, presque tranche de vie tranquille même si futuriste, à un déchainement de scènes d’action brutales et parfaitement mise en scène dans découpage bluffant et percutant ! Impossible de ne pas succomber quand on aime ce genre d’histoire tant c’est bien fait.

Côté dessins, toujours rien à redire. J’ai beaucoup aimé le trait réaliste d’Hiroki Endo qui se retrouve aussi bien dans ses personnages, ses méchas au sens large, que ses décors : Eden est une belle bulle futuriste hors du temps au début, puis on rencontre Elijah dans l’archétype de la ville déserte post-apocalyptique, ensuite on part dans ce qui est une campagne sud-américaine plus vraie que nature. C’est parfaitement calibré et même si on ressent beaucoup l’influence d’Akira et d’Evangelion, que l’auteur revendique d’ailleurs, il a quand même un trait qui lui est propre avec une richesse dans les détails mécaniques notamment qui a de quoi fasciner.

Vous l’aurez compris, ce fut impossible pour moi de ne pas avoir à nouveau un coup de coeur pour ce titre qui est clairement l’un des meilleurs démarrage de récits de science-fiction que j’ai pu rencontrer à ce jour ! J’avais adoré ado, j’adore adulte. J’avais été fascinée ado, je suis fascinée adulte. Un tel univers, aussi intelligent, riche et bien pensé en référence à notre monde actuel, ne peut qu’être un grand texte et je vous encourage vivement à le découvrir si vous êtes amateurs du genre 😀

Tome 2

Le premier tome envoyait déjà de l’ultra lourd, le second est dans la même ligne. Entre combats millimétrés et approfondissement de l’univers et des personnage, on n’a pas le temps de souffler !

J’ai vraiment été frappée par le sens du rythme de l’auteur dans ce tome. Il m’a soufflé avec ses brusques accélérations qui me laissaient sur le carreau tandis que ses héros luttaient à armes égales contre des forces qui pourtant auraient dû les dépasser. La mise en scène de cet affrontement était incroyable. Vive, rapide, brutale, sanglante et pleine d’émotion. Hiroki Endo a en plus un sens du cadrage de fou, on croirait vraiment suivre le storyboard d’un film image par image. Je me suis ainsi retrouvée à plusieurs reprises, notamment quand Kenji combat, à suivre chaque détail de ses déplacements et gestes pour ressentir encore plus l’intensité de ce qui se jouait. Incroyable !

Mais en plus, le mangaka est un conteur né parce qu’il casse régulièrement le rythme de ce combat haletant pour glisser des informations sur le passé de ses héros et ainsi creuser des personnages qu’on aurait pu croire n’être que des guérilleros. Ainsi, Wycliffe est un ancien soldat/mercenaire qui vit avec le regret des vies prises par sa faute ; Cachua, elle, se rappelle avec regret ce frère mort par envie de liberté, envie qu’elle partage ; Elijah, lui, se rappelle les jours heureux avec sa jeune soeur malgré le décalage induit par les activités de son père ; enfin Kenjin, personnage sur qui on revient le plus longuement, se souvient de sa relation intense et ambigüe avec son frère qui l’a fait plonger dans cet univers violent.

C’est toujours aussi sombre, noir et violent. La guerre est partout. L’univers est riche et complexe. On découvre de nouveaux ennemis effrayants : les ions, des soldats quasi invincibles créés artificiellement par le Propater à base du closure virus, qui avait fait disparaitre tant de gens. L’auteur mélange alors passé et présent dans le cadre de cette découverte glaçante, ce qui lui donne un impact fort dans la série. S’y ajoute les rivalités et affrontements entre Propater et Nomad, ce qui mêle encore plus Elijah, son père et ses soeurs à toute cette histoire encore bien floue mais forcément prenante qui s’annonce.

Ce tome aura surtout était le cadre de terribles affrontements entre la troupe de Sofia et les mercenaires du Propater, nous donnant l’occasion d’assister à une mise en scène grandiose. Mais on sent au loin, un vaste affrontement encore plus intense et noir se préparer. Les pertes sont déjà là et marquent le lecteur car mine de rien on s’était attaché. La suite s’annonce tout aussi cruelle. Hiroki Endo manie aussi bien la psychologie que la testostérone bourrine. Il offre de belles réflexions sur l’évolution de notre société, son rapport aux femmes, à la religion, à la science. Ce titre est vraiment un must en terme de SF.

coup de coeur

7 commentaires sur “Eden: It’s an Endless World! d’Hiroki Endo

  1. On se rejoint totalement, on avait de toute façon eu l’occasion d’en parler. Même si je trouve que c’est vraiment avec le tome 2 que le récit m’a bien calmé, car le travail sur la violence est assez fou. Une séquence en particulier m’a vraiment marqué, et je pense que tu verra de laquelle il s’agit quand tu lira le tome (tu l’as peut-être déjà lu d’ailleurs, mais comme il n’est pas évoqué je préfère ne pas trop en dire 😉).

    Pour moi c’est une totale decouverte avec cette réédition, et pour le moment je suis conquis !

    Aimé par 2 personnes

    1. Oui, c’est un récit de SF brutal et réaliste dans ce qu’il décrit avec une représentation de la violence assez marquante.
      Il faudrait que je relise car ça fait un bail, mais à l’époque c’était un élément qui me soufflait pas mal ^^!
      Ravie que tu sois conquis toi ainsi que d’autres, ça fait plaisir de voir un titre qu’on chérit trouver un nouveau public des années après ^-^

      J'aime

    1. Disons que Panini se rachète une réputation après la calamité que ce fut pendant longtemps. C’est un vrai bonheur de voir des titres oubliés comme celui-ci revenir sur le devant de la scène surtout quand ils sont si bons !

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