Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Don’t Call It Mystery de Yumi Tamura

Titre : Don’t Call It Mystery

Auteur : Yumi Tamura

Editeur vf : Noeve Grafx

Années de parution vf : Depuis 2021

Nombre de tomes vf  : 1 (en cours)

Résumé : Totono Kuno est un étudiant solitaire, qui n’aspire qu’à profiter de ses journées tranquilles, à préparer du curry et à apprécier le passage des saisons. Sa routine est bouleversée le jour où la police se présente à sa porte : l’un de ses camarades de classe a été assassiné et il est le seul suspect… Il faudra à Totono déployer toutes ses capacités de déduction pour lever les soupçons qui pèsent sur lui. Heureusement, il ne manque pas de ressources dans ce domaine !

Mes avis :

Tome 1

Adolescente puis étudiante, j’étais une grande fan des récits d’aventure de Yumi Tamura, une autrice qui n’a malheureusement pas su trouver son public chez nous en France, probablement à cause d’un trait auquel les lecteurs n’étaient pas habitués mais que je trouve plein de charme. Ainsi même si j’ai pu aller jusqu’au bout de Basara avec délectation, ce ne fut pas le cas pour son second titre : 7 Seeds qui fut abandonné au bout de 10 tomes sur plus de 30…

Je ne m’attendais donc absolument pas à voir revenir l’autrice chez nous, mais en 2021, Noeve Grafx nous a fait la belle surprise de sortir en vf l’une de ses dernières séries en cours : Don’t Call It Mystery qui met en scène un héros aux allures de Sherlock à la japonaise. Publié dans le magazine Flowers qui appartient à la Shogakukan, ce josei a tout pour plaire au plus grand nombre : un habillage de polar/thriller moderne, un héros dans les codes actuels du genre, et une édition vraiment très très soignée dont j’ai notamment adoré la traduction avec ses jeux de mots bien trouvés ! Je croise donc fort les doigts pour que l’autrice trouve son public cette fois chez nous.

Don’t Call It Mystery est cependant très différent de la production de l’autrice qui est arrivée chez nous jusque là comme le mentionne le bandeau de l’éditeur. Nous la retrouvons dans « un registre complètement nouveau » pour nous, mais pas totalement pour ceux qui comme moi ont également acquis ses oeuvres sorties aux Etats-Unis : Chicago (Fiche) et Wild Com (Fiche), où on retrouvait déjà un peu cette veine de polar. Mais les années sont passées et c’est avec un habillage bien plus moderne qu’elle revient au genre ici.

Le premier tome de Don’t Call It Mystery nous offre de suivre Totonô Kunô lors de deux histoires où son sens de la déduction et de la répartie sera fort utile. Pour nous faire découvrir ce héros et le mettre en scène, l’autrice n’hésite pas à en faire des tonnes. Lui, qui est un banal étudiant vivant seul et adorant le curry, se retrouve à chaque fois embarqué dans des histoires d’une ampleur incroyable : meurtre d’un camarade de Fac, détournement d’un bus. Il n’a vraiment pas de chance mais pour nous, lecteurs, c’est jouissif à suivre.

Avec sa narration tranquille somme toute mais assez bavarde, l’autrice fait sans cesse basculer le quotidien monotone du héros dans une suite de dialogues de haut niveau où il démontre tout son génie de la déduction pour se sortir des terribles situations dans lesquelles il se retrouve. On a alors l’impression d’assister à une représentation théâtrale ou cinématographique comme dans Douze hommes en colère. C’est certes très riche en texte mais passionnant à suivre et pas du tout lourd à lire au final, car c’est très fin et souvent assez caustique. Totonô, tout comme son prénom, est vraiment un garçon qui sort du lot et sait se faire remarquer, même si parfois c’est en tapant sur le système de ceux en face de lui.

Dans la première histoire, il se retrouve donc impliqué dans une affaire de meurtre dont tout le désigne comme coupable. Il est donc embarqué par la police et interrogé longuement à plusieurs reprises, mais il ne cède jamais et fait toujours preuve de logique. Une discussion en amenant une autre, il nous permet également de faire connaissance avec les policiers qui l’interrogent, ce qui fait qu’il n’est pas le seul sur scène et qu’on lui donne efficacement la réplique, se crée une connivence entre eux et nous, qui assistons à répétition à ces échanges qui en plus virent sur la vie privée petit à petit. Un jeu d’échanges privés / professionnels s’instaure alors avec une histoire qui gagne et gagne en profondeur au fil des pages jusqu’à la brutale révélation finale qui marque le coup. L’autrice a vraiment le sens du suspense et du coup de théâtre.

Elle réitère cela dans la seconde histoire développée dans ce tome, qui n’est pas terminée à ce jour et qui verra probablement sa conclusion dans le tome 2. Cette fois, Totonô veut aller à une exposition de peinture et monte précipitamment dans un bus, qui quelques minutes plus tard est détourné par un fou armé d’un couteau. Situation, malheureusement courante de nos jours, mais qui va à nouveau permettre à notre héros de mettre en scène son sens de la déduction et de la répartie pour tenter de s’en sortir avec les autres voyageurs. Pour le moment, je trouve l’histoire moins prenante que la première. Les ressorts sont autres. Il y a cependant la même dynamique que précédemment qui s’installe mais avec les autres voyageurs cette fois qu’on voit ainsi se dévoiler. Le coup de théâtre lui intervient dans les dernières pages et n’est pas si surprenant que ça. Il laisse cependant un beau suspense pour la suite et j’ai hâte de connaître le fin de cette histoire.

Au cours de ces deux récits, j’ai donc retrouvé la narration impeccable de cette autrice toujours aussi bavarde qui aime développer ses idées et faire parler ses personnages. Elle a su imaginer un héros atypique, qui certes a un petit côté Sherlock Holmes mais pas que. Il reste d’ailleurs assez mystérieux encore pour le moment. J’aime son côté froid et décalé mais humain aussi. On se demande un peu quel est son parcours personnel, comment il peut être ainsi, comment cela va évoluer pour lui, s’il va rejoindre les forces de police d’une façon ou d’une autre, etc. A côté de lui, dans les nombreuses personnages que l’on croise en arrière-plan, il y a des figures un peu typiques des mangas de Yumi Tamura pour ceux qui les ont lus. C’est pour cela que certains revirements m’ont peu surpris d’ailleurs. J’aime bien retrouver des figures et visages un peu connus avec des rôles légèrement similaires, cela a un côté réconfortant, surtout après avoir attendu tant d’année pour retrouver l’autrice.

Je reconnais cependant que sa narration chargée en bulles et son dessin atypique pourraient ne pas plaire à tout le monde. Pour ma part, je trouve son trait frais et original. Personne ne dessine comme elle. Imaginer un héros sérieux comme Totonô avec une coupe de cheveux aussi décalée est excellent, ça m’a beaucoup fait rire. Les planches ont un vrai charme en tout cas et les personnages ont chacun « des gueules », ce qui fait que ce titre pourrait tout à fait plaire aux habitués des seinen.

Avec ce premier tome, Yumi Tamura frappe fort en revenant sur le sol français, tout comme son éditeur qui nous offre un objet soigné, à la couverture surprenante, l’impression impeccable et la traduction réussie. J’ai vraiment adoré découvrir ce Sherlock japonais décalé mais moderne, le temps de deux aventures, dont la première, terminée, a tenu toutes ses promesses. C’est un excellent polar qui joue sur des codes classiques pour mieux nous surprendre. Avis aux amateurs !

>> N’hésitez pas à aussi aller lire les avis de : Les Voyages de Ly, L’Apprenti Otaku, Fleurs de Sakura, La pomme qui rougit, Manga Astra, Hitman, Swordy, Vous ? 

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coup de coeur

9 commentaires sur “Don’t Call It Mystery de Yumi Tamura

  1. Un des avantages quand je suis mentionné (je t’en remercie d’ailleurs) est que je ne peux pas louper l’article !
    Comme j’avais quelques minutes à tuer j’en ai profité, et je trouve très sympa d’avoir l’avis de quelqu’un qui connait bien l’autrice.

    Sur ce titre en particulier, on est plutôt en phase. On a soulevé les mêmes qualités comme le sens du dialogue de la mangaka, ou le personnage principal.

    Pour ma part, j’ai été conquis ce qui me laisse à dire que laccueil froid de la mangaka en France est une belle injustice. J’espère qu’avec cette serie, ce sera la bonne !

    Aimé par 1 personne

    1. Je vais essayer de continuer à le faire alors 😉
      Oui c’est totalement immérité cet accueil tiède autrefois alors que l’autrice est une grande conteuse et qu’elle sait très bien capturer la psychologie des personnages et développer des intrigues à thématiques fortes. 7 seeds est vraiment l’un des meilleurs récits de SF post-apo que j’ai pu lire et en dehors de sa longueur je ne comprends pas son échec 😥

      J'aime

      1. Depuis que j’ai appris que le shonen représente chez nous 80% des ventes de manga, je pense que j’ai un élément de réponse.

        On en a déjà brièvement parlé, mais tout ce qui est étiqueté « féminin » part malheureusement avec un handicap. D’où le fait que je ne jette pas la pierre aux éditeurs qui rechignent à utiliser le terme shojo…

        Aimé par 1 personne

  2. Étant fan des personnages à la Sherlock Holmes, a fortiori quand un protagoniste n’en est pas une pâle copie, ce titre ne peut que me tenter. J’aime quand un(e) auteur(e) fait appel au sens de la déduction de son héros et qu’iel n »hésite pas à l’auréoler d’un petit côté caustique.
    Je suis juste un peu réservée sur la présence de deux histoires et pas d’un seul fil narratif, parce qu’en général, je trouve ça moins profond et prenant. Mais le manga reste néanmoins très tentant, d’autant que j’aime vraiment l’effet sur la couverture (oui, je radote).

    Aimé par 1 personne

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