Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

X de Clamp

Titre : X

Auteurs : Clamp

Editeur vf : Tonkam

Année de parution vf : Depuis 1997

Nombre de tomes vf  : 18 (série inachevée)

Résumé : Kamui est de retour à Tokyo après avoir abandonné ses amis il y a de cela quelques 6 années. Détenteur de pouvoirs surnaturels, sa priorité est de ne pas impliquer ses amis Kotoro et Fuma. Il a en fait entre ses mains le destin de la planète alors que la guerre entre forces du bien et du mal va démarrer…

Mon avis :

Tome 1

Dans la liste des séries qui ont vraiment marqué mon parcours de lectrice de manga, il y en a certaines dont je me souviens avec plaisir et amertume. C’était déjà le cas de Nana d’Ai Yazawa, que j’ai adoré relire mais qui m’a laissée en PLS avec son arrêt brutal suite aux problèmes de santé de l’autrice. Et puis, il y a X des Clamp, le meilleur titre qu’elles ont jamais écrit et probablement le seul dont on n’aura jamais la fin malheureusement alors qu’elles sont toujours actives…

Les Clamp, c’est un quatuor d’autrices qui ont produit de nombreuses séries dont les célèbres Card Captor Sakura et Tsubasa Reservoir Chronicle pour les plus jeunes. Mais pour moi, elles font parties des autrices qui m’ont fait découvrir les shojos d’aventure que je chéris tant. Dans X, chacune se charge d’une partie bien définie de l’oeuvre : Nanase Ohkawa est au scénario, Mokona Apapa aux illustrations de couvertures et de chapitres, Mick Nekoi chapeaute la partie artistique et Satsuki Igarashi l’y assiste. Ensemble, à huit mains fondues comme si elles n’étaient que 2, elles ont imaginé une oeuvre magistrale qui n’a presque pas pris une ride.

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X c’est un peu le Akira des Clamp. Elles ont imaginé avec ce titre, une oeuvre reposant sur la dynamique d’un funeste destin qui conduirait à la destruction de la planète et que seul un élu pourrait sauver. Dans un univers très urbain, avec la ville de Tokyo comme toile de fond, les héros vont donc se trouver et s’affronter pour chacun tenter d’imposer leur vision de la future Terre.

Dès la séquence d’ouverture de ce tout premier tome, on sent qu’on est dans ce qui sera une très grande oeuvre. Cette séquence est un modèle du genre en terme de découpage pour poser une ambiance mystérieuse à souhait qui ensuite suintera pendant toute la série. Alors certes, les dessins sont parfois un peu datés, notamment du côtés des coiffures, des looks ou des carrures des personnages, mais ceux-ci pourraient surtout encore donner des leçons d’efficacité aux auteurs actuels. En effet, le trait ultra marqué shojo des autrices est également ultra vif et incisif dans les combats qui peuplent ce tome. Il dégage aussi une noirceur et une poésie presque étouffante et malaisante. C’est très classe.

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L’histoire, elle, s’inspire totalement de l’ambiance pré-an 2000 qu’il y avait dans les années 1990 où tout un chacun craignait un peu à sa façon ce saut d’un millénaire à l’autre. La crainte de la fin du monde pour certain, la crainte d’un grand bug, tout cela suscitait une vraie atmosphère de peur autour de cette date, ce dont les autrices ce sont totalement emparées ici pour créer une oeuvre plus qu’angoissante où se mélangent SF et ésotérisme.

Les Clamp, qui décidément aiment les influences diverses, surfent également sur la mode des titres ésotériques où les héros ont des pouvoirs psy (ESP) comme Akira ou dans les shojos comme Please Save My Earth, son autre grand représentant chez nous. Cela confère une ambiance très singulière au titre quand on voit des héros complètement contemporains, limite banals, se battre à coup de pouvoirs psychiques dans les rues et lieux clés de la Tokyo d’alors, car les Clamp, en artistes un peu jusqu’au-boutistes avait bien fait leurs recherches pour être le plus fidèles possibles aux vues qu’elles utilisaient de la capitale.

Il y a donc un très beau mix entre science-fiction pré-apocalyptique, récit sur le destin et la fatalité et pouvoirs ésotérique dans cette oeuvre somme où la tragédie semble toujours planer au-dessus des têtes des héros.

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Dans ce premier tome, les autrices s’occupent surtout de mettre en place les premiers jalons de leur oeuvre assez complexe. On découvre donc un futur trio de héros d’une histoire dramatique, trois amis d’enfance séparés, avec l’un d’eux qui revient très changé des années après. On ne comprend pas bien pourquoi au début, tout est très mystérieux car les autrices prennent vraiment le temps de développer leur mythologie et préfèrent placer doucement leurs pions.

Ainsi, les enjeux, les thèmes, les personnages mêmes, ne se dévoilent que très très progressivement. A la limite, on n’a même pas beaucoup de caractérisation du côté des personnages pour le moment, car l’univers prend le pas dans ce premier tome.

En effet, l’ambiance est juste travaillée de manière magique. Elle est très urbaine, proche d’Akira, même si la dimension fantastique est pour le moment plus forte que celle de SF. Mais elle est aussi très mystérieuse avec de nombreuses références à des prophéties sur la fin du monde, le rôle potentiel du héros là-dedans, les alliés et ennemis qu’il va trouver, mais tout ça n’est que suggéré et reste à découvrir. Le tempo est lent et insidieux avec de brusques accélérations lors de combats qui semblent brutalement nous tomber dessus et nous surprennent par leur violence. On a l’air d’être tombé en plein milieu d’une guerre qu’on ne comprend pas. C’est fascinant.

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Tout reste à découvrir à la fin de ce premier tome, mais on sent déjà tout le potentiel et les influences fortes qui nourrissent le récit. Le héros est certes un peu antipathique mais ce n’est pas lui qui fait la force du titre, une belle originalité. Si vous ne connaissez pas ce studio d’autrices, commencez pour X et vous serez soufflé ! Si vous les connaissez et que vous voulez lire leur meilleure oeuvre (même inachevée), foncez sur X et vous serez soufflé !

 

Tome 2

Dans ce deuxième tome, l’aspect ésotérique de l’oeuvre commence à prendre une belle dimension avec son mix d’influences SF et Bouddhistes de plus en plus marqué.

Graphiquement les autrices sont au top avec des combats de plus en plus stylés où les pouvoirs des personnages explosent à l’écran… pardon, sur le papier ! Le travail sur les compo est les multiples références qu’elles renferment est assez fascinant. Les autrices ont également un imaginaire très fertiles, où les pouvoirs variés des personnages, les lieux où ils se battent et les techniques qu’ils emploient comme la création de kekkai (barrière protectrice magique) sont fascinants. Si on va dans le détail, j’adore leur représentation des plissés des tissus ou encore de la force des éléments, feu, vent ou eau. Elles ont un dessin quasiment vivant et organique.

Côté ambiance, nous plongeons peu à peu dans quelque chose de plus sombre avec une violence physique ou psychologique qui fait mal. Les traumas passés des héros ne sont pas juste là pour faire jolis, ils ont un vrai impact et marquent le lecteur.

Le mystère, lui, est toujours l’élément clé malgré les révélations qui ont lieu. En effet, les camps de cette future guerre apocalyptique commencent à se dessiner. On découvre qu’il y a d’un côtés les 7 sceaux et de l’autre les 7 émissaires, mais les informations tombent au compte goutte, car chez les Clamp le mystère se fait toujours très résistant. Mais petit à petit tout semble se lier et relier autour de la figure du héros, Kamui et de ses amis d’enfance, Fuma et Kotori.

Les autrices ainsi développent un peu plus les personnages, comprenant que ceux-ci participent de l’ambiance ésotérico-science-fictionnesque qu’elles ont imaginé. Elles enrichissent donc le trio, le dotant, en plus de la voyante découverte dans le tome 1, d’un allié, en la personne d’un bonze qui apporte la caution comique du titre (mais à petite dose heureusement), ainsi que de mystérieux ennemis. Ceux-ci ont eu aussi leur voyante et ils ont également une informatrice à la caractérisation fascinante par sa fusion organique avec l’ordinateur qui est porteur de ses pouvoirs.

Avec un deuxième tome tout aussi prenant et dynamique, les Clamp enrichissent un peu plus leur oeuvre, développant les personnages, enrichissant les différents groupes intervenant dans ce scénario de fin du monde, et ajoutant de nouvelles influences pour nourrir leur récit. C’est proprement fascinant de maîtrise sous cet aspect foisonnant, et je ne parle pas de la maîtrise graphique.

Tome 3

Je suis bien partie pour continuer à encenser l’oeuvre à chaque tome !

Ici dans une ambiance toujours aussi sombre, le récit se teinte d’une allure de légende urbaine comme les japonais aiment tant en conter. C’est leur version moderne des contes de yokai avec morts violentes et pouvoirs fantastiques. Ce petit côté polar fantastique m’a, comme vous vous en doutez, beaucoup plu.

Les Clamp ne mollissent pas en plus, avec un rythme toujours bien dosé, elles s’appuient sur de nouvelles révélations sur le passé et la famille du héros pour enrichir leur univers et développer les différents camps qui font s’affronter dans le futur. Tout continue donc à se mettre en place petit à petit dans une atmosphère toujours aussi sombre, malaisante et violente.

Les combats sont de plus en plus nombreux. On y découvre de plus en plus les pouvoirs des différents acteurs de la guerre, émissaires comme sceaux. Kamui est toujours au centre de tout malgré lui. Le compte-à-rebours semble lancé et ajoute à l’angoisse et à l’ambiance stressante du titre, mais c’est du bon stress car cela rend l’histoire vraiment prenante. J’avais le souvenir d’un titre assez obscur, en fait tout ce dévoile juste tranquillement au moment choisi par les autrices qui aiment tisser une toile pleine de mystère pour capter l’attention des lecteurs de bout en bout.

Dans chaque camp, en tout cas, de nouveaux alliés se révèlent, de nouvelles trahisons sont en sommeil et n’attendent qu’un geste pour se réveiller. J’aime énormément les duels à distance comme IRL que se livrent les deux camps. C’est toujours extrêmement bien mis en scène et percutant avec beaucoup d’imagination de la part des autrices qui savent se renouveler. Du côté des émissaires, les méchants sont fascinants car pas juste des méchants qui veulent faire le mal, on le sent bien. Du côté des gentils, on est loin des personnages lisses et gentils, certains sont même un peu antipathiques au premier abord. Les Clamp ont vraiment commencé à écrire des personnages complexes tout comme leur oeuvre.

Encore une fois, ce tome confirme la grande qualité d’écriture de cette oeuvre, qui s’enrichit un peu plus à chaque volume en terme de caractérisation, de personnages, d’ambiance et de grands moments graphiques. Je suis fan.

Tome 4

Dans une ambiance toujours très pesante, les Clamp continuent de poser les bases de leur tragédie, enveloppant leurs personnages dans des relations de plus en plus sombres et complexes.

Kamui a été rejoint par Sora et Arashi, qui vont l’accompagner dans la découverte de sa destinée. En fait, la mort de sa mère a eu lieu il y a bien moins de temps que je ne le croyais, ce qui est explique son sentiment d’être perdu au milieu de tout ça. Ils vont donc le prendre par la main et lui raconter ce qu’il doit savoir sur sa famille, les Magami (les offrandes de l’ombre), mais aussi lui faire rencontrer la voyante de leur groupe.

L’intrigue reste sombre et mystérieuse à souhait. Ses dimensions urbaine, pré-apocalyptique et ésotérique sont de mieux en mieux mélangées pour donner quelque chose de très marquant et pesant. J’adore ! Les autrices ajoutent en plus un côté politique avec les Magami et leur rôle auprès des puissants de ce monde, ce qui pousse à s’interroger sur ce ou celui qui a déclenché tous ces événements en cascade.

Mais pendant que Kamui est épaulé par tous ces alliés, Fuma, lui, est seul face à tout ce qui lui tombe dessus. Il est avec sa soeur le maillon faible de Kamui, mais n’est-il pas plus que cela ? Les autrices nous orientent peu à peu vers lui, nous font sentir la bascule qui commence à se produire suite à toutes les questions qu’il se pose quant à ce à quoi il a assisté. Après tout, ce sont ses parents qui sont morts violemment presque sous ses yeux à chaque fois.

A demi-mots ultra mystérieux qui peinent encore à faire sens, les autrices continuent à mettre en branle les éléments qui seront à l’origine de cette fin du monde annoncée. La mythologie se déploient tandis que nous découvrons qu’en plus des 7 sceaux et des 7 émissaires, les camps sont également dotés d’un dragon du ciel et d’un dragon de la terre. Les images de fin du monde sont apocalyptiques et offre ce mélange si singulier et propre aux autrices entre SF et ésotérisme shintoïste/bouddhique que personnellement j’adore ! Les deux camps se dessine de plus en plus au milieu de tout ce maelström mais les chefs, les enjeux et les origines surtout restent encore flous. Il y a tant à découvrir !

Oeuvre somme, X n’en finit pas de me charmer par ses mystères mais surtout par son construction faite de mains de maître par ces 4 autrices. Cela peu sembler obscur voir fouillis mais c’est loin d’être le cas, tout est savamment pensé pour susciter la curiosité du lecteur et le pousser à faire X hypothèses ou bien, comme moi, se laisser porter par cette ambiance si étrange. C’est ultra immersif.

Tome 5

Même dans les tomes de transitions, il n’y a aucune baisse de régime ni de qualité dans cette série phare des Clamp qui préfigure tellement de leurs futurs succès !

Kamui est la figure de l’élu sont au coeur de ce tome. Doit-on accepter le destin qu’on veut nous accoler sans rien dire ou peut-on se rebeller ? Voilà la question que le héros nous amène à nous poser avec son air revêche. La voyante princesse lui révèle le destin qu’elle a rêvé pour lui, un destin funeste dans lequel il va devoir faire un choix qui aura de lourde conséquence pour la planète. Mais Kamui n’est pas encore prêt, son esprit adolescent se rebelle.

C’est une belle métaphore de la difficile transition entre l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte que nous présentent les autrices. Elles dessinent avec beaucoup de poésie et de nostalgie ce moment charnière et les souvenirs d’avant qui l’accompagnent. J’ai beaucoup aimé les quelques moments entre Kamui et Kotori pour ça, occultant la romance un peu cul cul qui se dessine également pour plutôt me focaliser là-dessus.

L’intrigue avance du coup lentement puisque le héros est encore en pleine phase de choix. On lui présente ce qui l’attend, les alliés qu’il pourrait avoir, leur pouvoir et les combats qu’il devra peut-être mener. Les scènes de combat sont encore une fois à couper le souffle par leur beauté, leur intensité et la magie de leur mise en scène. J’adore voir ces pouvoirs à base des éléments de la nature déployés ainsi devant nos yeux. Les autrices en plus jouent de tous les codes connus de l’ésotérisme en faisant venir leurs personnages de temples de différentes obédiences et d’autres lieux encore, c’est assez fascinant comme elles utilisent tous les coins et recoins des histoires fantastiques japonaises.

Pour autant, le rythme est lent et entêtant. L’atmosphère pensante et étouffante parfois. On entend en permanence cette petite voix nous demandant de faire le bon choix pour ne pas risquer l’avenir de la Terre. C’est une responsabilité bien pesante. Et c’est fascinant de voir le talent déployé par les autrices pour nous le raconter.

X continue à montrer ses lettres de noblesse avec un tome qui amène peu à peu le héros à faire son choix. On revient sur son passé et son futur. On continue à lui découvrir des alliés et des ennemis. Je retrouve surtout des éléments rappelant ou préfigurant bien des oeuvres des Clamp que j’ai adoré, de Tokyo Babylon (dont on aperçoit les héros), à Magic Knight Rayearth (dont on sent l’influence dans ces filles maniant l’épée), en passant par Sakura (car les représentations de ce couple d’enfant rappelle beaucoup celui qui se créera dans la série). C’est vraiment une belle et sombre magie qui est à l’oeuvre !

Tome 6

Avec toujours autant de talent les autrices mêlent et démêlent les fils de leur intrigue, nous préparant dans ce tome à un nouvel arc qui s’annonce déchirant !

On reprend les mêmes ingrédients : ésotérisme, mystères, symboles forts, destinée et destins contrariés, on remue tout ça et à chaque tome on se retrouve avec une nouvelle combinaison mélodramatique qui prend aux tripes. Les Clamp ont vraiment l’art et la manière de conter cette histoire d’apocalypse annoncée.

Pour autant, l’histoire marque un peu le pas ici. Les autrices nous font mariner autant qu’elles nous préparent pour l’annonce de qui dirigera chaque clan et qui devra affronter son ou sa nemesis. C’est très bien fait mais un léger sentiment de répétition et de délayage se fait tout de même sentir à la longue. Oui, Kamui détient le destin du monde entre ses mains. Oui, il doit choisir. Oui, il a peur pour ceux qu’il aime. Mais c’est quand qu’il se bouge le jeune homme lol Heureusement, on reste sur un titre extrêmement bien fait, ce qui permet de dépasser ce genre de défaut agaçant ailleurs.

Les autrices, pour nous faire patienter, préparent le terrain en réemployant des personnages dramatiques d’une de leur précédente série qui avait eu un succès monstre : Tokyo Babylon. Le fameux sorcier Sakurazukamori et l’exorciste Sumeragi qui s’étaient affrontés par le passé, reviennent ici et envahissent petit à petit l’espace avec leur histoire ultra charismatique. Même si on ne la connait pas, on sent dans leur apparition quelque chose de dramatique qui a eu lieu ou se prépare et ça nous saisit à la gorge. J’ai hâte de les retrouver un peu plus longuement.

D’autres surprises de ce genre sont en germe dans ce tome décidément riche en préparatifs. Les autrices se tournent également vers « l’arme » de Kamui, la fameuse épée qui a été volée. On découvre qui est vraiment le voleur, Natakou, et cela a vraiment des faux airs passionnant d’Akira mais cela prépare aussi d’autres futurs titres de Clamp, comme Angelic Layer, Chobits ou Tsubasa Reservoir Chronicle, je trouve. Mais surtout, on assiste à la naissance tragique d’une seconde épée et là, nos reines de la mise en scène ne lésinent pas, montrant toute la dramaturgie d’une magie bien cruelle.

Une page se tourne. Les destins se dessinent de plus en plus. Les drames se rapprochent et l’on voit déjà se dessiner ce qui va inéluctablement arriver et va déchirer la trame actuelle. Les dessins hautement symboliques mais magnifiques des Clamp soulignent toute la noirceur et la tragédie de ce titre. C’est vraiment magique de voir les compositions qu’ils imaginent pour nous conter cette triste histoire. Je regrette juste de ne pas pouvoir les découvrir dans un plus grand format pour pouvoir mieux les admirer comme dans Tokyo Babylon.

Tome 7

De l’art du drame ! Nos chères autrices pourraient complètement écrire un manuel sur la façon dont elles mettent celui-ci en scène et le magnifie un peu plus à chaque tome.

Ici, nous sommes dans un faux tome calme où les destinées croisées de plusieurs personnages viennent d’un coup s’agiter et nous perturber au plus haut point pour faire monter encore le mystère et la tragédie d’un cran !

Kamui vient de perdre sa tante qui a donné naissance à la nouvelle épée divine. Ce faisant il réveille tout plein de traumatismes chez ses amis, mettant en branle une destinée dont il ne veut peut-être pas.

J’ai trouvé saisissant la violence dont les autrices font preuve ici. Elles ne nous épargnent rien en giclage de sang et autres entrailles dégoulinante. Pas surprise que Kotori parte complètement en vrille, ni que Kamui passe de plus en plus du type fort des débuts à celui plus fragile qu’on connaitra, car comment surmonter de tels traumas ?

La mythologie de la série s’épaissit, s’éclaircissant et s’obscurcissant en même temps grâce au talent des autrices. Nous découvrons, sans surprise, que Kamui est une étoile double et que s’il joue les élus lumineux d’un côté, quelqu’un d’autre (tout le monde a deviné qui, je pense) jouera les élus sombres de l’autre. Kotori, elle, devient une figure sacrificielle mais plus que cela une potentielle devineresse que la folie qui s’empare d’elle réveille et brouille à la fois, c’est terrible à voir.

Les Clamp aiment beaucoup jouer sur la symbolique et elle est très puissante depuis les débuts de la série. Reposant sur la dualité, le bien et le mal, les opposés qui s’attirent mais qui se répondent également, on les retrouve partout dans la série ! On les retrouve dans les amours homosexuels et saphiques qui parsèment le titre ouvertement ou de manière suggérée. On les retrouve dans les duos qui se forment au sein de chaque clan mais également entre les deux tels des ponts qui se répondent. Amis, amants, ennemis, tout se confond. C’est fascinant d’assister à un tel ballet !

La mise en scène a beau être lente, prenant son temps, je la trouve vraiment fascinante de noirceur et de morbidité macabre même. Tout est tordu dans cette série et les rares moments lumineux ou juste joyeux sont d’autant plus forts. On est graphiquement sur quelque de hautement poétique et symbolique qui me ravit la rétine à chaque page. Je suis totalement sous le charme de ses compositions romantiques, dramatique et ésotérique mais également presque christique sous fond de fable écologique pré-apocalyptique.

Les Clamp ont vraiment su réinterpréter à leur sauce les mythes destructeurs anciens et modernes qui ont marqué notre existence. L’approche de l’an 2000 n’aura jamais été aussi effrayant qu’entre leurs mains !

Tome 8

Tome charnière s’il en est, notre 4 autrices ont vraiment bien préparé leur coup pour nous asséner une révélation qui fait bien mal !

Avec tout l’art de la mise en scène qu’on leur connait, les Clamp jouent avec nous dans ce tome. Elle offre bien plus de moments de vie que d’habitude, alors qu’en parallèle les combats font rage de tout côté. Nous retrouvons ainsi quelques petits moments légers et savoureux, plein d’humour qui viennent alléger une atmosphère étouffante. Nous recroisons également des figures clés de l’univers Clamp.

En effet, les autrices ont toujours aimé mêler leurs univers. Ainsi, nous recroisons volontiers les héros des Clamp School Detectives désormais adultes, qui seront là pour aider Kamui à découvrir toute l’ampleur de sa destinée. Mais surtout, nous allons assister aux terribles retrouvailles de Subaru Sumeragi et du Sakurazukamori. Si vous n’avez pas lu Tokyo Babylon, attendez-vous à être bien spoiler ! Ce sont de tragiques retrouvailles qui vont rappeler à notre mémoire tout le passif entre les deux héros et ça va faire mal.

Ainsi le Tokyo des années 90 est le théâtre d’affrontements fratricides. Un kekkai majeur est détruit, annonçant le premier coup d’éclat des Dragons de la Terre qui vont lancer les hostilités et pousser les deux camps à se mettre en branle. Même sans participer au combat, Kamui va être poussé à faire un choix face à tous ces événements et celui-ci va se révéler dramatique, mais en même il n’y avait pas le choix. Ce sentiment d’inéluctabilité est vraiment présent partout et fait mal.

On se retrouve ainsi, avec un kekkai majeur détruit et une population en panique, une Kotori complètement traumatisée par ce qu’elle vient de vivre, un duel dramatique au sommet entre les deux plus puissants manipulateurs des magies du yin et du yang, un Kamui perdu face à ce à quoi il vient d’assister, ce n’est vraiment pas tout rose et pourtant, on suit ça de manière quasiment hypnotique tant la mise en scène est magistrale !

En effet, tous ces drames ponctuent le tome faisant monter petit à petit de plus en plus la tension. On a eu notre lot de noirceur dans le précédent, ici on semble plus assister à un duel de magie plus classique et des révélations dans les rêves des uns et des autres. On se dit que c’est plus tranquille. Mais en fait, c’est pour mieux nous asséner la grosse claque finale qui suit la décision de Kamui. Certes, on avait un peu tous deviné qui serait son adversaire, mais avait-on deviné ce qu’il oserait faire ?

Les Clamp sont des magiciennes de l’aventure ésotérique pré-apocalyptique. En reprenant les codes des vieux shojos dramatiques des années 70 avec leurs personnages torturés, leurs relations glauques et traumatisantes et leurs dessins aux effets tragiques, elles dépoussièrent le genre et produisent un shojo ultra sombre et dérangeant. Je suis totalement envoûtée !

Tome 9

Que de cruauté chez ces autrice, bon sang ! Même en l’ayant déjà lu, je suis encore toute retournée par ce qui se passe dans ce tome charnière.

Dans le tome précédent, Kamui a enfin fait son choix mais ce faisant il met ainsi fin au destin qu’il s’était lui-même choisi, c’est terriblement cruel. Les Clamp nous gâte avec cette histoire d’une tragédie folle où gentils et méchants sont deux termes totalement confondus. Le démon est l’ange de l’histoire et l’ange est le démon. Chaque clan veut un destin différent pour la planète et ses habitants et chacun a sa part de lumière et de ténèbre dans le résultat qu’il obtiendra. C’est impossible de choisir. Les autrices manient à merveille les contrastes et les nuances.

Kamui perd donc ce qu’il souhait le plus protéger. Il se retrouve en état de choc tout comme nous. La noirceur envahit les pages et l’histoire. Tout bascule avec une maestria rare. C’est sombre, très sombre, torturé, très torturé et nous souffrons avec lui. J’ai adoré la mise en scène dramatique des Clamp qui annonce déjà ce qu’on aura dans Card Captor Sakura avec ses engrenages mais en tellement plus sombre et glauque ici car le sang coule à flot et les morts ont vraiment un impact.

La série est vraiment un prémices à plein d’autres comme je l’ai déjà dit. On retrouve en Kotori, l’ange que sera la mère de Sakura. On retrouve en l’un des dragons du ciel, l’homme bon que sera le père de cette dernière. On retrouve ces destinées dramatiques à la XXX Holic et Tsubasa Reservoir Chronicle, mais là où ces oeuvres semblaient parfois enfantine ou inutilement obscure, ici tant est sombre, mature et parfaitement pensé.

Les autrices jouent également, si je puis dire, du traumatisme de Kamui après cet énorme bouleversement que lui procure la trahison qu’il subit, pour un parallèle terriblement émouvant entre sa situation et celle de Subaru, l’un des héros de Tokyo Babylon, leur précédente série phare. Subara avec ses pouvoirs du yin et du yang devient le sauveur d’un Kamui au bord du gouffre, car lui aussi a connu ce trauma et va trouver les mots pour l’aider à surmonter ça ou du moins à vivre avec. C’est un passage superbe sur la tragédie du deuil.

L’intrigue est en tout cas désormais totalement lancée. Les dragons des deux camps sont tous connus, les Kamui aussi. Les combats et pertes ont commencé. Kamui a un nouveau but dans la vie, pour remplacer celui qu’on lui a volé. Les pions sont en place pour l’affrontement qui déterminera le destin du monde, mais se passera-t-il comme prévu ? Rien n’est moins sûr !

Tome 10

Après tous les derniers événements tragiques qui se sont succédés à vitesse grand V, ce tome de respiration fait du bien pour reprendre son souffle et éclaircir certains points.

Les Clamp nous ont amenés à une vitesse de croisière fort rapide jusqu’à ce moment charnière intervenu la dernière fois. Ce premier arc de l’histoire étant clôt, une petite pause dans l’histoire fait du bien. Mais chez elle, une pause ne signifie pas l’inaction, au contraire. Elles profitent de cette respiration pour développer et poser encore un peu plus leur riche univers où décidément SF et ésotérisme se marient comme jamais.

Les deux clans sont désormais formés avec leur chef à leur tête. Les épées ont été découvertes également, tout comme leur destin réciproque. La bataille aurait pu commencer. Mais à la place, nous avons une succession d’éclaircissement sur ce qui nous a conduit jusque là. On revient avec bonheur sur les rêves de Kotori et leur sens, sur les naissances des épées et celles qui leur ont donné naissance mais aussi sur le destin funeste de la mère de Kamui. C’est juste fascinant. Cela donne un mélange saisissant entre l’ésotérisme des magies en jeu, qui sont pourtant bien variées quand on suit les origines de chacun, et le destin futur de la Terre sur fond de dénonciation des ravages qu’on lui fait subir. J’adore !

Les autrices en plus manifestent tout cela dans des dessins une nouvelle fois sublimes. J’ai particulièrement aimé le traitement graphique des pouvoirs des liseurs de rêves. Cette façon de déconstruire le miroir de la réalité pour rentrer dans son reflet en rêves est d’une poésie dramatique, et l’incarnation de la tragédie que vit la Terre à travers ses deux destinées possibles est aussi très chargé émotionnellement dans les planches qu’elles proposent. C’est vraiment marquant.

A travers ce tome de transition, les autrices offrent un beau développement de la mythologie de leur univers, rassemblant les éléments éparpillés jusqu’à présent pour former quelque chose de plus cohérent, concluant la première partie de leur grand oeuvre, avant de se lancer dans une suite qui s’annonce riche en drames et en combats.

Tome 11

Un nouveau chapitre s’ouvre à partir de ce tome et les Clamp nous le font sentir par une coupure assez magistrale dans la forme de leur histoire.

Depuis l’arrivée de Kamui dans le tout premier tome, nous avions suivi comme une course contre la montre la définition des deux camps qui allaient s’affrontaient. Rien d’autre ne comptait et rien d’autre n’était montré. Nous étions dans un univers extrêmement sombre fait uniquement de peurs et de tragédies. LE drame fondateur ayant eu lieu, on peut faire table rase désormais et recommencer.

Ainsi, le tome s’ouvre assez étrangement sur un quotidien lycéen banal, où on retrouve notre héros 3 mois plus tard vivant avec 3 des Dragons du ciel et allant au lycée du campus Clamp. C’est étrange de le voir évoluer dans une ambiance aussi tranquille et presque normale, mais cela montre aussi sa volonté de préserver le présent. Il a fait son choix et les autrices nous le montrent bien ainsi. Kamui veut protéger cette Terre pour protéger ses amis, qu’ils aient disparu ou qu’ils soient en devenir. C’est ainsi que nous le suivons désormais.

Pour autant, l’ambiance sombre d’avant n’a pas totalement disparu et réapparait parfois au détour d’une page. Les Clamp maîtrisent ainsi à merveille leur ambiance fantastique de légende urbain et de fin de monde. Tout au long de ce tome, elles font monter la peur ancestrale des japonais vis-à-vis des tremblements de terre si fréquents chez eux qu’elle lie avec la prophétie au centre de laquelle est Kamui. C’est fascinant à lire.

Ainsi entre reconstruction après un drame et découverte de l’amitié, Kamui reste quand même sur le qui-vive et doit réfléchir à ce qu’il doit faire pour contrer le camp adverse. Camp qui ne reste pas inactif mais se prépare au contraire pour la suite. On découvre ainsi encore un nouveau Fuma, pas celui des débuts, pas celui de la rupture non plus, mais une sorte d’entre deux et étrangement celui-ci rappelle à toute personne qui le voit celui qui comptait pour lui et qu’il a perdu. Grâce à cette figure quasi mystique qu’il incarne pour chacun, tel le diable qui revêt plusieurs costumes, il se glisse dans la peau de tous et fait avancer son plan : la destruction de Tokyo pour la faire renaître de ses ruines.

Ce tome s’offre donc comme une transition entre deux époques charnières : celles pré et post découverte des destins de la Terre et des Kamui. J’ai été surprise par l’arrivée de ces petites scénettes banales de la vie quotidienne d’un lycéen où l’humour des Clamp et leur légèreté tranchent avec la noirceur de la série. Mais j’ai aimé replonger peu à peu dans cette légende urbaine ésotérique et pré-apocalyptique où l’on sent de nouveaux rouages se mettre en branle pour peut-être faire advenir des scènes encore plus terribles et dramatiques.

Tome 12

Les Clamp nous ont définitivement embarqué dans la seconde partie de leur tragédie en plusieurs actes et tout comme leur héros a changé, le ton de leur histoire aussi. Cela surprend au premier abord mais c’est tout aussi bon.

Ainsi, comme l’annonçait sa couverture ce tome offre un superbe développement autour de Subaru, le sorcier des Sumeragi, héros de Tokyo Babylon, série précédente des autrices. Fuma, le Kamui des Dragon de la Terre a pris la décision de détruire les kekkai majeurs de Tokyo les uns après les autres. Mais le Kamui des Dragon du ciel n’est pas décidé a le laissé faire. Cependant trop de sentiments s’en mêlent et il ne parvient pas à agir, c’est donc Subaru, qui se comporte comme un grand frère avec lui, qui va s’en charger.

Le parallèle entre Fuma-Kamui et Subaru-Seichiro est tellement évident que les Clamp ne pouvaient qu’en jouer pour le premier acte dramatique de ce nouvel arc de l’histoire. Et c’est sublime. On retrouve une noirceur plus douce et teintée de poésie morbide. Fuma est dans la position de l’ange déchu ambigu qui souhaite exaucer les voeux de ceux qu’il torture et ce de la pire façon. Il est ainsi amour et haine, les deux facettes de la même pièce. Terrible.

Pour mettre cela en scène, les autrices nous offre un nouveau combat parfaitement chorégraphie mais où cette fois la noirceur n’emporte pas tout. Comme le précédent, malgré les drames qui se jouent, j’ai trouvé ce tome bien plus lumineux aussi bien dans le fond que dans la forme. Les pages sont plus claires, les dessins se font plus légers et aérés. Et pourtant, ils mettent en scène des moments toujours aussi sanglants.

Mais Kamui semble peu à peu trouver un nouvel équilibre auprès de cette famille qu’il s’est forgé. Il travaille toujours sur ses sentiments. Il est bourré de remords et de culpabilité, mais l’amour et l’amitié pointent au milieu de tout ça et lui permettent d’avancer. Je suis fan du soutien qu’il trouve aussi bien auprès de Subaru, qui semble enfin apaisé après tout ça même si rien n’est encore fini, ainsi que de Sorata, Arashi et Yuzuriha. Enfin, la légèreté que j’avais perçu prend sens et n’est pas juste là pour amuser la galerie mais créer un vrai cocon chaleureux autour du héros pour lui donner envie de continuer à vivre sur cette Terre même après tous les drames qu’il a vécus. Chapeau aux autrices pour parvenir à un tel numéro d’équilibristes !

D’ailleurs équilibre elles parviennent à trouver aussi dans les autres relations en duo de cette fresque. Car autant Kamui s’apaisent, autant Fuma se radoucit et endosse un costume d’ange salvateur derrière son air de psychopathe, faisant le pendant de notre héros. Autre pendant entre Subaru et Seichiro, avec ce dernier qui va devoir découvrir ce que désire vraiment le premier. Tout comme Yuzuriha va devoir bientôt être confrontée à la nature de son cher Kusanagi qu’elle ignore encore. Vraiment tout se répond dans cette série et je pourrais encore continuer longtemps.

Les Clamp illustrent à merveille le dicton « le diable se cache dans les détails » dans ce tome riche en émotions et en avancés où deux personnages majeurs connaissent un drame fondateur, tandis que plein de petits éléments viennent dessiner la suite. Mais comme toujours, de quel côté va pencher la balance ? On ne sait pas. Je remarque juste que les autrices ont tendance à privilégier les Dragons du ciel et que j’aimerais bien qu’elles offrent le même traitement aux Dragons de la terre maintenant, car ils le méritent aussi tout comme leur chef.

Tome 13

Après avoir posé les nouvelles bases de cet arc, ça y est les Clamp redonne un coup d’accélérateur avec un tome tendu où tout va très vite et où la mort est au coeur de tout.

On enchaine les combats entre les dragons des deux camps avec entre les deux une petite confrontation au sommet entre les deux Kamui, un schéma un peu répétitif entre eux mais qui gagne en intensité à chaque rencontre, surtout quand les autrices s’amusent à y inclure des codes de l’ero-guro avec cette relation entre glauque et érotisme, dérangeante à souhait !

Les dragons s’affrontent donc dans des duels en miroir superbes mais peut-être un peu rapide. Nous avons tout d’abord les deux seuls dragons avec des acolytes qui s’affrontent : Yuzuriha et son Inuki, et Satsuki et sa bête. Avec elles, c’est la tradition (Yuzuriha) contre la technologie (Satsuki) qui semblent s’affronter mais c’est plus compliqué que ça, puisque Satsuki semble dénoncer ce monde moderne dont elle est issu, représentant la figure de l’hikikomori à la sauce Clamp. Leur duel est bref mais intense et Satsuki met Yuzuriha dans une impasse quand elle l’interroge sur le droit des humains à tuer. Marquant !

Le second duel entre dragons confronte Karen et Natakou, les deux êtres pour qui leurs parents ont une importance toute particulière. On découvre que Karen a été victime de sévices enfant. Natakou, lui, est le clone d’une enfant malade morte trop tôt. Mais ce duel est également un double duel permettant aux Clamp de faire intervenir des éléments contraires, un peu à la Card Captor Sakura, puisque les détenteurs de l’eau et du vent viennent s’en mêler, tandis que les premiers manipulent le feu et la terre. Une très belle mise en scène qui rompt avec la répétitivité du reste puisque ce combat se termine sans vainqueur ni vaincu.

Cependant les destructions et la mort deviennent une pièce majeure de l’échiquier. La destruction des kekkai par les Dragon de la Terre s’intensifient et ont des répercutions terribles. J’adore la mise en scène dramatique de cette destruction progressive de Tokyo qu’on voit à la fois de loin et de près. A chaque destruction de kekkai la ville en prend un coup et les Clamp se font plaisir à nous en montrer la tragédie urbaine. Mais à chaque destruction, Kamui perd aussi directement ou non un proche, après la mère de son ami du lycée, place à un très proche ici: Daisuke, dans un nouveau moment de folie glaçante de Fuma. Cet image d’ange déchu qui lui colle à la peau est vraiment terrible, car il réalise les souhaits de ses victime avec un plaisir bien cruel.

Partie plus lumineuse que la première, celle-ci se révèle cependant au fil des tomes de plus en plus tragique et rude pour l’ensemble des personnages impliqués mais aussi pour la population tokyoïte qui en subit les conséquences. Les hostilités pour le destin de la planète sont définitivement lancées et les conséquences terribles. Quel univers cruel !

Tome 14

Alors que pourtant le rythme des destructions s’accélère, voici encore un tome plus calme, qui revient sur les Prophéties entourant cette aventure.

La figure de l’Ange sacrificiel revient en force avec un Kamui en proie à de nombreuses blessures physiques et psychiques, harcelé sans cesse par son double, mais qui continue à lutter pour son rêve et pour ramener celui-ci à la raison. C’est poignant.

Cependant, c’est bien de vouloir faire quelque chose, encore faut-il le pouvoir. En effet, on ressent de plus en plus d’impuissance face à l’ampleur et la rapidité de tout ce qui se passe. Les Dragons de la Terre ont beau être dispersés, ils n’en commettent pas moins de terribles atrocités en toute impunité, sans que les Dragons du ciel puissent réagir. C’est assez frustrant à voir.

Les Clamp aiment vraiment nous faire souffrir. Les destructions sont brutales et imprévisibles. J’adorerais les voir en image animées tant elles sont impressionnantes d’ailleurs. Cette mise en scène avec des dragons lumineux qui frappent à chaque fois les immeubles et autres lieux emblématiques de Tokyo pour mieux les ravager tandis que la Terre gronde, est vraiment saisissante !

Et pendant ce temps, Kamui et ses amis souffrent, donc. Leurs sentiments sont à fleur de peau. Kamui cherche comment communiquer avec Fuma, mais les réponses qu’il cherche ne le sont peut-être pas auprès de bonne personne avec la Princesse Hinoto. On découvre en effet un aspect bien trouble de sa personnalité qui pourrait tout changer. Car au-delà de ces destructions bien visibles, il ne faudrait pas oublier que nous sommes dans une histoire de prophétie et celle-ci n’est peut-être pas exactement telle qu’on nous l’a conté jusqu’à présent. C’est ce que sous-entend, je trouve, ce duel à distance entre Liseurs de rêve auquel on assiste ici.

Ajoutez les sentiments troubles des personnages, que ce soit en amour (Arashi/Sorata) ou en amitié (Kamui/Subaru, Kamui/Fuma, Karen/Seiichiro) et vous aurez tous les ingrédients pour une suite qui promet de faire mal, si tant est que les Dragons du ciel se réveillent et se mettent à intervenir quitte à essuyer à nouveau pertes et souffrances.

Ce nouveau tome en quelque sorte plus calme semble nous préparer bien des turpitudes à venir et illustre à nouveau toute la richesse et la profondeur de l’univers que les Clamp ont imaginé dans X, leur Akira à elle, avec dramaturgie, sentiments complexes, Terre menacée et peurs ancestrales. On adore !

Tome 15

Petite accalmie avant la tempête, comme le précédent. On sent de plus en plus les autrices désireuses de creuser les psychés de l’ensemble des personnages alors elles temporisent cette guerre fratricide.

J’ai beaucoup aimé les découvertes sur Kakyo, j’avoue que je n’avais pas fait le rapprochement alors j’ai été d’autant plus surprise. C’est d’une tristesse ! Il est ainsi dévoré de l’intérieur par ce qu’il a vu et à quoi il n’a pas pu réagir. De la même façon que la Princesse Hinoto qui, en plus elle, a renoncé à se battre en quelque sorte en cédant sa place à son double. C’est vraiment dur d’être un voyant. Les Clamp, dans cette oeuvre, montre à travers eux tout le poids de la vision du futur et combien ça peut détraquer les gens.

Ensuite, le chapitre sur Yuzuriha fut un vrai bonheur. J’y ai vu une vraie prémonition du futur rôle qu’aura Sakura dans la série du même nom. Yuzuriha, c’est Sakura avant l’heure. Elle aussi a des sentiments pour quelqu’un de plus âgé. Elle aussi a perdu quelqu’un de cher et c’est son souhait le plus cher qui le lui ramène. Les parallèles sont nombreux et puissant. Les Clamp jouent avec leurs univers et les thèmes qu’elles chérissent d’une série à l’autre.

Reste ensuite les personnalités fascinantes qui peuplent leur histoire. Kusanagi, le militaire, qui ne voulait pas s’impliquer mais va être forcé de le faire. Hâte de voir sous quelle forme. Hinoto, la Princesse double facette, qui cherche à démolir le futur de son camp pour rester en vie. Sa propre soeur qui en fait est dans le camp adversaire afin de pouvoir la libérer. Que d’ambigüité ! Et le roi, c’est bien sûr Fuma, avec sa volonté d’exaucer les voeux les plus chers de chacun. C’est lui qu’on voit le plus se battre, le plus détruire, mais c’est également lui qui aide le plus les gens à réaliser leurs souhaits. C’est très ambivalent et j’adore ça. Son combat avec Kamui est d’autant plus chargé en tension quand on sait tout ça, car on ne sait pas exactement quelle direction il va prendre et si ça ne va pas se terminer en sacrifice ou tuerie pour exaucer le propre voeu de Kamui.

L’historie développée par les Clamp prend un peu plus son temps dans ce tome pourtant chargé en action, rebondissement et retournement de veste. Tout devient de plus en plus ambigu alors que paradoxalement beaucoup de personnages font tomber les masques. Elles ont vraiment imaginé ici un univers très sombre, limite dérangeant et surtout vraiment fascinant.

Tome 16

Ultime chapitre de l’histoire de Seiichiro, le Sakurazukamori et de Subaru, le sorcier Sumeragi, ce fut un tome d’une cruelle poésie.

Je ne suis que tristesse après ce tome centré sur la conclusion de Tokyo Babylon, oeuvre précédente des autrices consacrée aux sorciers du yin et du yang. Leur ultime combat est une fois de plus parfaitement mis en scène avec des dessins d’une macabre poésie où les dessinatrices ont encore poussé le souci du détail très loin. Le jeu de miroir qu’offre leur relation depuis le début est encore magnifiée ici par ces ultimes moments, mais également par le parallèle qu’elle offre avec celle des héros de X : Kamui et Fuma. Les Clamp ont pensé à tout.

On assiste donc au souhait final de chacun des deux garçons, qui effectivement n’est absolument pas celui qu’on attendait mais qui fait terriblement sens et va en plus dans le sens de ce que souhaitent les antagonistes de l’histoire, à savoir Fuma et la version diabolique de Hinoto. C’est vraiment bien orchestré et encore plus, si on y ajoute la nouvelle finale sur Seiichiro qui ajoute encore une nouvelle dimension à ce qui vient de se passer.

C’est sombre, c’est beau, c’est dramatique et pour l’histoire des Dragons du ciel et de la terre, cela annonce encore une suite totalement bouleversée.

Cependant, il serait temps que nos Dragons du ciel se bougent un peu, car ils sont bien trop spectateurs de tout ce qu’il se passe. Les Clamp nous annoncent des personnages capables de créer des kekkais pour protéger la ville, je les cherche encore. Pourquoi ne mettent-ils pas à profit leurs pouvoirs pour remplacer ceux qui ont été détruits par des nouveaux ? Je veux bien qu’ils arrivent en retard et soient impuissants face à tant de destruction mais leur absence de réaction est vraiment frustrante et je ne comprends pas que les autrices ne les fassent pas plus réagir.

En HS/ Je note encore tellement de similitudes avec leurs futures séries. J’ai l’impression de voir un Yue (Sakura) en Natakou, Kurogane (Tsubasa reservoir chronicle) en Sorata, Clow (Sakura) en Fuma, etc. C’est effrayant, chaque personnage m’en rappelle d’autre, chaque dynamique aussi.

En tout cas, ce tome encore une fois extrêmement sombre m’a profondément remuée, offrant une conclusion sublimement morbide à l’histoire des héros de Tokyo Babylon comme on pouvait s’y attendre. Au moins, à cette époque-là, les Clamp osaient aller à fond dans la noirceur et c’est ce que j’adorais !

Tome 17

Le rythme s’accélère à nouveau pour un tome placé sous le signe des sentiments et des désirs contradictoires.

Les Clamp s’amusent une fois de plus à travers leur histoire sombre très sombre à décortiquer l’âme humaine sous toutes les coutures et en particulier celle du sentiments amoureux, romantiquement parlant ou non.

Il y a d’abord le cas de Kanoe, la soeur d’Hinoto, qui l’aime d’un amour que sa soeur ne souhaite pas recevoir et qui se manifeste d’une façon dont elle ne souhaite pas être la cible et pourtant les sentiments sont bel et bien là et torturent Kanoe, tandis que la version gentille de sa soeur aimerait bien les utiliser à son escient sans y arriver.

Il y a ensuite Satsuki et sa bête. Satsuki est l’incarnation de l’hikikomori et son ordinateur la bête est particulièrement attaché à elle, peut-être un peu trop, si on en juge les sentiments humains et notamment la jalousie qu’il semble commencer à éprouver envers celui avec qui elle aime passer du temps.

Tout en discrétion, Karen et son amour impossible pour Aoki nous serrent un peu le coeur, même s’ils manquent clairement de développement, les autrices ne leur donnant que la portion congrue comme à tous les personnages les plus vieux…

Puis au coeur de ce tome, nous assistons à l’éclosion du couple Arashi – Sorata. Il se sera fait attendre mais quel joli conclusion, tragique une fois de plus mais émouvante. Sorata a enfin réussi à communiquer la force de ses sentiments à Arashi, à un moment plus que tragique, ce qui l’aura poussé à l’accepter et à accepter les siens, alors qu’elle en a une peur bleue.

Reste enfin le double duo : Subaru/Seiichiro d’un côté et Kamui/Fuma de l’autre, décidément tout le temps présent avec Fuma qui offre un cadeau empoisonné mais tellement représentatif à Subaru. Encore un moment marquant et poignant.

Ainsi, les autrices montrent qu’elles savent  à la fois accélérer leur récit et nous faire assister à un enchaînement de combats dantesques et développement les sentiments de leurs personnages. Ce fut un tome passionnant à suivre où les Dragons du ciel prennent un peu plus les devants et réalisent certaines choses. Il reste encore bien du chemin à parcourir mais on est sur la bonne voie avec les interrogations de Kamui sur son propre kekkai, ainsi que sur une certaine personne proche de lui.

Tome 18

Voilà l’ultime volume relié sorti par les Clamp sur cette série qui est pourtant leur chef d’oeuvre. Je ne suis que tristesse de devoir m’arrêter là alors que la série prenait un virage des plus intéressants. J’espère vraiment qu’un jour un miracle se produira et qu’elles nous en offriront la conclusion.

En attendant, on sent déjà qu’un virage graphique est pris sur ce dernier tome avec un dessin qui n’a plus grand chose à voir avec celui des premiers tomes, tant il se fait précis et léché, mais qui perd également un peu de sa fraicheurs avec des retouches et incrustations à l’ordinateur que je soupçonne plus nombreuses.

L’histoire, elle, reprend les mêmes ingrédients que tout au long de la série et notamment au long de ce deuxième arc. Nous assistons à un nouveau duel entre Dragons du ciel et de la terre mettant en scène des personnages en miroir. Cette fois, c’est au tour de Karen et Natakou, qui comme elle dit très bien, nous sont devenus chers en très peu de temps. J’ai trouvé leur rapprochement particulièrement émouvant et les autrices offrent également ainsi une autre dynamique avec cet affrontement qui n’en est pas un et qui se retourne contre eux.

Le thème de l’enfant et de l’amour filial est au coeur de leur histoire à tout deux et trouve une très belle résolution, loin de la noirceur habituelle, même si celle-ci reste présente. Fuma est toujours le terrible ange annonciateur au rôle particulièrement ambigu qui pousse tout le monde à s’interroger sur ce qu’il désire et ce que lui-même désire également. On aimerait tellement être dans sa tête.

C’est vraiment dommage de s’arrêter à ce stade, alors que les formations de chaque clan sont perturbées et chamboulées par ce qui vient de se passer, voyant leur nombre se réduire et des changements se produire. C’est dommage aussi parce que les sentiments sont à fleur de peau après toutes ces pertes, à l’image de Subaru, Karen et Arashi. C’est dommage aussi, parce que les soupçons de Kamui s’affinent de plus en plus. Les autrices nous lâchent vraiment en pleine dynamique positive de leur histoire qui a tant peiné à en arriver là.

Alors oui, X n’est pas une oeuvre facile d’accès. Le début est assez obscur et particulièrement noir. Les autrices osent compter une histoire sanglante et dramatique où les sentiments sont poussés à l’extrême. Les personnages sont longtemps antipathiques mais deviennent vraiment attachants au fil des drames qu’ils vivent. Mais surtout, il y a une telle maîtrise de l’ambiance pré apocalyptique, peur de l’an 2000, peur des tremblements de terre, que c’est fascinant. Fascination que l’on retrouve à merveille dans la mythologie très ésotérique du titre, qui se mélange allègrement avec une très bonne SF, le tout sous un trait d’une poésie, d’une minutie et d’un sens du détail bluffant. C’est pour moi LE chef d’oeuvre incontesté mais inachevé du studio V.V

———-

Bonus : Il est vraiment intéressant de voir la jolie frise imaginée sur l’édition d’origine, dans laquelle il manque… Fuma ^^! Les histoires bonus qui apparaissent en fin de tome ne sont pas anecdotiques et apportaient un vrai plus à l’histoire principale et à sa foison de personnages. Enfin, j’ai adoré retrouver les personnages sous forme de tarot sur chaque rabat et en image « normal » au dos, malgré une première édition non dénuée de faute de noms de ce côté-là ^^!

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12 commentaires sur “X de Clamp

  1. bonjour, comment vas tu? je dois avoir les 8 premiers tomes, achetés d’occasion… et qui attendent que je els lise! c ‘est tellement dommage quand une série s’arrete brutalement. passe un bon mardi et à bientôt!

    Aimé par 1 personne

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