Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Dororo d’Osamu Tezuka

Titre : Dororo

Auteur : Osamu Tezuka

Editeur vf : Delcourt/Tonkam

Année de parution vf : Depuis 2021

Nombre de pages  : 1/ 2 (en cours)

Résumé : Hyakkimari est né sans bras, sans jambes, sans yeux, sans oreilles, sans nez… Pas moins de 48 parties de son corps lui ont été ôtées, chacune ayant été emportée par un démon avant sa naissance. Devenu un jeune homme, il se découvre d’étranges pouvoirs, en particulier celui d’attirer toujours vers lui monstres et démons. Accompagné de Dororo, un petit voleur assez particulier, il part à la recherche d’un endroit où il pourra enfin vivre en paix. Mais son voyage ne sera qu’une suite ininterrompue de luttes contre les pires esprits malfaisants du Japon.

Mon avis :

Tome 1

Dans sa volonté de reproposer dans une belle édition les oeuvres de Tezuka, après L’Histoire des 3 Adolf, Ayako, Barbara, Kirihito ou encore MW, Delcourt-Tonkam nous a fait le plaisir de rééditer dans une intégrale en 2 tomes : Dororo. Cette courte série originellement en 4 tomes a eu son petit succès et a même eu droit à son remake en dessin animé ces dernières années avec le grand Hiroyuki Asada (I’ll, Letter Bee) au chara-design. Il n’en fallait pas plus pour m’intéresser.

Publiée pour la première fois au Japon entre 1967 et 1968 dans le Weekly Shônen Sunday de l’éditeur Shôgakukan, ce titre n’est arrivé que tardivement chez nous en 2006. Série à destination des plus jeunes, suivant les épreuves de Hyakkimaru, un jeune homme dont 48 parties du corps ont été offertes à 48 démons au moment de sa naissance parce que son père avait conclu un pacte avec eux afin d’acquérir des pouvoirs. Devenu adulte, il doit vaincre le même nombre de démons pour récupérer les différentes parties de son corps.

D’emblée, j’ai été frappée par le format très épisodique de la série. J’ai clairement senti un scénario pensé pour une adaptation en dessin animé ou une publication hebdomadaire/mensuelle. A chaque chapitre ou presque, son démon à vaincre ou le récit du passé d’un personnage. Ce n’est pas mal mis en scène, ni mal raconté, mais pour un lecteur actuel, cela a un peu vieilli dans sa forme.

De la même façon, malgré un cadre historique intéressant : l’époque Sengoku (milieu du XVe siècle – fin du XVIe siècle) avec sa population misérable en proie à de nombreuses guerres intestine, l’auteur peine à exploiter ce qui aurait pu faire la richesse de son récit. Il se contente de nous faire suivre une sorte de road-trip avec un duo improbable de jeune orphelin-voleur à la langue bien pendue, Dororo, le héros éponyme du livre, et d’un jeune ronin sourd et aveugle mais très fort pour se battre avec les armes cachés dans ses faux membres. Ensemble, ils sillonnent les routes, croises des pauvres gens, des malandrins, des soudards ou encore des nobles véreux. Mais la finalité reste la même à chaque fois : combattre le méchant démon qui est face à eux. C’est un peu limité et répétitif.

Pourtant, il avait de quoi faire une histoire sombre et charismatique avec Hyakkimaru. Celui-ci dispose en effet d’une caractérisation fascinante. Il est le fils d’un riche notable. Il a été recueilli par un docteur, qui comme Black Jack, est très doué avec un scalpel puisqu’il a réussi à lui greffer des membres artificiels et autres surprises (par exemple, ses faux bras cachent des sabres). Comme il lui manque de nombreuses parties de son corps, il ne peut ni voir, ni entendre, ni sentir, mais il a développé des sens surnaturels qui lui permettent de se défendre face aux démons. Sauf que on en reste là au final. L’auteur n’exploite pas assez le concept, voire même le rend assez ridicule quand on voit la façon dont Hyakkimaru interagit avec les autres et dans le cadre de l’histoire. On dirait qu’il n’a aucun handicap alors qu’il est sourd et aveugle au début… C’est donc assez maladroit.

Tezuka semble avoir voulu faire, du moins dans cette première moitié de l’oeuvre, si j’ai bien compris, quelque chose de vraiment divertissant pour le jeune public. Il y réussit par son sens du rythme et de la narration, par le duo improbable qu’il invente, par la rencontre d’un bestiaire digne de Shigeru Mizuki. C’est drôle, cocasse et un tantinet effrayant, avec quelques petites leçons de vie sur la pauvreté et l’injustice subies par le peuple alors. Les chapitres s’enchainent avec fluidité, les pages se tournant rapidement.

Il y a toujours la patte graphique toute en rondeur dont l’auteur fait preuve dans ses titres jeunesses comme Princess Saphir ou Le Roi Leo (pour ceux que j’ai lu). Cela donne une saveur certaine au récit avec ce petit côté « cartoon ». Mais il n’y a pas vraiment de trouvaille graphique comme dans ses grands oeuvres, ici c’est assez classique pour du Tezuka, ce qui n’enlève rien à la beauté de certaines planches ou de leur composition, comme avec cette représentation tranchante du vent ou le tendre macabre de ce bébé sans yeux, nez ou oreille…

Ainsi, même si ce fut une lecture agréable, il m’a manqué quelque chose dans ce début de Dororo. J’ai eu du mal avec le schéma répétitif de l’intrigue, avec le manque d’exploitation du cadre historique et surtout avec les particularités du héros trop prises à la légère, alors qu’on aurait pu avoir une oeuvre plus sombre et travaillée. J’avoue qu’à part suivre un nouvel Hercule et ses 12 travaux, mais version japonaise avec des yokai, je vois peu l’intérêt de cette oeuvre pour le moment, qui fait juste office de divertissement alors que l’auteur m’avait habituée à des récits plus profonds.

Lu dans le cadre du Osamu Tezuka Challenge de Papa Lecteur

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9 commentaires sur “Dororo d’Osamu Tezuka

  1. Tout d’abord merci pour le lien! Pour ce qui est de la lecture je peux comprendre tes réserves, même si je trouve malgré tout que Tezuka comme à son habitude arrive en filigrane à traiter de ses sujets de prédilections (ou en tout cas ceux auxquels j’ai l’impression d’être confronté assez régulièrement) : La guerre et toutes les idioties qui vont avec. Par exemple cette ville coupée en deux par un mur difficile de ne pas y avoir une référence à un événement historique. Pour ce qui est de Hyakkimaru je suis pour le coup en phase avec toi, tout va très (trop) vite et j’aurai souhaité quelque chose de plus sombre et un récit plus « piano » permettant d’approfondir les caractéristiques physique de notre jeune Ronin. Cependant ça reste un très bon moment de lecture et vivement le tome 2 qui je crois doit sortir début 2022…

    Aimé par 1 personne

    1. Je te rejoins sur le thème de la guerre, tu as raison. Du coup, j’en viens à me demander si ce gros format intégral, qui est beau et bien pratique, n’est pas aussi néfaste à ma lecture, parce que je peine parfois à tout lire. Oui, je sais je ne suis pas obligée, mais je n’aime pas poser un livre et en entamer un autre, quand il est ouvert je veux le finir avant d’attaquer le suivant ><
      Merci pour le lien en tout cas.
      Et je pense que tu as vu pour les rééditions qui arrivent, on va avoir de quoi alimenter nos PAL Tezuka très vite 😁

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      1. Oui j’ai vu tout ça d’un peu loin mais j’ai vu (je suis un peu en retrait des blogs et des RS en ce moment et ça fait du bien ^^).
        Pour ce qui est du format c’est vrai que ça donne une lecture très dense, comme toi si je commence un livre je le termine ^^ mais à choisir entre le format bunko de la première édition et celui ci je pars tout de même sur celui ci. Après c’est sûr que si on le compare peut être à un MW ou un Ayako on est sur un titre beaucoup plus axé divertissement même si j’y trouve quand même beaucoup de critique de la société (on peut aussi parler du rejet de Hyakkimaru pour sa différence dès lors qu’il a aidé les villageois…). Enfin nous verrons bien ce que donne la suite ^^! J’espère qu’on finira par avoir des nouvelles de DT pour demain les oiseaux et Princesse Saphir dans la même collection….

        Aimé par 1 personne

      2. Clair je préfère aussi cet objet tellement plus beau. Mais DT ne nous a pas donné de nouvelles depuis un moment et comme toi j’attends leurs autres titres, notamment Phénix dont j’ai si souvent entendu parler ☺️

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