Livres - BD / Illustrations

Le Songe du corbeau de l’Atelier Sentô et Alberto M. C.

Titre : Le Songe du corbeau

Auteurs : l’Atelier Sentô et Alberto M. C.

Editeur : Delcourt

Année de parution vf : 2021

Nombre de pages  : 80

Résumé : Kidnappé à 10 ans, Koji vivait avec d’autres enfants dans une maison, isolée dans les bois et gardée par un monstre inquiétant et protecteur. Vingt ans plus tard, une nouvelle série de disparitions a lieu autour de lui. Koji doit alors faire face à son passé et ses démons car ses souvenirs sont la clé pour stopper le kidnappeur. Mais peu à peu, la frontière entre présent et passé s’estompe…

Mon avis :

Quand je vois une couverture avec un air asiatique, je suis toujours indubitablement attirée, a fortiori quand le trait me rappelle un kdrama que j’ai juste adoré l’an passé : It’s okay not to be okay.

Avant cet album, je ne connaissais pas l’Atelier Sentô, pourtant ses membres sont loin d’être inactifs. Ils ont publié aux éditions Issekinicho : La Fête des ombres, une BD en 2 tomes dont le second est à paraître cet automne, ou encore ont participé à Onibi, carnet du Japon invisible ainsi qu’à Rêves de Japon chez Omake books. L’Asie, donc, ils connaissent.

Dans Le Songe du corbeau, les auteurs nous plongent dans un mélange de Corée du Sud très contemporaine et urbaine mais un peu désespérée et de rêve fantastique plongeant ses racines dans le folklore asiatique, un mélange singulier. J’ai été particulièrement séduite par celui-ci même si ce fut assez perturbant.

Pendant tout le récit, nous alternons entre la vie un peu morose de salary man et d’époux du héros, et des souvenirs, mais sont-ce des souvenirs, de celui-ci enfant, parce qu’il vient de recevoir une lettre anonyme ranimant ceux-ci. C’est perturbant parce que tout du long, le rêve et la réalité sont mélangés. On ne sait pas ce qui tient du réel ou ce qui tient de souvenirs fantasmés.

Et ces fameux souvenirs sont très étranges en plus. On y découvre un groupe d’enfants vivant seuls au milieu de la forêt dans une maison en bois à l’ancienne, nourris par un mystérieux monstre. Chaque enfant possède un animal, sorte de totem, qui l’accompagne et le protège peut-être. Ils sont totalement coupés du monde. Mais un beau jour, un nouveau les rejoint : Shin, et ce dernier n’a rien à voir avec eux, il a une part très sombre en lui.

Comment ainsi ce qui nous est présenté comme des souvenir pourraient coller avec la réalité très terre à terre du héros ? Nous allons le découvrir fébrilement au fil des pages, tandis que tout s’intrique allègrement à partir du moment où le héros reconnait un de ses camarades sur une affiche placardé sur un mur.

Dans cette histoire, il faut accepter de se laisser porter par les mystères. Il ne faut pas avoir peur non plus de l’apparente froideur et mise en distance des personnages. L’histoire est en fait très dure, telle un conte cruel un peu à la Hansel et Gretel et autres contes de Grimm. L’histoire du héros qui se dévoile peu à peu derrière toutes ces étrangetés est terrible et le final nous achève.

Je pense que le titre ne plaira peut-être pas à tout le monde car sa sombre poésie est très particulière. Sa narration où s’entremêle toutes différentes ambiances et différents lieux peut perturber. Le message peut également sembler bien cruel. Pour ma part, j’ai adoré tout ça et cela fait la force du titre à mes yeux au contraire.

De la même façon, les dessins ont une forme très particulière directement inspirée de l’art et de la culture coréenne avec ces bouilles toutes rondes, ses joues bien rouges, ses tous petits yeux et toutes petites bouches. Personnellement, j’adore ! J’ai l’impression de voir de petites poupées évoluer devant moi. L’ancrage dans cet univers est également très marqué dans les costumes et les décors, qu’ils soient urbains ou campagnards. C’est particulièrement dépaysants et immersif. Il y a une césure claire et nette entre l’univers urbain déprimant du héros et la beauté sombre mais pure de ses « souvenirs ». D’ailleurs on le retrouve aussi dans la palette choisie bien plus lumineuse dans la partie fantastique que dans la partie réaliste et ce n’est pas innocent. Certains n’aimeront peut-être pas ce trait très marqué, pour moi c’est l’atout charme du titre et sa force, notamment lors de composition de pages très fortes en symbolique.

Le Songe du corbeau est une oeuvre qui porte éminemment bien son nom. Elle nous emporte dans un songe étrange et perturbant aux côtés d’un héros un peu perdu comme nous qui cherche à retrouver sa route et est prêt à tous les sacrifices pour ça. C’est beau, poignant et émouvant mais surtout terriblement sombre et puissant. On n’en ressort pas intact mais je vous recommande de tenter ce voyage et d’y aller pleinement sans a priori.

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : Les Voyages de Ly, Vous ?

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6 commentaires sur “Le Songe du corbeau de l’Atelier Sentô et Alberto M. C.

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