Livres - Mangas / Manhwa / Manhua

Liddell au clair de lune de Yoshimi Uchida

Titre : Liddell au clair de lune

Auteur : Yoshimi Uchida

Editeur vf : BlackBox

Année de parution vf : 2021

Nombre de tomes  : 3 (série terminée)

Résumé : Hugh est hanté par un rêve d’une maison victorienne étrange qu’il ne se souvient pas avoir vu dans la vie. Ce rêve, bien qu’il ne soit pas désagréable, devient plus vif chaque fois qu’il y entre. Ses amis proches, le riche Vladimir et le designer des vêtements Vi, sont préoccupés pour son bien-être, et ils atteignent leur cercle plus large de connaissances afin de comprendre la situation de Hugh avant qu’il ne soit trop tard.

Mon avis :

Tome 1

Heureusement qu’on a des éditeurs comme BlackBox pour nous sortir quelques vieux titres de derrière les fagots qui valent le coup. Alors oui, c’est parfois la croix et la bannière pour se les procurer quand on ne veut pas passer par leur site, mais la qualité est au rendez-vous.

Grâce à eux, je découvre Yoshimi Uchida, une autrice de shojo qui a débuté dans les années 70 dans le Ribon et qui a rapidement évolué, puisque dix ans plus tard, nous la retrouvons avec Liddell dans le Bouquet pour un titre bien moins formaté que ceux de son premier magazine.

Le style de Yoshimi Uchida est assez singulier. J’ai eu l’impression de me retrouver dans un titre très « arty », avec ce dessin limite froid et figé, un peu à la Fuyumi Soryo actuellement. Elle propose également beaucoup de références artistiques : littéraires, picturales, stylistiques, ce qui rend le titre un peu à part par rapport aux shojo qu’on a l’habitude de lire.

Liddell est un titre qui se déroule aux Etats-Unis, plus particulièrement dans la ville de Chicago. On y suit un groupe d’amis légèrement bobo sur les bords dans leur quotidien. Cependant le premier que l’on rencontre, Hugh est hanté par un drôle de rêve qu’il fait sans cesse et qu’il ne parvient pas à expliquer. Son ami très proche, Vladimir va s’y intéresser de près et mener l’enquête, ce qui va le mener sur les rives de la psychanalyse mais aussi du spiritisme et de l’ésotérisme.

J’ai beaucoup aimé le cadre américain de l’histoire, qui dépaysait totalement et m’a rappelé un titre comme America de Keiko Ichiguchi qui avait été un vrai coup de coeur à l’époque. C’est agréable de découvrir la vie à Chicago à travers de ce groupe d’amis artistes ou du moins intéressés par l’art au sens large. Chicago est rarement représentée dans mes lectures et son côté ville froide agitée par les vents avec le Lac Michigan à côté correspond bien à l’histoire.

Les interactions entre ces derniers sont d’ailleurs aussi l’un des points forts du titre. Individuellement, ils peuvent tous sembler un peu froid et déconnecté, mais ensemble, ils forment un beau groupe où ils savent pouvoir compter les uns sur les autres. Il y a également à chaque une bonne ambiance faite de vannes et de camaraderie. Vladimir est tout de même celui qu’on suit le plus car il semble obsédé par le bien être de son ami Hugh avec toute la singularité que ça revêt.

Mais ce qui fait le fond de l’histoire, c’est l’insertion progressive de ce nuage fantastique qui plane au dessus de Hugh. On sent que cela prend de plus en plus de place dans l’histoire au fur et à mesure que chacun s’interroge sur ce rêve et sa réalité. Ça parle ainsi de Freud, de psychanalyse, mais aussi de mysticisme et d’ésotérisme. Hugh devient peu à peu un personnage de plus en plus mystérieux à travers les yeux de ses amis qui cherchent à l’aider mais ne le comprennent pas. Vlamidir est également très singulier lui aussi avec son côté riche oisif, tandis que Vi, elle, fait plus réelle en quelque sorte avec ses problèmes amoureux et de boulot. C’est un étrange mélange que ces trois-là.

Ce premier tome ne fait que lentement démarrer l’histoire. On y découvre le fameux rêve. Le réel et le rêve se mêlent vraiment peu à peu très lentement, le réel prédominant encore, mais on sent combien le rêve commence à peser dessus. On y fait également la rencontre de chacun des amis de Hugh qui auront sûrement un rôle par la suite. C’est une ambiance singulière dans laquelle on nous plonge à laquelle il faut adhérer car la narration n’a pas vraiment de tension et est plutôt plate.

Les dessins de Yoshimi Uchida est magnifiques. Elle a un style très occidental avec ces visages ciselés aux petits yeux bien loin des canons habituels des shojos. J’aime beaucoup. Ses cases sont très riches et elle aime jouer sur le cadre qui les entoure. Elle a parfois des compositions qui viennent brutalement casser les codes normatifs qu’elle a mis en place depuis le début pour mieux appuyer un basculement fort de l’histoire. C’est excellent. J’ai beaucoup aimé le soin qu’elle a apporté à ses décors qui ont un rôle important dans l’histoire pour se situer dans cet espace-temps si flou qu’elle met en place progressivement. C’est une vraie petite pépite et je suis bluffée de me dire que ça date des années 80.

BlackBox m’a même régalée avec une bien belle édition, au papier épais avec pages couleurs, nombreuses notes explicatives pas envahissantes pour une fois et petits écrits pour contextualiser l’autrice à la fin du volume. J’aurais peut-être aimé un peu plus de textes de ce côté-là.

Liddell fut dont une découverte singulière mais riche. J’aime les récits fantastiques mais je n’ai pas souvent l’occasion d’en croiser dans les lectures graphiques, du moins autre que celles liées à l’imaginaire asiatique et ça fait du bien. Ici, c’est un fantastique à l’occidental où toute l’étrangeté repose sur le flou des limites entre l’espace et le temps, le rêve et le réel. J’ai beaucoup aimé, ce fut une vraie expérience. Il me manque juste un petit attachement émotionnel vis-à-vis des personnages mais ça devrait venir. En tout cas, rien que pour l’expérience et la découverte de cette autrice, je remercie vraiment BlackBox.

Tome 2

Avec ce deuxième tome encore plus convaincant que le premier, nous entrons vraiment de plein pied dans l’univers fantastique de l’autrice et il vaut mieux s’accrocher.

Vladimir mène de plus en plus l’enquête et pour cela il explore des voies assez particulières. C’est comme ça qu’on le retrouver à philosopher sur la vie, la mort, les rêves, mais aussi évoquer les dernières découvertes scientifiques sur le sujet, notamment sur l’apnée du sommeil. C’est proprement fascinant. Il y a un petit quelque chose qui me rappelle le manga de SF : Rain Man de Yukinobu Hoshino, sorti de manière incomplète chez Panini, où on explorait aussi les limites de la psyché humaine.

L’enquête en tout cas dynamique la lecture. Celle-ci est à nouveau assez copieuse car les personnages sont très bavards lorsqu’il se croise. L’écriture de l’autrice est de plus très référencées avec aussi bien des extraits de textes connus (Edgar Poe) que des références philosophique (Bouddha), par exemple. C’est fascinant. En menant son enquête, en plus, Hugh croise de plus en plus d’individus cultivés, que ce soit le professeur du début ou bien Hazuki, cette jeune japonaise, qu’on croise depuis un moment. Ainsi, cet homme si froid se crée peu à peu des interactions et se trouve peu à peu un but en venant en aide à Hugh.

Il est fascinant de voir celui-ci basculer de plus en plus dans son rêve. Celui-ci devient une telle composante dans sa vie que c’en est au point de faire peur à ses proches : Hugh, Vi ou encore Roald. Tous sont à la fois attirés et fascinés par Hugh et effrayé par la dépendance qui se crée entre lui et son rêve, comme s’il était sous son emprise. Cependant le réel semble lui donner raison puisqu’il trouve des indices sur cette jeune Liddell qu’il croise dans ses rêves et qui porte astucieusement le même nom que la Alice Liddell qui a inspiré à Lewis Carroll son chef d’oeuvre. Tiens, tiens.

En tout cas, l’autrice fascine toujours autant dans ce récit atypique où rêve et réel se confondent. Les apports scientifiques de ce tome ne font qu’ajouter à la confusion générale. Les personnages, eux, s’affirment dans leur être et leurs convictions. Tout comme les dessins de l’autrice continuent à gagner en force avec parfois une science du détail phénoménal, comme si nous étions devant de vraies photos. Tout cela est fascinant.

Tome 3

Cela aura été une histoire bien étrange de bout en bout et peut-être encore plus dans cet ultime volume.

L’autrice s’y plait à faire discuter ses personnages sur des notions philosophiques et métaphysiques qui ont tôt fait de nous perdre, pour conclure sur un discours on ne peut plus flou sur l’espace-temps et la séparation entre le rêve et la réalité, nous faisant nous questionner sur l’existence même des personnages qu’on a suivi dans ce périple. C’est très singulier.

J’ai aimé ce voyage pour ma part, justement pour son étrangeté qui m’a sortie de ma zone de confort. C’était plaisant de suivre Vladimir et Hugh sur les routes à la recherche de leur seul indice : ce vieux manoir où avait habité la petite fille de la photo. On découvre à leur côté une vieille Amérique n’a rien à envier à l’Angleterre victorienne.

J’ai eu plus de mal avec tous les discours philosophiques et métaphysiques que Vladimir tient avec ses amis quand il les recroise. J’ai trouvé ça assez abscons et j’ai eu du mal à aller jusqu’au bout de ces pages assez chargées. Il faut dire que ce n’est pas particulièrement ma tasse de thé sauf que c’est très très dilué et ici c’était plutôt concentré.

Cependant cette écriture du fantastique par Yoshimi Uchida m’a énormément plu, elle. J’ai adoré la façon dont elle brouille de plus en plus les pistes et nous quitte sans le moindre indice de ce qui est vrai ou non, nous laissons nous faire notre propre idée. Car franchement, on en vient à se demander comment tout ce qui arrive à Hugh et Vladimir est possible, surtout en ce qui concerne ce dernier, qui est quand même le personnage principal qu’on suit depuis le début. L’autrice a d’ailleurs bien choisi ce personnage assez cartésien pour lui faire vivre de telles aventures. En cela, elle rappelle bien des classiques du genre de grands auteurs comme Oscar Wilde, Wilkie Collins ou Théophile Gautier, pour les premiers qui me viennent à l’esprit.

Ainsi, dans ce titre l’esthétique est au service d’une histoire qui détonne dans notre panorama manga français. C’est une histoire qui ne plaira pas à tout le monde mais dont l’ambiance étrange et perturbante, ainsi que les questionnements sur le réalité du réel m’ont vraiment séduite.

>> N’hésitez pas à lire aussi les avis de : …, Vous ?

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13 commentaires sur “Liddell au clair de lune de Yoshimi Uchida

  1. Je n’ai lu que ton avis sur le tome 1 ( pour me laisser le plaisir de la découverte) et tu m’a convaincue. J’aime beaucoup les couvertures et ce que tu dis sur ce premier tome me donne envie de le lire. Le dessin me fait un peu penser au cortège des cents démons

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, il y a de ça, un petit côté Ichiko Ima, notamment dans les personnages. L’ambiance elle, est plus occidentale qu’orientale mais très étrange. J’espère que la découverte te plaira !

      J'aime

  2. À part les discours philosophiques et métaphysiques qui ne sont pas non plus ma tasse de thé parce que je manque de cadre de référence, cette petite série a l’air d’une belle richesse et qualité. J’aime le style des illustrations et ce jeu entre rêve et réalité que tu décris.

    Aimé par 1 personne

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